‹ Ptolémée Gallio, cardinal de Côme [microform], étude sur la cour de Rome, sur la secrétairerie pontificale et sur la politique des papes au XVIe siècleChapitre 7 sur 23 · PIE IV ET SON SECRÉTAIRE · texte numérisé non relu

PIE IV ET SON SECRÉTAIRE

Ptolémée Gallio naquit en 1526 ou en 1527 (i) à Cernobbio (2), petit village situé sur les bords du lac de Corne à une lieue de distance environ de la ville du même nom. Son père Nicolas Gallio, homme actif et intelligent s'était établi à Côme (3) où il se livrait au commerce avec talent et succès: »Suivant la coutume des habitants de la contrée il etreprenait de fréquents voyages en Allemagne pour augmenter le profit de son négoce» (4). Ses efforts furent couronnés de succès et il semble qu'il ait réussi à procurer à sa famille une certaine aisance — elle fut même inscrite dans les rôles de la noblesse de la ville — et à donner à ses enfants une

(i) La plupart de ses biographes indiquent l'année 1527 comme celle de sa naissance. RovEWj, Storia de Cotno, P. III, t. II, p, 266, dit qu'il mourut (le 3 février 1607) à l'âge de 80 ans 6 mois et 8 jours. La date exacte de sa naissance serait alors le 25 septembre 1526.

(2) M. MONTI, Storia di Como, vol. II, partie I, p. 144.

(3) Il habitait à Côme la paroisse de Saint-Sixte.

(4) M. MoNTI, 1. c, p. 144.

éducation soignée. Il eut de sa femme Elisabeth Vailati quatre fils, Marco, Gerolamo, Tolomeo et Pietro Martire (i). Marco et Gerolamo restèrent dans leur patrie, entrèrent dans la magistrature et obtinrent des charges et des missions honorifiques, qui témoignent de la confiance dont ils jouissaient auprès de leurs concitoyens. La vie de Pierre Martyr est plongée dans l'obscurité. Tolomeo (2) s'adonna aux études humanistes. Il eut pour précepteur son parent le savant humaniste Benedetto Giovio (Jovius), un des premiers érudits de son siècle et une des illustrations de sa ville natale. Giovio lui inculqua une connaissance approfondie de la langue et de la littérature latine. Il l'employait à copier ses œuvres scientifiques, écrites en cette langue — ce qui constituait pour l'élève un exellent exercice, entre autres, dans l'art calligraphique. Giovio considérait qu'il était indispensable pour quiconque avait choisi la carrière des lettres, et surtout pour quiconque

(i) L'ordre des frères est incertain. Celui adopté ci-haut me paraît le plus probable. Pour le reste, voir le tableau généalogique à l'Appendice!

(2) Ameyden (v. l'Appendice, le document 3!) raconte qu'il s'appelait originairement Bartholomée, mais que Paul Giovio (v. ci-dessous) aurait abrégé son nom en Tolomeo trouvant Bartholomeo trop long. — Son vrai nom était Tolojneo Gallio. C'est ainsi qu'il l'écrit lui-même dans les premiers documents que nous possédons de sa main (en copies !), dans trois lettres à son ami Prospère Santa Croce des 21 juillet, 15 août et 17 sept. 1560. (Barh. Lat. 846). — Devenu cardinal il se signe le plus souvent »Tolomeo Cardinale di Como» (p. ex. le facsimilé dans le vol. 7 (1889) du Periodîco). Dans trois des premiers rôles de Pie IV il est appelé Tholomeo Gallio. (V. aussi Ar,BËRi, Sér. II, t. IV, p. 74 et 95 «Tolomeo»), — Toutes les généalogies manuscrites que j'ai, vues donnent la forme Gallio pour son nom de famille. Une forme Ptoloraeo Galli, familière à M. V. SlCKEI,, (Rom. Ber. I, p. 44; Riiolo Mittheil, p. 581) m'est complètement inconnue. — Rappelons encore les Collegio Gallio, Opéra Pia Gallio, existant à Côme.

se proposait de chercher fortune à la Cour de Rome, de manier la langue latine avec facilité et avec élégance. C'est ainsi qu'il s'exprime dans une lettre à son fils Giulio (i). ly'intelligence rare et l'ambition ardente, qu'il découvrit chez son jeune élève, lui firent fonder en Ptolémée des espérances plus qu'ordinaires. Nous ne connaissons pas les conseils qu'il donna à son neveu, mais leur substance dut être assez semblable à celle des exhortations que prodigua à Commendone un vieil ami de ce dernier en lui conseillant de se rendre à Rome. »I1 lui représenta», nous raconte le biographe de Commendone à ce sujet, »que c'estoit-là un théâtre, où devoit paroistre un jeune-homme comme luy, qui avoit du génie & du sçavoir; qu'il trouveroit bientost de grandes entrées dans une Cour, où tous les chemins de l'honneur sont ouverts à la vertu ; que c'estoit un lieu propre à faire valoir de grands talens; qu'il devoit s'engager dans cette carrière, & se chercher dans cette superbe Ville une fortune digne de son esprit & de son mérite» (2).

Ce qui est certain, c'est' que Gallio se rend à Rome encore tout jeune. A peine arrivé, il reçoit de son ancien maître une lettre affectueuse, dans laquelle celuici fait l'éloge du style élégant d'une lettre latine que lui a écrite Ptolémée, et félicite ce dernier de l'avantage qu'il a de vivre à Rome, où les hommes les plus érudits de tous les pays affluent, où l'assiduité et la vertu sont dignement récompensées. Bnfin il l'exhorte à ne pas se laisser décourager, à ne pas laisser s'éteindre la flamme de son ambition, qui semble le destiner à devenir l'illustration et l'honneur de sa patrie {3). Il

(i) Publ. dans le Perwdïco, vol. 8, p. 122.

(2) Graziani, t. I, p. 23.

(3) Perwdico, vol. 8, p, 187. — Cette lettre, comme la plupart de celles publiées dans ce volume, a le grave défaut de ne pas être datée. • — Le départ de Gallio pour Rome a dû avoir lieu

lui promet encore la protection de plusieurs amis influents à Rome, en premier lieu de son frère le célèbre historien Paul Giovio, évêque de Nocera. — Gallio profita de cette recommandation et entra bientôt au service de Paul Giovio, l'élégant latiniste, le courtisan consommé, l'illustre panégyriste de Léon X, en qualité de secrétaire. Ameyden (i) raconte que lorsqu'il se présenta devant Giovio, celui-ci, à qui plut son air intrépide, le questionna au sujet de son métier, et qu'il aurait eu pour réponse: »Je me suis occupé de la grammaire et de l'art de bien écrire, et je crois que dans cette dernière profession j'ai pu faire quelques progrès.» Alors Giovio aurait déclaré qu'il l'acceptait pour son secrétaire.

Gallio était donc installé à Rome, à l'égal de tant d'autres jeunes gens qui y étaient venus dans le même but que lui, et il s'apprêtait à y faire fortune et à se jeter dans ce tourbillon que l'on appelait la Cour de Rome. Nous connaissons les conditions de cette lutte pour l'existence et pour le pouvoir, par le »discours« de Commendone et par d'autres témoignages encore, et nous verrons que Gallio ne manquera ni de talent ni de bonne chance pour y réussir.

Nous ignorons s'il resta au service de Giovio jusqu'à la mort de celui-ci, en 1552. Cela ne me semble pourtant pas probable, puisque Giovio quitte Rome en 1549 et qu'il vit ensuite à Cônie et à Florence (2). Ameyden, Rovelli et M. Monti sont d'accord que son second protecteur fut le cardinal Antoine Trivulzio, neveu du cardinal Scaramuccia Trivulzio, qui avait été évêque de Côme (de 1508 à 1527). Nous igno-

avant 1544, lorsqtie mourut B. Giovio (le 6 nov.), Cajs'XU, Storia di Como, t. I. p. 449.

(i) V. à l'Appendice la pièce 3 !

(2) CanTtj, Como, t. I p. 482 et suiv.

rons s'il accompagna le cardinal (i) loiwsqu'il alla en France comme nonce en 1550 et comme légat en 1557. Notons cependant, qu'en même temps que Trivulzio se trouvait à Venise, pendant l'été de 1557, Gallio faisait un séjour à Côme, où il acheta, le 26 juillet 1557 (2), de - concert avec sou frère Marc, une terre appelée le Garrovo et située près de Cernobbio, son village natal. Le cardinal Trivulzio mourut de mort subite, à S. Mathurin, en revenant de France, le 25 ou 26 juin 1559(3). — S'il faut croire Rovelli et M. Monti (Ameyden n'en sait rien) Gallio entra alors au service du cardinal Taddeo Gaddi, un Florentin de goût raffiné, mais pour peu de temps apparemment, puisque nous le trouvons, en l'automne 1559 déjà, comme secrétaire et favori du cardinal Gian Angelo Medici (4), revenu à Rome après la mort de Paul IV (le 18 aoiit). Ce pourpré n'appartenait point à la famille régnante de Florence. Il était un Milanais d'origine assez basse, d'une famille appelée Medici ou Medeghino. Son frère était le célèbre brigand et condottiere Giangiacomo Medeghino, plus connu sous le nom de châtelain de Musso. Celui-ci avait réussi à se rendre maître des pays environnant le lac de Côme et avait bravé pendant plus de trois ans (1528 — 1532) toutes les armées des Suisses et du duc de Milan. Il fut enfin créé marquis de Marignano par le duc et eut une carrière brillante comme général au service de Charles-Quint.

(i) Il fut créé cardinal le 3 mars 1557.

(2) »Nobiles d. Marais et Tolometts frcs de Gallio-» achètent des frères Fontana le Garrovo pour la somme 1332 lires impériales. Archivio Notarile à Côme. Filza Benzio, Gio. Antonio, 1553

(3) PrEPER, Leg. ti. Ntmtien, p. lOl.

(4) Pour sa modération et parce qu'il était sujet de l'Empereur Medici avait été mal vu de Paul IV et avait dû quitter

Rome. (PhTLIPPSON, Westeuropa, Einleitung, p. II 7).

6o CHAPITRE II

C'est lui qui conquit Siène, et cet homme dont la fortune était due a une série de crimes, termina sa vie dans la richesse et la gloire.

Dans sa grandeur il n'avait pas oublié son frère. Kn effet, c'est grâce à lui que Gian Angelo fut élevé d'abord au cardinalat (i), ensuite sur le trône pontifical (2). Il faut dire pourtant que le nou\^eau pape était vraiment digne de la tiare: il était un politicien consommé, connaissant les hommes, et il avait un juste instinct de ce qu'il devait faire en matière de religion.

Avant de continuer je dois encore rapporter ce que racontent les Vénitiens sur les occupations de Gallio avant son entrée au service du cardinal Medici. Girolamo Soranzo (en 1563) et P. Tiepolo (en 1576) affirment (3) que, dès son arrivée à Rome, il entra au service d'un certain monsignore Garimberto (4). »Je ne sais si je dois dire comme secrétaire ou plutôt comme serviteur», dit Tiepolo. Plus tard il aurait offert ses services au cardinal Medici. Il est inexact qu'il ait servi tout d'abord chez Mgr Garimberto, et il me semble assez peu vraisemblable qu'il l'ait fait plus tard, bien que le laps de temps qui s'écoule de son arrivée à Rome jusqu'en 1559 fût long et eût pu être plein de variations. Car ce Garimberto était un personnage obscur et sa protection ne pouvait guère être de grande utilité pour qui rêvait un avenir brillant.

(i) Le 8 avril 1549. (ClACCONiuS).

(2) Rel. L. Mocenigo (1560), Alberi, Sér. II, t. IV, p. 50— 51. — Cantu, Co7)io, t. I, p. 390 et suiv. — BroSCH, p. 224 — 226. — La mort du marquis fut pourtant jugée favorable à l'élection de son frère (Soranzo, Ar,BËRl, 1. c, p, 70, et Tiepolo, p. 170).

(3) Al<BERl, 1. c, p. 95 et 217.

(4) Gerolamo Garimberto, évêque de Gallese. Il appartient depuis 1564 à la famille de Pie IV (Rôles de Pie IV. Bibl. Vat.).

Quelles furent exactement les occupations de Gallio durant ces premières années de son séjour à Rome? Nous n'en savons presque rien. Sa vie, plus tard si bien connue, se traîne alors dans une obscurité complète. Il y a lieu de supposer qu'il faisait la correspondance de ses maîtres en écrivant peut-être sous leur dictée, et que sa position humble l'astreignit souvent à des services assez semblables à ceux d'un valet de chambre, qu'il était exposé à des traitements humiliants et à des affronts de toute espèce et qu'il se voyait contraint à se ménager des protections et des faveurs de tous les côtés possibles (i). Il montrera plus tard qu'il apprit à bien connaître ce marché qu'était la Cour de Rome, et tout porte à croire que son âme encore jeune en reçut une empreinte profonde et inneffaçable (2). Un poème attribué à lui et conservé en copie à la Bibliothèque Vaticane nous montre jusqu'à quel point il avait su s'approprier l'esprit de cette Cour (3). Je le donne ici:

Haec Baldovinus (4) posuit regalia Tempe

Montius, auspiciis Tertie Jule tuis.

Hic ubi saepe soles curarum fallere moles,

Et maiestatem dissimulare tuam.

Artis habet rarae quicquid pulcherrima Roma,

Sive tuae Phidia, seu Polyclete tuae,

Hic spirans vivo sub marmore palpitât atque hic

(i) Comp. ci-dessus le discours de Commendone.

(2) BENTIV0GI,I0, dit de lui quarante ans plus tard: «Cardinale consumatissimo nella Corte di Roma». (Memorie, p. 57.)

