‹ Ptolémée Gallio, cardinal de Côme [microform], étude sur la cour de Rome, sur la secrétairerie pontificale et sur la politique des papes au XVIe siècleChapitre 6 sur 23 · XXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVIII INTRODUCTION

Donc, sa situation était difficile, précaire même, et c'est précisément cette circonstance là, cette complexité des relations entre l'Espagne et le Saint-Siège, qui sera un des objets principaux des études que je soumets aujourd'hui à l'appréciation du lecteur.

Durant le moyen âge Rome était le centre idéal du monde chrétien. Mais vers la fin de cette époque, les liens qui rattachaient les peuples d'Europe au S. Siège se relâchèrent. Ees peuples se resserrèrent autour de leurs princes et constituèrent des Etats nationaux jaloux de leur intégrité. Ea papauté déchoit à n'être qu'une puissance territorielle en Italie. Mais, avec la victoire de l'humanisme et de la Renaissance, elle recouvre la direction de l'œuvre culturelle et civilisatrice. Elle devient pour l'Europe d'alors ce que Paris deviendra plus tard pour le monde civilisé (i), elle devient pour l'Italie sa vraie capitale. Des papes, tels que Jules II et Eéon X, la portent à l'apogée de sa gloire comme centre intellectuel et artistique. Tout ce que l'Italie possède de plus excellent, de plus brillant dans les arts, dans les sciences et dans la littérature se rassemble autour de ces papes Mécènes. Rome attire les génies. Elle accumule les richesses et répand les raffinements les plus exquis du luxe mondain.

Cette vie brillante durait encore sous Clément VII, ainsi que nous le prouve l'autobiographie si intéressante

(0 PASTOR, Pâpte, t. IV, p. 395. — BURCKHARDT, t. I. p. 242.

de Benvenuto Cellini (i). Mais, comme il l'a déjà été dit le terrible sac de Rome, en 1527, dispersa tout d'un coup la foule des artistes et des gens de lettre (2) et détruisit la splendeur de la ville des papes. Elle ne se releva que lentement et à grand' peine de ce désastre. Peu à peu la population se remet à augmenter. De 32,000 qu'elle compte après la catastrophe (3), (55,000 avant le sac!) (4) elle s'est relevée à près de 50,000 sous Paul IV (5). Kn 1560, s'il faut croire l'assertion de l'ambassadeur vénitien Luigi Mocenigo (6), elle montait à 70,000. A partire du pontificat de Pie IV, le chiffre des habitants monte rapidement: il arrive à 80,000 en 1563 {7) (le nombre de 140,000 donné par Giov. Corraro, en 1581, ne peut être qu'une exagération); elle est évaluée à T 10,000 a la fin du XVI:e siècle (8).

Le fait que Rome ne dépérissait point, malgré tout, tenait à des raisons spéciales. Elle restait toujours la résidence des papes, le .siège de l'administration centrale de l'Eglise catholique le lieu ou les plus hautes dignités ecclésiastiques étaient distribuées, où les emplois, les prébendes, les pensions pleuvaient. Tout homme de talent pouvait espérer d'y arriver aux places les plus élevées de l'hiérarchie, d'y faire fortune. (9) Ees

(l) Viia di jBefivemcto Cellini.

(2j GREGOROVIUS, Stadt Rom, t. VIII, p. 592—597.

(3) Gregorovius, 1. c, p. 592.

(4) CURCKHARDT, t. I, p. 319.

(5) Al.BERI, Relazioni, Sér. II, t. IV, p. 35.

(6) Id., ibid., p. 83.

(7) Id., ibid., p. 277.

(8) Brosch, p. 340.

(9) PAvSTOR, t, IV, p. 385. — Relatione de Cardinali nella Vita di Clejnente 8:0. MS. Urbin. 837. Bibl. Vat. — Ce maniiscrit, existant en une copie contemporaine, et composé par quelque agent espagnol à Rome pour servir d'instruction à un nouvel ambassadeur d'Espagae, encore inexpérimenté des affaires de la cour pontificale, dit entre autres: »Et l'essere (la papauté)

riches s^ trouvaient très bien, car les charges et les emplois de la Curie se vendaient en grande partie. En effet, on achetait un emploi moyennant une somme fixe et on jouissait ainsi d'un revenu fort respectable (jusqu'à 12 %!). Ou bien on plaçait son argent dans les grands emprunts des papes, les monti. Nul endroit n'était plus convenable que Rome pour les placements d'argent, (i) I^es impôts étaient légers, et une foule de gens y passaient leur vie a dépenser leurs rentes. Le concours des étrangers était énorme et faisait circuler l'argent. La ville était belle, la vie y était agréable. Rien de plus naturel, par conséquent, que les ambitieux, les désœuvrés, les aventuriers y affluassent! D'un autre coté les personnes doctes et pieuses, les prêtres de la bonne espèce, en d'autres termes, n'y étaient nullement rares. Ils y venaient chercher le prix de leurs vertus et de leur érudition.

Ainsi, au milieu du XVI:e siècle, la Cour de Rome se présentait sous le double aspect du rendez-vous favori des soUicitateurs d'emplois et simultanément des ecclésiastiques les plus respectables du temps. (2) Pourtant — et surtout depuis le milieu du siècle — on n'y menait plus la vie de cour brillante et variée des temps précédents. Les cardinaux, par exemple, n'allaient plus danser aux fêtes, ils ne fréquantaient plus les bals masqués et ne soupaient plus avec des courtisanes. L'épo-

Principato di natura elettivo à cui possono aspirare tutti i generi degl'hiiomini, l'una et l'altra délie quali conditioni invitano i più vivaci et i più ciipidi di grandezza, e d'honor à venire quà, di maniera che non è di niaraviglia, che qui fioriscano i più acuti ingegni et i più elevati intelletti del niondo«.

(1) PaSTOR. 1, C. p. 386. — RANKE, Werke, t. XXXVII, p, 265.

(2) Ai<BERl, Sér. II, t. III p. 374. — t. IV, p. 31- COMMEN- DONE, Discorso, MS., voir ci-dessous. — A l'égard de la Cour romaine il faut lire le petit aperçu brillant dans le »Instruzione data da Papa Sisto V:o al Cardinale Montait© suo Nepote nell' anno 15S7», HûBNER, Sisto V, t. II, p. 220—221.

que de Paul III et de Jules III vit encore, il est vrai, des somptuosités brillantes, des armées de courtisans oisifs et des scènes d'une vie seigneuriale pompeuse et magnifique. On pourrait même appeler les jours de Jules III le dernier éclat de gaîté insoucieuse de la Renaissance. Mais déjà le courant réformateur exigeait impérieusement le respect pour la dignité de l'Eglise et des manières décentes chez ses ministres. Paul IV inaugura à cet égard une époque nouvelle; par son exemple et par ses actes il réforma la cour, si radicalement, que les contemporains stupéfiés déclarèrent qu'il avait transformé Rome en un monastère (i).

Si l'avènement de Pie IV sembla d'abord inaugurer un régime moins dur, l'application des décrets du concile de Trente eut bientôt l'effet contraire et rendit plus sévères les mœurs de la Cour pontificale. En outre, le nombre des prélats vivant à la Cour décroissait rapidement à cause de l'obligation imposée a chaque évêque de résider dans son diocèse et à cause du nombre diminué par la Réforme des bénéfices disponibles (2). L'aspect de la Cour changeait visiblement (3). La joie, les pompes disparaissaient. La bigoterie, la dévotion gagnaient chacun. S. Charles Borromée, favori de Pie IV, et le pape Pie V étaient des saints. A Rome il devenait indispensable d'être dévot. (4)

L'ancien Camérier de Jules III, Jean François Commendone nous donne, dans un »discorso» composé par lui, certains détails fort intéressants concernant les chances qui se présentaient à ceux qui venaient à Rome chercher fortune, et sur la vie générale à la Cour pon-

(i) Al<BERl, t. IV, p. 48 (L. Mocenigo en 1569).

(2) Paul III avait réduit considérablement le nombre des charges vénales. Brosch, p. 202 — 203.

(3) Al^BERi. Sér, II, t. IV, p. 136-137 (Giac. Soranzo 1565), 213—214 (Paolo Tiepolo 1576).

(4) Ibtd., p. 138. — BASCHET, p. 192.

tificale. A en juger par les copies nombreuses conservées dans les différentes bibliothèques de Rome, le discorso est devenu célèbre même à une époque ou abondaient les discours de ce genre contenant des renseignements sur les mœurs de Rome à l'usage des contemporains. Cela, joint aux qualités personnelles de l'auteur m'induit à rapporter ici quelques points de ce document, bien que Ranke en ait déjà donné un résumé sommaire dans son »Histoire des papes romains» (i). L'ouvrage de Commendone semble dater du commencement du pontificat de Paul IV (2).

L'auteur commence par se moquer un peu de ceux qui n'ont pas réussi ou qui ont eu de la mauvaise chance, de ceux qui ne sont ni riches ni pauvres, qui ne dépassent en rien la moyenne et qui ne comptent pour rien dans les intrigues de la Cour. Ils sont avides, mécontents; ils envient le bonheur des autres, et ils accusent le hasard de toutes les adversités qu'ils subissent. En effet, le hasard compte pour beaucoup à Rome. Les petites circonstances de la vie journalière jouent un rôle considérable dans la capitale de la chrétienté. On y vit au hasard. On y dépense sans compter et on y gagne sans s'y être attendu. Tout y change

(i) Ranke, Werke, t. XXXVII, p. 333 et suiv.; t. XXXIX p. 57—58 (Documents, pièce 48.)

(2) Giovan Fr;co Commendone, Discorso sopra la Corte di Roma (Réponse à Gerolamo Savorgnano) ou bien. Discorso sopra la Carte di Roma di Monsignor Cotn7?tendone vescovo di Zante. P, ex. £a7-b. Lat. 5670. Bibl. Vat. — On arrive à cette date approximative si l'on tient compte de ce que l'auteur parle de la nécessité d'une réforme de l'Église, d'un concile oecuménique ainsi que du désir commun de créer un pape dévot et sévère. (Paul IV ne se montra guère zélé pour l'Église pendant les premières années de son pontificat). De plus, dans la rubrique des manuscrits, l'auteur est appelé quelquefois évêque de Zante, ce qu'il devint en 1555, après le décès de Jules III, etc. ~ Commendone arrive à Rome en 1551.

très vite et très souvent (i). Tout y dépend de la vie d'un seul homme, souvent vieux et d'une santé incertaine, et la mort de cette homme produit un changement radical dans la composition entière de la cour. Car les serviteurs et les favoris du défunt doivent céder la place à ceux du successeur, et l'attitude que celui-ci observe dans les questions vitales du temps est diamétralement opposé a celle de son prédécesseur (2). Rome ne ressemble pas à une ville, mais à une foire ou à une Diète. Certains des emplois se vendent, d'autres se transmettent par hérédité. Un homme, arrivé au pouvoir suprême, prodigue les revenus de l'Eglise à ses parents et à ses favoris, et ceux-ci profitent de leur position avantageuse mais éphémère pour piller autant qu'ils peuvent les fonds du S. Siège. Le nombre des habitants de la ville varie constamment et ses rues et ses places changent de nom continuellement. Aussi, un ami de Commendone prétendait-il que l'on ne peut savoir si l'inconstance du ciel romain dépend de la variabilité de la coixr ou vice versa! (3) La cupidité y est générale et atteint des proportions épouvantables. C'est surtout la famille du pape qui excelle à se procurer toujours des revenus ecclésiastiques (4). Le pape y consent »non per malitia ma per una spensierata negligenza con la quale altro non mira se non à viver lietamente et a godere et conie persona a cui sia pervenuta una grande et inaspettata heredità parte permette che ne sia tolta per non entrare in contese ô travagli, parte ne è prodigo perche non gli pare donare il suo.» Si l'on a une charge on ne pense à la remplir ni consciencieusement ni à l'avantage de

(1) Cfr. à cet égard Ai^beri, Sér. II, t. IV, p. 224.

(2) »Opera quasi direttamente all'opposito del predecessore».

(3) Cfr. Al,BERl, Sér. II, t. IV, p. 185: »Le cose di Roma stanno continuamenlo sul variare.»

(4) Cfr. Al,BERi, Sér. II, t. IV, p. 88 (Girolamo Soranzo 1563).

l'Église, mais on en tire tout le profit pOvSsible et à la fin on la »résigne«, on la lègue à ses parents comme un bien privé. Une réforme de la Curie romaine serait plus que nécessaire. Pour les hommes bons et les pieux, l'existence dans un entourage pareil est presque insupportable. Au surplus, à cause de la foule dépravée qui entoure le pape, il leur est extrêmement difficile d'arriver jusqu'à étaler devant lui la plénitude de leurs vertus et d'en recevoir le prix qu'ils méritent. Ils sont d'autant plus dignes d'éloges s'ils restent vertueux sous un tel état des choses!

En général, celui qui vient à Rome pourvu d'un bon caractère est comme quelqu'un qui tomberait inopinément dans une ruelle obscure: tant les ténèbres y sont intenses. Mais, avec le temps, il s'accoutume à l'obscurité, il s'habitue à voir tout d'un œil clair. Il apprend à ne pas »se scandaliser» de ce qu'il voit et il acquiert l'habileté et l'expérience qu'il faut pour réussir dans le métier.

Commendone passe ensuite à l'étude des chances que rencontre un jeune homme qui vient à Rome pour faire sa carrière. Qui se destine à »la voie des honneurs» — voie pénible à suivre, reçoit le conseil, .s'il est pauvre, de se chercher une place de secrétaire soit chez le pape soit chez un cardinal, soit chez quelqu'autre prélat. S'il vise à arriver à la secrétairerie pontificale (i), il doit commencer par prendre service auprès d'un des «secrétaires majeurs» (un luogo sotto i secretarij maggiori) pour pouvoir dans la suite avancer luimême à secrétaire, emploi qui est d'une certaine importance (2).

(i) Voir ci-dessous, la fin de ce chapitre.

