‹ Psychoses et affections nerveusesChapitre 47 sur 68 · EXPÉRIMENTALES · texte numérisé non relu

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traire. Mais il faut reconnaître qu’en ce qui concerne le rôle des agents infectieux dans la palhogénie des lésions médullaires, la démonstration de ce rôle est surtout facile à faire pour les inflammations aiguës ou subaiguës.

Vous n’ignorez pas qu’il est assez commun d’observer des troubles paralytiques au cours ou à la suite des maladies générales. Vous en trouverez dans la thèse, encore d’actualité, deM. Landouzy1 la copieuse nomenclature. Mais ces paralysies, pour la plupart, relèvent de simples lésions des nerfs périphériques. Toutefois, dans un nombre respectable de cas les nécropsies ont montré que quelquesunes d’entre elles étaient sous la dépendance de lésions médullaires : M. Grasset a soigneusement relevé les cas en question que vous trouverez mentionnés dans le Rapport que ce maître distingué a présenté au Congrès de Médecine de Bordeaux, en 1895. Je me contente de vous renvoyer à cet important document, car mon intention est de vous entretenir plus spécialement aujourd’hui des myélites infectieuses expérimenta les .

Vous n’aurez pas de peine à comprendre que, si l’on arrive, en inoculant à l’animal des agents infectieux divers, à reproduire des symptômes analogues à ceux par lesquels se traduisent les affections de la moelle chez l’homme, et à provoquer des lésions identiques à celles que l’anatomie pathologique révèle chez les individus qui ont succombé a ces affections, le problème de la pathogénie des myélites aura fait un grand pas et la relation de ces dernières avec les infections de divers ordres pourra être du coup consi-

1 Landouzy, Des paralysies da?is les maladies aiguës. Th. agrég., 1880.

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dérée comme indirectement établie. Or, la preuve dont il s’agit peut être aujourd’hui considérée comme acquise : c’est là ce que je me propose de vous démontrer.

Les premiers faits recueillis remontent àmoins de dix ans, et depuis cette époque ils se sont multipliés, si bien qu’ils constituent aujourd’hui un ensemble de documents suffisants pour entraîner la conviction. Toutefois, il importe de faire de ces faits plusieurs groupes, car tous n’ont pas la même valeur au point de vue de la démonstration que nous visons. 11 faut classer à part ceux dans lesquels les expérimentateurs ont déterminé des paralysies diversement localisées sans nous renseigner sur la cause prochaine de ces paralysies, soit que les examens anatomiques aient été insuffisants, soit qu’ils aient été négatifs. Tels sont les faits publiés par Charrin (paralysie par infection pyocianique ), par Roux et Yersin ( infection diphtèritique) , par Manfredi et Traversa [infection streptococcique), par Grancher, Martin et Ledoux-Lebard [infection tuberculeuse ), par Gilbert et Lion (infection tuberculeuse et infection par un bacille rencontré dans un cas d' endocardite) .

Mais nous pouvons retenir un nombre imposant d’expériences à l’occasion desquelles les auteurs ont trouvé dans la moelle des altérations qu’on semble bien autorisé à considérer comme la cause des troubles paralytiques relevés chez les animaux inoculés. Je vous rappellerai celles de Gilbert et Lion 1 (infection par le coli- bacille) de TL Roger, de Bourges2, de Widal et Bezançon 3, de Sabrazès et Mongolie (infection streptococcique ), de Vincent4 (infection par le lacille d'Eberlli ), de Thoinot et Masselin (infection par

1 Gilbert et Lion, Soc. Biologie, 13 février 1892.

2 Bourges, Arc h. de mêd. expie, et d'anatomie pathologique , mars 1893.

:! Widal et Bezançon, Soc. mêd. des hôpitaux, 18 janvier 1895.

4 Vincent, Arch. de méd. expérim. et d'anal, pathol., mai 1893.

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le coli-bacille et le staphilococcus aureus ), de Silvio Dessy 1 2 (infection tuberculeuse ), enfin celles, sur lesquelles j’aurai dans un instant l’occasion de revenir, de Enriquez et llallion, de Stcherbach, de Crocq fils, de Claude (intoxication par les toxines diphtéritiques et autres ).

Nous-même avons poursuivi ici, avec le concours de notre interne M. Henri Lebon, des recherches sur les lésions médullaires provoquées par l’ infection ymeumococ-

Fig. 45.

cique et staphylococcique . Les résultats de ces recherches, auxquels je vais avoir plus d’une fois l’occasion de faire allusion, ont été communiqués, l’an passé, par l’un de nous au Congrès de Médecine de Bordeaux et ont fait le sujet de l’intéressante thèse de M. Lebon ~.

Les documents ne manquent pas, vous le voyez : je vais essayer de dégager les enseignements qui en découlent.

1 Silvio Diîssy, Tuberculosi sperimenlale del medullo spinale nella cavia , iu Gazctta mal. di Fori.no , 15 mars 1894.

2 IL Leiion, Contribution à l'élude des myélites infectieuses expérimentales. Th. de Paris, 1896.

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Au préalable, je ne saurais mieux faire, pour vous convaincre delà réalité des paralysies infectieuses expérimentales qui, j’espère l’établir, relèvent de lésions médullaires, que de vous en montrer un exemple très ncL. Le lapin que voici (A) (fîg. 45) a été inoculé, il y a huit jours, dans la

Fig. 46.

veine marginale de l’oreille avec quelques gouttes d’une culture de staphylocoque. Jusqu’à hier il n’avait présenté aucun symptôme particulier, sauf un malaise passager à la suite de l’inoculation ; mais, depuis vingt-quatre heures, il est affecté de diarrhée, de rétention d’urine et de paralysie évidente du train postérieur. Remarquez, en effet, son attitude sur la chaise où nous l’avons placé, et comparez-la à celle de ce second lapin (B) (fig. 46) qui, lui, est bien portant. Tandis que nous avons peine à empêcher le lapin B de fuir, le lapin A reste immobile sur le siège : le tronc est incliné sur le côté gauche, et les pattes postérieures conservent l'attitude que nous leur avons communiquée, l’ani-

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mal n ayant pas la force de les ramener sous le ventre, comme le fait instinctivement un lapin en bonne santé {fig- 46). Si nous soulevons le malade par les oreilles, le train postérieur prend l’attitude tombante, cl il est manifeste que 1 animal est dans l’impossibilité à peu près absolue de le mouvoir.

Voilà, Messieurs, un cas aussi démonstratif que possible de paraplégie et qui rappelle, trait pour trait, ce qu’on observe chez l’homme dans la myélite dorso-lombaire.

Mais la paraplégie, au moins limitée aux membres postérieurs, n’est pas l’unique syndrome par lequel se traduisent les myélites expérimentales ; dans un instant, je passerai en revue les symptomatologies variées auxquelles elles peuvent donner naissance. Pour l’instant, je dois appeler l’attention sur les conditions dans lesquelles les troubles médullaires se manifestent au cours des infections provoquées.

Ils peuvent être précoces et contemporains des autres symptômes qu’engendre l’infection. Plus souvent ils sont retardés et ne se montrent qu’après la chute de la fièvre et la guérison apparente de l’animal.

Le tableau que voici résume les faits qui nous sont personnels.

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