‹ Publication des manuscrits de Charles FourierChapitre 16 sur 136 · INUTILITÉ DIS MÉTHODES · texte numérisé non relu

INUTILITÉ DIS MÉTHODES

tribuer le principal hooneur. À quoi se sont-ils arrêtés avec moi? A des accusations de bizarrerie. J'y souscris, je suppose qu*il n*y ait pas eu de travestissement et que je n'aie pas cherché à provoquer V[ ] par une violation mé-

thodique des règles, que faut-il conclure de ce que mon livre était, comme Ta dit un journal, Vouvragê le plw bizarre qui aii jamaU paru ? N'étail-ce pas un très-bon augure en faveur de la découverte annoncée? N'est-il pas reconnu que les esprits bizarres et originiux sont plus aptes à se frayer de nouvelles roules, à entrevoir ce que les plus doctes ont manqué? Es^-ce donc dans les tètes compassées qu'on trouve des moyens neufs, estpce dans des cerveaux purement mécaniques et n'osant penser sans la permission de Locke et de Gondillac? Ces automates scientifiques n'auront jamais une idée neuve; les méthodes dont ils tirent vanité ne servent qu'à circonscrire et limiter le génie , l'absorber, le noyer dans des broutilles scientifiques, des subtilités dont on ne tire pas , en fait d'invention , le moindre service. Les méthodes forment des analystes, des rhéteurs, et non des génies. S*il y a quelque important secret à ravir à la nature, on ne trouvera pas sur cent méthodistes une seule tète apte à flairer la nouveauté, et Ton peut dire de Tinventeur comme du poète qu'il doit être l'élève de la nature et non de l'art :

SMl ne se sent du ciel rinfluencc secrète, Dans son génie étroit, il est toujours captif.

Ovide et Métastase étaient poètes, Euclide et Pascal étaient géomètres avant que la méthode ne se fût entremise à leur aide.

L'emploi des méthodes n'aboutit pas mémo à former des si^ets médiocres. N'a-t-on pas vu le flambeau des idéologues et des méthodistes, le raffiné Gondillac , former avec ses fameuses méthodes un élève presque idiot? N'a-t-on pas vu récemment nos idéologues de Paris, nos perfectibiliseurs de raison échouer avec toute leur sagacité sur le sauvage de TAveyron, épuiser vainement sur lui tout leur grimoire ; en voulant développer en lui les facultés de l'esprit, ils l'ont rendu plus stupide, plus brute encore qu'il n'était dans ses forêts.

Ainsi Texpérience nous démontre que cet étalage de méthodes est d^à impuissant pour former des esprits vulgaires.

POUR LE GBNIB. ^1

à plus forte raison dos inventeurs. Si les méthodes leur sont îoutiles, il est ridicule Mies exiger d'eux. Elles ne sont que des béquilles pour les estropiés qui veulent se traîner dans la carrière, et, depuis les quiddités d'Aristote jusqu'aux noumènes de Kant, toutes les ihéories d'entendement n'ont servi qu'à former des ergoteurs, ou distraire mal à propos beaucoup de savants qui auraient pu s'appliquer à des choses plus utiles. Newton ne s'était pas tant farci de métaphysique; loin de là , il renvoyait à d'autres ce qui touchait à cette science [ ] > et s'attachait exclusivement à l'utile.

Aussi arriva-t-il au but, au système de l'attraction , où Leib. niiz serait peut-être arrivé le premier, s'il n'eût perdu un temps précieux aux nomades et autres futilités métaphysques.

D'ailleurs, si les savants croient la méthode nécessaire à guider le génie, pourquoi n'en suivent-ils pas les préceptes? Pourquoi Descartes , qui a donné pour règle primordiale k doule jusqu'à Vexpérience^ n'a-t-il pas commencé par douter des quatre sciences philosophiques , et les condamner comme incompatibles avec l'expérience? Moi , sans avoir lu Descartes, ni son traité des Méthodes, j'ai agi plus méthodiquement que lui; j'ai douté des quatre sciences incertaines, et conjecturé qu'elles ne devaient leur crédit qu'à l'absence de quelque science inconnue qui restait à découvrir, et j'ai consulté V expérience pure , dont j'ai tiré l'analyse de l'Attraction. J'ai donc été par impulsion naturelle plus méthodiste que les professeurs de méthode. Qu'aurais-je découvert si j'avais voulu m'appuyer de leurs théories, si j'avais perdu à déchiffrer leur controverse des loisirs que j*ai employés à m'ouvrir une route nouvelle. En étudiant l'expérience, j'ai eu le bon esprit de m'affranchir des pédants académiques, de m'aventurer, comme Colomb, dans les régions inconnues de la science , de m'abandonner à cette impulsion que Boileau appelle du ciel Vinfluence êecrèle^ et que les zoïles du XIX" siècle appellent bizarrerie , originalité. Dans ma bizarrerie, j'ai trouvé cette [ ] qu'avaient pressentie ,

pronostiquée les Montesquieu , les Rousseau et autres hommes qui valaient tout au moins nos perfectibi liseurs de 4 SOS, et qui pourtant se plaignaient de l'obscurité politique , et considéraient les 3 sociétés, civilisée , barbare et sauvage, comme une maladie de langueur pour le genre humain, S*ils

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