(2) «Perche il Pontefice corne è fatto a di bisogno d'huoniini per la secreteria, et per le facende dello stato, et non vi havendo de suoi à bastanza per la proportione sudetta et andando la cosa per gradi i Richi non vogliono o non possono

S'il prend service chez une personne privée, il commence par devenir par exemple »Camérier* — comme qui dirait valet de chambre — pour passer ensuite, grâce à son intelligence et à son adresse, au rôle de secrétaire. Il acquiert alors facilement une grande influence sur son maître. Il traite toutes les affaires (i) et il peut obtenir bien des choses par son intermédiaire. Il vaut mieux se chercher un patron qui soit encore sans pouvoir, mais ambitieux et remuant, que de lier sa destinée à celle d'un personnage riche et influent, mais qui ne se soucie guère de monter plus haut. Quelquesuns s'attachent aux parents et neveux du pape qui ont auprès de ce dernier plus d'importance que le reste des courtisans, mais tous ces postes ne sont que des positions incertaines. Pour pouvoir vraiment avancer il faut sans cesse se ménager des relations, il faut s'insinuer auprès d'une foule de cardinaux et il ne faut point négliger leurs ^>familiers» et leurs serviteurs. Posséder des connaissances juridiques constitue un avantage important. Car l'accès aux dignités élevées est difficile et il l'est encore plus d'arriver à avoir de l'influence sur les affaires politiques. lycs papes ne veulent guère de serviteurs possédant trop de lumières et d'autorité (2).

C'est ainsi que se prononce le camérier Coramen-

tolerare le fatiche ne gli Ill:ri abbasarsi, et i dipendenti dagli altri Prencipi in moite cose mancano di confidenza. Per il clie la virtù in qtialunque persona et dovunque nata è possente à mettersi inanzi.»

(i) »Se per caso entra à questo ufficio Cam:ro una persona che habbia un poco d'ingegno et médiocre mano di scrivere, spesse volte passa inanti à esser secretario délie cose più secrète et importanti.»

(2) sQuasi ordinariamente i Signori vogliono più tosto servirsi di chi habbia una buona mano à scrivere cbe di chi habbia un bello ingegno».

done. Nous aurons ci-dessous encore l'occasion de revenir à son discours.

Le but premier de ces existences assoiffées d'ambition était d'obtenir le chapeau rouge des cardinaux. Le Sacré-Collège cardinalice n'avait pas encore perdu son ancienne splendeur. Il pouvait encore exercer une pression assez forte sur le Souverain Pontife. Dans les consistoires, c'est à dire, dans les assemblées cardinalices, présidées par le pape lui-même, on délibérait au sujet des questions les plus importantes, et les opinions qui émettaient les cardinaux, avaient une influence décisive sur les résolutions du Saint-Père. Ce ne furent que Grégoire XIII et Sixte-Quint qui, vers la fin du siècle, réduisirent de fait l'importance du collège cardinalice en transformant les consistoires en des séances purement cérémonielles, et en divisant le collège en des congrégations ayant chacune sa compétence limitée et uniquement consultative (i).

Pourtant, au milieu du XVI:e siècle, les signes d'une décadence naissante se font déjà remarquer dans le vénérable corps des cardinaux (2).

D'abord leur nombre était devenu — selon l'avis des contemporains (3) — tout à fait démesuré et rendait impossible à chacun d'eux d'obtenir une position importante. De 45 qu'ils avaient été à l'avènement de Jules II et 32 à celui de Léon X leur nombre s'était élevé à 52 à la création de Jules III, à 68 à celle de Pie V et à 65 à celle de Grégoire XIII (1572) (4). En 1565

(i) Brosch, p. 285—286.

(2) De HûBNER, y contredit: Sisto V, t. I. p. 50 et suiv., p. 150.

(3) Ai,BERT, Sér. II, t. IV, p. 97 et 137.

(4) ClACCONIUS, Vitae Pontificuin, pp. IO37, 1 068, II39, I20I,

1218. Paul III créa 71 cardinaux durant les 15 années de son pontificat !

lO CHAPITRE PREMIER

il avait atteint le chiffre de 75! (i). De plus il y avait une foule de cardinaux pauvres dont la pénurie les condamnait à une insignifiance fâcheuse (2). I/'esprit qui régnait dans le corps des princes de l'Église n'était pas non plus des meilleurs. Les ambassadeurs vénitiens accusent les cardinaux de rechercher uniquement leur avantage personnel et de s'efforcer par tous les moyens possibles de se frayer le chemin à la tiare (3). Ils passent tout leur temps — disent ils — à tramer des intrigues et à calculer leurs chances. Cosnie de Médicis, duc de Florence, les dépeint de la manière suivante dans une lettre confidentielle a son protecteur Pie V:

»Ho scoperto infinitamente l'humore di questi Reverendnni il quale è tutto volto al lor particolare et non di questa Santa Sede. B:mo Padre, io cognosco veramente quella esser circonventa da mali animi, e poco zelanti dell'honore, et utile di questa Santa Sede, onde è tutto volto al fine ô del Pontificato, ô d'aumentar le richezze» (4).

Et il les connaissait, lui, il avait jDarmi eux ses meilleurs amis!

Les Vénitiens affirment qu'on exigeait d'un »sujet papable» qu'il fût un bomhomme facile a mener, prompt a donner et a partager de ses avantages, qu'il ne fût pas trop sévère, ni trop scrupuleux, ni très économe (5).

(r) Ai,BERl, Sér. II, t. IV, p. 137 (la correction de l'éditeur est fausse). A la mort de Martin V il n' y avait eu que 19 cardinaux!

(2) ibid., pp. 97, 136—137. Pastor. t. I, p. 259.

(3) Ibid., p. 43 (Ivuigi Mocenigo 1560), 246—247 (Antonio Tiepolo 1578).-

(4) Fonds Borghèse, Sér. II, vol. 468, f. 3 (copie). Arch. Vat. — La date de la lettre est incertaine. Peut-être a-t-elle été écrite le 16 février 1568.

(5) Ai^bERI, Sér. II, t. IV, pp. 43, 184—185.

Chacun voulait un pape qui lui serait favorable et duquel il pouvait espérer des faveurs personnelles.

On regrettait le manque d'esprits indépendants dans le Sacré-Collège. Il n'y existait presque personne qui eût osé objecter quelque chose aux paroles du pape(i). Les théologiens y étaient rares et sans valeur, mais les jurisconsultes y abondaient, disait en 1569 Paul Tiepolo (2). L'échange d'un poste dans la magistrature civile contre un emploi dans l'administration ecclésiastique, on l'on pouvait monter facilement aux charges les plus hautes, en se faisant ordonner prêtre, était devenu bien commun. On troquait parfois une chaire universitaire contre un chapeau de cardinal. Hugues Buoncompagni, le futur pape Grégoire XIII, en est un des exemples les plus connus. Citons encore Palleotti (créé cardinal le 12. III 1565,-)- 1597), le savant professeur de Bologne, zélé pour la réforme et dont là doctrine brillait au concile de Trente. Le cardinal Simoneta (créé le 26. II. 1561, f 1568) fut lui aussi un jurisconsulte célèbre, légat a Trente en 1561 et Dataire de Pie IV (3).

Les diplomates du S. Siège se distinguaient autant par leur habileté que par leur nombre, de sorte que les traditions glorieuses de la diplomatie pontificale — la plus ancienne de l'Europe (4) — furent maintenus avec éclat. Parmi ceux qui atteignirent la dignité cardinalice il a été question de Morone. Sans contredit il fut un des premiers diplomates de son temps (cardinal le 2. VU. 1542 f 1580). C'était un homme d'une profonde expérience, surtout par rapport aux affaires

(i) Ibid., Sér. II, t. IV, p. 97 (Girolamo Soranzo'1563).

(4) Ibid., p. 183. Cfr. SUSTA, Die Rom. Curie u. d. Concil, p.

XLIIl et suiv.

(3) Pour le titre de Dataire voir ci-dessous p. 34. Les dates concernant les cardinaux énumérés ci-dessous sont tirées, en majeure partie, de Ciacconius, Vitae Pontificum.

(4) KrAUSKE, Stand. Diplomatie p. 8 — 9.

]2 CHAPITRIÎ PREMIER

de l'Allemagne, doué d'un grand tact et d'un sens singulier pour ce qui était possible, (i) bien vu des empereurs et légat en Allemagne a plusieurs reprises, grand ami des jésuites (2) et confident de trois papes consécutifs. Commendone aussi cueillit des lauriers dans le domaine de la diplomatie. Infatigable à parcourir les pays contaminés par l'hérésie, il visita l'Angleterre, l'Allemagne du Nord, la Pologne même deux fois (de 1563 à 1565 et de 1571 à 1573) et fit des séjours prolongés a la cour impériale (3). Il mourut en 1574. On ne saurait guère estimer trop haut les services que ces deux hommes ont rendu à la cause catholique.

Citons comme théologien »pourpré» d'une érudition profonde le Polonais Stanislas Hosius, cardinal de Warinié (cr. 26. IL 1561, f 1579), légat à Trente en 1561. Quoique d'une intelligence plutôt étroite, grâce à son autorité incontestable en matière de théologie, à sa vertu irréprochable et à sa foi éprouvée, il fut appelé à Rome où ces qualités précieuses rendaient sa présence désirée. Il travailla beaucoup à la coversion de l'Allemagne et de la Suède et pour la Pologne, sa patrie, il fut le pilier de la foi chancelante (4).

Guillaume Sirleto (cr. 12. III. 1565, f 1585) fut aussi un exemple de piété. Il possédait les connaissances les plus solides dans les langues de la Bible et dans les Pères de l'Église, ce qui faisait de lui l'oracle de son temps en ces matières. Il fournit aux théologiens du pape, pour les discussions dogmatiques de Trente,

(1) GOTHEIN, p. 141.

(2) Id. ibid., p. 145. ClACCONIUS p. II25.

(3) Commendone était même sur le point d'aborder les pays Scandinaves, voir H. BiAUDET, Commendones légation 1561, dans les Acta Societatis Scientiariun Fennicae. t. XLVII (numéro 19).

(4) Sur Hosius voir A. EicmiORN, Der erml'àndische Bischoftmd Cardinal Stanislaus Hosius, t. I — II, Mainz 1854 — 1855. — BlAUDET, Le Saint Siège et la Stiède, surtout p. 340.

des arguments inappréciables qu'il tirait de l'Écriture Sainte et des Pères. Bibliothécaire de la Vaticaue (en 1570), il l'enrichit considérablement; il assuma la responsabilité de surveiller la réédition de la Vulgate(i).

Son éminent disciple, Saint Charles Borromée (créé le 31. I. 1560, f 1584, canonisé en 1610), joua un rôle important dans l'oeuvre de la réforme catholique. Mais ce n'est que comme évêque de Milan (où il résida depuis 1566) qu'il parvint a réaliser, sur un vaste terrain, ses idées réformatrices. L'Italie septentrionale lui doit en grande partie la restauration de la foi et la réorganisation de l'hiérarchie délabrée. La Suisse, aussi, se ressentit de son activité; le Collège Helvétique, qu'il fonda a Milan, fut un puissant support pour le catho- Hcisme dans ce pays, et la ligue, conclue entre les cantons catholiques, et que vint bientôt renforcer une alliance avec l'Espagne, ne porte pas sans raison le nom de »Ligue Borromée.» L'idée exagérée qu'il s'était formée de sa dignité épiscopale ainsi que des droits de l'Église n'était pas compatible avec la conception tout aussi haute que les gouverneurs espagnols de Milan avaient de leur propres droits, à eux. Les conflits violents qui naquirent de cette divergence de vues furent la cause de soucis graves pour le Saint-Père à Rome. (Nous en reparlerons plus loin) (2).

Hosius, Sirleto et Borromée sont les vrais modèles des apôtres du catholicisme régénéré. Comme preuve de leur zèle religieux, notons que les deux premiers allèrent jusqu'à se dépouiller de tout leur argent pour le donner aux pauvres et qu'il se virent ainsi réduits eux- même à une misère momentanée. Le dernier

(1) GOYAU, Papauté, p. 222 et suiv.

(2) Consulter pour Borromeo: A Sai,a, Vita di S. Carlo Bor-. romeo. Milano 1858 — 1862. 4 vols, — Cantù, Italiani, t. Iir, p. 491—492.

Borromée avait pris pour modèle l'évêque Ghiberti de Vérone.

quoique riclie, et entouré de toute la magnificence de la cour romaine, se soumettait à des privations si atroces qu'elles causaint de vives inquiéetudes à son oncle le pape. — L'aristocratie romaine possédait dans le Sacré- Collège des représentants de marque, tels que Frédéric et Pierdonato Cesi, les deux Sforza di Santa Fiora, le savant Flavio Orsini, Marc Antoine Colonna (f 1597), bibliothécaire de la Vaticane (en 1572) et protecteur des lettres, Prospère Santa Croce (f 1589), savant et diplomate, Giacomo Savelli (f 1587) et d'autres.

Ivcs cardinaux les plus importants étaient cependant les membres des maisons princières d'Italie, les Fai'nèse, les d'Esté et les Médicis. C'étaient eux qui dirigeaient les conclaves, où ils s'efforçaient, sinon de se faire élire eux-mêmes, au moins de faire tomber les votes sur leurs partisans, pour parvenir ainsi à tenir dans leurs mains les fils de la politique romaine.