(3) MvS. Barb. Lat. 1989, f. 16—17. Bibl. Vat. — La Bibliothèque Communale de Côme possède, m'a-t-on dit, plusieurs poésies de sa plume.

(4) Je ne saurais pas dire qui était ce Baudouin de Monte dont parle le poète.

62 chapitrî; n

Gaudet delitias principis esse sui.

Hic habitare licet naturam credere, et artem,

Et genium imperii Julia Roma tui.

Peut-être ces vers ont ils été faits à l'occasion de ce concours de rimes que Jules III avait arrangé pour avoir «diverses petites poésies» à graver sur le piédestal d'uue statue de sa villa, et où la miase de Commendone remporta le prix (i).

Cependant Gallio ne restait pourtant pas indifférent au courant réformateur qui commençait à se faire jour dans la vie de l'Eglise. Car durant toute sa carrière suivante il se montrera adhérent convaincu du concile et des idées qui étaient parvenues à y prévaloir. —

Pie IV témoignait une affection sincère à son secrétaire. Avec le temps il lui créa une position importante, et il l'accablait de preuves de sa faveur spéciale, faveur du reste parfaitement méritée. Gallio se montrait habile, fidèle et d'une grande capacité pour la correspondance politique. Si, ainsi que le prétend Soranzo, il est vrai qu'il était »di non molto grande spirito» (2) il n'en est pas moins certain qu'il possédait des qualités remarquables. Il avait des manières douces et agréables {-» suave ïngemcuni», Ciacconius), qui lui procuraient la sympathie de tous ceux avec qui il avait à faire (3). Ee pape ne put bientôt plus se passer

(i) Graziani, t. I, p. 46—47.

(2) Giac. Soranzo (.1565), Ai,BERl, Sér. II, t. IV, p. 130. Les ambassadeurs vénitiens sont visiblement irrités de la chance inouïe de ce jeune scribe (v. aussi Gir. Soranzo, ibid., p. 95 !). Les jugements qu'ils émettent sur lui sont défavorables, leurs indications — mêmes celles touchant son âge — sont souvent inexactes.

(3) RovEW,!, p. 265 : »Univa ad acuto e vivace ingegno somma destrezza, ed abiltà, ed una singolar bontà, e soavità di costumi». — BenTivoOijo, le dit plus tard »saggio, destro, pati-

de lui (i). Chaque matin il devait entrer dans sa chambre en compagnie de Borromée, l'entretenir deux ou trois heures de suite (2) et puis aller faire exécuter les résolutions que le pape avait prises {3). Ces deux hommes, Borromée et Gallio, étaient les seuls conseillers que Pie IV consultait, lesquels étant »jeunes et de peu — ou pas — d'expérience, obséquieux et dociles aux moindres signes de Sa Sainteté, étaient plutôt de simples exécuteurs des ordres du pape que ses conseillers» (4).

Donc, le sage Pie IV voulait gouverner tout seul (5). Sans contredit, il possédait les qualités nécessaires pour le faire. Son jeune neveu Borromée l'aida à mener à bonne fin le concile de Trente et à en faire exécuter les décrets; en revanche il ne montrait guère d'aptitude pour la politique (6). Evidemment il ne s'y inté-

ente, sagace in saper conoscere gli huotniui, e gli humori ; e pieghevole sopramodo.in accotnodarvisi.» Memorie, p. 57 — 58.

(i) Déjà le 4 janv. 1560 il reçoit des'Jettres politiques adressées au pape. Dépêche de l'évêque de Pistoia à Cosnie I;er. Arch. Fior. Med. filza 3280, f. 475. — Selon P. Tiepolo Pie IV l'aurait nommé d'abord coadjuteur de son secrétaire, auquel il devait succéder en cas de mort de celui-ci. Cette assertion n'est pas exacte. (Ai,BERl, 1. c, p. 217).

(2) Gir. Soranzo, Ai,beri, 1. c, p. 74.

(3) Rappelons le rôle de Ghiberti sous Léon X!

(4) Al^BERl, Sér. II, t. IV, p. 74 et 130. — Il est curieux que Mocenigo (1560) ne dise encore mot de Gallio.

(5) Morone avait eu, au commencement, de l'influence sur le pape (Luigi Mocenigo, 1560, Ai^beri, 1. c . p. 40. — SlCKEl,, Rô7n. Ber. I, p. 58 — 59). Il restait toujours l'homme de confiance de Pie IV.

(6) sMostra «elle sue azioni esser di assai bu on giudizoi, ma d'ingegno molto tardo ; e si conosce dalla ciera e dal suo modo di procéder piuttosto buona volontà che spirito atto a sostenere si gran peso». Girolamo Soranzo, Ai^bEri, 1. c, p. 91. — Giacomo Soranzo dit de lui en 1565 qu'il »è fatto già tanto versato in tutti i negozi, che si come è pazientissimo in tutte le udienze, cosi espedisce facilmente tutte le materie», ce qui

ressait même pas. Il fut absorbé, d'abord par ses occupations savantes et littéraires, ensuite par les exercises d'une vie pieuse et bienfaisante, à laquelle il s'était adonné après la mort soudaine d'un frère aimé, enfin par le soin que lui avait confié le pape de surveiller la justice dans l'Etat Ecclésiastique. Tout . porte à croire, ainsi que nous le verrons plus bas, qu'il ne rédigeait pas lui-même la correspondance politique, à laquelle il apposait sa signature. Mais s'agissait-il pour lui d'obtenir des grâces et des faveurs qui n'avaient rien à voir avec la politique, des secours aux pauvres etc., le pape ne refusait rien à ce neveu favori, tant il l'estimait (i). Il est vrai qu'il agissait de même à l'égard de son autre neveu, le cardinal d'Altaemps auquel il confiait parfois des charges d'importance (2). Car Pie IV avait pour les siens une faiblesse maniaque: il les comblait de richesses et il leur distribuait des faveurs dans une mesure qui fit presque scandale (3). En généi'al. Pie IV était jusqu'à un certain point accessible aux supplications des quémandeurs qui avaient su lui plaire {4). Mais en politique il n'était accessible à aucune influence étrangère.

prouve qu'il avait appris quelque chose durant les cinq années de sa fonction. — Ranke, [TVerke t. XXXVII. p. 210) avoue son mérite, mais du reste il dit: »Tadelte man etwas an ihm, so war es nicht sein guter Wille, sein Fleiss, sondern nur etwa sein Talent.»

(i) Ai^BERl, Sér. II, t. IV, p. 91 et 135.

(2) Marc Sittich de Hohenembs, tyrolien, fils de la sœur du pape, créé card. le 26 février 1561. Il avait été légat à Trente mais s'étant montré incapable, il fut bientôt révoqué. Selon Giac. Soranzo (Al,BERI, 1. c, p. 139) il n'avait que la surveillance des soldats, des fortifications et des choses semblables. (Il avait commencé sa carrière comme soldat).

(3) V. à l'Appendice le numéro 4!

(4) Cfr. P. Tiepolo (1569), Al,BERi, Sér. II, t. IV, p. 173.

Quant à Gallio, tout nous montre qu'il savait l'art d'obtenir du pape les grâces qu'il désirait. Les personnages même les plus influents s'adressent à lui pour implorer son intercession auprès du pape: le cardinal Farnèse, Commendone et d'autres encore (i). Bernard Tasse, père du grand Tasse et auteur de l'épopée I'Amadigi dont Gallio admirait les vers secs et maniérés (2), obtint, par son intermédiaire, la licence du pape d'imprimer son œuvre, ainsi qu'une défense pour qui que ce soit de la réimprimer durant l'espace de quinze années (3). Le poète remercia son protecteur dans une lettre affectueuse, qui fut ensuite imprimée (4), et en insérant à son poème un passage où il fait l'éloge de la générosité et de la valeur du secrétaire de Pie IV.

Le voici:

Tolomeo Gallio, quel che avrà in governo Tutti i segreti del gran Padre Santo; Che per prudenza e per valore interno Di star fia degno a suoi più fidi a canto.

(i) Lettres du card. Farnèse à Gallio du mois d'août 1565 et du 14 cet. 1565 (Arch. Vat. Fonds Borghèse, Sér. II, vol. 460, f. 323 et 472). Au même endroit se trouve une lettre tout à fait identique à la première et adressée au card. Borromée, ainsi qu'une autre encore, un peu plus simple que celles-ci et adressée au card. d'Altaemps. — Lettre originale de Gallio à Commendone du 20 janv. 1565. Arch. Vat, PHncipî, vol. 22, f. 180. — Dans une lettre du 23 août 1560 (»A Monsig. Tolomeo Gallio») Annibal Caro, l'illustre lettré et secrétaire du card. Farnèse le prie de lui procurer une recommandation du card. Borromée au nonce de Venise, Hippolyte Capilupi. (Caro, Lettere, t. Il, p. 276).

(2) WlESE ET PERCOPO, St. d. Letteratura italiana, p. 329.

(3) A. MONTI, Pcriodico, vol. 8, f. 96.

(4) PORCACCHI, Lettere di Hitotiiini Ilhtstri, p. 925. La lettre est du 18 mai 1560 (»A. M. Tolomeo Gallio Secretario di

66 CHAPITRE n

Il réussit à attirer sur son ami Prospère Publicola Santa Croce la bienveillance du pape. Santa Croce, évêque de Chisame, issu d'une vieille famille romaine, fut élevé d'abord au poste de gouverneur de Bologne, puis, malgré des intrigues de cour, nommé nonce apostolique en Espagne et en Portugal (juillet 1560) (i). Le hasard nous a conservé une collection de lettres de Gallio à cet ami; elles offrent un intérêt tout particulier à cause du ton d'intimité qui les caractérise. Cette intimité pouvait permettre à Gallio p. ex. de charger l'ami de l'achat et de la reliure d'une bibliothèque en France, »où les imprimés étaient à meilleur marché qu'en Italie». Il devait le faire »d'après une liste dressée par Sirleto et par ceux du collège de Jésus»; mais il ne devait pas dépenser trop, on risquait de se repentir; et en tout cas il fallait connaître d'avance les prix ... Il était un peu soucieux de l'argent, ce secrétaire de Pie IV! Grâce à cette intimité Gallio pouvait se permettre de terminer une lettre par ces mots significatifs: »que cela soit dit entre nous, et ne manquez pas de brûler cette lettre sitôt que vous l'avez lue» (2).

(i) V. la biographie contemporaine de Santa Croce, publiée par G. B. ADRIANI, dans la Miscellanea di Stor. Jial., t. V, p. 525 et suiv. — Santa Croce possédait de vastes connaissances en théologie et dans les sciences humanistes. Il avait été nonce auprès du Roi Romain en 1548— 1550, en France de 1552 à 1554. En 1560 il s'agissait en premier lieu de la continuation du concile du Trente. Depuis l'été de 1561 il était nonce en France. Notons que Santa Croce avait en 1560 aussi quelque mission de la part dii duc de Florence, chose approuvée par le pape même. Dépêches de l'évêque de Pistoia à Cosme I:er du 30 juin, des 3, it et 13 juillet 1560 (et lettre de recommandation de la dernière date). Arch. Fior. Med., filza 3280, f. 254-292. — HiNOJOSA, p. 123, la note 2.

(2) Les lettres de Santa Croce à Gallio ont été en partie publiées par G. B. Adriani dans la Miscellanea, vol. V, p. 1049--

Dans ses lettres Gallio entretient son ami de ce qui se passe à Rome, de la santé du pape et des cardinaux (i), des on-dits de la Cour et des espérances des sphères gouvernantes. Il est en mesure de le faire mieux que personne, car il est constamment auprès du pape et il l'accompagne dans ses voyages à Frascati, à Pérouse,! à Bologne (2). Mais il est aussi en état de lui fournir de petits avis précieux au sujet de la conduite à tenir en certaines circonstances et pour satisfaire aux caprices du pape (3). Il est donc un ami

1173, où elles sont insérées à celles adressées à Borromeo. Elles sont longues, intimes et détaillées. Elles vont du 5 sept. 1560 jusqu'au 27 juin 1561. Il est à regretter que la publication se soit arrêtée là. J. SusTA a publié des extraits de plusieurs lettres de Santa Croce à son ami et datant des trois derniers mois de l'année 1561 {Rom. CilHc u. d. Concil von Trient, à la page 289 une lettre complète du 21 oct. 1561). — (V. aussi le vol. 133 du Fonds Pio, Arch. Vat.) — Mais les MS Barh. Lat, 846 et 5759 de la Bibl. Vat. complètent d'une manière heureuse le manuscrit reproduit par Adriani. Ils contiennent, en des copies dn XVn:e siècle, une collection de lettres envoyées au nonce de Borromée et de Gallio, et ils ont l'avantage de ne s'arrêter point en 1561 mais de continuer jusqu'en 1565. Ils ne possèdent que trois lettres en commun, celles du 31 juillet 1563, du 29 mai 1564 et du 18 juin 1564. — Le MS Barb. Lat. 846 nous donne encore un petit nombre de lettres incomplètes de Santa Croce à Borromeo et à Gallio des années 1563 à 1565. — Cfr. SusTA p. LXXV— LXXVII.

(i) Une nouvelle comme celle-ci: »Mi rincresce bene d'haverle à dire che Mons. Ill:mo Borromeo è entrato esso ancora nel numéro dei podagrosi» (à vingt-sept ans, et un saint!) — »et si sérieusement que la chose ne peut plus être tenue en secret». Lettre du 8 avril 1564. Barb. Lat. 5759, f. 75.

(2) Rôles de famille de Pie IV. Bibl. Vat. Moroni en a publié à l'art. Familia une dressée à l'occasion d'un voyage projeté à Pérouse.

