‹ Ptolémée Gallio, cardinal de Côme [microform], étude sur la cour de Rome, sur la secrétairerie pontificale et sur la politique des papes au XVIe siècleChapitre 3 sur 23 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

inaccessible aux séductions habiles. En France le gouvernement avait été forcé de conclure une trêve avec les huguenots, et après le meurtre du duc François l'influence des Guise à la cour tendait à s'éclipser (i). Il avait donc besoin de fortifier sa position. Les légats en tirèrent profit. Ils lui firent des offres flatteuses (par ex. celle de la légation de France), on l'invita même à venir à Rome, et, avant l'automne 1565, il avait trahi le parti oppositionnel. Les prélatsfrançais le suivirent.

Les Espagnols seuls restaient encore. Ils étaient aussi inflexibles que leur roi (2). Malheureusement pour eux, ils défendaient une cause perdue. Si la Curie ne pouvait pas les négliger complètement, elle se sentait pourtant assez forte pour pouvoir préparer la conclusion du concile, même sans leur adhésion.

L'ardeur réactionnaire du parti pontifical serait enfin allé trop loin si les Espagnols, grâce au prestige de leur orthodoxie, n'avaient réussi à la modérer et à donner aux derniers décrets du concile un caractère digne et vraiment catholique (3). Il fallut encore le bruit d'une maladie inquiétante qui aurait atteint le pape pour déterminer les Pères à précipiter la fin des délibérations. Le 4 décembre 1563, en présence de 254 (4) cardinaux, évêques, autres prélats et procureurs,,

(1) FORNERON, Ducs de Guise, t. II, p. 26.

(2) PhiIvIPPvSON, 1. C, p. 166—169. Ward, p. 95.

(3) Phii,ippson, 1. C, p. 170: »Wenn das Trienter Konzil der Katholischen Kirche wahrhaft heilsam gewesen ist, wenn man dort noch andere Dinge gethan als die Andersglâubigen zu verdamnien itnd die Bande der Hiérarchie enger anzuziehen so gehôrt das Verdienst dessen fast ausschliesslich. den Spaniern an. Sie erhoben sich wie ein Mann gegen die Abânderungen der rômischen Reaktionspartei».

(4) Id., ibid., p. 173.

INTRODUCTION. XXIX

la clôture solennelle du concile fut célébrée sous l'émotion visible de tous les assistants (i).

I^e grand concile, qui avait tant duré, qui avait causé tant de conflits, qui avait coûté tant d'efforts, avait été conduit à une fin heureuse. Quel était donc le résultat et quels avantages avait-il rapportés à l'Église catholique?

C'était la papauté qui en avait tiré le plus de profit. Le pape, qui ^Dendant toute la durée du concile avait gardé une attitude irrévocablement intransigeante, qui avec une persévérance imperturbable avait poursuivi son but proposé d'une réforme délimitée par lui, devait enfin recueillir les meilleurs fruits du travail commun. Il avait été officiellement reconnu par les représentants du monde catholique comme le chef absolu de l'Eglise romaine. Ceux-ci lui avaient transmis l'obligation de continuer l'œuvre réformatrice et la propagation de la foi. En effet, avant sa dissolution, l'assemblée avait confié au pape l'exécution et l'interprétation des décrets conciliaires. Elle lui donnait encore le droit de dispenser des canons; et par les clauses qui subordonnaient finalement l'Épiscopat à la suprématie pontificale, la papauté reçut un accroissement de pouvoir qu'on ne saurait évaluer trop haut. Le pape et ses organes, voilà désormais la constitution de l'Église catholique (2).

Impossible de donner ici une analyse même restreinte des décrets du concile. Ils se répartissent en deux catégories différentes: les décrets de réformation et les décrets de discipline. Notons comme le plus important parmi les derniers les obligations imposées aux évêques de résider dans leurs diocèses, de les surveiller sévèrement, de les visiter régulièrement, de tenir des synodes

(1) RANKK, JVerke, t. XXXVII, p. 225—226.

(2) R.VNKE, Werke, t. XXXVII, p. 227.

XXX INTRODUCTION

provinciaux périodiques et, peut-être le plus important de tout, d'instituer dans chaque diocèse un séminaire pour l'éducation des jeunes ecclésiastiques. Iva discipline ecclésiastique, dont le désarroi avait été l'origine première de tous les blâmes infligés à l'Église pendant deux cent ans, fut effectivement restaurée par de semblables institutions. On attacha en outre un intérêt spécial à combattre les doctrines protestantes, à convaincre les masses populaires par la prédication, et l'on prescrivit la publication d'un Missel, d'un Bréviaire et d'un Cathéchisme qui, bientôt imprimés, devinrent le fondement solide du catholicisme régénéré.