Alexandre Farnèse, créé cardinal à l'âge de 14 ans, le 21 mai 1534 (il mourut en 1589) put se croire à plusieurs reprises destiné à obtenir la tiare, mais il se voyait toujours exclu par les combinaisons de ses adversaires et il dut se borner à faire élire des candidats proposés par lui. Aussi le peuple l'appelait-il »le faiseur de papes» et, en réalité, on peut dire qu'il a »fait» au moins les papes Jules III, Paul IV et Pie V. Homme aimable, grand seigneur, vrai prince de l'Église, il fut aimé de tous, et jamais personne n'eut à se plaindre de sa rancune, au contraire, on le vantait de ne s'être jamais vengé. Quoique rompu aux affaires dès le temps de son grand'père Paul III, dont il avait été le ministre confidentiel, et représentant l'illustre maison de Parme, son influence sur les événements politiques ne fut pourtant jamais considérable. Il était peut-être un peu trop amateur du faste, et de la bonne vie, des bâtiments et — des oeuvres pies. Sa munificence était proverbiale, son goût artistique et raffiné, et à la fin de

sa vie il se vantait d'avoir accompli deux choses au monde: l'église du Gesù à Rome et sa fille naturelle la belle Clélia! (i)

Son ennemi principal, parmi les cardinaux, devint avec le temps Ferdinand de Médicis, (2) créé, lui aussi à l'âge de quatorze ans (12. II. 1565, en 1587 grand duc de Toscane). Vrai génie politique, le fils du second duc de Florence avait pour but unique de toutes ses actions l'avantage de sa famille. On peut le blâmer de cette faiblesse, mais on ne doit pas oublier que, pour le trône chancelant des Médicis, le Saint- Siège était le seul appui sûr. lyC cardinal (3), plus redouté qu'aimé par ses collègues, réussit à déjouer le plus souvent les projets de son adversaire. En 1585 il détermina l'élection de Sixte Quint (4).

Le cardinal de Ferrare, lyouis d'Esté (cr. 26 IL 1561, i 1586) représentait la troisième grande principauté de l'Italie. Fils de la malheureuse Renée (la fille de Louis XII, connue comme protectrice de Calvin et de Clément Marot, et poursuivie pour ses tendances hérétiques) il resta fidèle aux traditions de sa maison et favorisa les intérêts de la France, ce qui ne fut pas sans importance pour ce pays (5). Son hospitalité n'avait pas d'égale, et ses revenus immenses, qui n'étaient dépassés à Rome, que par ceux du cardinal Farnèse (6)

(1) LiTTA, Fam. Farnese.

(2) Ai,BERl, Sér. II, t. IV, p. 224.

(3) Il faut le distinguer du cardinal Alexandre de Médicis, appelé cardinal de Florence, et devenu en 1605 le pape L,éon

(4) HÛBNER, t. I, p. 155—160.

(5) HÛBNER, t. I. p. 129.

(6) HÛBNER, affirme (t. I. p. 129 n. 4) que Farnèse avait 120,000 sciidi de rentes, d'Esté, 90,000. Au contraire l'abbé Babbi, correspondant de Cosme I à Rome, estime celles du premier à 80,000 seulement (en 1572). Archives d'Etat de Florence, Arch. Med. Filza 359<S, f. 159.

l6 CHAPITRE PREMIER

lui permettaient de mener une vie magnifique, illustrée par les splendeurs du luxe et assaisonnée par les bénédictions des milliers de pauvres qui vivaient de ses secours. Il était d'une intelligence rare, il avait des vues larges, mais il ne réussit jamais à garder une position indépendante dans les conclaves. Ennemi implacable de Farnèse, il suivait souvent les enseignes de son jeune collègue, le cardinal de Médicis (i).

Nommons encore quelques cardinaux notables, représentants officieux de puissances étrangères: Les deux cardinaux Madrucci, le cardinal de Trente (f 1578) et Ludovico Madruzzo (ou Madrucci, f 1600) qui surveillaient les intérêts de l'Autriche, et le cardinal Pacheco (cr. 26. II. 1564, f 1579)1 qui représentait ceux de l'Espagne. Il fut secondé dans cette tâche par Antoine Perrenot, cardinal de Granvelle (créé le 26. IL 1561, f 1586), jadis évêque d'Arras. Après quoi nous le trouvons à Rome, de 1566 à 1571, à Naples, en qualité de vice- Xp'i de 1571 à 1575, puis de nouveau à Rome jusqu'au jour où (en 1579) Philippe II, désireux d'utiliser son expérience et son intelligence pénétrante, l'appela à son service comme ministre et principal conseiller. Dans cette position il acquit, dès lors, une influence considérable, qui se fit bientôt remarquer dans les événements politiques du temps, et que nous signalerons plus loin (2).

En outre chaque pays avait encore parmi les cardinaux son Protecteur, chargé de veiller à ce que les intérêts et la dignité des pays respectifs ne fussent pas lésés. Ainsi, le cardinal de Ferrare était le Protecteur de la France, Farnèse, celui de la Pologne et

(i) HÛBNER, t. I, pp. 129—130 et 155—156. Ai.BKRi, Sér. II,

t. IV. pp 143, 322.

(2) Phii,IPPSON, Granvella, p. 17— 65. — WEISS, Papiers d'État,

p. XVI et suiv.

du Portugal, Ludovic© Madruzzo de l'Allemagne, Morone de l'Angleterre et de la Hongrie: Médicis et Pacheco étaient Protecteurs de l'Espagne. Les Protecteurs se montraient souvent assez dévoués à la couronne qu'ils servaient même jusqu'à oublier quelque fois les intérêts du Saint-Siège.

Mais les cardinaux dépendaient encore sous d'autres rapports des princes. Ces derniers jugeaient souvent à propos de se procurer — à bons deniers comptants — des amis fidèles dans le Sacré-Collège. Ils s'assuraient ainsi une part à l'élection des papes et des moyens d'influencer la politique pontificale (i). C'est ainsi que Cosme I de Toscane avait dans le Sacré Collège toujours un groupe de cinq ou six partisans dévoués sur lesquels il pouvait compter et dont le nombre pouvait facilement s'accroître, dans le cas d'un conclave (2). Mais les rivalités sanglantes des rois de France et d'Espagne furent d'une importance bien plus générale. Dès leur origine elles divisèrent le collège cardinalice en deux partis violemment opposés et qui se combattaient avec acharnement à chaque occasion sans la moindre considération pour le bien de l'Eglise. On les appelait les partis français et espagnol, et l'on parlait publiquement de cardinaux «français» et »espagnols» pour désigner les partisans des deux royaumes ennemis. L'issue des conclaves dépendait bien souvent des forces dont pouvaient disposer ces deux partis (3).

Après le concile de Trente les papes commencèrent

(1) Al^BKRi, Sér. II, vol. V, p. 43—44: »non essendo si pui dire alcun cardinale che, per causa de' vescovati, benefici o pensioni non si sia obligato con qualche principe».

(2) Ai,BRRi, Sér. II, vol. IV, p. 183.

(3) Comme il à déjà été dit l'élection de Jules III fut l'oeuvre de la faction française. — On parlait aussi de la »fazione francese» et »fazione spagnuola.»

l8 CHAPITRE PREMIER

à incliner toujours plus vers la politique espagnole. En même temps les guerres civiles ravageaient la France et eurent pour effet d'affaiblir de plus en plus à Rome l'influence de ce pays. La conséquence en fut pour le collège cardinalice, une forte altération dans le groupement des partis. En réalité la faction espagnole gagna du terrain, la faction française en perdit. De plus, le roi de France manquait de ressources, tandis que le roi d'Espagne se montrait généreux et par son autorité, par la position qu'il occupait en Italie, il pouvait beaucoup dans la ville des papes. L/CS cardinaux, qui obéissaient à ses ordres déjà par le fait qu'ils étaient ses sujets immédiats s'y trouvaient en grand nombre (i).

Cependant Philippe II avait eu des surprises désagréables à certains conclaves (p. ex. en 1555 et en 1559). S'exagérant la faiblesse notoire de son adversaire, il néglige de payer régulièrement les pensions de ses partisans {2). Il arrive qu'il ne témoigne d'intérêt à ce qui se passe dans les conclaves que par un »véto^> opposé à l'élection de tel ou tel cardinal. Ainsi, en 1573, il écarte Farnèse qui, tout écumant de rage, ne s'en soumet pas moins à la volonté du puissant roi (3). Abandonnés à eux-mêmes les cardinaux finissent par se grouper autour de chefs sortis de leur propre milieu, et qui n'ont d'autre ambition que leur propre grandeur: les Farnèse, les d'Esté, les Médicis etc. ainsi qu'autour des »neveux» des papes défunts (4). Ce sont alors des

(1) 16 en 1576. Al,BERl, Sér. II vol. IV, p. 222.

(2) Selon l'assertion de P. Tiepolo en 1569, il n'avait rien payé depuis 1555, pendant dix années consécutives, et même après il ne payait que peu. Ai,BERI 1. c. p. 183. — Soranzo, en 1565, signale déjà que les deux rois ont presque cessé de payer des pensions. Ihid., p. 137.

(3) Ibid. p. 223, 248.

(4) Ibid. p. 183; 223—224; 251.

circonstances accidentelles qui déterminent les fluctuations du haut collège.

Les deux partis traditionnels n'avaient cependant pas cessé de vivre. lyC contraste n'était que momentanément affaibli, mais, vers la fin du siècle (i), il réapparaît plus fort que jamais et prend alors une importance nouvelle. Il s'agit maintenant pour Philippe II, de rehausser par le prestige de l'approbation papale (2) son projet de se soumettre la France, pour Henri de Navarre d'obtenir du pape la reconnaissance de son droit à la couronne de France et de se créer en vue de cela à la Cour romaine un fort parti parmi les cardinaux. Ce n'est que sous le pape Clément VIII. à l'aube du XVILe siècle, que la diplomatie française réussit enfin, à opposer une résistance effective à la prépondérance du parti espagnol dans le vénérable corps des cardinaux romains.

lyc tableau tracé ci-dessus des mœurs et des conditions intérieures de la Cour de Rome, les portraits esquissés de quelques personnages qui y vivaient et y agissaient témoignent, avouons-le, d'un triste avilissement moral dans cette société qui aurait du être le modèle du clergé catholique (3), Et cependant ce serait

(1) En 1578 déjà A. Tiepolo observe qu'un certain nombre de cardinaux touclient des pensions ou de la France ou de l'Espagne et, par d'autres observations encore, il confirme la vitalité manifeste des deux factions adverses. A13ERI, Sér. II, vol. IV, pp. 248—249 et 251.

(2) Ibid., p. 364—365.

(3) Pour ne pas être jugé de parti pris je tiens à faire observer que j'appuie mes appréciations sur les Relazioni des ambassadeurs vénitiens, ces diplomates regardés comme les observateurs les plus intelligents, les plus attentifs et les plus véridiques de leur temps. Jusqu'à présent, du moins, nul historien n'a cru devoir mettre en doute leur perspicacité, ni contester leurs jugements et leurs observations. On sait combien Ranke a puisé a leurs récits. Baschet (qui indique ce fait dans son

une erreur de croire que la Réforme Catholique n'a rien fait pour améliorer l'état des choses. En effet, le grand renouveau ecclésiastique et religieux avait transformé du tout au tout l'aspect extérieur de la Cour de Rome, lycs décrets du Concile de Trente, appliqués à Rome par plusieurs papes consécutifs, dont la dévotion et la vie pieuse étaient incontestables (i) avaient eu l'effet d'embaumer pour ainsi dire la vie publique d'une odeur de bigoterie. La conception générale des devoirs d'un prêtre s'était modifiée et ne permettait plus des allures mondaines et des extravagances scandaleuses chez les ministres du culte divin. Et les prélats aussi bien que les papes tâchaient d'arranger leur vie extérieure — et souvent l'intérieure ■— en conformité avec les nouveaux idéals (2). Si donc les récits des Vénitiens, et autres témoins oculaires tout véridiques qu'ils sont nous représentent cette Cour sous un aspect si triste c'est que la nature des hommes ne change pas aussi vite que leurs opinions, et que le niveau morale et intellectuel des Italiens de la seconde moitié du XVI:e siècle était atteint d'une décadence rapide et irrémédiable (3).

Le but suprême de tout espérance secrète, de toute aspiration mal dissimulée, de toute intrigue hardiment tramée et de tout effort résolu à cette Cour était d'obtenir la dignité pontificale, le pouvoir absolu sur les corps et les âmes de tous les adhérents de l'Eglise romaine. La splendeur éblouissante de cette dignité, les

livre, p. 66 — 70) a dédié un volume entier — i>La Diplomatie Vénitiennes — à relever les mérites des relations vénitiennes, (i) Al,BERi, Sér. II, vol. IV, p. 213.

(2) Si l'on se construisait même des palais et des villas on mettait d'ailleurs soin à bâtir des églises et à 'fonder des œuvres pies, ce que nous verrons plus loin.

(3) Cfr. Cantù, t. III, p. 679—680.

ressources puissantes dont elle pouvait disposer, les jouissances multiples qui y étaient attachées, et enfin, le caractère divin qu'elle possédait aux yeux de tous les catholiques croyants, excitait l'ambition de toute âme portée à la grandeur. Car, ainsi qu'on l'a raille fois fait observer, la particularité de cette dignité si élevée était d'être accessible à quiconque. Pour ceux qui aspiraient à la tiare, la naissance, les liens de parenté ne comptaient pour rien, le talent était la seule qualification requise.

Mais, une fois élevés à cette hauteur transcendentale, les hommes n'hésitaient point, à l'époque dont nous parlons, de se servir des avantages temporels qu'elle leur offrait pour satisfaire leurs convoitises égoïstes. Aussitôt papes ils se mettaient à amasser des richesses et à procurer à leur propre famille une position brillante. Bien que j'ai eu déjà l'occasion de toucher à ce fait, le but visé par cette étude m'oblige de m'arrêter encore une fois à cette circonstance et à examiner avec une attention spéciale un phénomène qui a été d'une importance extrême, non seulement pour l'époque ici en question, mais pour toute l'histoire de l'Italie, je veux dire, du «népotisme» des papes romains.

Dès leur retour d'Avignon et dès la fin du grand Schisme les papes, en leur qualité de souverains du Patrimoine de Saint-Pierre, s'étaient vus contraints à une lutte acharnée contre leurs voisins ambitieux et contre leurs vassaux rebelles (i). Leur dignité de chefs absolus de toute l'Église avait été de beaucoup éclipsée, et ils s'étaient vus réduits à n'être guère que des princes territoriaux en Italie (2). Aussi possédaient-ils tou-

(1) BURCKHARDT, t. I, p. Io8— II3.

