‹ Psychoses et affections nerveusesChapitre 46 sur 68 · VINGT-QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIÈME LEÇON

LES MYÉLITES INFECTIEUSES EXPÉRIMENTALES

S ommaire. — L'infection et la moelle. — Travaux récents relatifs aux myélites expérimentales. — Un cas de paraplégie par infection staphylococcique chez le lapin. — Conditions dans lesquelles se développent les troubles médullaires à la suite des infections provoquées. — Formes variées de ces. troubles. — Lésions médullaires auxquelles ils correspondent. — Pathogénie de ces lésions : microbes et toxines. — Application de ces faits à la pathologie humaine.

Messieurs,

A certaines époques la science marche vite, et Ton reste surpris en considérant la rapidité avec laquelle se transforment les idées et changent les points de vue. Si vous regardez seulement de vingt ans en arrière, vous ne constaterez pas sans quelque étonnement qu’il a suffi d’un aussi court espace de temps pour modifier presque de fond en comble nos conceptions sur la pathogénie des myélites. Naguère encore, on était préoccupé surtout de pénétrer la mécanique du cerveau et de la moelle, et on estimait qu’il y avait lieu de se tenir presque pour satisfait quand on avait précisé la physiologie pathologique des symptômes constatés et mis en évidence les caractères anatomo-cliniques des entités morbides qu’on venait de découvrir. « Il

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semblait à beaucoup d’esprits, comme on l’a dit justement1, que la pathologie nerveuse constituât un domaine prohibé aux entreprises du microbe. »

Aussi quand, en 1876, M. le professeur Fournier parla des relations de la syphilis et du tabes, son opinion, que personne, je crois, ne conteste plus aujourd’hui, fut accueillie avec un bien naturel scepticisme. Il en fut de même de celle émise en 1879, par MM. Kahler et Pick, à propos du rôle que joueraient les maladies infectieuses aiguës dans Pétiologie de la sclérose en plaques. Cinq ans après, les esprits étaient déjà mieux préparés à accueillir cette idée, et, si M. Pierre Marie ne parvint pas à l’imposer à tous, du moins lui attira-t-il de nombreux adhérents.

A vrai dire, le tabes et la sclérose en plaques ne sont pas les affections les plus propres à démontrer la part importante que l’infection prend à la genèse des myélites. La première, encore bien qu’elle soit d’ordinaire étroitement subordonnée à la vérole, n’est pas sous sa dépendance directe, exclusive et constante : c’est simplement une affection parasyphilitique. Sa relation habituelle avec la syphilis est indéniable, mais la nature exacte et précise de cette relation nous échappe. Quant à la sclérose en plaques, s’il y a de bonnes raisons pour croire à son origine infectieuse, il y en a aussi pour la combattre ; en tous cas la preuve décisive, anatomique ou expérimentale de cette origine, fait encore défaut.

Sans doute, le fait qu’une maladie médullaire a une évolution chronique et progressive n’est pas un argument suffisant pour refuser d’admettre que cette maladie puisse être la conséquence d’une infection : certaines myélites syphilitiques et tuberculeuses suffisent à attester le con-

1 L. Vailland, Rapport sur les myélites infectieuses, in Comptes Rendus du Conyrès de Médecine de Bordeaux, 189o.

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