Quant aux canons dogmatiques, ils confirmèrent et éclairèrent l'ensemble des dogmes de l'Église en leur donnant une forme irréductible et un contenu indiscutable. Il n'y avait plus place pour des doctrines diversifiantes, toute hérésie en était désormais exclue et tout hérétique se trouvait en dehors de l'Eglise. En rejetant les apostats l'Église catholique s'était retranchée dans son domaine. Mais elle s'était raffermie/consolidée sur ses principes innés et elle avait déclaré la guerre à outrance à tous ses ennemis (i). Bile avait retrouvé l'assurance, l'audace, la confiance en ses propres forces et par cela même elle devenait entreprenante. Ee fanatisme ardent de l'esprit espagnol, l'enthousiasme ne reculant pas même devant le martyre, pénétrait l'Église romaine. En effet il était temps que le catholicisme recouvrât sa force de résistance et se mît à combattre la propagande protestante. Car il se trouvait déjà abandonné par une très grande partie des chrétiens d'Europe. Ees neufs dixièmes des habitants de l'Allemagne (2), une partie considérable de la nation française, la majeure partie des sujets immédiats de l'Empereur, la moitié de

(1) RANKE, Werke, t. XXXVII, p. 227.

(2) RANKE, Werke, t. XXXVIII, p. 9.

INTRODUCTION. XXXI

la Pologne et de la Suisse et des milliers de personnes dans les Pays-Bas avaient embrassé les confessions nouvelles. Après le règne catholique si court de Marie Tudor, l'Angleterre, sous sa nouvelle souveraine s'éloignait de plus en plus du S. Siège.; Le Nord-Baltique semblait déjà le rempart le plus inexpugnable du luthéranisme.

Mais des légions de missionnaires intrépides de la foi catholique se répandaient maintenant sur tout le sol protestant. Une lutte acharnée s'engagea dans le monde occidental entre les adhérents de la nouvelle et ceux de l'ancienne religion, entre les défenseurs de l'absolutisme spirituel et les apôtres de la liberté individuelle, entre les principes du moyen-âge et ceux de l'âge moderne. Pourtant, si l'on reconnaît le caractère plus élevé, plus humain, plus positif de ces derniers, il faut admirer cependant la grandeur morale des héros du catholicisme régénéré. Ils se sacrifiaient sans pitié pour eux-mêmes au bien de leur cause et ne recherchaient rien au monde que le progrès de l'Église catholique. Ils possédaient la force de la volonté jusqu'à un degré extrême, car chez eux tout était voulu (2), toute pensée, tout désir, tout sentiment devait se subordonner à la domination absolue de la volonté, et cette puissante qualité de vouloir se portait uniquement à appliquer tous les talents, toute l'énergie de l'individu a combattre les croyances hostiles à l'Eglise dont ils étaient les apôtres.

Pour la papauté il s'agissait d'abord d'obtenir des souverains catholiques leur assentiment formel aux décrets du concile. Cette «réception» ne fut ni générale ni immédiate. La Seigneurie de Venise la décréta sans délai. Le Portugal et les sept cantons suisses n'hésitèrent pas non plus de l'accepter. L'empereur

(l) GOTHEIN, p. 93.

XXXII INTRODUCTION

signa les décrets pour ses propres Etats et plusieurs princes allemands suivirent son exemple. Mais la Diète du Saint-Bnipire ne les accepta jamais, et en France, la reine Catherine et le Parlement refusèrent nettement leur publication. (En réalité, malgré tous les efforts de Rome ils n'ont jamais été promulgués en France). En Pologne le roi les accepta, la Diète les rejeta, Philippe II garda quelque temps une attitude indécise. Puis il les promulgua sous des réserves expresses qui sauvegardaient les droits reconnus de la couronne.

Bien entendu la «réception» ne pouvait concerner que les décrets disciplinaires: les autres qui ne concerliaient que les dogmes de l'Eglise n'entraient pas dans la compétence des princes. Mais là même où les monarques n'acceptèrent pas les canons du concile ceux-ci s'infiltrèrent irrésistiblement. Ils remplirent de leur esprit la «catholicité» des siècles suivants. Dix ans après la dissolution du concile de Trente le pape refusait déjà les dispenses à l'égard du calice qui d'abord avaient été données à certains Etats allemands, (et là même où la communion sous les deux espèces avait été introduite elle tomba bientôt en désuétude) et sans que cela eût causé de nouvelles apostasies. Nous voyons par cela combien le courant orthodoxe s'était rendu prédominant dans le monde catholique.

Les princes temporels aussi furent enflammés par l'ardeur orthodoxe. Ees empereurs Ferdinand I:er et Maximilien II ne furent que de faibles appuis de la foi. Mais Rodolphe II, malade, momentanément aliéné, fut le jouet des jésuites. Ee duc de Bavière Albert V ainsi que plusieurs princes spirituels de l'Empire furent des restituteurs zélés de la foi catholique dans leurs Etats et des promoteurs infatigables des jésuites dans leurs villes (i). Catherine de Médicis conservait encore

U) RankE, Werke, t. XXXVIII, p. 7'4. et suiv.

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