(2) Id. ibïd., (p. m) » — indem dasselbe (das Papstthum) jetzt wesentlicli im Geist eines weltliclien italienischen Fûrstenthums lebte und handelte».

tes les passions, toutes les convoitises de ceux-ci, et, du désir légitime d'étendre le plus possible le domaine temporel du Saint-Siège en Italie, il n'y avait, pour ces hommes de la Renaissance, qu'un pas pour suivre l'exemple des princes et des condottieri et chercher à établir, à l'abri de la papauté, une principauté héréditaire, chacun pour leur propre famille (i).

Le premier qui s'adonne consciemment et ouvertement à cette tâche est Sixte IV (2), le célèbre protecteur des arts et des lettres. Dépourvu d'égards et de scrupules il réussit à procurer à son neveu Girolamo Riario les seigneuries d'Imola et de Forli (anciens fiefs de l'Eglise), et devint ainsi l'inaugurateur de cette nouvelle espèce de népotisme qui se proposait de doter les neveux des papes d'états et de duchés en Italie. Depuis des siècles déjà les papes avaient eu l'habitude de favoriser leurs parents, mais toujours dans des limites restreintes et en se bornant à leur distribuer des bénéfices ecclésiastique et des emplois de Cour. Désormais les ambitions les plus violentes se déchaîneront et la fin du pouvoir temporel des papes semble prochain.

Si Innocent VIII et les siens ne suivirent pas l'exemple donné par Sixte IV, cela tenait uniquement à la cupidité monstrueuse et grossière, qui leur interdisait tout autre intérêt que celui de l'argent (3). Mais c'est au terrible pontificat d'Alexandre VI, ce prodige d'abjection morale sur la trône pontifical, qu'il est réservé de montrer jusq'où peut conduire ce nouveau genre de népotisme des papes romains. Césare Borgia, »le virtuose du crime», réussit à se rendre maître de tout le Patrimoine, terrain naguère partagé entre une foule de ducs, de petits tyrans et de petites républiques, et

(1) RaNKE, Werke, t. XXXVII, p. 29—30.

(2) Id. ibid., p. 30 — 31. // Nipotismo di Roma, p. 60.

(3) BXJRCKHARDT, t. I, p. I16— II7.

déjà il étend la main pour saisir la triple couronne qui ceint la tête de son père, lorsque tous deux, père et fils, tombent malades victimes, comme on disait, d'un empoisonnement préparé pour un autre mais qui les atteignit eux-mêmes et qui finit par arracher le père (i). Ce sombre pontificat eut néanmoins ime conséquence bienfaisante: réunis par César Borgia les États de l'Église ne furent plus jamais disloqués.

Les neveux des papes suivants eurent un sort moins brillant. Jules II n'inclinait guère vers le népotisme (2). Pourtant on peut lui objecter d'avoir laissé le duché d'Urbin échouer à son neveu Francesco Maria de la Rovère, quoiqu'il fût en plein droit de réclamer ce fief comme échu au Saint-Siège (3). Plus remarquables sont les essais de Léon X de procurer à son frère Giuliano le royaume de Naples et de s'emparer pour son neveu Lorenzo du duché d'Urbin, augmenté de la Toscane, de Ferrare, etc. (4). Mais par suite de la mort prématurée de tous deux (Giuliano en 1516 et Lorenzo en 1519) ces intrigues restèrent sans résultat. Clément VII le malheureux, installa définitivenent les Médicis à Florence sans diminuer par cela le domaine de l'Église.

Mais l'intégrité de l'État ecclésiastique fut attaquée encore une fois et cette fois-ci avec une telle adresse que l'attentat réussit. C'était le rusé Paul III qui en fut l'auteur. Il réussit après maintes opérations habiles, à mettre les Farnèse en possession de Parme et de Plaisance, villes soumises à la souveraineté papale. Mais il n'avait pas osé tenter ce coup d'audace sans avoir offert aux cardinaux, parmi lesquels il avait rencontré une forte opposition à ses projets, une récompense fictive, consistant en l'abandon à l'Église des

(1) Id. ïbid.. p. 125. V. PASTOR, t. III, p. 490—500.

(2) Pastor, 1. c, p. 570—574. Brosch y contredit, p. 30.

(3) Cfr. Burckhardt, t. I, p. 127—120.

(4) BURCKHARDT, t. I p. 130— 131. — Ntpotismo, p. 8r.

24 CHAPITRE PREmER

villes de Nepi, de Camerino etc. terres nouvellement conquises pour le compte de ses neveux (i).

Les Caraffa, qui vinrent après lui, furent moins heureux. Les neveux de Paul IV firent une tentative violente pour se créer un duché des dépouilles de leurs adversaires écrasés, mais grisés par le pouvoir que le pape leur avait concédé, ils se comportèrent en despotes et en scélérats, et leur chute fut aussi rapide que terrible. Le pape lui-même qui les avait chéris outre mesure, les chassa de sa présence, et bientôt il ne resta même plus la trace de leurs projets ambitieux d'empiéter sur le domaine de l'Église (2).

Ce fut peu après la catastrophe des Caraffa que survint la troisième séance du concile de Trente et la propagation énorme des idées réformatrices. Le pape Pie IV, homme sage et modéré, n'osa pas tenter une réalisation des rêves de ses prédécesseurs, bien qu'on prétende qu'il nourissait l'espoir de réussir à pourvoir sa famille de quelque duché en Italie (3). Il dut se borner à l'enrichir, et s'il ne toucha pas d'autre façon aux biens de l'Kglise (4) il ne se fit en revanche aucun scrupule de doter ses nombreux parents de gros revenus en rentes et en emplois ecclésiastiques (5). Ce fut là une innovation regardée comme heureuse et accep-

(1) BrOSCH, p. 171 — 173. — Nipotisnm, p. 89. — RANKE, Werke, t. XXXVIi; p. 169.

(2) RankE fait valoir {Werke, t. XXXVII, p. 195) que le népotisme de Paul IV ne dérivait point de l'inclination traditionnelle des papes pour leurs neveux, mais qu'il favorisait les siens parce qu'il voyait en eux ses plus fidèles alliés contre le pouvoir de l'Espagne.

(3) Ai^BERT, Sér. II, t. IV, p. 80 (Girol. Soranzo, 1563) et 176 — 177, 178—179 (P. Tiepolo, 1569).

(4) — »non volendo dare a' suoi dello Stato délia Chiesa neppure una pietra». Rel. Melchiorre Michiel (Ai^beri, Ser. II t. IV, p. 12).

(5) Ibid, p. 89—95 (G-- Soranzo) et 176 (P. Tiepolo).

tée avec plaisir par ses successeurs. En effet, à l'exception de son successeur immédiat, Pie V, qui abhorrait le népotisme, les papes prirent dorénavant l'habitude de pourvoir à la prospérité de leur famille en lui abandonnant une partie plus ou moins importante des revenus de la Curie. Pie V promulgua une bulle contre le népotisme (Admonet nos) en date du 29 mars 1567, bulle qui fut confirmée par les cardinaux en plein consistoire. Elle interdisait à tout jamais l'aliénation sous prétexte quelconque, de villes et de territoires appartenant au Saint-Siège (r). Et Grégoire XIII, donnant à cette bulle sa confirmation solennelle, fut le premier de toute une série de papes qui suivirent son exemple.

Ainsi c'en était fini de cette espèce de népotisme qui avait visé à constituer des Etats indépendants (le »staatengrûndende Nepotismus»). Mais elle avait néanmoins joué un rôle important pour le Saint-Siège. Tandis que la Réforme catholique restaurait en grande partie la domination spirituelle des papes le népotisme de ce genre accomplissait l'oeuvre importante de restituer l'intégrité de leur domaine temporel en Italie (2) Grâce aux ambitions dynastiques des papes et de leurs parents les souverains pontifes restèrent désormais les maîtres de tous les beaux pays qui ont formé ensemble les Etats de l'Eglise jusque dans le siècle passé!

Cependant, le népotisme des papes, tout en se développant ainsi que je viens de le décrire, prit une forme nouvelle qui parvint même à survire à la première.

Revenus d'Avignon et contraints à la guerre et à la diplomatie pour se maintenir et pour recouvrer leur pouvoir perdu, les papes se trouvaient brusquement

(1) HiNOJOSA, Dispachos, p. 213. — BrOSCH, p. 247. — RANKE, Werke, t. XXXVII p. 235.

(2) Urbin échut au S:t Siège en 1631 lorsque s'éteignit la maison de la Rovère. — Ferrare fut incorporée en 1597, après la mort d'Alphonse II d'Esté, le dernier de la branche légitime.

avoir besoin d'une politique ou plutôt des instruments d'une politique. Ils n'en étaient pas entièrement dépourvus alors, il est vrai, car la diplomatie pontificale est ancienne, mais, à cette époque de trahisons préméditées et d'égoisme érigé en doctiine il leur fallait des assistants dont le dévoûment ne prêtât à aucun soupçon. Leurs tendances dynastiques rendaient absolument nécessaire la présence de conseillers d'une fidélité allant jusqu'à la complicité. Quoi de plus naturel alors que de recourir à leurs propres parents dont les intérêts devaient être le plus intimement conjoints à ceux des papes mêmes? C'est, en effet, à cette micsure que les papes recoururent.

Tout d'abord, ce phénomène ne se fit pas trop remarquer. Ivcs premiers successeurs de Martin V furent des humanistes et des gens qui ne s'intéressaient pas beaucoup aux affaires politiques: Eugène IV, Nicolas V, Pie II (i). Ils gardèrent pourtant l'habitude, devenue traditionnelle, de créer toujours cardinal un de leurs »neveux» et de l'employer ensuite comme conseiller intime pour excécuter leurs ordres quant aux négociations politiques {2).

C'est de cette manière que les papes de la Renaissance sont constamment assistés des deux » neveux» (au moins), dont l'un laïque, et prêt à saisir le duché ou royaume qu'on pourrait lui procurer, et l'autre, cardinal, est attaché au service intime du pape pour l'aider à administrer les affaires secrètes de la politique (3).

Le premier détenait en même temps quelque haute charge civile, ou militaire: il était gonfalonier de l'Église ou gouverneur de la ville de Rome. L'autre avait

(i) Pastor, t. I et II.

(2) Voir à l'Appendice la pièce 1: liste des Pontifes et des créations de cardinaux neveux.

(3) RANKK, Werke, t. XXXII, p. 300.

une compétence mal définie et limitée uniquement par la volonté et le caractère du pape qu'il servait.

Il va sans dire que sous les papes belliqueux et ambitieux qui se succédèrent depuis Sixte IV jusqu'à Paul IV les cardinaux-neveux exception faite pour César Borgia, lequel, comme on sait, terrorisait même son père, n'avaient guère d'influence politique et qu'ils n'étaient, en réalité, que le premier serviteur de leur maître. Pourtant, dès le commencement du XVI:e siècle il devient intéressant d'observer le développement de cette institution des cardinaux-neveux, et de constater comment elle devient peu à peu une coutume reconnue et indispensable de l'Eglise ou, du moins, de la Cour romaine (i). Mais il est nécessaire de faire attention à une autre phénomène qui se perpétue à travers les pontificats simultanément et parallèlement à celui des cardinaux-neveux: l'institution du secrétaire domestique.

A mesure que la charge du cardinal-neveu devient de plus en plus stable et que ses fonctions augmentent avec l'accroissement des relations diplomatiques il lui devient nécessaire d'avoir à sa disposition une chancellerie spéciale avec des employés à lui. Le vieux .collège des Secrétaires Apostoliques semblait pouvoir en offrir la matière. Par bulle du 31 déc. 1487 Innocent VIII transforma la Secrétairerie Apostolique de manière à ce qu'une partie modeste pût en être détachée pour répondre au besoin croissant d'une véritable Secrétairerie d'Etat (2).

Voici quelques points de la bulle qui se rapportent plus intimement à notre sujet:

(i) V. l'Appendice, pièce 1.

(2) Magnum Bullarmm Romamim, t. I. p. 441. — (Dans l'édition moderne du Bull. Rotn., de Turin, elle se trouve au t. Y. p. 333). A la Bibliothèque Vaticane j'ai consulté le MS Ottob. 492. — Pastor ne fait mention de toute la bulle qu'en passant (t. III. p. 270—271). — V. aussi V. SlCKEI,, Rom. Ber. t. I, p. 40—41.

28 CHAriTRE PREMIER

Les soi-disants secrétaires (i), que les pontifes romains ont eu l'habitude de s'adjoindre pour le maniement des affaires publiques, ont été réduits, par les papes Calixte III et Pie II, au nombre de six seulement. Mais pour racheter la mitre et autres objets précieux qu'on avait été forcé d'engager récemment, pour se procurer de l'argent enfin, le pape a résolu de créer dixhuit nouveaux emplois de Secrétaires Apostoliques (et de les vendre tous les dix-huit pour la somme de 62,400 florins d'or!). La Curie en tirera du reste un profit même idéal, et notamment i>faciUori, celeriori, diligentiori et inagis accuratae expeditioni Brevium et aliarum litterartityt Apostolicaruni, quae per eosdeni Secretarios tant in Cancellaria, qum?z per Cameram sécrétant Pontifias pro iempore expediimtur-» (2). On conférera à ces secrétaires le rang d'évêques ou de protonotaires, en général de prélats, s'ils ne le possèdent déjà pas avant leur nomination (3), Ils formeront ensemble un collège fermé •>'>c7im comuni arca sive bursa, sigilli, capella, capellano et aliis collegialihus insigniis-» qni jusqu'alors avaient été concédés aux secrétaires des papes, et ils auront tous les émoluments et tous les privilèges de

(i) Les ^secrétaires» nous sont connus dès le temps de l'Exile. Ils écrivaient les brefs etc. Bresst,au, Handbnch, p. 243.

