PA1788B DIRECTION DES MODERNES
mémo au sage qui .nous los recommande , sans vouloir les pratiquer.
Que Tart d'enrichir les nations , le lien sociétaire , ail t'tc négligé des anciens, cela est d'aulant moins étonnant qu'ils s'occupaient fort peu de richesse nationale , et que la coutume de Tesclavage opposait un obàlacle presque invincible aux essais d'association. Mais, qu'on Tait négligé et même dédaigné dans l'âge moderne qui no rôvc f{uc moyens d'enrichissement, n'accueille que les sectes d'économisme qui le bercent d'illusions de richesses; qu'un tel siècle ait hésité à reconnaître que la principale et la seule voie de richesse eoUeeiive est l'association, c'est un aveuglement qui lient du prodige. Il est d'autant plus honteux pour la raison moderne, qu*elle n'a plus Tobstacle d'esclavage du cultivateur : nos savants l'ont trouvé aboli. C'était une opération difficile et un préliminaire indispensable aux tentatives du régime sociétaire. Du moment où le cultivateur est libre, et où l'on pout faire des essais d'association domestique-agricole, il faut que les Irti'S économiques soient bien faussées, bien dépourvues de judiciaire, de génie et de bonnes intentions, si elles cherchent des voies de richesses collectives ailleurs que dans le lien sociétaire.
Mais comment serait-on entré dans les voies de Dieu sous la direction des sciences philosophiques, toutes ennemies do l'Attraction , interprète de Dieu, toutes obstinées à en négliger l'élude, repoussant toutes vues d*unité, et faisant des lois applicables aux seuls civilisés qui composent à peine le quart du genre humain , lois qui , en opéranl sur les passions, ne font aucun emploi du levier unitaire ou attraction, et de la distribution sériaire qui est Tordre établi par Dieu dans toute la nature , et auquel doit se coordonner le développement des passions humaines, si Ton veut entrer dans les voies d'unité ou conformité avec le système de l'univers?
En lisant le traité i\ei séries passionnelles, chacun tombera aisément dans le défaut des contemporains de Ck)lomb,
78 «PORTAHCB DES NUANCVS PASSIOHHBIXSS.
qui lui disaient à son retour d*Àmérique : c Gela était hieii aisé, j*en aurais fait autant » . On sait comment il leur r^ pondit par le défi do faire tenir un œuf sur sa pointe.
S'il était bien aisé d'inventer les séries passionnelles, comme ils ne manqueront pas de le prétendre, pourquoi jugeatils si difficile, si impossible, d*obtenir les résultats de cet ordre sociétaire, entre autres, Tavénement aux richesses par la pratique de la vérité et de la justice ?
Plus ces effets sont jugés difficiles, moins on sera recevable à ravaler les moyens d'exécution , et dire comme de Texp^ dition de Colomb : J*cn aurais fait autant. Continuons donc sur Taperçu de ces merveilles, pour faire sentir rimportanoa de la découverte qui va les réaliser.
J'ai fait observer que les séries n'atteignent k la perfection qu'autant qu'on développe distinctement les variétés de chaque passion , en affectant un groupe à Texercice de chacune des nuances. II serait très dangereux, en Civilisation, de provoquer ou seulement tolérer cet essor de nuances passionnelles, parce qu'il n'existe chez nous aucun rapport entre les passions d'un individu, et les produits industriels qu'on en peut obtenir.
Par exemple , si on essaye de développer les nuances de la passion gourmandise, si on habitue les enfants à raffiner sur chaque met, il n'en résultera qu'intempérance et débauche, parce que co rallincmcnt ne concourt point à les attirer au travail , comme il arriverait dans les séries passionnelles. Do là vient que la morale s'efforce d'étouffer en eux ce penchant à classer et différend (t nos goilts par nuances coih traslées , par échelle graduée. On rherchr* au contraire à établir l'uniformité des goûts ; elle serait utile en Civilisation, puisqu'on n'y connaît aucun emploi du régime sériai re qui transforme ces prétendus viœs en source de richesses, et qui fonde l'harmonie domestique sur l'essor de tous ces penchants, titrés de dépravation parmi nous, où ils n'entraînent qu'à la dépense et à la mollesse, au lieu d'exciter l'émulation industrielle , propriété qu'ils n'auront que dans l'association , 011 toute série bien nuancée, quel qu'en soit l'objet, entraine toujours à l'industrie productive.
