‹ Psychoses et affections nerveusesChapitre 31 sur 68 · SIMULANT LA SCLÉROSE LATÉRALE AMYOTROPHIQUE · texte numérisé non relu

SIMULANT LA SCLÉROSE LATÉRALE AMYOTROPHIQUE

Remarquez d’abord Y éclat de rire avec lequel il m’aborde lorsque je l’approche. Vous allez probablement dans un instant voir, sans raison, le rire faire place à des pleurs. Cette émotivité pathologique, sur la signification de laquelle je reviendrai dans un instant, quoique encore très accusée, l’est incomparablement moins qu’il y a deux mois.

Écoutez maintenant le malade raconter son histoire, il semble qu’il ait quelque peine à faire vibrer ses cordes vocales. Sa voix est faible et, pour la renforcer, vous le voyez incliner la tête en arrière et prendre la situation couchée. La raison de cette particularité me paraît être la suivante : chez cet homme la respiration diaphragmatique est réduite à son minimum : le type respiratoire actuel, chez lui, est le costal supérieur; aussi prend-il l’attitude qui lui permet de faire mieux jouer ses premières côtes pour inspirer d’abord, puis expirer une colonne d’air plus considérable. L’articulation est suffisante pour que le langage soit compréhensible; mais la parole est nasonnèe. un peu confuse et comme explosive. Les lèvres se contractent bien, la langue est facilement tirée hors de la bouche : elle est actuellement plutôt inhabile que paralysée. Le voile du palais est encore parésié, et la luette est nettement déviée à gauche ; toutefois la déglutition se fait normalement.

Quant aux membres , vous voyez que le malade peut facilement écarter les supérieurs du tronc, mais il ne peut les élever jusqu’à l’horizontale. L’élévation du bras droit est encore plus difficile que celle du gauche.

Les extenseurs de l’avant-bras ont conservé leur puissance, mais les fléchisseurs sont faibles ; il en est de même des fléchisseurs des doigts : la main, au dynamomètre,

SUH UN SYNDROME

donne seulement 30, tandis que normalement on amène aisément 50 ou 60. Le malade est maintenant capable de se tenir debout ; vous voyez qu’il peut marcher en s’appuyant sur une cbaise qu’il fait glisser devant lui ; il s’avance sur la pointe des pieds qui sont immobilisés en varus équin. Je vous rappelle que, le 16 octobre, l’impotence des membres inférieurs était absolue. Les réflexes tendineux aux quatre membres sont encore notablement

exageres.

Quant à Y amyotrophie, vous pouvez juger à quel point elle s’est amendée. A son arrivée, je vous l’ai dit, ce malade avait une atrophie très accusée des deltoïdes, des fléchisseurs de l’avant-bras, des muscles des éminences thénar et hypothénar. Actuellement, deltoïdes et fléchisseurs ont récupéré leurs reliefs; à la vue on ne remarque plus qu’un léger amincissement des muscles moteurs du pouce et du petit doigt. Tout ce qu’on constate au membre inférieur, c’est une légère diminution du volume des muscles delà région externe de la jambe.

Nous ne sommes cependant pas en droit de dire que les masses musculaires dont le relief est réapparu ont reconquis leur constitution normale ; l’exploration électrique nous montre, en effet, que les réactions (du deltoïde droit notamment) sont celles de muscles encore atrophiés.

En résumé, voilà un malade, autrefois affecté de syphilis, chez lequel, à un moment donné, s’est développé presque brusquement un appareil symptomatique rappelant celui de la sclérose latérale amyotrophique, avec les diverses manifestations bulbo-médullaires de cette dernière affection, et dont les troubles se sont rapidement amendés au cours (je n’ose pas dire absolument sous l’influence) du traitement spécifique intensif.

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