(3) Il évitait tout ce qui aurait pu nuire à l'ami. Le 29 aotit 1565 il écrit p. ex. en parlant de la dernière lettre de Santa Croce, »la quale haverei volontieri mostrata alla Santità di N. S:re se non havessi più presto dubitato di nocerle, che

très utile, et c'est grâce à ses efforts qu'à la grande promotion de 1565, Santa Croce obtient le chapeau cardinalice.

Voici comme les choses se passèrent. Pendant une maladie qui empêcha le cardinal Borromée de remplir les devoirs de son office le pape avait confié la direction des affaires à son autre neveu le cardinal d'Altaemps. C'était en janvier 1565 (i). Gallio qui entretenait des relations amicales avec d'Altaemps profita de l'occasion pour intéresser à la cause de son ami cet homme avide et vaniteux, en lui promettant des faveurs insignes de la part du roi de France, des faveurs que Santa Croce se faisait fort de lui procurer (2). On parvint à s'entendre sur les points nécessaires et l'affaire fut arrangée à la satisfaction de tous. Santa Croce devint cardinal et d'Altaemps reçut en France des bénéfices qui firent de lui pour quelque temps un partisan zélé du roi de France {3).

sperato di giovarle, sapendo io, et toccando ogni di con mano corne le cose passano.» Barh. Lat. 5759, f. 218. Bibl. Vat.

(r) »MoDS. IlI:mo Borromeo è stato alquanti giorni indisposto, ma hora par grazia di Dio comincia à star meglio, onde di quest'altra settimana potrà tornare a li soliti negotij. Tra tanto Sua S:tà ha date cura a me di scriver la présente.» D'Altaemps à Conimendone le 2^ janvier 1563. Princifi, vol. 22, f. 181. Arch. Vat.

(2) Lettre du 6 mars. Cette lettre de Gallio est fort intéressante; je la donne à l'Appendice, au numéro 5. — Gallio avait espéré déjà en 1560 de pouvoir lui procurer le pourpre. Lettre du 22 déc. 1560. Barb. Lat. 846, f. 69. Bibl. Vat.

(3) Lettre de Gallio à Santa Croce du 19 avril 1565. Barh. Lat. 5759, 1 184. — L'attachement de d'Altaemps au roi de France vient d'être confirmé par une lettre de Borromée à Santa Croce du 19 avril 1565 (Barh. Lat. 5759, f. 184). Giacomo Soranzo dit de lui en 1565: »Egli inclina molto à favorire le cose di Francia, e l'ambasciatore s'indirizza con lui e non con Borromeo». (Ai,BERI, Sér. II, t. IV, p. 136).

Les lettres de Santa Croce attestent qu'une intelligence parfaite régnait entre Gallio et son ehef administratif le cardinal Borromée (i). Gallio parle de lui avec toutes les marques d'un attachement sincère, et il est parfaitement au courant de toutes ses actions. Il l'appelle en général »Monsignor Illustrissimo» ou »Monsignor Illustrissimo Padrone*.

Il est curieux de constater que Gallio se voyait quelquefois contraint de recommander au nonce de ne pas adresser à lui ce qu'il voulait rapporter à Rome, mais de l'écrire au cardinal, »son Patron» (2). Commendone qui en sa qualité de familier de Pie IV se trouvait en rapports intimes avec Gallio, s'était parfois rendu coupable de la même inadvertance que Santa Croce (3). Il n'y a rien d'étonnant à ce que les nonces aient pu être tentés d'adresser leurs dépêches autant

(i) Il semble que Borromeo ait eu l'habitude de discuter avec son subalterne les affaires publiques. P. ex. la lettre du 21 oct. 1560: »Ho discorso à lungo con monsignor Ill:mo del . . » {Barh. Lat. 846, f. 47).

(2) Lettre du 21 nov. 1560: ■«Voglio pregar V. S. che per l'anior di Dio, da mo innanzi scriva tutte le cose de negotij publici e privati à Mons:r Ill:mo: P'rone e non a me, perché son cose confiant invidiatu, e sia detto per sempre, riservato perô se ci sarà qualche volta alcuna cosa, che V. S. voglia, che io sappia prima de Patroni per poterla porgere loco et tempore.» Barb. Lat. 846, f. 59.

Lettre du 13 févr. 1564: »Per ogni buon rispetto desidero, che sempre che si puô V. S. R:ma scriva al Sig:or Cardinale tutte le cose de negotij, et non a me.» Barb. Lat. 5759, f. 40.

(3) Dans le vol. VI de la Miscellanea ont été publiées trois lettres de Commendone à Gallio, l'une du i janv. 1561, les deux autres du 10 févr. 1561 (pages 8, 70 et 73). Gallio lui écrivait également en son propre nom. Le vol. 22, Prindpi, Arch. Vat. contient quatre de ces lettres datées des 20 janvier, 15 mars, 29 mars et 10 décembre de l'année 1565 (f. 180, 191, 192 et 211). — Notons encore que les légats à Trente s'adrcvssaient quelquefois expressément au secrétaire, non pas au cardinal. SusTA, pages 79 {?), 246.

au secrétaire Gallio qu'au cardinal Borromée, car celui-là nous fait à plusieurs reprises savoir que les lettres politiques expédiées et signées par le cardinal-neveu étaient en réalité rédigées par lui(i). Cette circonstance, assez curiese en elle-même, vient d'être confirmée par des faits d'une évidence incontestable. Mais avant d'examiner ces faits là, disons encore deux mots au sujet des sympathies françaises de Santa Croce, sympathies dont Gallio aussi subit le charme (2). Par l'intermédiaire de son ami, qui était en termes excellents avec la Cour de France (3), Gallio fit assurer le roi de son vif désir de le servir et le fit solliciter de lui donner quelque preuve certaine de sa faveur. 11 alla même jusqu'à envoyer au roi et à la reine-mère des lettres autographes, dans lesquelles il se déclarait prêt à se rallier au parti français à la Cour de Rome. Mais il voulait absolument une réponse claire. Il n'était pas du tout disposé à se laisser séduire par des promesses vagues et des illusions vaines. Malheureusement nous ne savons pas le résultat de ces pourparlers plus ou moins discrets. Ils ne furent entamés

(i) Lettre du 19 oct. 1560: »La puô tôt per risposta tutto quel che Monsior Ilhnio le scrive sapendo lei che non solo è farina, e dettato mio, ma etiam la piu parte mano mia propria, et a quest' effetto mi son dilatato in quella, per poter esser brève in questa.» Barh. Lat. 84.6, f. 52. — De même la lettre du 20 oct. 1560: »L,a conscienza mi morde d'haver risposto si brevemente alla lunghissima lettera di V. S. ancorche io potessi scusarmi, con dir, che io haveva evocato tutto quel, che io potessi mai dire con louga lettera scritta à nome di Mons:or Ilhmo.» Ibid., f. 53. — (L. du 2 sept. 1560: «Per lettera di Mons:or Ilhuio Padrone V. S. intenderà . .», ibid., f. 28).

(2) Il le révèle déjà dans les lettres du 13 févr. et du iS juin 1564 {Barb. Lat. 5759, f. 40 et 107), et surtout il en parle dans celle du 16 mars 1565, publiée à l'Appendice, au numéro 5.

(3) WeiSS, Papiers d'État, t. VI, p. 192 (Granvelle à Philippe II le 6 oct. 1560: il »est, ainsi que tous ceux de sa maison, attaché de cœur aux Français et ennemi prononcé de l'Espagne».

qu'au printemps de l'année 1565 — ils étaient donc simultanés aux négociations semblables du cardinal d'Altaemps — et dans l'été de la même année déjà Santa Croce quittait la France et revenait à Rome. Ils nous montrent que lorsqu'il s'agit pour Gallio, nouvellement créé cardinal, de se décider pour l'un ou l'autre des partis, qui divisaient la Cour de Rome, ce fut le parti français auquel il donna la préférence.

Ce penchant de Gallio vers la France s'explique fort bien par le fait que Pie IV lui-même — ainsi que nous le montrent les lettres de Gallio à Santa Croce — avait commencé à se rapprocher de la politique française.

C'est à partir de l'année 1564 que le pape commence à désirer, des relations plus cordiales entre lui et le Roi Très-Chrétien. Rome avait eu dans l'empereur Ferdinand I:er un allié fidèle et précieux. Mais Ferdinand mourut cette même année 1564, et son fils Maximilien II ne se distinguait ni par une orthodoxie bien parfaite, ni par un vrai zèle pour la foi catholique. Le roi d'Espagne Philippe II était le fils le plus dévoué de l'Eglise et le champion le plus puissant de la foi mais sa lenteur et ses hésitations exaspéraient le pape, son arrogance le blessait. Peut-être Pie IV craignait-il qu'une alliance avec la puissance espagnole ne puisse facilement prendre le caractère d'un asservissement.

Quoiqu'il en soit, tout en reconnaissant l'importance de la puissance espagnole pour la conservation de l'Eglise catholique, il ne chercha point à développer la bonne entente qui s'était établie entre la Curie et l'Escurial au début du concile. Bien plus, après la fin du concile c'est à peine si les apparences extérieures d'entente sont sauvegardées (i), et bientôt le pape tourne

(i) AlvBERI, Sér. II, t. IV, p. 108—109 (Gir. Soranzo) et 149 (Giac. Soranzo). — Pnn^ippsoN, Hist. Zeitschr., t. 39, p. 295—305.

^2 CHAPITRE n

ses regards vers la France. Dans ce pays les décrets conciliaires n'avaient jamais été acceptés et on ne s'y était nullement montré aussi docile envers le Saint-Père que celui-ci l'eût désiré. Mais la France pouvait, cas échéant, servir de contrepoids naturel à la prépondérance espagnole, voire même être ramenée à son devoir de défendre l'orthodoxie dans l'Europe occidentale.

Au commencement de l'année 1564 une rupture paraissait imminente entre les deux rovauraes de France et d'Espagne (i). L-e diplomate vénitien Girolamo Soranzo affirme que le pape aurait désiré qu'elle se fût réellement consommée pour pouvoir allors se ranger ouvertement du côté de la France (2). La correspondance entre Gallio et Santa Croce nous met en mesure de contester cette assertion (3). Au contraire, le pape redoutait fort une rupture, et il voulait l'éviter à tout prix. Sans doute, il considérait une guerre entre les deux premières puissances catholiques de l'Europe comme une calamité qu'il était de son devoir de conjurer. Ce qui est incontestable, c'est qu'il chercha de

(i) En premier lieu à cause de l'île de Corse. Les Corses avaient offert leur île au pape, mais les Français aussi bien que les Espagnols montraient le désir de s'en emparer (cfr. les lettres de Santa Croce à Borromée et Gallio, Barh. Lat, 5759). — Cause de discorde était aussi la question pendante de la »précédence» entre les deux couronnes de France et d'Espagne.

(2) AlbeRI, Sér. II, t. IV, p. 148. Il finit: »... senza dubbio con ogni poter suo (S. S.) si sarebbe sforzata di coUegarsi con Francia.»

(3) L'entourage de Pie IV craignait depuis longtemps des représailles de la part de Philippe II : »Piaccia a Dio che . . . il Catt:co non faccia quello che non deve, perche qui si va dubitando, che se bene non facesse aperta dimostratione di sdegno verso S. S:tà, del che pero non siamo ancor sicuri, possa almeno far molti danni alli parenti, servitori, e dependenti di Sua Santità, li quali sono per il più sudditi di Sua M:tà Cattca.» Gallio à Santa Croce le 28 mai 1563. Barh. Lat. 846, f. 237.

toute manière à s'allier à la France. Mais l'état des choses en France n'était pas propre à favoriser une alliance entre le Souverain Pontife et le roi Très-Chrétien. lyC pape se vit contraint de demander à Catherine de Médicis d'agir énergiquement contre les huguenots, de publier en France les décrets du concile de Trente, »pour servir de règle du moins à ceux qui s'appelaient catholiques», et de se comporter de manière »à ne pas forcer le pape à se jeter dans les bras du roi d'Espagne» (i). Il s'évertue de toute manière à complaire à la reine: il confère au cardinal de Bourbon la légation d'Avignon et il place ce petit État sous la protection française (2). Mais ses efforts n'eurent pas de conséquences immédiates. Soit que Catherine de Médicis, désireuse justement alors de se concilier les huguenots, ait reculé devant une alliance officielle avec la papauté, soit que Pie IV se soit calmé bientôt et qu'il ait abandonné son projet d'alliance comme le dit Soranzo (3), il semble que cette fois-ci on s'en tint à de simples ouvertures. Cet essai n'en est pas moins intéressant. Pour la première fois après l'époque des guerres nationales et territoriales en Italie, le pape sent le besoin d'un rapprochement avec la France pour se soustraire à la lourde prédominance du pouvoir espagnol. Il devait s'écouler bien des années avant qu'un successeur de Pie IV pût s'aviser de reconnaître que la pleine indépendance de la papauté résidait ^dans une entente parfaite avec la France. —

(i) ». . . et metterci in nécessita di buttarci nelle braccia di Rè Cattolico.» Borromeo à Santa Croce le 20 sept. 1564. Barb. Lat. 5759, f. 145.

(2) Dans une lettre à Santa Croce du 21 avril 1565 Borromeo énunière longuement les efforts du pape pour contenter le roi de France au sujet de la légation d'Avignon. ^arZ». Zaiî. 5759, f. 189.

(3) Ai.BERl, Sér. Il, t. IV, p. 148.

