RAPPORTS AVEC LE MONDE DU TRAVAIL
Il est un problème également important à étudier, c’est celui d'essayer de connaître comment la Psychotechnique est accueillie dans les milieux professionnels. Elle l’est différemment suivant l'individu lui-même, suivant la hiérarchie qu’il occupe dans l’entreprise et aussi suivant les conclusions de l’examen qu’il aurait pu subir.
Nous avons reconnu qu’il y avait une réelle prévention à l’égard de la psychotechnique et qu’elle était acceptée avec scepticisme.
Nous ne parlerons pas de certains tests qui peuvent apparaître puérils et « faciles ». C’est l'affaire des psychotechniciens. La meilleure façon de ne pas les prendre pour des jeux d'enfants, c’est de les faire subir aux curieux. Ils s’apercevront rapidement de leur « difficulté ».
Nnous ne parlerons pas non plus de l'esprit de routine et d'inertie qui s’oppose systématiquement à toute chose nouvelle. C’est un fait, on n’y changera rien. On préfère attendre qu’un autre que soi fasse le premier l’expérience de la nouveauté.
Voyons plutôt comment employeurs, cadres et employés critiquent la psychotechnique.
1° Les employeurs l’ignorent le plus souvent si ce n’est. dans les grandes entreprises. À part quelques «enthousiasmés », ils se montrent sceptiques et altendent avec impatience des résultats chiffrés. En les attendant ils considèrent les conclusions du psychotechnicien comme un moyen supplémentaire mis à leur disposition pour apprécier les capacités de l’examiné. Les moyens traditionnels dont parle BONNARDEL restent en usage : recommandations, certificats antérieurs, diplômes, essai professionnel, situation sociale, appréciation de la maîtrise, etc. Signalons que les conclusions de l’examen médical ont souvent le même sort.
Pour les postes de sécurité et pour la prévention des Accidents du Travail, ils auraient tendance à se fier aux résultats psychotechniques pour l’embauche. En visite de contrôle ils examineraient le cas d’espèce si ces résultats sont mauvais, en fonction des notations professionnelles qui l’emportent souvent sur les premiers.
Par ailleurs les employeurs constatent aussi des échecs de la méthode dûs à des incompétences notoires. Ceci suffit à créer un climat assez trouble. Avant de faire sélectionner leurs employés, il eut été préférable qu'ils sélecüionnent d’abord leur psychotechnicien d’une maniére judicieuse;
2° La maîtrise, de son côté, voit dans le psychotechnicien «un empêcheur de tourner en rond ». Elle le voit comme un facteur de perturbation dans les ateliers, comme une tierce personne qui s’immiscera entre elle et les ouvriers. Aura-t-elle la même autorité qui lui est dévolue ou, au contraire, ne verra-t-elle pas donner des ordres opposés aux siens ?
3° Le climat est des plus troubles chez les « psychotechniqués » ou chez ceux susceptibles de le devenir. Ici cadres et employés se donnent la main dans les revendi-
RE. ou
cations syndicales. On a pu entendre dire au délégué travailleur à une commission du Bureau International du Travail qu'il fallait maintenir la liberté du travailleur d'exercer le métier de son choix, s’il en a la capacité (cité par FLACHOT).
Par ailleurs, la Confédération Générale des Cadres s’'émeut elle aussi. Lors de son dernier Congrès elle a émis le vœu que les nouvelles méthodes psychotechniques ne soient pas contraires à la dignité humaine. Le Syndicat National des Cadres et de la Maîtrise des Arts Graphiques (affilié à la C.G.C.) insiste pour qu'eune réglementation sérieuse régisse la profession de psychotechnicien et l’emploi des tests afin de protéger les individus contre une véritable violation de leur personnalité, en leur permettant d’avoir au préalable communication du résultat au tiers demandeur avec possibilité de s'opposer à tout ou partie de cette communication » (signalons qu’il est fait surtout allusion aux tests caractériels utilisés principalement dans la sélection des cadres).
Droit au travail, sentiment d'insécurité. respect de la dignité humaine et du secret professionnel, sont différemment exprimés par les uns et par les autres. Il faut y voir donc le trouble que peut leur causer une psychotechnique mal assurée el surtout non réglementée.
Mais nous ne voudrions terminer ce chapitre sans citer, à la décharge de certains psychotechniciens, les phrases écrites en addendum dans le livre de BONNARDEL, par M. RicHoUx, directeur de la main-d'œuvre aux Usines Peugeot : «.… Le Docteur BONNARDEL a obtenu un résultat que la modestie la empêché de mentionner dans son étude, aussi nettement que nous l'avons nous-même constaté : il a réellement acquis la sympathie et la confiance des ouvriers et de leur chef ».
Comment la psychotechnique pourra-t-elle acquérir demain, dans le monde du travail, une telle sympathie ? Le troisième chapitre de notre étude essaiera d’en démontrer la possibilité avec la collaboration de la Médecine du Travail.
Le Pr BONNARDEL a été élu, à l’unanimité, secrétaire général de VAssociation internationale de Psychotechnique, lors du X° Congrès de Gôteborg (Suède) en juillet 1951. Il a donc également la sympathie et la confiance de ses pairs.
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