DES DIVEBS ÉTATS DOMESTIQUES
2* L'ambigu forcé ou combinaison bâtarde qui se trouve dans les monastères , et qui est d'ordinaire un état de oontrainte, surtout dans les réunions pauvres, comme celles des régiments faisant ménage par cha nbréés de quinze à vingt , ou même en grande masse, comme les Croates.
3* L'ambigu passionnel , qui se compose de petites réunions spontanées comme les pensions libres d'une douzaine de personnes et davantage.
4* La tribu à neuf groupes, ou ménage centigyne, qui sera l'objet de quelques détails au chapitre 9.
X La combinaison socictiirc graduée ou série passionnelle qui élève la réunion domcs^tique ou ménage de quatre cents à seize cents personnes inégales on tout sens.
Les anciens, d'après les coutiimeo de Tesclnvage, élevaient bien plus haut que nous les économies do l'ambigu forcé, deuxième mode.
Les modernes ont fait très-peu do progrès dans le troisième mode ambigu passionnel, C'est celui que cherche en Angleterre M. 0\ven. On no peut y parvenir qu'en découvrant la théorie entière du Garantismc (6^ période sociale, lymbo ambiguë).
Les Jésuites du Paraguay avaient donné à Tambigu forcé des développements assez vastes ; mais tout ce qui est fondé sur la contrainte est fragile, et dénote l'absence do génie.
On a vu de nombreux ambigus passionnels duns les béguinages de Flandres , qui étaient des réunions spontanées. Les économies devaient y être considérables, et doivent Tétre de même chez les Hernutcs ou frères Moraves.
Ces trois sortes de ménage sont excessivement vicieuses en ce qu^elles ne se fondent que sur lYgalité, si incompatible avec la nature de l'homme ({u'elle esl gênante même dans le ménage brut borné à deux chefs et les enfants. Il est très-difficile rl'y concilier les goûts, et pour ne parler que de la table, on ne parvient presque jamais à la servir au gré du mari et de la femme. Il faut qu'un des deux sacrifie ses fantaisies à celles de l'autre. Quant h celles des enfants, On n*en tient aucun c^is.
Il n'y a de conforme à la nature humaine que la dernière sorte de ménage, la combinaison sociétaire graduée, qui , se fondant sur le libre essor de tous les goûts imaginables, élève au suprême degré les économies et les jouissances. Le
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bonheur ne peut commencer pour les pociYtés industrielles, que du moment où elles découvrent et organisent ladilo combinaison sociétaire ou sériai re.
Il n'est pas d'éludé plus facile que celle de la formation des séries. On peut en une seule leçon apprendre à les organiser en tous genres ; mais Tart de mécaniser des séries rassemblées au nombre do 300, — 400, — 500, de les associer en industrie, en ménage , en plaisirs , de les amener à une répartition équitable et satisfaisante pour les trois fucultes, capital y travail et tnlcnt, cet art, dis-je, est uno science très-Taste , c'est vraiment ! 'arrière-secret de la nature et la clef du grimoire de ses mystères , puisqu'on no peut expliquer le système des causes , en mouvement, que par analogie au système des passions. L'alphabet de cette; nouvelle science est Tétude des séries passionnelles ; mois reproduisons-en la définition :
Une série passionnelle est une affiliation de diverses polîtes corporations ou groupes, exerçant chacun sur quelque espèce d'une passion qui devient passion de genre, pour la série entière, ou quelque variété d'une passion qui devient êtpèee pour la série entière.
((Si on réprimait efficacement les passions, Tétat civilirô déclinerait avec rapidité et retomberait «^ Tétat nomade, où les passions seraient encore aussi malfaisantes qu'on les voit parmi nous : car je ne crois pas plus aux vertus dos bergers qu'à celles de leurs apologistes)).
L'ordre sociétaire n'admet ni modération, ni médiocrité en es<ior de passion. Il les veut ardentes et raffinées; il les fait concorder d'autant plus facilement qu'elles sont plus Tives et plus nombreuses. (J'excepte l'association simple ou hongréo qui ne laisse qu'un développement limité aux deux passions affectives mineures, dites Amour et Familisme.)