(2) Les bulles pontificales pouvaient à cette époque être expédiées de deux manières différentes, ou par la voie de la Chancellerie, ou par celle de la Chambre Apostolique. »La via di cancelleria comportait à la fois beaucoup de formalisme et beaucoup de frais; la via di caméra réduisait le formalisme et maintenait les frais». GOYAU, Gouvemem. de l'Église, p. 88. —

(3) Quod nostri et pro tempore existentis Romani Po?itificis Sccretarii debeaiit esse . . . Et in Notariatus dictae Sedis officia, aut in Episcopali vel maj'ori Ecclesisatica dignitate constituti vel asstanpti . . . eortmi singulos, qui in hujusmodi Praelatura, atit dicto Notariatus officia adhuc constituti non erant, in ej'usdem Sedis Notariés asstimimusi> . — Dès le XIV:e siècle les notaires curiaux étaient appelés protonotaires (Bressi^au, p. 232).

ceux-ci. Ils seront placés sous l'autorité du Cardinal Vice-Chancelier (i), ils devront être i>famiUares domesticù et •!> commensales-!) du pape, ce qui veut dire qu'ils recevront leur nourriture de la table papale et qu'ils feront partie de sa Cour personnelle. Ils auront dans les palais du Vatican leur office et leur demeure commune.

Le bureau des secrétaires recevra le nom de »Secrétairerie Apostolique* (2). Aux secrétaires incombera de noter, de taxer, de souscrire et d'expédier toutes les bulles parfaites et plombées. Ils pourvoiront de même à l'expédition des »lettres apostoliques» (3), et sur les bulles et les lettres ils percevront certaines taxes, réglementées par d'anciens statuts. (Etant donné qu'ils formaient un collège fermé il leur était prescrit de rassembler en une caisse générale tous les émoluments que rapportait leur office et de se les partager ensuite en des quotes égales. Le secrétaire domestique, dont il sera question tout à l'heure, percevrait deux parts, les autres une seule).

Le collège des Secrétaires Apostoliques n'était ainsi qu'une simple section de la Chancellerie papale qui expédiait les résolutions du pape et qui percevait sur elles des impôts prescrit^. Et pour rendre l'image complète rappelons encore que les charges de secrétaires étaient à vendre, qu'elles étaient à vie, et ajoutons

(i) Après Célestin II (ou plus exactement après l'année 1:43) le chef de la chancellerie pontificale s'appelle cancellarius et est toujours un cardinal. Depuis Honore III (1216— 1227) il n'est plus cardinal et il s'appelle alors vice-chancelier. Mais lorsque Boniface VIII revient à l'ancien usage de nommer à cette charge un pourpré le terme de vice-chancelier resta cependant comme désignant le chef de la chancellerie. (Bresslau, p. 200 — 209).

(2) ... -Dvoceturqîte loctis hujusmodi, et sit actu Secretaria Apostolica» .

(3) ... ■!> litterartim Apostolicarttm quae per eandem Camerani secretam pro ternpore expedhmttir-» .

qu'elles ne pouvaient être occupées que par des personnes approuvées par les membres du collège même.

Jusque là donc la bulle d'Innocent VIII ne contient à première vue rien qui corresponde aux nouveaux besoins de la politique que la Curie romaine était en train de se former. Mais la constitution renferme un passage que j'ai sauté à dessein et que je cite ici tout entier, vu son importance pour les études qui vont suivre. L^e voici:

»E^(i) quia nobis et pro tempore existenti Romano Pontifici expedit habere praeter praedictos Secretarios, unum alium Secretarium domesticum, in Palatio praedicto assidue residentem, oui liceat nosira et Romanae Ecclsiae nostrae [négocia] sécréta^ nostrum et ejusdeni Ecclesiae, attt orthodoxae fidei statum concernentia, quandocunque fuerit a nobis jussus, légitime expedire, cuique (ne de infrascriptis^ aut quibusvis aliis praedicti Secretariatus officii emolumentis se impedire, aut cum eisdem Secretariis ullam controversiani habere possit aut debeat) conveniens est, ut ex dicti officii Secretariatus emolumentis, pro decenti ejus status substentatione honesta aliqua portio assignetur, eadem auctoritate ordinamus, quod quoad titulum Secretariortmt eorunde^n, et praedictarum rertcm secretaruin duntaxat legitimam expeditionem possit per nos et pro tempore existente?n Ro^nanum Poiitificem unus ex praedictis vel alius Secretarius ultra praedictu^n numerum deputari^ et si ut praefertur, qiialificatus non exister et. Qui tamen de officto, et loco praedicto, ac portionibus emolu?nentorum extra mtmerum per eum percipie^îdis minime disponere possit, sed ab illis pro solo nutti nostro, et pro tempore existentis Romani Pontificis amovibilis existât, quoad reliqua vero, quamdiu officium exercuerit, pari qua alii Secretarii^ favoris et honoris praerogativa potiatur^. —

(l) Magnum Bull. Rom. t. I, p. 442 (§ 14).

Il résulte donc qu'en dehors des secrétaires ordinaires (ou bien aussi parmi eux) le pape choisirait un secrétaire spécial appelé »secrétaire domestique», pour »les négociations secrètes du pape et de l'Eglise romaine», ainsi que pour «celles concernant les affaires du pape et de l'Eglise ou de la foi orthodoxe». Il serait nommé et choisi librement par le pape, sans égard aux privilèges accordés au collège des secrétaires, et destitué de même. Il résiderait constamment au palais du Vatican, Ea bulle prévoit même qu'il pourrait être une personne ne possédant pas les qualifications nécessaires à un secrétaire apostolique.

Il me paraît clair qu'Innocent VIII voulait par les expressions un peu vagues du texte chercher à détacher le plus possible le nouveau fonctionnaire des autres secrétaires (i), l'attacher intimement à son service personnel et en faire son aide immédiat et loyal pour »les négociations secrètes de la politique» (2). Et c'est pour cela que l'institution du secrétaire domestique marque une étape nouvelle dans l'histoire de la diplomatie pontificale (3)

(1) Les secrétaires apostoliques formaient surtout au XV:e siècle une corporation très considérée oti on acceuillait avec prédilection les latinistes et les lettrés. Des humanistes illustres trouvaient facilement un emploi comme «secrétaires» à la Curie.

(BURCKHARDT, t. I. p. 252—253. PASTOR, t. I. p. 253 et suiv.).

Bien souvent les secrétaires étaient chargés de missions diplomatiques auprès des princes étrangers, et ils jouissaient de toute espèce de charges honorifiques et confidentielles. (V. aussi l'Information de Carga, dans Laemmer. Monum. Vat., p. 458).

(2) TvAElMMER, p. 462—463.

(3) La bulle d'Innocent VIII fut confirmée et la compétence des secrétaires apostoliques spécificée et amplifiée par Alexandre VI, Jules II, Léon X, Clément VII et Paul III. (MS. Ottob. 492, Bibl. Vat.). — Le raisonnement de Carga à la page 465 (Laemmer) ou il affirme que l'importance du secrétaire domestique aurait été amoindrie par celle du cardinal-neveu, auquel il aurait plus tard été subordonné, me semble un peu

Iv'affinité entre la position du secrétaire domestique et celle du cardinal-neveu saute aux yeux. Je dois avouer que je n'ai pas pu démêler quelles furent leurs relations réciproques aux premiers temps. Mais un peu plus tard, durant le pontificat de Léon X, l'occasion se présente de faire à cet égard des observations précises.

Le » cardinal-neveu» de Léon X était son propre cousin Jules de Médicis. Après la disgrâce du cardinal de Bibbiena c'est à lui que- le pape avait confié la direction des négociations secrètes et peu à peu de toutes les affaires de sa politique (i). L'habileté et la prudence dont il fit preuve sont connues et devenues célèbres. Dans sa tâche il était secondé par son secrétaire Giovan Matteo Ghiberti, plus tard évêque de Vérone. Si l'on regarde aux faits plutôt qu'à la forme, on est tenté de dire, que c'est lui, Ghiberti, qui remplit les fonctions de secrétaire domestique sous Léon X. En effet, selon la relation de l'ambassadeur vénitien Luigi Gradenigo, (de l'année 1523) (2) Ghiberti se rendait chaque matin auprès du pape pour recevoir ses instructions touchant les affaires importantes de la politique et ses ordres qu'il avait ensuite à faire exécuter. Il remplit donc les fonctions qui incomberont, nous allons le voir, aux secrétaires domestiques des papes suivants.

suspect. Il doit se référer à des circonstances contemporaines à la composition de son «Information». J'y reviendrai a l'occasion. — PlEPER, (Entstekungsgesch., p. 5) et V. SlCKEI, {Rom. Ber. I, p. 43) se sont rangés de l'avis de Carga.

(i) Ai,BERi, Sér. II, t. III, p. 52 (Marino Giorgi 1517), p. 64 (Marco Minio 1.520) et p. 68 (Luigi Gradenigo 1523). — V. le récit de PasTOR, t. VI, p. 360 — 362. Notons que Bibbiena avait été le secrétaire particulier de Léon X durant son cardinalat.

(2) Ai,BRRi, Sér. II, t. III, p. 7o: Il primo che entrasse in caméra era Giovan Matteo, segretario del cardinal de' Medici, al quale spediva le cose di stato d'importanza. (V. PAvSTor, t. IV, p. 397.).

Le secrétaire domestique de Léon X, l'officiel, était Pietro Ardiiighello, qui écrivait les lettres aux nonces sous la direction du cardinal de Médicis et à son inspiration. Le pape avait l'habitude de lire et de corriger lui-même ce qu'il avait écrit (i). Il résulte de ce que je viens de dire que l'importance de cet Ardinghello n'a pas pu être grande, et qu'il n'a sans doute été qu'un simple instrument du cardinal de Médicis.

Adrien VI n'avait pas de cardinal-neveu. C'était »son secrétaire» Théodore Hezius, qui l'aida à manier

(6) HiNOJOSA, Dùpachos, p. 48. — PlEPER, EnUtehungsgesch., p. 5. — La liste des prélats domestiques de Léon X {-oRoUUus Familiae S:mj D. jV.» MS. Fat Lat. 8598, Bibl. Vat.) ne cite aucun prélat qui fût appelé »Secretarius» ou »S. doraesticus S. S.» ou quelque chose de semblable. Elle nomme l'un après l'autre, mais sans attribut quelconque, D. Petms Bembus et D. Jacobns Sadoletus. En réalité ces deux prélats sont appelés souvent par les historiens »les secrétaires de Léon X». Ils l'étaient sans doute aussi, mais ils n'étaient probablement que des secrétaires apostoliques, puisqu'ils écrivaient ses brefs et avaient pour objet principal de prêter du st3de et de l'élégance à ses actes latins. Selon Carga (LaemmER, p. 464) ils étaient secrétaires des brefs secrets. (Léon X avait séparé de la Secrétairerie Apostolique la Secrétairerie des Brefs secrets, composée de deux membres). Il est de l'avis, du reste, que cette innovation avait diminué la compétence du secrétaire domestique. Cependant, selon la constitution, à celui-ci n'incombait pas d'expédier des brefs. Carga affirme en outre que les secrétaires des brefs secrets étaient appelés aussi ysecretan'i do?nestici, et secreth. Peut-être cela explique-t-il les expressions comme i>secreiarii-

nostri domesticï» et -^^er secretarios domesticosi> qu'on rencontre dans quelques statuts pour le secréteriat de Léon X et de Paul m. Il est bon de noter encore, qu'au milieu du XVI:e siècle une certaine confusion régnait quant à l'épithète du secrétaire domestique. (A l'égard de Sadoleto je dois ajouter l'observation de PiEPER (Legaten tend Nuntïen, p. 121, la note i) qu'il redevint (?) secrétaire des brefs secrets en l'année ^552). — Voir BURCKHARDT, t. I, p. 251—253. — GOTHELN, p. 117—118.

les affaires politiques (i). Ce dernier a donc dû être son secrétaire domestique.

Clément VII avait trois neveux cardinaux, Salviati, Cibo et Ridolfi, mais il ne leur accorda d'abord aucune influence sur les affaires d'État (2). Il employa de préférence deux serviteurs favoris: Ghiberti, son ancien secrétaire — notons-le — , dont il avait fait son dataire {3) et Nicolas Schomberg, un Allemand qui portait lui aussi le titre de secrétaire et qui fut employé pour les transactions avec l'Empereur auquel il était dévoué. Son influence déclina fort vers la fin du pontificat (4). Ghiberti s'étant retiré dans son diocèse (1527) le cardinal Jean Salviati prit une grande part dans la direction des affaires politiques de Clément VII. Il paraît en

(i) Hess ou Hezius ( MaurEnbreCHER, p. 212. — Ai^beri, Sér. II. t. III, p. 76 (Gradenigo). — Son dataire Enckehoever avait aussi de l'influence sur lui.

(2) Rel. de Marco Foscari, 1526. Alberi, 1. c. p. 127—128. Il est caractéristique que les parents du pape devenus cardinaux et l'entourant comme favoris sont appelés toujours ses «neveux», indépendamment de leur degré de parenté. Ainsi, les «neveux» de Clément VII étaient en réalité les neveux de son cousin Léon X et ce pape lui-même avait été le «neveu» de ce cousin Léon X! (Ai^bEri, 1. c. p. 52: »il suo (Léon X) nipote cardinal de' Medici»; p. 64: »I1 cardinal de' Medici suo nepote»). On désignait par ce nom plutôt leur position que leur affinité, on indiquait l'institution plus que la personne.

(3) La daterie s'est développée au XIV:e siècle de la soidisante Data communis, bureau de la Chancellerie où étaient reçues les suppliques (BRESSr,AU, p. 231). Goyau définit son rôle de la manière suivante: •» Sii;ppUche heneficiali ^t Suppliche matritftinïdli, concessions de bénéfices ecclésiastiques, et dispenses d'empêchements de mariage: voilà ce qu'accorde la Daterie. Jadis

la présidence de cette administration appartenait à un prélat, qu'on nommait dataire; depuis plus de trois siècles, cet office est exercé par un cardinal». (Gouveme^nent de l'Eglise, pages 94 et 96.

(4) Ai,BEïa, Sér. II, t. III, p. 128 (Marco Foscari 1526) et 268—269 (Gasp. Contarini 1531).

effet avoir occ\ipé la position déjà traditionnelle d'un cardinal-neveu (i).