Mais revenons à l'étude de la position de Gallio dans la secrétairerie d'État et à ses relations avec le cardinal Borromée. Ses assertions à Santa Croce, rapportées ci-dessus, sont pleinement confirmées par les renseignements que donne Carga dans sl'Information» qu'il composait une vingtaine d'années plus tard dans un but dont je parlerai plus loin. Il est évident que les indications de Carga se rapportent précisément à la secrétairerie de Pie IV. C'était durant le pontificat de ce pape qu'il était employé à la secrétairerie — sous les ordres de Gallio, comme il le dit lui-même — , et après l'avènement de Pie V il quitte ce poste pour n'y plus réapparaître; il tomba bientôt gravement malade et c'est à l'hôpital du Saint-Esprit à Rome, où il se trouvait depuis des années (i), qu'il rédigea (en 1574) son »information». Nous pouvons donc prendre ce qu'il dit pour une description authentique de l'état des choses sous Pie IV.

En parlant des devoirs du secrétaire intime il décrit comment celui-ci couche par écrit les ordres qu'il a reçu du pape à l'audience. Il soumet ensuite, en brouillons, »les lettres secrètes qu'il a rédigées» à l'examen du cardinal, qui les lit les corrige, les signe et les fait enfin expédier par le secrétaire »aux nonces, aux ministres, aux personnages et aux princes» (2). I^e secrétaire est » assistant, conseiller et pour ainsi dire Vice- Chancelier fidélissime du cardinal pour tout ce que celui-ci signe de main propre au nom de sa Sainteté, c. a. d. pour toutes les expéditions. Il l'est de même par rapport à l'exécution de tout ce qui passe par la secrétairerie, vu que le Courrier et le Maître des Postes lui sont subordonnés; il ouvre les lettres, il en fait les extraits, il accompagne le cardinal chez le pape et,

(1) Cfr. aussi SlCKEI,, Rom. Ber. I, p. 105— lo6.

(2) Laemmer, p. 466, 467.

quand celui-ci communique au cardinal les résolutions qu'il a prises, c'est au secrétaire de les faire exécuter, lycs autres secrétaires et employés inférieurs, les gardiens des lettres et les scripteurs dépendent de lui et lui obéissent, et il a en sa possession l'unique sceau du Cardinal (i). Quand il fait son rapport au pape il lui présente les extraits des lettres qu'il a faits (2), et il reçoit de lui les ordres qu'il doit exécuter soit oralement, soit par écrit (3). Il surveille que chacun de ses subordonnés fasse son devoir et travaille attentivement et diligemment. Il veille à ce que les minutes et les extraits, les traductions du français et de l'espagnol, le chiffrement et le déchiffrement soient faits avec exactitude, que les registres et les copies des lettres soient mis à jour et que les lettres mêmes soient toujours mises au net, qu'on ne manque pas d'y mettre l'adresse, »e simili altre minute di secreteria, alla quale è necessario, che si abbassi tal volta il secretario per

(i) Ibid., (cfr. p. 463). Ses appointements consistaient en les deux portions accordées au secrétaire domestique sur les revenus du collège des secrétaires apostoliques ainsi qu'en des émoluments occasionels. — Le texte chez LaemmER est en général corrompu, ce que remarque aussi SiCKEL [Rom. Ber. I, p. 14, la note i).

(2) Laemmer, p. 465 — 466.

(3) SusTA, dit à ce propos (p. XXXV): »Die Briefschaften wurdeu dann gewôhnlich von den Secretâren, oft von GalH(o) selbst, excerpirt, in biindigen (auf schmalen Octavstreifen geschriebenen) Ausziigen — Sommarii oder Estratti genannt — deren sich Borromeo oder Galli(o) bei dem Vortrage vor dem Papste bedienten. Plus IV. pflegte, falls die Angelegenheiten nicht solcher Art waren, dass sie einer Cardin alscongregation vorgelegt werden mussten, rasch zu entscheiden, wobei Galli(o) seine Entscheidungen oft mit Bleistift in kurzen Schlagworten auf der Riickseite der Estratti notirte, uni sie dann bei der Stilisirung der Antworten zu gebrauchen. — Die fertiggestellten Minuten wurden von Borromeo oder von Pius IV. selbst revidirt, um nach erfolgter Genehmigung mundirt zu werden.»

tener in Offitio ogn'uno, et supplir esso al buon servitio che da lui si aspetta» (i). Le rôle du cardinal est surtout un rôle de parade. C'est lui qui fait le rapport officiel au pape, c'est à lui qu'est adressée toute la correspondance, c'est avec lui que discutent les nonces, les ambassadeurs. En réalité, néanmoins, c'est au secrétaire qu'incombe la grosse besogne, la responsabilité. Le cardinal se borne à garder entre ses mains la haute surveillance de l'activité de son subordonné. Le rôle du secrétaire est actif, celui du cardinal passif. Carga ne dit nulle part que Borromée ait eu l'habitude de dicter au secrétaire les lettres qu'il devait écrire, ni même qu'il lui ait donné des avis au sujet de leur rédaction. Pour Gallio Borromée n'était que le porte-voix du pape. Il est néanmoins une question, par rapport à laquelle les rôles sont intervertis, et où. Borromée passe au premier plan tandis que Gallio tend à s'effacer: celle du concile de Trente. La part considérable que représente la correspondance de Borromée dans l'énorme amas de documents qu'on appelle les ada conciliaria est la meilleure preuve du puissant intérêt que témoignait le cardinal à tout ce qui touchait au concile (4). Une âme profondément religieuse

(i) Laëmmer, p. 466.

(2) Laemmer, p. 466—467.

(3) SiCKEl,, {Rom. Ber. I. p. 47) est de l'avis que Borromée a travaillé beaucoup et que son travail a eu une importance évidente. Je reporte encore ce qu'en dit SuSTA (p. XXXV): »Die an Nuntien und Legaten gerichteten Weisungen nannte man »Proposte»; sie waren regelmassig im Namen von Borromeo verfasst, welcher sie mit eigener Unterschrift und oft auch mit lângeren Nachschriften versah, wie er denn'auch manclimal ganze Briefe eigenhândig schrieb. Nur in Ausnahmsfâllen correspondirte in seiner Vertretung Galli(o) selbstândig».

(4) SlCKEi, les a étudiées à fond dans ses importants RSmische Berichte. (Voir exprès la partie I, page 46).

comme celle de Borromée ne pouvait que se sentir vivement attirée par cette question, qui, loin de n'être qu'une simple affaire politique, était au contraire une question de vie ou de mort pour l'orthodoxie catholique, et un apôtre de la foi comme lui ne pouvait que s'adonner corps et âme à une cause aussi sainte.

Iva part que revient à Pie IV dans la correspondance de Rome avec les légats au concile est aussi très considérable. Il se faisait lire les dépêches des légats, il dictait des réponses à son secrétaire, et il leur écrivait bon nombre de lettres de sa propre main (i).

En présence de l'activité du pape et du cardinal celle de Gallio s'efface. Il n'en est pas moins certain qu'il soutint une grosse partie du labeur, ainsi qu'il ressort de ce qui a été dit plus haut, et d'une lettre à Santa Croce dans laquelle il se dit sur le point de succomber par l'excès de travail que lui donne le concile (2).

Kn parcourant un gros volume de la correspondance conciliaire (3) j'ai constaté que tous les déchiffrements, les post-scriptums et les notes aux dos des pièces, concernant l'expédition et l'enregistrement sont de l'écriture si facilement reconnaissable de Gallio (4).

(i) m., ibid., p. 48—49. SusTA, p. XXXVI.

(2) Lettre du 31 juillet 1563 : »N. S:re Dio ci farà gratia d'uscire di questo Laberinto dal quale Mons:or mio io sono liormai tante stordito, et logoro, che le promette, che per la parte mia ho ben bisogno che finisca presto, se non voglio finir io sotto la soma, et hoc satis.» Barb. Lat. 5759, f. 225; ibid. 846, 1 19. Bibl. Vat.

(3) C'est le vol. cotisé 27 et 68 Co7icilio, Arch. Vat. Il va de l'été 1563 jusqu'à la fin du concile.

(4) Cfr. V. SiCKEi,, Ro7n. Ber. II, p. 15— 22 et 53—54. Les deux minutes dont l'auteur fait l'examen aux pages 16 et 17 font qu'il se demande si c'est bien Gallio qui les a rédigées. Or, elles sont les minutes de deux lettres qui furent expédiées (en 1561) au légat en France Hippolyte d'Esté, cardinal de

78 CHAPITRE n

Exceptionnellement il écrit en personne aux légats^ surtout à Morone (i), pour lui communiquer des impressions subjectives ou des nouvelles qui ne souffrent pas de délai, ou aussi au nom de Borroraée, si celui-ci a été empêché de participer en personne à l'expédition des lettres (2). Il me parait aussi fort probable que Gallio ait écrit en général les minutes des proposti^ ainsi que Sickel est porté à le croire et ainsi qu'il résulte de Vinformation de Carga. Mais ce qui est certain, c'est que le pape et Borromée étudiaient et corrigeaient ces minutes avec un soin méticuleux.

Les nombreuses remarques qui se voient dans les marges des documents conciliaires présentent, elles aussi, l'autographe de Gallio, p. ex. celle du facsimile II dans le vol. II, des Rômische Berichte. Personne hors lui n'aurait pu faire, du reste, ces notes qui révèlent une connaissance profonde de tous les détails et de tous les

Ferrare. Nous savons que Gallio composait les lettres qui furent envoyées de la Curie à Santa Croce, qui se trouvait en France depuis 1561 comme nonce apostolique. Pourquoi n'aurait-il pas alors pu être l'auteur des premières comme il l'a été des secondes? Elles sont toutes de la même catégorie. Du reste, je renvoie à l'information de Carga citée ci-dessus, ainsi qu'au facsimile, publié au Periodico, vol. VII.

(i) P. ex le 24 sept, et le 24 nov. 1563 {Concilio 27 et 68). Cette dernière lettre montre que la maladie du pape dont le bruit accéléra la clôture du concile n'était point une fiction. Tout au contraire, Gallio écrit qu'à Rome on avait été fort inquiet parce que l'ambassadeur d'Espagne avait eu l'imprudence d'en parler dans une lettre expédiée à Trente. On avait eu peur que cette mauvaise nouvelle n'y eût pu produire une consternation pernicieuse. Mais cela ne se vérifiant pas et la lettre n'ayant eu pour seul effet que de hâter la fin des délibérations, on se félicita à Rome de ce résultat inattendu. — Cfr. la lettre de Gallio à Santa Croce du 19 déc. 1563. Barh. Lat. 846., f. 28. Bibl. Vat.

(2) SlCKEI<, Rotn. Ber. I, p. 49.

secrets de la direction des affaires de la Curie(i). Ces mêmes remarques en marge m'ont induit à croire que Gallio est bien la personne, à laquelle le pape avait confié la charge de rédiger le Registre Général de la correspondance conciliaire, ce fameux registre auquel Sickel a consacré les études les plus minutieuses (2). C'était là un travail fort compliqué dans lequel il ne fut probablement assisté que par un petit nombre d'aides, et qui ne fut terminé définitivement qu'en l'année 1565.

Ce qui précède nous donne une idée de ce que furent les fatigues de cet homme qui sous Pie IV soutint l'office de secrétaire intime. Nous voyons jusqu'à quel point il a joui de la confiance de son maître et quel rouage indispensable il a été de la grande machinerie curiale. Et néanmoins il nous est impossible de définir exactement son rôle personnel, de mesurer et de taxer son apport d'intelligence et d'énergie au travail commun. Il se dérobe à nos regards, il disparait derrière les grands contours du pape Pie IV et de son cardinal-neveu Saint-Charles Borromée!

Il nous reste à élucider encore un côté de l'activité de Gallio comme chef de la secrétairerie de Pie IV. Une étude des originaux et des minutes des brefs con-

(i) SUSTA (pages 274, 285 et 315) mentionne trois minutes corrigées par Gallio. Ce sont donc là les deuxièmes minutes avant la mise au net définitive.

(2) V. en particulier ses Rom. Ber, II, p. 35 — 43. Il n'a pas osé deviner que »cette personne» si bien initiée qui faisait les remarques ait pu être Gallio. — Tout en indiquant l'imperfection et le peu d'exactitude de ce registre il ne peut que faire les éloges de la secrétairerie de Pie IV d'avoir pu le dresser sans se laisser déconcerter et de nous avoir donné par cela un moyen précieux de pouvoir compléter nos connaissances de la correspondance conciliaire {ibïd., p. 81). — SuSTA, (p. XXXVII) avance que le Registre Général fut dressé »unter persônlicher Beteiligung Galli's». — Cfr. le facsimile I, Rom. Ber. II: »Concordat cum originalibus minutis. Pts Carlis Comensis.»

8o CHAPITRE II

serves aux Archives du Saint-Siège à Rome nous apprend qu'il a dû avoir dans l'expédition de ce genre de documents une part considérable.

Aujourd'hui la Secrétairerie des Brefs sert d'intermédiaire entre le pape et les fidèles. C'est par la voie de cette secrétairerie que le pape confère des grâces et des faveurs et par cette même voie que lui parviennent une grande partie des suppliques du monde catholique. C'est au Cardinal-Secrétaire des Brefs comme rapporteur que le pape fait connaître ses décisions lesquelles sont ensuite transmises aux supplicants par le moyen d'un bref (i). Au XVI:e siècle déjà le pape pouvait faire connaître ses volontés par voie de brefs et il choisissait volontiers cet expédient. Mais qui remplissait alors l'emploi de rapporteur? Etait-ce le dataire ou était-ce quelqu'un d'autre? Car il paraît que la secrétairerie des brefs n'était pas alors un bureau autonome, nettement détaché de celui de la secrétairerie d'Etat. Sous Pie IV le secrétaire intime jouait à cet égard un rôle important.