D'après le tableau que j'ai donné des subdivisions d'nne série industrielle qui doit opérer sur une trentaine de yarié'
ÉGONOMIKS DE L'AS80CIATI0\. 73
téd, plus ou moins, et quelquefois une centaine, comme dans le cas d'emploi de trois farines par trois phalanges associées, on serait tenté de croire que ce mode cause de grandes dépenses, car chez nous, pour préparer trente sortes de pain en gradation. Ton ferait des frais énormes. Le contraire a lieu dans les séries passionnelles. Plus les variétés en culture et de préparations sont nombreuses , plus Téconomie est grande , sauf limite proportionnelle, car je ne prétends pas qu*une Phalange qui fabriquerait trois cents sortes de pain, opérât à meilleur marché que celle qui en fabriquerait trente, mais en se fîiant aux limites relatives ( dont je ferai ailleurs le calcul) en différenciant un mets à 30, iO et quelquefois 50 variétés, on fera moins de frais qu'à travailler en menante. Aussi , dans ce nouvel ordre, en coûtera-t-il moins pour fabriquer et servir trente sortes de pain, que pour se borner à une seule.
Je n^ignore pas que hors du mécanisme sériai re , Téconomio tient à des mesures tout opposées , comme la menalilé d'espèc« en production, fabrication et consommation, et qu'un civilisé aura certes plus de bénéfice à no planter et manger qu*une espèce do choux, qu*à en planter et manger trente espèces ; mais on doit sur ce problème, comme sur tout autre , partir du principe que Tordre sociétaire donne en tons sens des résultats opposés à ceux de l'ordre familial ou industrie morcelée. Rien ne sera donc plus curieux quo d'oxaminer , au traité des séries , comment on arrive à Textréme économie par l'excès do prodigalité, de raffînoment et de variété. II faudra du sang-froid pour suivre cette théorie sans se laisser gagner par l'éblouissemcnl, et c*cst pour cela que j*y prépare de longue main les esprits par des préludes et des aperçus gradués.
Tout est pauvre en Civilisation h commencer par 1ns rois et les grands. Cependant, ils ont des palais, dos millions, des rentes. N'importe ! ils essuient une foule de privations qu'ils ne connaîtraient pas on Harmonie. Mais quelle est donc la misère du peuple , si je parviens k démontrer que les rois et les grands sont très pauvres en Civilisation !
Ils ont moins do santé que le sauvage et le villageois.
74 DB Là R1CHBMB HmMC.
CeBt pourtant la première branche de richesse, que la lanM. Le luxe est interne et externe. J*appellû externe la richaase pécuniaire, les valeurs métalliques et immobilières qui sont nioyens externes pour nous assurer l'exercice des cinq aans. Nous ne pouvons pas dinar sans un écu. Il faut donc , pour donner plein essor an sens du goût , avoir un écu en podw pour Tessor externe, et un bon estomac pour Tessor interne.
Le luxe interne dépend de la perfection des sens , relative aux âges. Si tel homme à quatre-vingts ans est mieux conservé que tel autre k soixante, celui-ci manque de la vigueur et de la perfection relatives à Tâge, il est affligé de pauvreté Intemey car le parallèle avec le voisin lui prouve qu'on peut encore , à quatre-vingts ans , jouir de telle dose d'activité sensuelle dont il est dépourvu à soixante.
Distinguons donc la richesse, en externe ou acceasoire, qui est la richesse pécuniaire , et en interne ou essentielle, qui est la santé, le plein exercice des facultés sensuelles, ou au moins le don d'exercice proportionné à l'âge.
Il est très rare de voir ces deux sortes de ridiesses réunies chez les grands de la Civilisation. L'on observe au oontrairo que la classe opulente a moins de vigueur et de longévité que le plébéien , le campagnard qui , moins rétribué en luxe externe, obtient davantage en luxe interne ou santé.
Il semble que les maladies se plaisent à tourmenter la classe opulente. On ne voit pas la goutte s'installer chez le pauvre villageois; on la voit fréquemment chez le prélat ou le ministre d'État, qui, lorsqu'on les promène en litière, souhaiteraient d'échanger leurs jambes contre celles d'un berger en sabota.
Il est donc deux principes constituants du luxe, savoir :
Interne : la santé proporltonneUe aux âges. Externe : la fortune proportionnelle aux classes.
Sans doute, il faut que les corps aient une fin , et qu'elle soit pénible, sujette à quelques souffrances comme le premier âge. Ainsi le veut la loi des transitions ou extrêmes de carrières ; mais en thèse générale, ce n'est plus souffirir que d'avoir souffert le moins possible. Si une femme accoudie facilement et promptement , on dit : elle n*a pas loujferf. Cependant elle a eu le mauvais quart d'heure a paaser. Quand ua chirurgien vous o{)ère adroitement et habilement,