Pour >->les choses d'État», Clément VII avait le secrétaire Giovan Battista Sanga (2), «ancien secrétaire et élève de l'évêque de Vérone» et, plus tard, son successeur. Il me semble hors de doute que, sous Clément VII, c'était ce Sanga qui répondait à la fonction de secrétaire domestique {3). — En même temps que Sanga Jacopo Salviati, le père du cardinal, servit le pape comme «secrétaire» des affaires politiques, et après sa mort (en 1533), le nouveau favori du pape Pierre Carnesechi aidait son maître à rédiger la correspondance avec les diplomates de la Curie (4). Ainsi, durant le pontificat de Clément VII, l'administration supérieure des affaires politiques présente un caractère indécis, et l'organisation de la secrétairerie semble varier souvent (5). On remarque un manque déplorable de centralisation, fait qui n'a pas dû être utile à la politique de ce pape. Aussi, les successeurs n'ont pas

(i) Ihid., p. 279 (Ant. Soriano 1531). Il est curieux de constater l'importance, en matière politique, que Adrien VI aussi bien que Clément VII ont accordé à leurs dataires.

^2) Ai^BERl, 1. c. p. 267, (Contarini 1530): »Usa il pontefice per segretario il Sanga nelle cose di stato». — PiEPER, E^itstehungsgcsch.y p. 6. la note.

(3) Benvenuto Cellini l'avait vu au côte du pape (VUa, éd. Bacci, p. 99).

(4) HiNOjoSA, p. 66—67. PiEPER, 1. c. p. 6.

(5) Sadoleto fut quelque temps à la tête des communications entre les nonces et la Curie. Sanga lui succéda (PiEPER. 1. c. P- 5—6). PiEPER affirme que »nacli dem Sacco di Roma tritt uns das Amt des secretario intimo entgegen zunâchst in der Person Jacopo Salviatis», etc. Je ne sais guère s'il en était ainsi. Il est vrai que le pape employait beaucoup Jacques Salviati, marié à sa cousene I^ucrèce de Médicis, (v. Ai,BERi, 1. c, p. 267) mais son fils Jean jouissait encore plus que lui de la confiance du pape {ihid, p. 279). Les Vénitiens ne mentionnent pas que Jacques ait été »son secrétaire».

36 CHAPITRE PRE;MrER

tardé de corriger le défaut et de rendre plus concentrée la direction de ce que nous appellerions la secrétairerie pontificale. On peut dire en général cependant, que vers la fin de ce même pontificat l'état des choses a repris son aspect régulier. Nous retrouvons un cardinal-neveu à la tête des négociations et un secrétaire domestique qui fait les expéditions, dans l'ordre déjà consacré par l'usage.

Durant le long règne de Paul III les institutions en question subirent une foule de variations dont il n'est pas possible de suivre les détails (i). Le petit-fils du pape, Alexandre Farnèse, était alors cardinal-neveu. Mais à cause de sa jeunesse — il n'avait à sa création que quatorze ans — il ne put pas prendre immédiatement la direction des affaires. C'est pourquoi Paul III n'avait au commencement personne comme aide et conseiller, »peut être parce que, ayant été si longtemps cardinal il a confiance en lui-même et en son âge» dit le Vénitien Antoine Soriano (en 1535) (2). En 1537 le jeune cardinal est placé à la tête de la politique de son grand-père ett nommé chef de la Secrétairerie d'État, dont l'existence est déjà incontestable bien qu'encore rudimentaire. Remarquons que les nonces et les autres représentants diplomatiques du Saint-Siège avaient ordre d'adresser leur correspondance à Farnèse et non au pape (3). Mais comme il était toujours fort jeune

(i) Par exemple, Carga affirme (LaKmmiîR, p. 464—465) que rinvStitution du Saint-Office (en 1542) avec son inquisiteur spécial pour les affaires »de la foi orthodoxe» avait privé le secrétaire domestique d'une partie de sa compétence.

(2) Al,BERl, Sér. II, t. III, p. 331.

(3) PrePER, Leg. u. Nuntien, p. 135. — Citons ce que dit Susta à propos de la secrétairerie au XVI:e siècle (p. XXX):Das Geheimsecretariat war noch im 16. Jahrhundert die am wenigsten stàndige curiale Behôrde. Fast unter einem jeden Papste wechselte die Leitung und Zusammensetzung. Ks war weniger

OU lui donna pour aide son ancien précepteur Marcel Cervino, qui devint ainsi pour quelque temps le vrai ministre de Paul III. En 1539 Bernardin Maffeo (i) lui succéda comme secrétaire. Il est difficile de constater qui était durant toutes ces péripéties le vrai secrétaire domestique de Paul III. Pendant les premières années de son pontificat, et précisément jusqu'à la fin de 1537, cela a dû être »le premier secrétaire» Ambrogio Recalcato (2). C'est à lui que sont adressées même les dépêches des représentants diplomatiques de la Curie (3). Mais il tomba en disgrâce, et du jour où le cardinal Farnèse prit officiellement les rênes de la politique pontificale il disparaît. Cela est intéressant parce que cela prouve qu'à cette époque déjà il existait une certaine rivalité entre l'office du cardinal-neveu et celui du secrétaire domestique. Recalcato, Cervino et Maffeo cumulèrent les fonctions de secrétaires-conseillers du cardinal Farnèse, et celles de secrétaires domestiques du pape. — Donc, durant le pontificat de Paul III: au commencement prépondérance pour le secrétaire, à la fin pour le cardinal-neveu!

ein testes Amtscollegmm als eine Gruppe von Vertrauensmâunern des jeweiligen Papstes, zur Erledigung der diplomatischen Geschâfte bestimmt, den Befehlen eines Cardinaluepoten unterstehend und von einem Vorstande, dem Geheimsecretâr, geleitet, blieb sie mit dem Papste selbst in tâglicher Beriihrung und erhielt von seiner Persônlichkeit das eigentliche Geprâge.

(i) PlEPER, Enistehungsgesch., p. 7. — Cervino fut crée cardinal la même année (le 12 déc.) et c'est alors qu'il quitte son service de secrétaire. Mais jusqu'à son départ poxir le concile de Trente, en 1545, il reste toujours le conseiller et l'assistant de son ancien disciple. Et ce n'est qu'à partir de cette date que Farnèse devient le vrai directeur de la secrétairerie pontificale. (PlEPER, 1. C, p. 6—7. — HiNOJOSA, p. 85—86).

(2) PlEPER, 1. c, p. 6.

(3) HiNOJOSA, p. 85.

Avec le pontificat de Jules III une lumière nouvelle se fait sur les destinées de la secrétairerie des papes et sur l'histoire des cardinaux-ministres. Jules III s'empresse de donner à l'office du secrétaire domestique une forme plus précise, plus brillante, et qui répond peut-être mieux aux intentions exprimées dans la bulle d'Innocent VIII. Il nomme a cette charge Jérôme Dandine (i), évêque d'Imola, qui s'était déjà signalé comme secrétaire sous Farnèse aux temps de Paul III (2). Dandino «écrirait et signerait au nom du pape et recevrait la correspondance qu'on envoyait au Saint-Siège.» (3) Le pape lui subordonna trois autres secrétaires, qui eurent chacun son ressort spécial, en ce qu'il se partagèrent les nonciatures entre eux: Jules Canano, Angelo Massarello et Triphon Bencio. C'était donc là une secrétairerie d'État complète. — Selon v. SiCKEi.(4) Cervino, »le fonctionnaire modèle>^ prêtait au tout les lumières de sa longue expérience.

En automne 1551 Jules III assigna la dignité de cardinal-neveu à son favori et neveu adopté Innocent de Monte, promu au cardinalat le 31 mai 1550. Il donna ordre d'adresser à celui-ci toutes les dépêches des nonces et fit signer par lui toutes les lettres expédiées aux délégués du Saint-Siège (5). Mais le cardinal n'avait

(1) PlEPER, Leg. u. Ntmtien, p. 12 1.

(2) V. Al,BERI, Sér. II, t. III p. 339—340. — HiNOjOSA, p. 86.

(3) >->Hae eadem hebdomade (environ le lO février 1550) Pontifex officiales creavit, videlicet: Hiero7tymum Dandmum Ep. Ituoletiseiit, secretarium, qtii etia?n literas no7nine Pontificis serihendas S7g7taret, et, qitae ad S. Sedem mitterentur , reciperet. Tresque altos secretarios addidit, videlicet Jtiliutn Cannomim, Ferrariefisetn, et tne Atigehim Masaa- ?-elhim de S. Severi^io^ Camerinensem Diaconum, ac Triphonem Beitcium

de Assîsio-i>. Diaire de Massarelli, chez Dôl^ijNGER, Tagebikher, p. 262.

(4) Jiôm. Ber. I, p. I04.

(5) Cfr. PiEPER, Leg, u. Ntmtien. p. 122 en particulier la note 3. — Je donne ici une autre lettre dans le même genre: Le cardinal de Saint George (Capodiferro) écrit au card. de Monte,

alors que dix-liuit ans. Il pouvait à peine fatre honneur, même de nom, à sa charge: le vrai ministre fut encore Dandino qui avait été mis à ses côtés comme assistant et conseiller. Notons qu'il fut créé cardinal le 20 déc. 1551 (i). Sa situation était alors à peu près celle de Cervino dans la période de 1539 à 1545. Mais il est remarquable que, quoique devenu cardinal on continue à l'appeler secrétaire domestique ou »intime» du pape (2). Cependant fut donné à Canano la charge de faire les expéditions et de faire le rapport auprès du pape (3), de sorte que les fonctions de secrétaire domestique furent en réalité partagées entre les deux. On eut alors à la direction des affaires d'abord un cardinal-neveu doué d'un pouvoir complètement factice, puis un secrétaire domestique — ou secrétaire intime comme il commençait à être appelé — avec un pouvoir vaste mais peu défini, puis encore un autre secrétaire »domestique» en qualité probablement de chef de la secrétairerie (4), et subordonné au précédent.

A cette hiérarchie se rattachait le bureau de la secrétairerie d'Etat, dont la composition varia considérable-

de Ravenne, le 20 déc. 1551: »Havendo presentito et non senza piacere et molta sodisfattion mia che N. S:re vuol metter nelle mani di V. S. Ill:nia et R:ma le speditioni di tutti i negocij, mi e parso non dover restare di rallegrarmene insieme con lei, corne faccio con questa». Arch. Vat. Principi vol. 20, f. 57. — Les dépêches étaient d'abord ordinairement adressées au pape même, puis à l'évêque d'Imola, appelé »Secretario di N. S»., et à partir de la fin l'année 1551, le plus souvent, au card. de Monte. PiEPER note (1. c., p. 124) que Canano signe les instructions aux nonces à partir du 31 mars 1551, lorsque Dandino cessait de le faire. — Le pape se plaisait parfois lui-même à dicter les lettres politiques {ibid., p. 123 — 124).

(i) CiACCONius: anno Christi 1551 die Veneris 13 kal. Jan.

(2) PiEPER, 1. c. p. 123, la note I.

(3) SlCKEI,, Rôjn. Ber. I, p. 104.

(4) PiEPER, Leg. u. Nuntien, p. 125. — HiNOJOSA, p. 96—97.

ment durant les cinq années du pontificat de Jules HT. Les célèbres «Rôles» conservés à la Bibliothèque Vaticane nous donnent quelques renseignements sur le nombre des employés qui y travaillaient: le 20 mars 1552 ils étaient au nombre de 8, le 10 juillet 1554 ils étaient 7 (i). Aucune spécification ne nous est fournie au sujet de leurs attributions et de leurs devoirs.

Marcel II, Cervino, n'eut pas le temps d'entreprendre la réorganisation de la secrétairerie qu'il avait jugée nécessaire depuis si longtemps déjà (2).

Mais Paul IV fit quelques pas en avant dans cette voie. Après avoir songé un instant à charger le cardinal Farnèse de la direction des affaires (3), il la donne à son neveu favori Carlo Caraffa. Il crée cardinal ce soldat brutal (le 7 juin 1555) et il prescrit que toute la correspondance des nonces doit lui être adressée (4). Mais il ne paraît pas cependant l'avoir jugé apte à bien remplir la fonction de ministre, puisqu'il lui assigne comme secrétaire le célèbre orateur et éjjistolier Giovanni Casa (5). La position de Casa se rapprochait

(i) Compris toujours les nommés Canano, Massarello et Bencio. Il est curieux que Canano ne soit jamais nommé le premier. La liste s'ouvre dans les deux plus anciens rôles par Massarello, dans les deux cités ci -dessus par Romulus Amaseus. Dans le quatrième rôle Canano a pourtant 4 serviteurs, tandis que ses collègues n'en ont que 3 ou même un seulement.

— Les rôles de Jules III sont les premiers conservés à la Bibl. Vat. — A noter que Amaseo se trouve encore dans le rôle du 10 juillet 1554, tandisque selon PiepER {Leg. u. Nuntien, p. 121— 122) il meurt en- 1552 et a pour successeur, le 25 juillet 1552, P. Sadoleto, évêque la Carpentras.

(2) Carga, Laemmer, p. 461. (SickEI,, Rôm. Ber. I, p. 13).

(3) PlEPER, Leg. u. Nwitien, p. 184.

(4) Id., ibid., p. 184 — 185. — Les manuscrits Barb. Lat. 5709

— 5713 (Bibl. Vat.) contiennent une partie considérable de cette correspondance.

(5) V. HiNOjoSA, p. 107—108, où l'aiiteur fait valoir la su-

probablement de celle de Cervino sous Paul III ou plutôt de celle de Dandino sous Jules III, et il était évidemment le secrétaire domestique de Paul IV. Il ne fut pas créé cardinal, et il mourut bientôt (le 14 nov. 1556). Il eut pour successeur Silvestro Aldobrandini (i) qui ne resta pourtant pas longtemps à son poste. Car peu avant la chute des Caraffa il tomba en disgrâce et fut congédié (mai 1557). Carlo Caraffa le suivit dans le malheur, et fut remplacé par le jeune Alphonse Caraffa (?.), créé cardinal en novembre 1557. Paul IV conserve donc encore la charge de cardinal-neveu, mais il semble que durant ses deux dernières années il soit resté sans secrétaire domestique.