En parcourant les minutes des brefs de Pie IV on constate qu'en dehors de la formule concessive f^fiat ut petihcr» apposée par le pape lui-même, ces documents sont pourvus d'annotations a tergo^ écrites tantôt par Gallio, tantôt par le cardinal Réuman (préposé a la Signature de la Justice, communément appelée la Signature des Brefs), tantôt par Borromée, tantôt par Simoneta, dataire de Pie IV. Mais indépendamment de ces annotations, toutes les minutes sont en outre pourvues d'un ordre d'expédition le plus souvent de la main de Gallio lui-même (2). Je ne crois pas m'avancer

(l) GOYAU, Gouvernement de l'Église^ p. 92 — 93.

{2) Le 22 oct. 1561 : Domïmis Tolometis dicit Sanctitateni Suain (Vestram?) contentam. — I^e 8 août 156 1 : Domùius Tolomeus per stiatn cedtdam dicit Sanctitatem Sua77i (?) contetitam (?) et Cardinalis Reo?na-

trop loin en tirant de ce dernier fait la conclusion que Gallio référait en dernière instance tous ces brefs au Souverain Pontife et recevait de lui l'ordre d'expédition définitif. Gallio remplissait donc les fonctions qui incombent aujourd'hui au Cardinal-Secrétaire des Brefs et était le chef direct des secrétaires des brefs. Ajoutons encore, que souvent les brouillons des brefs sont écrits de la main de Gallio et que, plus souvent encore, ils portent des corrections et des remarques autographes de lui (i).

De tout ce qui précède il ressort que Pie IV accablait littéralement d'ouvrage son secrétaire. Cela tenait en grande partie à l'intérêt extraordinaire que témoigna toujours ce pontife pour tout ce qui touchait au développement de la Secrétairerie d'Etat (2). Mais si donc Pie IV surchargea Gallio de travail il est bon d'observer qu'il sut en revanche récompenser dignement les loyaux services de son dévoué serviteur (3).

nus vidit, et Dotnimis Tolonietis dicit Sanctitatem S. (?) mandasse expediri. — Le 8 nov. 156 r: Domhviis Tolomeiis dicit quod expediattir de mmidamento Sanctitatis S. (?). La même minute est contresignée Tolojneus Episcopus Âiartziran' . Cae. Glorieriits. Arch, Vat. Arra. 42, vol. 16. — Notons que les volumes renfermant les «lettres aux princes» de Pie IV ne montrent pas de traces incontestables de l'activité de Gallio.

(i) P. ex. dans le vol. 24 de l'Arm. 42. Arch. Vat.

(2) Il y introduisit un certain ordre ainsi qu'une méthode dans l'expédition et dans l'enregistrement des actes, qui n'atteint pas, c'est vrai, la perfection, mais que mérite pourtant d'être annotée. Encore il y fit adopter une écriture uniforme, claire et invariable, qui a l'avantage surtout de faciliter énormément les études des rechercheurs modernes. — SiCiCEl,, Rom. Ber. III, p. 18 et suiv.

(3) Carga (LaEmmER, p. 466) énumère les trois qualités qu'on exigeait d'un secrétaire intime parfait: il devait savoir parfaitement parler et écrire le latin et l'italien, examiner ce qu'il écrit et être au courant de tout ce qui est nécessaire à cela, c. a. d. de la politique, de l'histoire ecclésiastique et »des vertus

lyC 13 septembre 1560 il l'avait fait évêque de Martorano, petit diocèse Calabrais dépendant de Reggio(i). lye 6 juillet 1562 déjà il le nomme archevêque de Siponte ou Manfredonia. Cette ville, d'une importance médiocre, située dans la Fouille sur le golfe qui en a pris le nom, avait alors comme siège suffragant le seul diocèse de Viesti (2). Ce n'était donc pas une position princière que celle d'archevêque de Manfredonia, et nous verrons plus loin qu'elle causera à son titulaire de fâcheux inconvénients. Un honneur plus éclatant était réservé au dévoué prélat. Lors de la célèbre promotion du 15 mars 1565, où Sirleto, Commendone, Santa Croce, Buoncompagni (le futur pape Grégoire XIII), Marc-Antoine Colonna, Alexandre Sforza, Flave Orsini et tant d'autres prélats éminents reçurent la dignité de cardinal, Ptolémée Gallio lui aussi fut investi de la pourpre cardinalice (3). A la nouvelle de cette élévation d'un de ses fils, dans sa patrie la joie fut grande. La ville de Côme se mit en fête et s'enguirlanda, et les magistrats envoyèrent au pape une épître solennelle pour le remercier de la distinction conférée à leur ville. Le pape leur répondit que c'était avec grand plaisir qu'il leur avait donné cette preuve

morales»; enfin »se faire bien servir» et surveiller minutieusement et incessamment les employés placés sous ses ordres, etc.

(1) CAPPEr.I^E'tTl, Chiese d' Italia, t. XXI, p. 221. Selon lui

Gallio fut créé tout d'abord archeprêtre de Monopoli (1. c, t. XX, p. 577).

(2) CappEIJ,ETTI, t. XX, p. 577. La ville qui avait été brûlée par les Sarrasins, fut réêdifiée par le roi Mainfroi en 1256, après quoi il reçut de lui le nom de Manfredonia, — Comme évêque de Martorano la signature de Gallio avait été »il vescovo di Martorano» (Toloineus episcopus Marttiran'), comme archevêque de Siponte il signait «l'Arcivescovo Sipontino». Durant les huit premiers mois de l'année 1560 il n'avait été que »Messer Tolomeo».

(3) Son église titulaire fut Saint-Théodore ou Sainte- Agathe.

de sa bienveillance toute spéciale, q'nils- auraient dorénavant auprès du Saint-Siège l'interprète le plus fidèle de leur vœux, et enfin qu'il avait voulu imposer au nouveau pourpré le titre de cardinal de Côme comme une marque de sa faveur particulière envers eux(i). Nous verrons que le nouveau cardinal se montrera digne de l'éloge du pape et des espérances de ses concitoyens.

C'est donc sous le nom du cardinal de Côme que Gallio figurera désormais dans les annales de l'époque, et qu'il se créera un nom dans l'histoire de la papauté (2).

En continuant notre étude, observons tout d'abord que bien que créé cardinal Gallio n'en reste pas moins secrétaire intime de Pie IV. (C'est identiquement ce qui arrivera aussi à son successeur sous Pie V, Rusticucci.) Il restera même simple secrétaire intime, lorsque le cardinal Borromée obtient au mois d'août 1565 du pape le loisir d'aller visiter son diocèse de Milan. Ce départ lui fournit cependant l'occasion de prendre une part plus grande à l'administration des affaires politiques, par le fait que c'est le cardinal d'Altaemps, homme dissolu, de peu d'expérience et ne jouissant pas de la confiance du pape, qui remplit la charge de cardinal-neveu durant l'absence de Borromée (3). En

(1) A. MONTI, Periodico, vol. III, p. 97. — ROVEI^W, P. III, t. II, p. 266.

(2) Devenu cardinal il choisit pour signature »Tolomeo Cardinale di Corao» (»Tol. Car:le di Como») ou aussi, plus tard, »I1 Cardinale di Corao» (»I1 Car:le di Como»; i>Pts, Car.-lù Comensts-»).

(3) HiNOjoSA, p. (162 et) 167. Le cardinal d'Altaemps à Santa Croce le 17 sept. 1565. MS. Barb. Lat. 5759, f. 224. Arcb.

suite de cela nous trouvons durant tout l'automne de l'année 1565 d'xA.ltaemps comme signataire de la correspondance expédiée de Rome aux nonces (i). D'Altaemps prit-il réellement part à la rédaction de cette correspondance? C'est là une question que nous ne pouvons pas résoudre. Mais vu les circonstances sous lesquelles il était entré en charge, cela ne me paraît pas probable. Du moins, pendant les quelques semaines d'octobre et de novembre, durant lesquelles une maladie assez grave le tint éloigné du travail, sa part dans la rédaction des lettres a dû être à peu près nulle (2). Ce fut alors le cardinal de Côme qui prit la direction des affaires politiques et qui soutint en réalité la charge de cardinalministre du pape.

Il nous reste de cette époque une collection de lettres autographes écrites à l'ami Borromée qui (depuis le commencement de septembre) se trouvait à Milan occupé à réformer les mœurs des prêtres et des laïques. Il y en a vingt-huit écrites dans l'espace de trois mois et qui ont été publiées de nos jours, mais malheureusement non d'après les originales (3). Ces lettres n'offrent qu'assez peu d'intérêt pour nos études. Elles sont

Vat. — Notons à titre de curiosité que, durant l'absence du cardinal Caraffa en France (en 1556), son frère le duc de Paliano avait eu la direction des affaires politiques (Pif,per, Legaten etc., p. 186).

(1) Ex. Ntmz. Sfagna vol. 3, f. 21, 22; vol. I, f. 59 — 64. Pf-încipi vol. 22, Passùn.

(2) Paulo Odescalco au cardinal Borromeo le 19 oct. 1565: »L'Ill:nio Sig:or Canle Altaemps achoiche sia libero délia febbre è restato con una certa débilita di stoniaco et di testa, che non l'ha lasciato per anchora attendere à negotij, si corne lunedi vi darà principio». Bibl. Ambr. Arm. F. inf., vol. 36, f. 572. — Il y a une interruption du 6 oct. jusqu'au 2 nov. dans la série des lettres de d' Altaemps à Borromeo (Bibl. Ambr. Arm. F. inf., vol. 36, passim. Cfr. Periodico, vol. 7, p. 41).

(3) A. MoNTl les a publiées dans les volumes 7 et 8 du Periodico de la Société Historique de Côme. Malheureusement

écrites sur un ton de dévotion et témoignent de l'amitié sincère et indissoluble qui unissait ces deux hommes. Le cardinal de Corne supplie son ami de ne pas se surmener en remplissant la sainte mission de réformer Milan, et de ne pas risquer ainsi sa précieuse santé. Il s'efforce de modérer si possible la rigueur de Borromée dans l'application des idées réformatrices (i). Les vertus de son ami lui inspirent de l'admiration: »je connais», écrit-il, »non seulement la dévotion que porte Votre Seigneurie Illustrissime envers Sa Sainteté mais encore son humanité innée et son esprit angélique ainsi que sa prudence et sa dextérité à savoir s'accommoder à toute sorte de choses et de personnes» (2). Il entretient Borromée de la santé du pape dont il parle tou-

il a utilisé des copies faites au XVIII-.e siècle, copies assez correctes, il est vrai — à quelque date près — , mais dont les indications de côte sont cependant tout à fait insuffisantes. Il aurait pu trouver à la même bibliothèque (l'Ambrosienne de Milan) tous les originaux autographes. — Dans le recueil de Monti manque la lettre du 11 mai 1568 (Arm. inf. F., vol. 40, f. 144), La collection comprend 183 lettres allant du 15 sept. 1565 jusqu'au 29 sept. 1584.

(1) Periodico, vol. 7, p. 109 — lio; II5.

(2) Vol. 7, p. 35 — 36. — Autres exemples p. 25: »Gran consolatione ha veramente apportato a N. S:re la lunga et bella et santa lettera, che V:a S:a Ill:ma ha scritto da Cafagiolo, ne la quale, come in uno spechio nitidissimo è apparsa la prudenza et la bontà de l'animo suo, tanto par quel ch'ella ha fatto, quanto per la relatione, che di tutto l'è piacciuto fare a la S. S. non guardando, che qualche cosa fusse per nocere a se stessa . . . et io so in quanto prezzo lei soglia havere la corapressione e subiugation de' sensi, et l'abnegar la propria voluntà». etc. — Page 40 — 41: »Io rendo quelle gratie, ch'io posso maggiori a la S. V. Ilhma de la parte che con tanta amorevolezza mi ha voluto dare de le consolation! sue spirituali, de le quali sento quella allegrezza, gaudio et contento, che Ella puô più presto imaginarsi, che io scrivere. Dio sia quello che adsit tam ingentibus coeptis et coepta secundet, poiche tutto tende a gloria et ohnore de la divina Maestà. Lei sa che a me queste cose non

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jours avec une affection presque filiale, il lui envoie des nouvelles minutieuses sur l'administration ecclésiastique avec des détails sur les personnages qui ont été promus et sur l'état de santé des cardinaux ses collègues. Ainsi le fait que le pauvre Paleotti était tombé momentanément en disgrâce donne matière à de longs racontars. La politique n'entre point dans cette correspondance: c'est à peine si on y trouve quelques notices sur la guerre contre les Turcs. Borromée était absorbé par son concile provincial, et noiis savons que la politique n'était pas son affaire (i). Les lettres qu'il écrit au cardinal de Côme ne contiennent que des nouvelles au sujet de son activité à Milan, des méditations sur les choses divines et terrestres et des expressions d'une amitié intime et sincère. Il se défend du reproche d'avoir trop travaillé et il attribue les inquiétudes de son ami à «l'imperio che in lei ha la ragione et pietà

sono state nouve, havendomele lei per gratia sua faite presapère di molti antii innanzi che sia venuto il tempo loro; parlo de le maioliche, tapezzerie, et altre cose simili ; si come medesimamente non m'è stata nuova la gran devotione, et frequenza del popolo venuto a la sua Messa, et Sermone, sapendo io quanto ella è amata, stimata et adorata in quella Chiesa, non tanto per la grandezza sua propria, et del Papa, quanto per il santo e.t angelico suo procedere in tutte le attioni. In questi tre giorni non c'è stato che dire, che di questo fatto; et del popolo si numeroso, che vi si trovô, et in somma omnis te Roma locuta est con quella admiratione et riverenza, che si puô maggiore, il che mi guarderei ben di dire, se non sapessi già per tante pruove, che grosse muraglie V:a S:a Ilhma habbi preparate agli assalti de la vana gloria. Benedictus Deus».