Cet accord des passions n'apporte A leur essence aucun changement : cela ne serait possible ni à Dieu ni aux hommes. On peut seulement chan,7er la marche des passions sans altérer leur nature. Par exemple, si un homme sans fortune rtpugne au mariage par crainte de la dépense et qu'on lui
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offre une femme dotée à cent mille écus, il consentira avec joie à former un maricige qui lui répugnait la veille ; aurat il pour cela changé de passions? Non, mais sa passion dominante, Tamour des richesses, aura changé de marche; elle prendra pour aller à son but une voie qui lui déplaisait hier; elle n*aura pas pour cela changé de nature, mais seulement de route.
Si donc j*avaiice que dans Tordre sociétaire les hommes prendront des goûts différents de ceux qu'ils ont à présenl et qu'ils préféreront le séjour des campagnes à celui des villes, il faut se garder d<; croire qu'en changeant de goûts ils changeront de passions ; ils ne seront toujours guidés que par Tamour des richesses et des plaisirs.
J'insiste sur cette remarque en réplique à une objection qu'on élève d'abord lorsqu'on entend parler des nouveaux penchants qui naîtront dans Tordre sociétaire. Chacun s*écrie aussitôt : Vous changerez donc les passions? — Non certes, mais on leur ouvrira de nouvelles chances qui leur assureront un essor triple et quadruple de celui qu'elles trouvent dans Tétatdo lymbe sociale où nous vivons. Cest pour cela qu'on verra les civilisés prendre en aversion les habitudes qui leur plaisent aujourd'hui, telles que la vie de ménage. Lorsqu'ils observeront que dans le ménage les enfants ne sont occupés qu'à hurler, briser, quereller et refuser tool travail, et que ces mêmes enfants, introduits dans les séries passionnelles, ne s'y occupent que d'industrie et d*étude, rivalisent d'émulation, sans qu'on les excite, s'instruisent de leur plein gré sur les cultures, les fabriques, les sciences et les arts, produisent et font des bénéfices tout en croyant se divertir ; lors, dis-je, que les pères verront ce nouvel ordre, ils trouveront leurs enfants adorables dans les séries passionnelles, et détestables dans les ménages morcelés.
Quand ils observeront ensuite que dans la résidence d'un canton sociétaire on fait une chère si merveilleuse qu'à égalité de frais on y trouve un service dix fois plus délicat et plus copieux que dans le ménage, et sans aucun embarras ni souci d'approvisionnement, préparation, surveillance de valets, achat de linge, etc., lorsqu'ils verront enfin que dans les relations des séries on n'essuie jamais aucune fourberie, que le peuple faux , si si rustre en Civilisation, devient éclatant de vérité et de politesse dans Tétat sociétaire, ila
DBS PASsiom. eo
prendront en ayeraion ce ménage, ces villes, cette civilisation, objets de leur affection présente ; ils voudront s'associer dans un canton d'barmonio, habiter son édifice. Auront-ils changé de passions parce qu'ils dédaigneront les coutumes et les goûts qui leur plaisent aujourd'hui ? Non, mais leurs passions auront changé de marche, sans avoir changé de but ni de nature.
Il faut dune se garder de penser que Tordre sociétaire qui succédera à la Civilisation doive opérer le moindre changemont dans les passions. Elles ont été et seront immuables peur produire les déchirements et la pauvreté hors de TassociatioUy ou produire la concorde et l'opulence dans l'état sociétaire, qui est notre destinée, et dont !a formation dans un seul canton sera imitée spontanément dans tous pays par le seul appÂl des immences bénéfices et des jouissances innombrables qu'il assure à tous les individus quelque soit Tinégalité des fortunes.
Déjà cette métamorphose morale a été plus résolument énoncée lorsque j'ai dit que d'après l'unité du système de l'univers, le mouvement passionnel est sujet comme le maté* riel à deux mécanismes : Tharmoniquo ou planétaire, et le {subversif ou cométaire, effet que les passions imitent fidèlement en produisant toutes les horreurs sociales dans les périodes lymbiques : 2. Sauvageiie , 3. Patriarchat , 4. Barbarie, 5. Civilisation ; — et toutes les délices et vertus sociales dans les périodes sociétaires :