Il avait cependant autour de lui une foule d'autres secrétaires travaillant à la secrétairerie politique et remplissant tous ensemble la fonction qui originairement avait été celle du secrétaire domestique. Ils sont mentionnés dans un rôle du mois d'août 1556, oiî ils sont appelés en groupe, »secretarii domestici» (3). Dès le commencement de son pontificat Paul IV les avait

périorité et la grande influence du cardinal, opinion contraire à la nôtre.

(i) PlEPER, 1. c. p. 188. Le card. Caraffa avait eu, outre Casa et Aldobrandini, un secrétaire privé Alexandre Martio qui fut renvoyé par le pape au mois de mai 1557 {ïbiâ., p. 188 la note).

(2) HiNOjoSA, p. 109.

(3) La réproduction, que donne de ce rôle Th. v. Sickel [Riwlû Pins IV. Mittheil.. p. 580) souffre de plusieurs incorrections. (La plus grave est celle-ci: Nie. Salinus au lieu de Nicolaus Sylviiis\ La date n'est pas du mois de juin, mais du mois d'août). Il me paraît probable que le chef de la secrétairerie et le vrai secrétaire domestique a commencé à être appelé «secrétaire intime» pour mieux le distinguer de ses assistants qui reçoivent eux aussi l'épithète de secrétaires domestiques. (V. l'avis contraire de SiCKEi,, au lieu cité). — Dans un rôle de la «vieille famille palatine» de Paul IV, c. a. d. des

divisés en deux sections, les secrétaires pour les brefs et les secrétaires pour les lettres italiennes (i), c. a. d. pour la correspondance politique proprement dite. Mais dans les rôles cette division n'est jamais strictement observée. Au contraire, à l'égard des secrétaires les rôles de Paul IV sont assez confus. Ils nous apprennent seulement qu'on commençait à attacher de l'importance à la qualité sociale et à l'instruction des employés de la secrétairerie. Ainsi, la plupart d'entre eux entraient dans la prélature en restant toutefois au bureau de la secrétairerie, et les secrétaires vieux et rompus aux affaires recevaient de jeunes assistants en qualité à la fois d'aides et de disciples. On tendait à faire de la secrétairerie d'Etat une école pour les diplomates du Saint-Siège (2). Dans les rangs des secrétaires apparaissent des gens de qualité et qui joueront plus tard un rôle politique, tels Jean François Commendone (3) que nous avons déjà connu comme un ob-

fooctionnaires qui devaient rester en fonction indépendamment de la mort de Jules III (v. Sickei< 1. c., p. 544—545) on trouve entre autres »Monsignor Barengo secr:o» et »Messer Gio. Francisco Bine secrro d:o.» Ils sont secrétaires des brefs (peut-être les deux secrétaires des brefs secrets institués par Léon X) et ils ont quatre scripteurs de brefs »avec eux». Ils ont dû entrer en office après la composition du dernier rôle de Jules III (du 10 juillet 1554), et tous deux remplissent encore leurs fonctions durant le pontificat de Paul IV. (Bino est disparu en 1557). Quelle anomalie singulière d'appeler ces deux secrétaires des brefs qui, de fait et de droit, étaient regardés comme inamovibles' des «secrétaires domestiques» du pape!

(i) PiEPER, Leg. 71.. Nuntien, p. i86 — 187. — Peut-être ces secrétaires pour les brefs composaient-ils cette espèce de brefs que l'on appelle aujourd'hui »les lettres aux princes»?

(2) Carga, Laemmer, p. 461. — Comp. le Discours de Coniniendone, ci-devaut (»un luogo sotto i secretarii maggiori»).

(3) Il est évident que Commendone devint secrétaire sous Paul IV et non sous Jules III, comme l'affirme SlCKEl, [Ruolo, Mitiheil,, p. 579). Il ne se trouve pas parmi les secrétaires dans

servateiii- admirable de la Cour romaine, et Aiigelo Massarello, le secrétaire général du concile de Trente. Il est impossible d'évaluer le nombre des employés de la secrétairerie de Paul IV, car tous les secrétaires devenus évêques sont, dans les rôles, énumérés parmi les prélats, sans remarque spéciale pour leur charge de secrétaires. C'est ainsi que, le dernier rouleau de Paul IV ne mentionne que deux secrétaires. Des neuf du premier tous les autres sont passés dans la catégorie des évêques.

Vient ensuite le pontificat de Pie IV. Ce pape promoteur des idées réformatrices donna la charge de cardinal-neveu à Charles Borromée, le préféré parmi ses neuveux. C'est à lui que les représentants diplomatiques du Saint-Siège adressaient leur correspondance, et c'est lui qui de sa propre main signait les lettres expédiées aux nonces et aux légats. Mais soit qu'on ait jugé qu'il n'était pas encore mûr pour cette charge importante — il n'avait alors que vingt-deux ans — soit qu'on ait voulu tenir compte d'une coutume déjà devenue traditionnelle, on lui adjoignit comme aide et comme chef de la secrétairerie un personnage plus expérimenté: le secrétaire particulier du pape, Ptolémée Gallio. Les rapports entre ces deux hommes durant le règne de Pie IV feront l'objet principal du chapitre suivant. Pour le moment, je me bornerai à esquisser brièvement les rapports entre Gallio et les autres secrétaires, ainsi que son entrée au service du pape.

les rouleaux du dernier pape. Son biographe Graziani s'exprime en termes clairs à cet égard : »Jules le reçut chez lui et le mit au nombre de ses Camériers» (p. 31), et »en 1555 il fut appelé par le pape Paul IV pour être un de ses secrétaires.» — Ajoutons que le sous-secrétaire Gloriero se trouve pour la première fois nommé dans le rouleau du 20 mars 1552, pas dans un du mois de mars 1553, comme l'affirme SiCKEi,.

Ptolémée Gallio avait servi Pie IV comme secrétaire privé déjà avant le conclave de 1559 (i), il y était entré avec lui, et, le conclave fini, et son maître élu pape, il le suivit au Vatican (2), en qualité de secrétaire intime. Il est donc le premier exemple d'un phénomène, plus tard devenu règle, à savoir que le secrétaire d'un cardinal à l'élévation de ce dernier au pontificat devient secrétaire domestique de son maître (3).

Il était d'usage que les personnes qui avaient servi le nouveau pape durant son cardinalat — in minoribus.^ comme on disait — recevaient du nouveau vicaire du Christ des récompenses sous forme de bénéfices et d'emplois de Cour. Car chaque cardinal avait un entourage nombreux de serviteurs de toute espèce, de clients et de parents qui vivaient à ses dépens en escomptant sur sa grandeur future, et qu'on appelait »la famille du cardinal». La famille du nouveu pape qu'on désignait sous le nom de «famille palatine», comprenait donc en premier lieu son ancienne famille, c'est à dire celle qui l'avait servi aux temps de son cardinalat, secondement toute la foule des parents qui accouraient à Rome à la nouvelle de l'élection, enfin ceux des dignitaires et serviteurs des Palais Apostoliques qui restaient en charge en dépit du changement de gouvernement, la partie inamovible de la famille palatine (4).

(i) sRegistro delli mandati fatti alla famiglia aiitiqua di N. S:re et ad altri per il vestire loro per la Coronatione di Sua S:tà da 28 di Dicembre 1559 successive. — 28 di Décembre 1559. — ms Tholomeo Gallio Secretario. Panno o sara ven:o rosat:o» (le suivant est illisible). Ruoli di Pio IV (p. 4). Bibl. Vat.

(2) «B^amiglia délia S:tà Di N. S:re P. P. Pio IV dal di délia sua Creatione comnienciato et. successive augumentato»: Rôle fait le 25 déc. 1559, le jour même de l'élection de Pie IV. On y trouve^sous la rubrique »S:ri Secretarij» le premier »ms Tholomeo Gallio».

(3) Rappelons le cas de Ghiberti sous Clément VIT!

(4) SiCKRI,, Rîwlo Puis IF, Mittheil., p. 544—545. (V. toutl'ex-

Iv'ancienue famille du pape se tenait toujours un peu à l'écart de l'ensemble de la »famille palatine». — Le nombre des personnes qui composèrent la famille d'un pape variait beaucoup, et dépendait plus ou moins des goûts et des usages de chaque pontife. La brillante cour de Léon X se composait tout au commencement de 683 personnes (i), nombre considéré alors comme très grand.

Sous Paul IV le numéraire de la Cour varie de 785 à 1272. Sous Pie IV il est de 1294 en septembre 1561, en janvier 1564 il s'est élevé à 1477. Une réduction est alors jugée nécessaire, et au commencement de l'année 1565 les rôles ne mentionnent que 699 personnes (2).

Les »rôles de famille» que j'ai eu souvent déjà occasion de citer et qui sont conservés à la Bibliothèque Vaticane allant, sauf quelques interruptions (3), de l'élection de Jules III jusqu'à nos jours nous donnent des renseignements précieux sur »la famille» des papes. Ils nous apprennent, entre autres, qu'au XVI:e siècle la famille pontificale comprenait plusieurs catégories de personnes qui n'y figurent plus aujourd'hui. Ils énumèrent, avec des distinctions et des subdivisions minutieuses (4), des »Extraordinarii», des »Piombatori», »Cubicularii», »Diversi Maggiori», »Scudieri», »Diversi Minori», »Parafrenieri», »officiali Minori et Maggiori»,

posé de cet autetir, p. 543 — 547). MoRONi, Dizmnario, l'article Famiglia. L,es i>Ruoli di Famigliay à la Bibl. Vaticane,

(l), PASTOR, t. IV, p. 373. — FRIËDENS.BURG, Quellen u. Forsch., t. VI p. 53—71. — MS. Vat. Lat. 8598, Bibl. Vat

(2) Rappelons pourtant que l'exactitude des chiffres que donnent les rôles n'est pas parfaite, comme le remarque aussi v. SlCKEI,.

(3) Les rôles de Grégoire XIII p. ex. manquent tous.

(4) V. le rôle de Pie IV publié de v. SlCKEl, dans les Mittheilungen, pages 57 1 — 578.

etc., ainsi que des cuisiniers, des lavandières (»secrètes») et d'autres encore que la Gerarchia moderne ne connaît plus(i). La liste de la famille était dressée par le Mastro di Casa aussitôt le pape élu; elle était renouvelée quelques fois chaque année, sous Pie IV du moins, et plus souvent encore sous ses successeurs. Le majordome de Sixte V le renouvelait, semble-t-il, chaque mois.

Au sujet de la secrétairerie de Pie IV, en revanche, les rôles ne nous donnent que fort peu de renseignements clairs. On y trouve, par exemple, outre le fsecretarius intimus Tholomeics Galius-» (2) un secrétaire, Mons. de lyavello, appelé -^secretarius domesticibs-» (3) — et cela dans le même rôle! Ce fait peut s'expliquer soit comme j'ai tâché de le faire ci-dessus déjà, soit en admettant que Lavello ne porta cette épithète qu'au commencement du pontificat et jusqu'à ce que Gallio eiit obtenu la dignité épiscopale. En effet il ne la porte que dans les deux premiers rôles de l'aunée 1560(4), et Gallio ne fut créé évêque, qu'au mois de septembre 1560. Il est aussi possible, du reste, que Lavello, qui était rompu aux affaires de la secrétairerie et qui expédiait les brefs, ait rempli en quelque manière l'office de secrétaire domestique jusqu'à ce que

(i) Voir la Gerarchia qui paraît à Rome toutes les années en février ou mars.

(2) Rôle du mois d'avril 1560. Ses sept secrétaires assistants y sont également indiqués, entre autres J. Carga — (V. v. SiCKEL, Ruolo, Mitheil., p. 583.

(3) Rôle »al principio del pontificato» et R, cité à la note précédente. — L'évêque de Lavello s'appelait Antonio Florebello (ou Fiordibello) et devint évêque en 155S {Antonms Florchellus Lavellinus). (SlCKEI,, 1. c, p. 553, et la note 3).

(4) V. les notes précédentes. — Gloriero est encore subalterne, paraît-il. (PlEPER, Leg. ti. Ntmtien, p. 186— 187, la note). Pourtant il est une fois appelé, lui aussi, »secr:o dom:o» (»Aggionti» aux rouleaux de Pie IV (SlCKEi,, 1. c, p. 582).

l'autre eût bien acquis l'habitude et l'expérience des expéditions. Quoiqu'il en soit, dans les rôles en général, Gallio figure comme »Mons. Tholomeo secretario», même après qu'il est devenu évêque et archevêque. Aucun autre prélat n'est qualifié de secrétaire. Ses assistants personnels sont bientôt au nombre de neuf, puis de dix, puis de quatorze. Après la réduction de l'année 1565 les sous-secrétaires de nouveau sont neuf. Sous la rubrique de »secrétaire» nous ne trouvons bientôt plus que Gloriero, préposé aux brefs (avec Florebello), et le vieux Bencio préposé (au moins depuis Paul IV) ail chiffre (i). Nous pouvons donc émettre la supposition que la secrétairerie d'Etat de Pie IV ne se composait en réalité que du secrétaire domestique Ptolémée Gallio et de ses nombreux sous-secrétaires (2). En tout cas, comme j'aurai l'occasion de le démontrer plus tard, Gallio régnait en maître dans la secrétairerie, et il ne paraît pas vraisemblable que ses collègues, les autres prélats, dont plusieurs étaient plus âgés que lui.

(i) Bencio était connu comme auteur d'assez bonnes satires sur la Cour de Rome. (Lettre à Bencio de A. Caro, t. I, p. 185. — MS. ■!>Ricordi fer la cor te di Roma au Fonds Pio^ v. 172, f. 493. Arch. Vat.) — Au commencement il y avait eu trois »secrétairesx outre Gallio : Gloriero. Bencio et Franciscus Aragonia. Le dernier mourut en avril 1560 et ne fut pas remplacé.