(i) Pourtant Gallio lui envoie des »avvisi» politiques arrivés à Rome: »Mando qui alligati gli avvisi di Vienna, secondo il solito ...» — »Sarà con questo un plico di lettere del Nuntio di Napoli . . .» {Periodico, vol. 7, pages 48 et 50. Cfr. p. 116 et 120), ce qui nous montre simplement que Borromeo considérait comme devoir d'être toujours au courant des grands faits de la politiqite.

sopra ogiii altro senso», luidit-il (i). Remarquons qu'il écrit de préférence au cardinal de Côme — c. a. d. au secrétaire intime du pape — , moins souvent au pape luimême et fort rarement au cardinal d'Altaemps (2). Cela était du reste assez naturel, car le cardinal de Côme était bien la personne qui connaissait mieux les affaires de Rome. Lui, de son côté, montrait toujours au pape les lettres que lui envoyait le cardinal absent (3), et il y répondit, car le pape lui-même n'écrivait que fort peu. Pie IV suivait avec l'intérêt le plus vif l'activité de sou neveu favori à Milan, et le succès brillant du synode que celui-ci était en train de célébrer lui causa une joie profonde (4).

Observons que le cardinal de Côme écrit même les lettres que d'Altaemps envoie à son cousin, munies de sa propre signature (5). J'en veux citer un exemple des

(i) Bibl. Ambr. Arm. F. inf., vol. 36, f.694. (C'est dans ce volume que se trouvent les lettres de Borromeo à Gallio).

(2) Borromeo écrit à Côme que »per meti fastidire S. B:ne scrivo a V. S. Ill:ma accio ella a biion proposito faccia il medesimo offitio a bocca più compitamente ch'io stesso per lettere non farei». Lettre du 23 sept. 1565. Bibl. Ambr. Arm. F. inf. vol. 36, f 449.

(3) Periodico, vol. 7, p. 44 (1. XIV): vol. 8, f. 124: »Havemo riso un pezzo, dico con S. S:tà, di quel che V. S. Ilhma mi scrive del stare a tavola 8 hore del giorno, che m'è parsa cosi gratiosa cosa, comparata maxime a lo stare in Congregatione de la Synodo, ch'io non ho potuto contenermi di dirla a S. S:tà>>.

(4) Le card. Alciato à Borromeo le 6 oct- 1565 : »Mi trovai anchora présente quando S. S:tà lesse le lettere di V. S. Ill:ma sopra l'intrata sua triomphole in Milano. Et vide quanto S. S:tà goldete d'allegrezza et giubilo per li tanti honori et contenteze sue. Del che particolarmente commesse alli Ilhmi Altaemps et Como che ne scrivessero a V. S. Ilh.ma in nome di S. S:tà come credo faranno con questa po.sta». Bibl. Ambr. Arm. inf. F., vol. 36, f. 540.

(5) Periodico, vol. 7, p. 126: »Per la lettera di Mons:r III:mo d'Alta Fmps V. S. III:ma intenderà come le cose passino .... lo non saprei aggiunger altro, quanto à lo stato di Sua San-

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plus curieux: la lettre de d'Altaenips du 7 décembre 1565. Elle a été évidemment écrite eu grande hâte, et ce qui est remarquable, c'est qu'elle présente l'autographe du cardinal de Côme tout en portant la signature du cardinal d'Altaemps! On n'avait donc pas eu le temps de la mettre au net avant de la faire signer par ce dernier (i). Si le cardinal de Côme avait été réellement le rédacteur des lettres politiques du brave Borromée, combien plus ne devait-il pas être l'auteur de celles qu'écrivait cet inexpérimenté cardinal d'Altaemps? Ainsi, je l'ai déjà dit, il ne me paraît pas trop hardi de supposer que durant les trois derniers mois du pontificat du Pie IV, le cardinal de Côme était — de fait bien que pas de nom — cardinalministre de ce pape. N'oublions pourtant pas que Pie IV était un pape qui ne tolérait point des serviteurs indépendants!

lyc 4 décembre 1565 Pie IV tomba malade (2). Ce fut une maladie courte et violente. Le 2 décembre Côme l'avait encore trouvé fort bien portant (3). Mais vers le soir du 5 déjà l'état du pape était jugé grave. Côme perd tout espoir. De concert avec d'Altaemps il prie le malade de se faire donner les Saints-Sacrements (4). Il supplie Borromée de venir à Rome en

tità, poiche quella lettera l'ho fatta io proprio». — Notons que les lettres de d'Altaenips à Borronieo sont toujours écrites le même jour que celles de Gallio à ce dernier. (Bibl. Ambr. Arm. F. inf., vol. 36, passini).

(r) Bibl. Anibr. Arm. inf. P\, vol. 36, f. 779. Bien entendu, cette lettre ne se trouve pas parmi celles publiées dans le Periodico. Mais son postscriptum, également de la main du card. de Côme et signé par lui-même, y a été inséré au vol. 7, p. 128.

(2) Periodico, Vol. 7, p. 125.

^3) Ibid., p. 124.

(4) Ibid., p, 126.

toute hâte. Alors une amélioration légère se produit. Corne respire de nouveau et expédie à Borromée une nouvelle dépêche lui annonçant ce changement miraculeux, dont il attribue la cause aux prières du cardinal (i). A Rome, on croit déjà la crise passée. Néanmoins le pape continue à dépérir. Il veut encore voir Borromée, son favori, avant de mourir. Celui-ci accourt (2): on l'attend d'un moment à l'autre. Enfin, le 8 décembre il arrive et le 9 le pape expire dans les bras de son neveu chéri (3).

Le cardinal de Côme pleura amèrement la mort de son bienfaiteur (4). Il y avait de quoi en effet. Pie IV avait toujours été pour lui un maître excellent. Il l'avait élevé des conditions les plus humbles jusqu'à la dignité cardinalice et, s'il faut croire les assertions des contemporains, il l'avait mis à même d'amasser des

(i) Periodico, vol. 7, p. 127 (1. XXVIII). Le cardinal d'Altaeinps juge opportun de communiquer à Borromée cette nouvelle heureuse par une lettre autographe. (Le 5 déc. 1565, / hora di notte). Autre lettre de la même teneur du 6 déc. Le 4 il avait mandé à Borromée la maladie du pape. Bibl. Ambr. Arni. inf. F., v. 36, f. 740, 751 et 778.

(2) Borromée n'était plus à Milan, il se trouvait déjà en Toscane, où il avait accompagné, sur l'ordre du pape, deux princesses de Habsbourg, venues en Italie épouser l'une François, prince de Florence, l'autre Alphonse, duc de Ferrare.

{3) Le card. de Côme à Commendone le 10 déc. 1565. Arch. Vat. Principi, vol. 22, f. 211.

(4) Il écrit le 7 janvier 1570 à Cosme I:er de Toscane pour le féliciter de son nouveau titre de grand-duc et il trouve alors l'occasion d'intercaler le passage suivant: »Se à Dio fusse piacciuto che questo fusse successo per mano di chi più n'era debitore, potrei dire che nissuna cosa mancasse al gaudio mio, ma come io era certo che vivendo haveria fatto maggior cosa, cosi m'allegro hora pienamente del présente successo», etc. Cehiià.ont parle le cardinal n'est autre que Pie IV, qui avait toujours témoigné à Cosme I:er une affection manifeste.

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ricliesses considérables (i). C'était grâce à lui qu'en moins de six années les rêves les plus audacieux de sa jeunesse, étaient devenus des réalités. Et c'est avec raison que l'ambassadeur de Venise Girolamo Soranzo put dire de lui .>qu'il était un des exemples qui invitent les hommes à aller à Rome y faire fortune» (2).

(i) Gir. Soranzo, Ai,BERl, Sér. II, t. IV, p. 95. Cfr, Amëyden à l'Appendice, le numéro 3.

(2) Al,BERI, 1. c, p, 95.

I,E CARDINAL DE COME EN DEHORS DE EA POLITIQUE. -LE PONTIFICAT DE PIE V.

L'avènement au trône pontifical du cardinal Michel Bonelli, appelé le cardinal Alexandrin, fut pour le cardinal de Côme le signal d'une retraite assez brusque du théâtre de la politique. C'était l'usage de la Cour de Rome: le secrétaire changeait avec le pape. Etant donné la nature ambitieuse de Gallio il est hors de doute qu'il dut éprouver une amertume profonde à perdre une influence, qui, jusqu'alors, n'avait fait que s'accroître. Mais il se soumit sagement à son sort, tout en se préparant avec prudence pour des temps meilleurs.

Il ne fut pas immédiatement écarté des affaires. Le nouveau pape, désireux d'utiliser son expérience, le garda auprès de lui en qualité de conseiller. Avec sept autres cardinaux, Gallio est nommé membre d'une Congrégation spéciale pour les affaires de la Germanie (i), et pendant un certain temps il communique en

(i) Dépêche du 19 janvier i.s66. Arch. Fior. Med., filza 3285, f. 16.

cette qualité au légat Commendone (i) les décisions du pape. Mais cela ne dure pas longtemps. I^es vieux serviteurs de Pie IV ne se plaisent guère chez l'austère et ascétique Pie V. Ils le quittent dès qu'ils le peuvent. IvC cardinal de Corne le fait aussi, et il suit en cela l'exemple de Borromée, qui s'était empressé aussitôt de se retirer dans son évêché de Milan. Gallio, lui, se retira dans son diocèse délaissé dans les plaines de la Pouille. Il nourrissait ce projet déjà depuis longtemps. Le départ de Borromée pour Milan au mois d'août 1565 paraît lui en avoir suggéré l'idée (2). Dans l'automne de cette même année Borromée le croit une fois déjà parti pour Siponte. Il n'est toutefois pas probable qu'il ait pu quitter Rome déjà à cette époque, même s'il l'aurait voulu. Pie IV une fois mort le vague projet put facilement être réalisé. Il pouvait même être un prétexte fort à propos pour quitter cette Cour désormais dépourvue d'attraits pour lui. Mais chez le cardinal de Côme le devoir de visiter Siponte était augmenté par

(i) Côme à Commendone le 26 janvier 1566. Je donne à l'Appendice la lettre tout entière comme très explicative, surtout par rapport aux relations entre Gallio et Commendone (le numéro 6).

(2) Borromé à Côme le 17 oct. 1565. Bibl. Ambr. Arm. F. inf. vol. 36, f. 568. — Periodico, vol. VII, p. 47 (lettre XV, du 27 oct. 1565): »Se è vero, corne appresso di me è verissimo, c.he da la bocca di V. Ill:ma S. non possa uscire alcuna cosa vana, et non misteriosa, io piglio per felicissimo augurio, anzi per tina vera et infallibile profetia quella santa et iucundissima ironia, ch'ella mi scrive circa l'essere io occupato intorno à lo mio Synodo provinciale di Siponto, sperando in ogni modo che lei dopo qualche mese del suo ritorno si degnerà darmi et farmi haver licenza di poter andar in carne dove con lo spirito sono il più del tempo, et dove sarà ben gran vergogna che io non vada, et mi parrà in un certo modo di non haver escusatione ne con Dio ne col mondo, havendo l'essempio di V. Ill:ma S. dala quale a me non è alcun paragone circa il servir qui a la S:tà di N. S:re et a la chiesa uuiversale», etc.

le vif désir de servir im l'Église enposaut à son diocèse les décrets tridentins (i). D'une lettre adressée à Borromée il résulte cependant qu'il ne considérait pas qu'une résidence permanente fût nécessaire dans un diocèse aussi modeste que l'était le sien, des visites souvent répétées suffiraient (2). On comprend aisément qu'il n'était pas tenté d'aller s'enfouir dans un trou de province!

Aussi ne pressa-t-il pas son départ de Rome, bien que des troubles aient éclaté dans son évêché lointain (3). Au printemps de 1566 (mai — ^jnin), il visitait encore Piperno, où il possédait une terre près de S. Martin (4). Enfin, le 31 août, il annonce à ses amis

(i) Cônie à Santa Croce le 8 janv. 1564. Arch. Vat. Barh. Lnt. 5759, f. 34. — Notons que le 19 dec. 1565 Serristori écrit au grand-duc à propos des dispositions de Borromée et de Côrae pour le conclave de Pie IV, que »la resolutione loro è che si crei un Papa che habbia veramente a osservar le constitutioni del Concilio et reforiuare non solo con gli scritti ma con l'opéra et exemplo questa santa sede». (Arch. Fior. Med.. filza 3285, f. 321—322).

(2) Borromée à Côme le 5 juin 1566: »Non mi dica V. S. Ilhma che la differenza, ch'è dalla chiesa sua a la raia la faccia anche differenze di parère al starvi sempre, poichè quando ben'ella havesse un 'anima sola, essendo quella ricomperata col pretioso sangue di N. S:re Jesu X:o sarà degna dell'assidua presenza di quai si voglia Prelato et Cardinale ...» — Dans la même lettre Borromée fait un aveu assez curieux sur la situation de Gallio sous Pie IV: »I1 Foglietta (un annaliste) voleva ch'io fossi mezzano in dar a V. S. Ilhma una briga et farla diventar un altra volta huomo di stato, col pregarla cavar il sugo de le lettere del suo te77ipo, per aiutarlo lui a scriverne la historia. Ma non ho voluto farlo», etc. — (Bibl. Anibr. Arm. F. inl, vol. 37, f. 204).

(3) Certains ecclésiastiques paraissent y avoir troublé le calme ordinaire. Le card. Alciato à Borromée le 13 avril 1566. (L. c, f. 31).

(4) L'achat fut »rogato» le 15 sept. 1564. Archives de l'Oeuvre pie Trivulzio à Milan, Papiers Gallio, filza 2, pièce

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Borrornée et Commendone qu'il est sur le point de partir pour Manfredonia, et que son intention est d'y rester tout l'hiver (i).

