LIMITES DE LA MÉMECINE DU TRAVAIL
Le Médecin du Travail s'inquiète souvent de voir une partie de son domaine annexée par le Psychotechnicien. Il peut l'être à juste raison lorsqu'il voit celui-ci pratiquer des examens physiologiques auxquels il a lui-même procédé ou demander les antécédents pathologiques au sujet qu’il a lui-même interrogé. Quant au psychiatre il pourrait presque dénoncer certaines «officines psychologiques » ou (Cpsychanalytiques » pour exercice illégal de la médecine. Mais là n’est pas notre étude.
Il est certes difficile de fixer des limites nettes à la Médecine du Travail. Le législateur lui attribue un rôle exclusivement préventif, consistant à éviter toutes altérations de la santé des travailleurs du fait de leur travail, notamment en surveillant les conditions d’ hygiène du travail, les risques de contagion et l’état de santé des travailleurs (Loi du 11 octobre 1946, article prénhier, paragraphe 2). |
Si l’on s’en tient uniquement à ce paragraphe de la loi, la Médecine du Travail limite son action à la surveillance de la santé des travailleurs dans la mesure où celle-ci pourrait être altérée par le travail.
RC ——
En fait que lui demande-t-on ? On lui demande, avec SIMONIN (Précis de Médecin edu Travail) :
1° d'étudier, de rechercher et d’écarter le risque professionnel; |
2° d'améliorer les conditions hygiéniques et sanitaires du travail;
3° d'éviter la fatigue et l’usure prématurée en faisant concorder les exigences du travail avec les aptitudes psychosensorielles du travailleur;
4° de surveiller et d'améliorer la santé générale de la main-d'œuvre par le dépistage précoce de la maladie.
Par ailleurs nous relevons dans le décret d’application du 16 novembre 1946 :
& ART. 10. — Visite d'embauchage. — … Elle a pour but de déterminer :
«1° s’il est médicalement -apte au travail envisagé;
«2° les postes qui lui conviendraient le mieux et ceux auxquels, du point de vue médical, il ne doit pas être affecté;
pass
&ART. 16. — Surveillance de l'hygiène des entreprises. — Le médecin est le conseiller … en ce qui concerne : …
«3° la surveillance de l’adaptation des salariés au poste de travail. »
C’est presque le titre du livre de BONNARDEL : Adaptalion de l'homme à son travail ! livre de psychotechnique !
Nous pourrions épiloguer longuement sur des textes législatifs, voire même sur des mots.
Il tombe sous le sens qu’à côté du corps il y a l’âme, qu’à côté du biologique il y a le psychique. Or la formation universitaire du médecin et du médecin du travail est surtout axée sur le biologique (mis à part le psychiatre). Ses possibilités d'investigation clinique du côté biologique sont assez grandes, du côté neuro-psychique elles le sont beaucoup moins. Le marteau-réflexe, le signe de Romberg,
PAR. 92e
faire des marionnettes, sont de pauvres moyens eu égard au chronoscope. électronique ou au test du tourneur. Il lui est impossible de connaître rapidement le niveau intellectuel ou le caractère d’un sujet, surtout si celui-ci est normal. Voici donc déjà des limites indiquées au Médecin du Travail. Il en est d’autres.
Celui-ci pourrait comparer un examen psychotechnique à un examen de laboratoire, analogue à un examen hématologique où à une radiographie. En fait, il lui sera parfois difficile d'intégrer le rapport de l'examen psychotechnique dans un contexte clinique, du moins au début.
Il est une autre limite, celle-ci impérieuse et matérielle, c'est celle du temps qui lui est accordé pour examiner chaque travailleur. On a vu qu’on ne pourrait se contenter d'un seul test pour déceler une aptitude. Pour déceler une personnalité il faut au minimum une demi-journée. Au détriment de quoi le Médecin du Travail la prendrait-il ?