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LA MIGRAINE 0PI1TALM0PLÉGIQUE

autres, vous l’avez vu, la motricité de l’œil se rétablit complètement. Cependant entre les deux dernières crises il y a eu persistance d’un certain degré de parésie du droit interne , qui se révélait de la manière suivante : quand P... regardait brusquement à droite, il avait, pendant un instant très court, de la diplopie. Cette diplopie passagère tenait vraisemblablement à ce que la pupille droite, par suite de la parésie du droit interne de ce cote, se portait plus rapidement à droite que la pupille gauche.

Le malade que vous venez de voir nous offre un exemple assez typique de migraine ophtalmoplégique. Cette affection a été décrite pour la première fois, en 1884, par Mobius1. A l’occasion d’une observation personnelle cet auteur recueillit divers cas épars dans la littérature médicale, notamment l’observation de Uasner 2 et celle de Saundby3. En 1885, en France, MM. Parinaud et Marie publièrent, dans les Archives de Neurologie , une observation prise dans le service de Charcot, et proposèrent, je vous l’ai dit, de donner à l’affection le nom de « névralgie et paralysie oculaire à retour périodique ». Puis les travaux se multiplient ; les principaux sont ceux de Senator4, Joachim5, Mautliner6, Bernhardl7, J.-M. Charcot8, Darkscliewilsch9, Lyder Borthen 10.

1 Mobius, Berliner klinisclie Woschensclir . , 1884.

2 IIasneh, P rager med. Wochens., 1883, n° 10.

3 Saundby, Lancet , 1882, t. Il, n" 9.

1 Sf.natoh, Zeitschrift fiir klinisclie med., 1887.

6 Joachim, Deutsche Arch. f. lelin med., 1888.

* Mauthnbk, Die Lettre von den Augenmuskellehmungen. Weisbaden, 1889.

7 Beivdhabdt, Berliner klin. Wochens ch., 1880.

8 Charcot, Leçon publiée in Progrès méd., 1890.

9 Darkschewitscii, Deustche Arch. f. klin. med., 1892.

10 Lydeii Borthen, Norslc Mag. f . Lœgevidensk., 1893, analysé in Revue neural. , 1893 .

LA MIGRAINE OPHTALMOPLÉGIQUE

Je résume, dans le tableau suivant, les observations publiées jusqua ce jour. J’en ai recueilli 22, y compris la nôtre. Je ne crois pas en avoir omis d’essentielle

A l’aide de ces diverses observations, reprenons en détail l’histoire de l’affection.

Sur nos 22 cas de migraine ophtalmoplégique, nous relevons 10 cas chez l’homme et 12 chez la femme ; le sexe a donc peu d’importance, et on n’est plus guère en droit de dire aujourd’hui, avec Charcot, que l’affection soit plus fréquente ou, au moins, notablement plus fréquente chez la femme.

Au point de vue de la condition sociale des malades, la migraine ophtalmoplégique paraît différer de la migraine ordinaire. Celle-ci frappe surtout les individus de la classe aisée; elle est, suivant l’expression de M. Bouchard, « la rançon de la suprématie intellectuelle et de la supériorité sociale » ; fréquente en ville, elle est rare à l’hôpital. Au contraire, la migraine ophtalmoplégique affecte surtout les gens de la classe inférieure, les ouvriers (un cocher, un pilote, un manœuvre).

Nous savons peu de chose sur les causes occasionnelles qui la déterminent. Toutefois, dans l’observation de Lyder Borthen, le traumatisme (contusion de l’arcade sourcilière à la suite d’une chute) paraît avoir exercé une influence très réelle sur l’apparition des accidents.

L'hérédité n’a pas ici une grande importance. On a noté quelquefois l’hérédité nerveuse. Chez ses 2 malades, Bernhardt a relevé la migraine vulgaire parmi les antécédents héréditaires.

1 Aux cas qui figurent dans ce tableau il convient d’ajouter celui observé par M. Brissaud, et que cet auteur décrit sommairement dans ses leçons sur les ophtalmoplér/ies. — Leçons sur les maladies nerveuses. Paris, Masson, 1893, p. 412.

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La syphilis ne paraît jouer aucun rôle dans l’étiologie de l’affection. La plupart des malades en sont indemnes ; celui que je vous présente a eu la vérole, il est vrai, mais il l’a contractée à l’âge de vingt-neuf ans, après avoir eu déjà 3 attaques de migraine ophtalmoplégique.

L'âge auquel se manifeste le premier accès est variable, mais c’est, en général, dans l’enfance ou l’adolescence. Dans le cas deMôbius ce fut àonze mois, dans celui de Snell à dixhuit mois. Notre malade a eu son premier accès à l’âge de quatorze ans. C’est rarement dans l’âge mûr que l’affection d ébute ; néanmoins dans l’observation de Charcot elle a fait son apparition à trente ans.

11 faut remarquer que chez quelques malades les accès de migraine ophtalmoplégique ont été précédés de migraines sans paralysies ; aussi les chiffres, qui dans le tableau pré- | cédenl indiquent l’époque du début, devraient-ils être plutôt abaissés, au moins pour certains cas. Voilà le peu que nous savons de Yèiiologie de l’affection et des conditions dans lesquelles elle se développe.

Voyons maintenant quels sont les caractères des accès. • Ceux-ci sont constitués par deux ordres de symptômes principaux : la douleur et la paralysie.

La douleur est très souvent accompagnée de vomisse- ments, comme dans la migraine vulgaire. Elle siège dans les régions sus-orbitaire, oculaire, pariétale.

La paralysie du moteur oculaire commun est habituellement une paralysie totale, c’est-à-dire qu elle frappe a la fois la musculature interne et la musculature externe de l’œil. Mais les différentes branches du moteur oculaire

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