Au cours du voyage il étudie le volume contenant les décisions du synode provincial de Milan que lui avait envoyé Borrornée. Le 20 octobre il fait son entrée solennelle à Manfredonia (2). L'accueil que lui avait préparé le peuple fut brillant et le remplit de satisfaction. Tout le clergé du diocèse vint lui présenter ses hommages. Il se mit aussitôt à étudier leurs conditions et à s'informer de l'état du pays. »Iv'ignorance et la miserè de tous les ecclésiastiques, l'arrogance et la vie surtout des prêtres séculiers m'abasourdissent», écrit-il Il promulga sans délai des édits et des ordonnances pour la réformation des mœurs et se prépara à célébrer le plus tôt possible un concile provincial. Mais il craignait que le gouvernement espagnol, qui ne voyait pas d'un bon œil de telles manifestations, ne l'empêchât. DU nostra incepta secundent^ s'écrie-t-il.

Le concile ne put se réunir qu'au commencement de février 1567. Cela n'a pas été une bien grande assemblée, écrit-il à Borrornée: trois évêques et deux ordinaires nullius diocesis^ ainsi que deux abbés (3). En

14. — A Piperno il possédait aussi des rentes foncières. (Mêmes fonds, passim.).

(1) Periodico, vol. VII, f. 130. — (Arch. Vat. Principi vol. 25^

(2) Lettre du 2 nov. 1566, Periodïco, vol. VII. p. 131: »Io arrivai qui di fuora a li XVIII del passato, et a li XX feci l'entrala, che . . , nii parve che fosse più d'ogni solito piena di jvibilo et d'allegrezza in questi genti, le quali veraraente mi hanno fatte le dimostrationi amorevoli, che in questi paesi si vedessero mai, et da questi ingegni si potessero excogitare».

(3) Periodïco, vol. VII, p. 133 — 134 (Lettre du 8 fevr. 1567).— Voici ce qu'en dit Cappei^t.ETTi (t. XX, p. 590): Radunô il sinodo provinciale nel gennajo 1567, al quale intervennero il vescovo di Vesta e quello di Melfi esente ma viciniore; i cinque abati,.

général, on y a accepté les décrets de Borromée, bien que avec plusieurs modifications, causées par la pauvreté et l'ignorance des prêtres et par d'autres circonstances locales. Le cardinal de Côme est désolé de ce fait, mais il pense pouvoir y remédier par l'institution d'un séminaire, ^administration du diocèse ne donne pas beaucoup à faire, après Pâques on réunira le synode diocésain et on fera la visite des Églises. De multiples adversités tourmentent l'évêque-cardinal, surtout de la part du gouvernement espagnol, qui n'aime pas ses innovations. Il devient pessimiste et déclare vouloir partir aussitôt la visite faite et le synode diocésain fini, plutôt que de recourir à des moyens extrêmes. Il regrette Rome, et au milieu du mois de juin nous le trouvons déjà à sa villa de Piperno (i), où il paraît avoir passé les chaleurs de l'été, A la fin d'octobre il s'installe à Rome, suivant le coutume des cardinaux de s'y trouver toujours réunis à la Toussaint. Un des buts de son voyage à Rome avait aussi été d'implorer le concours du pape contre certains de ses diocésains qui s'étaient montrés récalcitrants (2). Pie V lui prêta l'appui désiré, mais le cardinal resta à Rome tout l'hiver. Au mois de mai de l'année suivante il fit un voyage à Mantoue, où il avait à faire (3). Il passa

che hanno residenza nel territorio, e l'arciprete ordinario délia Cerignola, nulUus diocesis. Gli atti di questo sinodo furono stampati in Venezia in quell'anno stesso; e una edizione se ne fece in Macerata nel 1679. — Donc les évêques de Viesti et de Melfi (siège subordonné immédiatement au Saint-Siège) étaient présents au concile.

(i) Le card. de Côme à Commendone le 17 juillet 1567. Arch. Vat. Principi, vol. 2.5, f. 91.

(2) CAPPEI,I,ETÏI, t, XX, p. 590. Perwd/co, vol. VII, p. 135 (lettre du 27 oct. 1567).

(3) Côme à Borromée le 5 mai 1568. Bibl. Ambr. Arm, F. inf., vol. 40, f. 144.

gô CHAPITRE in

l'été San Stefaiio, château des Colonna (i), et à la fin d'octobre il était de retour à Rome, sans avoir visité son diocèse pendant toute cette année. Il passait de nouveau l'été de 1569 à Piperno, résolu cette fois-ci à se rendre en automne à Manfredonia, malgré toutes les tracasseries et les désagréments du gouvernement de Naples (2). A la fin d'octobre il y était arrivé (3). Il est digne d'être noté qu'il y avait entrepris la construction d'un palais pour l'archevêché et d'une villa sur le Mont-Gargano (4). De ces deux palais les traces sont disparues de nos jours. Il avait la passion de bâtir, et nous verrons que les monuments qu'il a laissés, sont aussi nombreux qu'ils sont remarquables.

Cette fois-ci il avait été plus content que lors de sa première visite. Il conçut le plan d'aller visiter sa ville natale et son ami l'évêque de Milan, »lorsque la chaleur de la Fouille, la malaria et les corsaires rendraient la vie à Manfredonia désagréable» (5). A la mi-mai il quittait Manfredonia en bateau, le 31 il débarquait à Ravenne, le 10 juin il était déjà à Plaisance (6) et peu après à Côme, oii il resta jusque vers le commencement de septembre (7). Il ne semble pourtant pas qu'il ait eu l'occasion tant désirée de voir Borromée, occupé toujours à voyager (8).

(i) Periodïco, vol. VII, p. 2'jj (lettre du 25 juillet 1569, de San Martin o).

(2) Le 3 oct. il est encore à Piperno, mais sur le point de partir. Lettre de ce jour au card. Antoine Caraffa. Bibl. Vat. MS. Barl). Lat. 5710, f. 53.

(3) Lettre à Cosme de Médicis du 2 nov. 1569. Arch. Fior. Med., filza 3734, f. 629, 630.

(4) LiTTA, Famille Gallio.

(5) Periodtco, vol. VII, p. 278 (lettre du 25 fevr. 1570).

(6) Côme à Commendone le i:erjuin 1570, Krch.V Q.t. Prmdpi, vol. 25, f. 128.

(7) Perîodico, vol. VII, p. 280 (lettre du 8 sept. 1570).

(8) Cfr. la lettre citée à la note précédente.

Après ce séjour dans la maison paternelle le cardinal s'en revient de nouveau à la Cour de Rome (i), où il reste tout Thiver, Au mois de juin 1571 il est dans sa villa de San Martine (2). Son troupeau de Manfredonia ne devait plus le revoir: au commencement de novembre il revient à Rome, où il se trouve encore (3) lorsque Pie V meurt, le i:er mai 1572. Cette mort ouvre à Gallio de nouvelles perspectives.

Cependant, il s'était plu un peu mieux à Rome les dernières années. Il ne désapprouvait pas entièrement le zèle réformateur de Pie V. »Iya Cour triomphe dans ses réformes», s'écrie-t-il une fois (4). Mais il avait aussi une autre raison de ne plus éviter d'y séjourner. Il s'était procuré des amis de valeur.

Nous avons vu par sa correspondance avec Santa Croce qu'il avait cherché à se rallier au parti français à la Cour. Or, soit qu'on n'ait pas répondu à ses avances, soit que lui-même ait changé d'opinion, nous le voyons peu de temps après la mort de Pie IV occupé à nouer des relations avec Cosme I:er de Médicis. »I1 faut être bien avec tout le monde», disait-il, »et ne rien négliger dans ce but». Il semble pourtant que dans le cas présent c'était le duc, qui avait fait les premières ouvertures. Apres l'élection de Pie V, Cosme I:er avait, par l'intermédiaire de son agent à Rome Serristori, fait sonder le cardinal de Côme au sujet de

(i) Côme à Cosme I:er le 10 nov. 1571. Arch. Fior. Med., filza 3735, f. 329. Perïodico, vol. VII, p. 280 (lettre du 11 nov. 1571}.

(2) Lettre à Commendone du 23 juin 157 1. Arch. Vat. Prindpï, vol. 25, f. 165. — Periodico, vol. VIT, p. 281 (lettre du 2 juillet 157JJ,

(3) Periodico, vol. VII, pages 284, 285. — En 157:^ le cardinal se démet de son siège arcliiépiscopal, en faveur de son concitoyen Giuseppe Sappi.

(4) Periodico, 1. C, p. 280.

(5) Il l'avait déjà fait sonder avant le conclave (ensemble avec Borromée) pour le candidat qu'il y soutiendrait, v. ci-haut p. 93, la note i.

98 CHAPITRE in

son attitude dans le conclave passé (5). L,e cardinal avait répondu que son désir sincère avait été de servir les intérêts du duc et qu'il serait prêt à tout faire pour établir une entente sincère entre lui et son Altesse. Il ne jugeait pas prudent de confier à une lettre ses sentiments à l'égard du duc, mais Serristori informa son maître de ses bonnes dispositions et lui conseilla d'écrire à cet ami, qui se contente de belles paroles (i). Ja ne sais pas si le duc suivit ce conseil, ce qui est siir, c'est que ce n'est qu'au printemps de l'année 1569 que des relations fréquentes et cordiales s'établissent entre lui et le cardinal. En février de cette année le cardinal envoyait le vicaire de Siponte Dom Mario Mattesilano toucher de l'argent à Borgo S. Sepolcro, et à cette occasion il demanda l'aide et la protection du duc de Florence (2). Le duc lui répondit qu'il accordait sa demande avec d'autant plus de bienveillance qu'il n'ignorait pas combien le cardinal avait été bon envers son fils (3), le jeune cardinal Ferdinand de Médicis. Le cardinal de Côme remercia le duc de tout son cœur de sa générosité, l'assura de son dévouement illimité, que le duc connaissait déjà par d'autres, et de son affection pour son fils, dont il avait suivi avec le plus vif intérêt les brillants débuts à la Cour de Rome {4). A partir de ce moment la correspondance

(i) Serristori à Cosme I:er le 8 mars 1566, v. à l'Appendice le numéro 7.

(2) Côme à Cosme I:er le 15 févr. 1569. Arch. Fior. Med., filza 3174, f. 96. (Deux autres lettres dn 25 février zb/d. f. 119 et 121).

(3) Cosme I:er au card. de Côme, le 10 mars 1569. Arcli. Fior. Med., filza 233, f. 5 [Registre di lettere del Gran Diica).

(4) Côme à Cosme I:er, le 25 mars 1569: »V. Eccellenza . . . mostra d'esser certa del affettione et servitti mia verso l'I]l:mo Sign. Cardinale suo figliolo. Del che io non so veramente corne ringraziarla a bastanza, senon con affirmargli et replicargli quel che per altre vie so che ha inteso già più volte cioè, che nis-

continue avec de rares intervalles. Le cardinal avertit son protecteur de tous ses déplacements (i), et le duc lui répond par des compliments (2). Lorsque Cosme de Médicis est créé grand-duc par le pape, le cardinal le félicite chaleureusement tout en regrettant que ce n'ait pas été Pie IV qui lui eut témoigné cet honneur (3), et le nouveau grand-duc le remercie en des termes affectueux. Le cardinal était aussi en correspondance avec Concino, le secrétaire du duc, en premier lieu, à ce qu'il me semble, pour certaine affaire, dont je parlerai tout à l'heure (4).

suna cosa è più vera et più sincera in questo niondo, che la devotione et servitù mia con V. Eccellenza, et cou tutto l'Illrmo sangue suo, et piti presto mi niaiicherà la vita che questa volunta». (Arch. Fier. Med., filza 3734, f. 1S4).

(i) Le cardinal à Cosme I:er, de Manfredonia, le 2 nov. 1569. Arch. Fior. Med., filza 3734, f. 629, 630. — Le même au même, le 10 nov. 1570 (filza 3735, f. 329), et le 3 nov. 1571 (filza 3736, f. 700).

(2) Cosme I:er au card. de Côme le 3 dec. 1569: »Ben sa V. S. I. che infra di noi non sono necessarij complimenti perche mi rendo certissimo di quanto posso promettermi di Ici et ella lioramai debba haver conosciuto l'interno deU'animo et osservanza mia verso quella et quanto io desidero occasione da mostrarglielo con li effetti vivi et veri». (Arch. Fior. Med., filza 234, f. 136).

(3) Lettre de Manfredonia du 7 janv. 1570. Mêmes Arch., filza 3735, f. 30. — Le 10 févr. 1571 le cardinal fait appel à l'appui du grand-duc pour extorquer une créance qu'il avait auprès de la Chambre Apostolique itilza 3736, f. 57). Le duc lui promet toute aide possible (le 22 mars 1571, ibni., filza 235, f. 129).

(4) Le cardinal de Côme à Concino le i:er déc. 1570 (Arch. Fior. Med., filza 3735, f. 350). Dans cette lettre il dit entre autres: «...pregherô V. S. a supplir per me con l'una et l'altra Altezza, assicurandole che non potendo io servirle in altro, almeno farô in modo che il S:or Cardinale confessera di non havere in questa Corte ne il più divoto ne il più sincero servitore di me, se ben forse da altri fossi vinto in altre qualità». — ^Concino au cardinal, le 14 nov. 1570, ïbïd. filza 237, f. 81).