(2) Carga, LaemmER, p. 467; »et in questo servitio da lui dipendono, et a lui obediscono gli altri secretarii e ministri inferiori nelle sue stanze, custodi di lettere, et l'altre scritture (!) di secreteria,» etc. — Ai,bERI Sér. II, t. IV, p. 95 (Gir. Soranzo 1563): »Dei ministri di Sua Santità mi occorrerà parlar poco, non essendo adoperato da lei nelle materie di Stato altri che monsig. Tolomeo suo segretario, non senza meraviglia délia Corte, che dagli altri pontifici, in tempo che le cose délia Sede Apostolica passavano quietamente, sian stati sempre tenuti quattro o sei segretari consumati nei negozi, e letterati, e che da lei ora che vi sono tanti travagli, con un Concilio aperto, non sia adoperato se non questo solo.» — (De même Giac. Soranzo, 1. c, p. 130').

eussent voulu se soumettre à son autorité et servir plus longtemps dans la secrétairerie de Pie IV (i).

Avant d'examiner en détail l'activité de Borromeo et de Gallio durant le pontificat de Pie IV, jetons un coup d'œil sur le développement de la secrétairerie jusqu'à l'élection de Grégoire XIII. Pie IV avait donc confié à Charles Borromée l'office de cardinal-neveu et à Ptolémée Gallio la direction de la secrétairerie. Or, au mois de mars de l'année 1565, Gallio est créé cardinal. Mais il ne quitte pas pour cela sa place, ainsi que dut le faire Cervino en 1539 et Dandino en 1551, quoique devenu cardinal, il reste le vrai chef de la Secrétairerie d'État. On eut ainsi, à la fin du pontificat de Pie IV, deux cardinaux à la direction des affaires, dont l'un proche parent du pape et cardinalneveu, et l'autre placé sous ses ordres et secrétaire domestique. Bt c'est cela qui est intéressant.

Pie V fit un pas de plus dans la même direction. D'abord, il ne voulut pas de cardinal-neveu. Il confia le poste de secrétaire domestique à son ancien secrétaire privé Jérôme Rusticucci (2) et chargea le cardinal Réuman (Jean Suave, de Réjumes, créé cardinal le 20 déc. 1555) de la signature de la correspondance (3).

(i) V. en général v. vSlCKEr<, Ruoh^ Mittheil., p. 581 — 585 (surtout la page 584) où il expose une théorie différente. Il m'a été impossible de retrouver dans les rôles un certain Babbi, secrétaire sous Pie IV, dont parle SlCKEI,, 1. c, p. 584.

(2) Dans le »Rotulo Primo délia Fam:a vechia Palatina et nuova di N. S:re Pio V», etc. se trouve déjà »Ms Geronimo Secretario».

(3) »N. S:re ha dato a Reomano la sottoscrittione come haveva Borromeo in tempo di Pio IV». Disp. Roma, 19 janv. 1566. Arch. Fier. Mediceo, filza 3285, f. 16. — I,a Nunzmhtra di Spagtia, vol. 1 (Arch. Vat.) contient une quantité de lettres signées de sa main (année 1566). Je n'ai pas vu des dépêches adressées à lui. — Il est mort en mai 1566, pas le 2g sept, comme l'affirme ClACCONius. (Bibl. Ambr. Arni. F. inf., fol. 114). —

Quant à la politique il voulait la diriger personnellement. Mais l'esprit de la tradition fut plus fort que lui. Les cardinaux, jaloux d'un collègue qui possédait un pouvoir si grand que l'avait Réuraau, le travaillèrent pour qu'il prît un cardinal-neveu. Knfin il cédait à leurs instances, et dans le consistoire du 6 mars 1566 il créait cardinal son neveu Michel Bonelli. Sa résolution fut acclamée avec joie par la majeure partie des assistants, mais une minorité oppositionnelle Tavait pourtant condamnée comme contraire aux décrets du Concile (i). Tant était devenu fort le courant réformateur!

Ce n'est que peu à peu que le cardinal Alexandrin (2) — tel est le titre qu'avait pris les nouveau pourpré — entra dans le maniement des affaires. Il était jeune et inexpérimenté, il n'avait encore que vingtquatre ans. Au commencement d'avril il prit officiellement la direction des négociations (3). I^e pape, qui

Arch. Ven. Disp. Roma 1566, M. 118). — Jusqu'à sa mort il paraît avoir eu de l'influence sur les affaires. Sa position a quelque ressemblance avec celle de Dandine sous Jules III.

(i) »V. Ecc:a saprà che inel Concistoro nel quale N. S. promesse il Car: le Alex:no li furono fatte due grandi adulationi, l'una fu che il DecanoJMorone et Farnese afrontarono il pp. alla Sede, dove tirarono con loro tutto il Collegio, non volendo alcuno mosti-are di restare a drieto. Confortavano et suplicavano S. B:ne a volere^ promuovere il nipote. . .» Serristori à Cosme 1er, le 12 mars 1566. Arch. Fior. Med. filza 3285, f. 62. V. à l'Appendice, la pièce 2!

(2) Il était né a Bosco, près d'Alessandria — delà le nom, qui avait été porté déjà par son oncle le pape durant son cardinalat. Son origine était des plus simples: il avait d'abord exercé le métier de taillevir, puis il s'était fait moine (de l'ordre de S. Dominique).

(3) »E entrato il predetto Card:le (Alessandrino) nei negolii, et come si dice sua san:tà li darà tre, o quatro prelati per consiglieri fin che prenda la prattica, et si ragiona per uno del vesc:o di Narni. Egli comincia apparer assai piti svegliato

ne faisait pas grand cas de sa capacité, eut d'abord l'intention de l'entourer de trois conseillers. Mais le jeune cardinal se montra plus intéressé de ses devoirs et plus intelligent qu'on ne s'y était attendu, et dès le mois de mai nous voyons le pape l'employer constamment (i). Les nonces correspondaient avec lui, et il leur écrivait de longues lettres pleines de verve et d'idées (2). Pie V n'eut pas à regretter son choix.

Le secrétaire intime Rusticucci était aussi une personne de beaucoup d'importance. Esprit médiocre (3), il a dû pourtant exercer une certaine influence sur l'incapable Pie V, Lui aussi intimait aux nonces la volonté du pape, et l'on ne saurait guère tracer les limites entre la compétence du cardinal-neveu et celle du secrétaire (4). Lorsque le cardinal Alexandrin fut chargé de la grande légation destinée de décider les souverains de Portugal, d'Espagne et de France à conclure la Ligue contre les Turcs, en septembre 1571, Rusticucci se voit seul chargé de toute la direction de la diplomatie pontificale (5). Et ce n'était pas là la

di quel che si aspettava, onde nasce di lui speranza di buona riuscita». P. Tiepolo au Doge, le 6 avril 1566. Arch. Ven. Disp. Roma 1566, f. 78. — V. la pièce 2 à l'Appendice.

(i) Le 15 mars déjà SerrivStori rapportait au Grand-Duc: )>È persona da dar cônto di se et è molto amato da S. S:tà la quai lo intromette in tutte le congregationi et per quello che s'intende sene servira in tutti i negotij». Arch. Fior. Med., filza 3285, f. 62. — Comp. en général les dépêches de P. Tiepolo, printemps 1566, Arch. de Venise.

(2) P. ex. Nunz. Spagna vol. I (1566— 1567) Arch. Vat.

{3) Notons que Hinojosa (p. 212) vante son talent, son habileté et ses vastes connaissances. — Selon DE Hûbner (t. I, p. 205) »son incapacité dans les affaires était notoire».

(4) En général les lettres de Rusticucci sont laconiques et peu explicites. Elles sont aussi plus rares que celles du cardinal.

(5) C'est à lui que les nonces adressent leurs dépêches durant toute l'absence du cardinal Alexandrin, c. a. d. en réalité,

première fois que telle chose lui arrivait: durant une maladie qui avait éloigné le cardinal Alexandrin des affaires de septembre 1570 jusqu'en janvier 1571, Rusticucci avait déjà été officiellement chargé de recevoir les dépêches des nonces et de rédiger les réponses au nom du pape (i). Iv'estime que lui témoignait le pape prit une forme concrète par son élévation au cardinalat, le 17 avril (ou mai?) 1570. Dès lors il assista aux audiences que le pape donnait aux ambassadeurs étrangers. Nous voyons donc qu'à partir du départ d'Alexandrin pour sa légation c'est Rusticucci qui était en réalité le cardinal-ministre de Pie V, bien qu'il ne fût point neveu du pape. Il avait de beaucoup devancé son prédécesseur Gallio, auquel n'avait jamais été accordé le droit de signer les lettres expédiées aux nonces, ni de recevoir, en qualité de ministre, les dépêches officielles de ceux-ci. I^es cardinaux-neveux commençaient à être désormais superflus.

Sous Pie V la Secrétairerie d'État atteint un haut degré de perfection. Les renseignements que nous donnent les rôles à ce sujet sont explicites. Ils mentionnent trois groupes d'employés dans la secrétairerie: les secrétaires, les soussecrétaires et les »scripteurs en secrétairerie». Le premier groupe est formé du »secrétaire antique» Rusticucci, des deux secrétaires des

jusqu'à la mort de Pie V, le i: er mai 1572. Ex. Nunz. Spagna, vol. 5 et 13, Arch. Vat. — Le protonotaire de Médicis écrit à Cosme I, er le 28 sept. 1571: »Soggiunse il Car:le Rusticucci, che si trovava présente (come per ordine nuovo deve assistere, et stette questa mattina à tutte l'Audienze di S. S:tà alli Amb:ri) sotto pretesto di levât brighe al Papa et poter dare speditione migliore alli negotij». Arch. Fior. Med., filza 3290, f. 360.

(i) Arch. Vat. Nunz. Spagna, vol. 4, f. 146 le nonce Castagna parle de la maladie qui a travaillé le cardinal Alexandrin pendant l'automne de 1570. A la f. 165, dans une lettre du 19 janv. 1571, il se réjouit de ce »ch'ella habbia interamente ricuperata la sanità.»

brefs (Gloriero et Florebello que nous connaissons déjà) (i), et du vieux secrétaire préposé au chiffre Triphon Bencio. Le nombre des soussecrétaires variait de trois à cinq, celui des scripteurs de deux à trois; les derniers pouvaient avancer au rang de soussecrétaires et même à celui de secrétaires (2). E)n dehors de ceuxci nous trouvons encore les assistants personnels de Rusticucci, d'ordinaire six, parfois même onze, mais dont les noms ne sont pas donnés dans les rôles (3). Bien que nous ne puissions donc pas déterminer exactement quelle fut la position de Rusticucci dans la secrétairerie, nous avons lieu de croire qu'elle a été assez libre, et qu'il a dû en réalité en être le chef.

(i) V. HiNOjOSA, p. 212. — Jusqu'à sa promotion au cardinalat il est appelé communément „le secrétaire de Notre Seigneur». Le card. Farnèse lui écrit plusieurs lettres en s'adressant »al Secretario di N. S:re» ou »al Secretario Rusticucci» (Fonds Borghèse, Sér. II, vol. 461 Arch. Vat.) Paul Tiepolo l'appelle »il segretario suo» (Ai,BERi, Sér. II, t. IV, p. 179). Dans les rouleaux de Pie IV il est appelé, à une exception près, «secretario artiquo (di N. S:re)». — Il est digne d'être noté que Pie V votilait lier la famille Rusticucci (maison noble de Fano) à la sienne en concluant un mariage entre son neveu Jérôme Bonelli et la nièce de son secrétaire, Diamante Rusticucci. ClACCONIUS, p. 12 15.

(2) Florebello quittait le service en oct. 1568. Il fut remplacé par Thomas Aldobrandini qui, au commencement de l'année avait été encore scripteur en secrétairerie. Lorsqu'il mourut, en 1579, Antoine Boccapadule lui succéda. — Florebello est le dernier des prélats qui porte l'épithète de secrétaire. Il paraît donc qu'il n'était plus d'usage pour les prélats de servir dans la secrétairerie.

(3) V. la note précédente.

(4) Des soussecrétaires Achille Statio et le Chevalier Ugolino Gualteruzzi (celui-ci^ à partir de 1570) avaient deux assistants. — V. pour le précédent v. Sickei,, Ihwlo, Mittheil.^ p. 585

Mais n'oublions pas que Pie V était un pape pénétré de l'idée que lui seul devait gouverner en tout et toujours (i)

Résumons rapidement le résultat des deux derniers pontificats relativement au sujet que nous venons de traiter : Durant les deux dernières années du pontificat de Pie V et pendant les dix derniers mois de celui de Pie IV on trouve un cardinal-neveu à la direction des affaires et à côté de lui un secrétaire domestique également cardinal. Nous verrons plus tard que pendant les quatre derniers mois du pontificat de Pie IV, le cardinal-secrétaire pourvoit à la correspondance politique, sous l'autorité nominale pourtant d'un cardinal-neveu (nommé ad hoc). Durant presque toute la dernière année du pontificat de Pie V le cardinal-secrétaire dirige la diplomatie pontificale, mais sans avoir plus de cardinal-neveu au-dessus de lui. Le pontificat de Grégoire XIII nous montrera enfin le cardinal-neveu déchu à n'être plus qu'un pur figurant, dépourvu de pouvoir et de compétence politique, tandisque le cardinal-secrétaire-domestique tient la direction officielle de toute la politique extérieure, plus puissant de beaucoup que ses prédécesseurs sous Pie IV et Pie V. Voici donc à quel point s'était développée l'institution du secrétaire domestique. Des humbles origines que lui avait données Innocent VIII près de cent ans plus tôt en lui prêtant le caractère d'un emplois subalterne et mal défini elle s'était élevée à être une des premières dignités de la Cour romaine, et avait pu mettre son détenteur à même de supplanter le cardinal-neveu, ce fonctionaire aussi intimement lié au pape et que protégeait une tradition aussi solidement enracinée. Le cardinal-neveu, était-il destiné a devoir disparaître

(i) V. la relation de P. Tiepolo (Ai^BERI, Sér. II, t. IV. p. 179). HiNOJOSA, p. 213.

complètement en présence du secrétaire? C'est ce que l'avenir nous montrera.

ly'homme remarquable, sous l'influence duquel ces nouvelles tendances commencèrent à prendre corps, fut le secrétaire domestique de Grégoire XIII Ptolémée Gallio, cardinal de Côme.

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