Bn 1569 le pape Pie V s'était avisé de récompenser le dévouement de son protégé Cosme I:er en lui conférant, de sa propre autorité, le titre de Grand-Duc de Toscane, et, en février 1570, il l'avait couronné luimême à Rome avec des cérémonies solennelles. Pour le seigneur de la Toscane il s'agissait maintenant de faire reconnaître son nouveau titre par les autres princes de l'Europe, et en premier lieu par l'Empereur, vu que la Toscane était fief impérial. Aussi Cosme I:er s'évertuait-il de toute manière à se concilier la faveur de l'empereur Maximilien, mais en vain. Celui-ci avait été profondément offensé par ce qu'il considérait comme un procédé scandaleux de la part du pape, comme une arrogance de celle du duc de Florence. L'affaire prit une mauvaise tournure pour le duc, surtout du jour où il se trouva que Philippe II, lui aussi, désapprouvait l'élévation de celui qui, somme toute, n'était que son vassal (i). Le pape commença lui aus^si à trouver l'affaire désagréable. Il se trouvait en pourparlers avec les souverains de l'Europe en vue d'une nouvelle ligue contre les Turcs (laquelle était destinée à apporter beaucoup de gloire au Saint-Siège), et cet incident fâcheux et peu important risquait de compromettre complètement ces négociations. Le pape comprit qu'une ingérence directe du Saint-Siège était nécessaire pour liquider l'affaire. Au mois de juin 157 1 il dépêcha un légat a latere à l'Empereur et au roi de Pologne. Ce fut au cardinal Commendone qu'échut la délicate mission de visiter ces deux princes. Il était évidemment de toute importance pour le grand-duc que Commendone reçût du pape ordre exprès de traiter son titre. Son ambassadeur à Rome, le protonotaire de Médicis (i),

(1) HERRE, Cypr. Krieg, p. 6o.

(2) Alexandre de Médicis, protonotaire, évêque de Pistoia, archevêque de Florence, cardinal le 12 déc. 1583 (»le cardinal de Florence»). Il devint pape en 1605 sous le nom de Léon XI,

qui avait prévu déjà depuis des mois que la légation en question serait confiée à Commendone, avait essayé de concilier à son maître l'éminent diplomate (i). Celui-ci n'ayant toutefois pas répondu à l'espoir de Médicis, le rusé Florentin avait tenté de dissuader le pape de choisir Commendone pour la mission projetée. Mais le pape apaisa ses inquiétudes et lui déclara que Commendone était un ennemi notoire an duc de Ferrare, rival de Cosme I:er. Somme toute il sembla à l'ambassadeur que le pape était décidé à veiller à ce que le légat prît à cœur l'affaire du grand-duc (2).

Néanmoins, il était d'autant plus nécessaire de s'assurer le concours de Commendone que le pape avait négligé d'insérer dans l'instruction écrite du légat l'obligation de traiter cette affaire (3). Cosme I:er lui-même écrivit au cardinal en personne pour le féliciter de la distinction que comportait la légation et pour le supplier de ne pas l'abandonner. IvC cardinal remercia par trois lettres et promit au duc de le servir dans les me-

mais il mourut après vingt-sept jours de pontificat. Il n'était pas parent de la maison régnante de Florence.

(i) Médicis à Cosme I:er, le 8 juin 1571 : »Son piii mesi ch'io presentij l'inclinatione di S. S:tà nel mandar legato in Germania il Cardinale Commendone, et ne scrissi a V. Altezza non lasciando indietro offitio alcuno atto a guadagnarmelo, sicome ho continuato di fare sempre dipoi sino alla sua parlita di Roma. — Et nel medesimo tempo mi sono ingegnato ancora di mostrar molta confidenza con li Ministri, et Familiari suoi più accetti, il che fo tuttavia, et seguiterô in avvenire.» Arch. Fior. Med., filza 3290, f. 205 — 206.

(2) Médicis à Cosme I:er,;le i:er juin 1571- Mêmes Arch., filza 3290, f. 195—196.

(3) »... non mai volse Pio che se ne facesse scrittura, corne di cosa più chiara, che'l sole». CaTENA, P/o V, p. 136. — Le but principal de la légation était de traiter la ligue contre les Turcs et de dissuader le roi de Pologne Sigismonde-Auguste du divorce qu'il projetait.

sures de ses forces (i). Sur ces entrefaites la cause de Cosme de Médecis trouva un avocat inespéré dans le cardinal de Côrae. Celui-ci, intimement lié tant au cardinal Coramendone qu'à la maison de Médicis, jugea l'occasion favorable de rendre un service à son protecteur en faisant appel au bon vouloir de l'ami (2). Il écrivit donc à Commendone une lettre affectueuse dans laquelle il le priait de faire de son mieux pour amener une solution heureuse de la cause du grand-duc et d'éviter ainsi au Saint-Siège des embarras sérieux. Il avait parlé de son intervention auprès de Commendone au protonotaire de Médicis, qui s'était montré tout à fait tranquillisé, et il assurait le cardinal que les Médicis étaient gens à savoir apprécier les services, qu'on leur rendait, et à les rétribuer (3).

I^es espérances que fondait le grand-duc sur l'intervention du légat ne furent pas déjouées. Celui-ci en effet défendit avec éloquence et avec conviction auprès de l'empereur les droits de la papauté par égard aux princes séculiers, et son discours fit grande impression sur Maximilien (4). Sa réponse, bien qu'évasive et tenue en termes généraux, n'en fut pas moins assez favorable pour inspirer à la Cour de Florence l'espoir d'un succès ultérieur (5). I^e grand- duc exprima sa

(i) Commendone à Cosme I:er, de Vérone, le 23 juin 1571 (Arch. Fier. Med., filza 3736, f. 377 et 382) et le 28 août 1571 {ibid., f. 571).

(2) Notons, qu'en attendant la situation politique était devenue grave en Italie. Herre;, Cypr. Krieg, p. 150.

(3) Cônie à Commendone, le 23 juin 1571, cité à l'Appendice, numéro 8.

(4) Graziani, Livre III, chap. VIII.

(5) Le protonotaire de Médicis à Cosme I:er, le 6 sept. 1571 : »Circa alli avvisi delii Ambasciatori di Oermania sento S. S:tà tutto quello che è nello inserto delli Ambasciatori, et gli parve

reconnaissance et sa satisfaction au cardinal dans deux lettres des plus amicales et l'assura qu'il n'aurait pas à se plaindre de lui avoir prêté son concours (i). Le pape se sentit d'autant plus rassuré que la flotte chrétienne venait de remporter sur les infidèles la glorieuse victoire de Lépante. Ce brillant succès eut pour effet de concentrer toute l'attention du pape sur les grands projets de la lyigue, et lorsque vers la fin de 1571, Cosme de Médicis voulut soulever à nouveau la question du titre, il ne trouva plus chez Pie V l'intérêt d'antan pour une question, somme toute, secondaire. Le pape allégua que l'opposition venait non de l'empereur d'Allemagne, mais bien du roi d'Espagne (2). Et comme simultanément Commendone se préparait à passer en Pologne par ordre du pape Cosme, I:er se voyait privé de tout appui auprès de l'Empereur.

Le cardinal de Corne, en vrai ami, vint à son aide. Le 8 décembre 1571 il écrivait à Commendone une longue lettre d'un contenu fort intéressant (3). Il conjure le légat de faire un dernier effort auprès de l'Em-

che se bene le parole del Imperatore et del Beber erono state amorevoli nondimeno non vi fussi cosa di fondamento sendo stata S. Maestà sopra i generali, lia bene speranza che per l'avvenire si possa conchiudere qualche cosa perche l'Imperatore ha bisogno di Sua Beatitudine«. Arch. Fior. Med., filza 3290, l 335-

(i) Cosme I:er à Commendone le 2 sept. 1571 (?) et le 3 oct. 1571. Archives citées, filza 235, f. 164 et filza 239, f. 82.

(2) Médicis au grand-duc le 9 nov. 1571 : «. . . . mi rispose Sua Beatitudine, che pensa che tutta la difficultà délia cosa resti presse del Re catholico, essendo ella d'opinione, che l'Imperatore si ritrovi hoggi in termine da lasciarsi persuader facilmente ad accomodarla, havendo egli pensieri, che assai gli premano di questo, se non fusse ritenuto da rispetto di Spagna, d'onde si continovano li mali offitij.» Arch. Fior. Med., filza 3290, f. 406.

(3) V. à l'Appendice, le numéro 9.

pereur pour décider celui-ci à céder par rapport à la question du titre de Toscane. C'est là une question d'une importance extrême, écrit-il. Cette affaire une fois arrangée il sera beaucoup plus facile de déterminer l'Empereur à entrer dans la ligue des princes chrétiens, ce qui rendra cette ligue assez puissante pour mener à bonne fin toutes les grandes guerres qui sont encore à faire. D'un autre côté sa Majesté Impériale retirera des avantages importants d'une alliance avec le Saint-Siège et avec l'illustre maison de Toscane. Le moment est fort propice à un tel accomedement: les esprits ont retrouvé leur calme et Commendone est le négociateur le plus apte à mener à bonne fin Taffaire. Le grand-duc, lui, ne peut pas intervenir: »le remède ne Ipeut venir d'où vint le mal». »Bnfin», conclut-il, »je désirerais que ce soit justement vous qui meniez à jbonne fin cette ennuyeuse affaire, incontestablement une de celles qui me tourmentent le plus. Je le désirerais d'autant plus vivement que ces seigneurs sont les amis les plus vrais et les plus constants que notre siècle ait vus, qu'ils n'oublient jamais les complaisances qu'on leur fait et qu'ils savent les rémunérer de toutes manières.»

Cette lettre, dont l'inspiration pourrait bien être du cardinal de Médicis, met bien en relief la diplomatie du politicien consommé qu'était le cardinal de Côme. Les combinaisons de la politique le séduisaient irrésistiblement dans son désœuvrement forcé, et l'occasion se présentant, il ne peut résister à la tentation d'agir sur les événements et de tenter un grand coup sur les sentiers tortilleux de la politique européenne. —

Cosme I:er de Medicis, le protecteur du cardinal, était incontestablement un des hommes les plus remarquables de son temps, le modèle typique du prince italien. »Si grand homme d'estat, si sage et si advisé, qu'il ne s'en est veu un pareil a luy de nos temps».

dit de lui le sieur de Brantôme (i). Haut de stature et d'une santé de fer, il était doué d'une intelligence incomparable et d'une mémoire étonnante. Il était complètement dépourvu de scrupules; la moitié de l'Italie l'adorait, l'autre l'exécrait. Sa bonne chance était devenue proverbiale. Fils du grand général Jean des Bandes Noires il avait accepté le pouvoir qu'on lui offrait, il l'avait conservé grâce à ses qualités supérieures, et il l'avait accrii avec une énergie indomptable et par son adresse à gouverner ses sujets et à rendre impuissants ses ennemis. Il était ainsi arrivé à faire de son Etat le plus considérable en Italie (2). Son œil perspicace avait reconnu que la faveur des papes était pour lui l'appui le plus solide de son pouvoir illégitime. Aussi avait-il su se concilier leurs sympathies sincères, et si Pie IV l'avait traité en vrai cousin, Pie V lui montre un estime et une confiance sans bornes. La raison principale de la faveur que lui témoignent ces papes, résidait dans l'adresse, avec laquelle il savait attirer à sa cause les membres du Sacré-Collège et dans sa munificence qui lui permettait de guider souvent les conclaves selon son désir. Parmi les cardinaux dépendants de lui, il faut noter d'Altaemps (3),

(i) Brantôme, Oeuvres, Livre I, chapitre XIX.

(2) Ai^BERI, Sér. II, t, IV, p. 56—58. — B.ASCHET, p. 135

(3) Le cardinal d'Altaemps offre ses services au grand-duc pour le conclave de 1572 — c'est là le premier signe d'un changement de parti (cf. ci-dessus p. 68). Lettre à Cosme I:er du 27 avril 1572. Arch. Fior. Med., filza 3737, f. 197. (Autre lettre du 3 mai, ihid., f. 219). Le conclave fini il félicite Cosme du résultat heureux qu'il a obtenu ensemble avec le cardinal de Médicis, et il ajoute: »In questo maneggio del Pontificato, io ho sempre havuto l'occhio (oltra il ben publiée) alservitio di V. Altezza» (ibid., filza 289). D'Altaemps resta longtemps partisan dévoué du grand-duc de Toscane. —- Cfr. Petruccei,I/I, Conclaves, t. II, p. 215.

Io6 CHAPITRE III

Cesi, Pacheco, Sforza, Alexandrin et, plus tard, Borromée.

Mais revenons à la question du titre du grand-duc accordé à Cosme I:er par Pie V. I^e cardinal Commendone était parti pour la Pologne. Il resta en Pologne tout l'hiver et tout le printemps de l'année suivante. Enfin la mort de Pie V mit momentanément fin à toute négociation à ce sujet. Cependant, le grandduc avait réussi à se concilier la faveur du grand cardinal à tel point que, lorsqu'en 1574 l'Empereur fit demander au pape des subsides pour la guerre contre les Turcs, Commendone proposa, qu'on en profitât pour faire des récriminations au sujet du titre de Toscane (i). L'affaire n'en traîna pas moins en longeur, et ce n'est qu'en 1575, que l'empereur se décida enfin à reconnaître le fait accompli en se laissant dédommager de cette défaite infligée à la dignité impériale par une forte somme d'argent.

(i) L'archevêque de Florence à Cosme I:er le 5 nov. 1574 : »Ho inteso ben di poi clie mi partij da S. S:tà, che l'Imperatore haveva mandate a ricercar il papa con efficace instantia di qualche subventione rispetto aile cose d'Ungheria, dove mostrava che li Turchi havevon cominciato a far di moite scorrerie et che dubitava di rottura per quella banda. Et il Cardinale Commendone, che mi ha fatto intender questo ragguaglio, corne affettionato, che si mostra all'Altezza Vostra dice, che sarebbe di parère, che il Papa con questa buona congiuntura potesse far qualche buono offitio con S. M:tà Cesarea intorno alla causa de titoli et che si harebbe a ricordarlo a S. Beatitudine con tal occasione.» Arch. Fior. Med., filza 3292, f. 323.

CHAPITRK IV.

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