‹ Publication des manuscrits de Charles FourierChapitre 31 sur 136 · R DE LA RICHESSE EXTERNE · texte numérisé non relu

R DE LA RICHESSE EXTERNE

on dit, au figuré : il ne m*apas fait sou/frir, c* est-à-dire le moins possible.

Tel est le but des hommes en luxe interne ou santé. Ils veulent atteindre au mieux possible qui est de franchir aisément les deux extrêmes des âges de douleur et de transition, numérotés 4 et 46 à la table suivante des seize âges de l'homme civilisé :

Les deux extrêmes ou transitions 4 et 46 étant toujours pénibles du plus au moins, on a atteint au superlatif do la santé, quand on a joui pendant les quatorze âges, 2 à 45, du bon état des sens et du degré de vigueur qu*on peut raisonnablement prétendre dans chacun do cos âges.

En admettant , selon Topinion générale , que la divinité nous réserve un bonheur futur, pourquoi nous en refuseraitelle des preuves suffisantes ?

Au lieu de rechercher ces preuves , nous nous confions ù des philosophes qui, pour éluder la question, nous disent que Dieu est un être incompréhensible, — assertion que démentent ceux d*entre eux qui ne sont pas matérialistes, car ils prétendent expliquer l'âmo qu'ils appellent moî humain : or, l'âme n'étant autre chose qu*uno parcelle, qu'un diminutif de Dieu, s'ils expliquent la partie, ils doivent par degrés arriver au tout. ((Et pour leur jeter le gant très franchement , je déclare qu'il n'est rien de si aisé ù connaître que Dieu et l'âme, sauf les emplois inQnitésimaux dont on ne peut pas déterminer les limites , mais , sur toute autre fonction , l'on donnera aux curieux pleine satisfaction. ))

DIS TBAN81TIOM8.

(1836. — 34« cahier, eote 10.)

Parmi les roéthedes que IMeu observe en régie de moinrement, il en est une , celle de transition, dont il convient de parler à présent.

La nature ne passe pas brusquement d'un extrême A l'antre , du plein jour à la nuit profonde. Elle ménage pirtodt des transitions , comme les deux crépuscules qui , n'étant ni Jour ni nuit, forment entre le jour et la nuit un lien gradié en diverses nuances.

Elle ménage ces transitions ou exceptions, qui sont liens de système et non pas bases de système, dans tout le mécanisme de Tunivers. Telles sont les espèces mixtes, pèchesabricots, prunes-pèchcs , polypes, chaux, poisson-volant, chauve-souris, etc., produits ambigus qui participent de 2 séries où ils Ggurent en exception, en lien , formé par co« mulation des caractères do Tun et do l'autre genret. Le créateur tient tellement à établir des transitions de tous d^rés qu'il a piac^ aussi entre l«>s ordres des genres ambigus , tels que l'amphibie. L'homme aussi est sujet aux transitions matérielles, l'orang-outang, — et Talbinos, transition de la race présente à la future, dont il dépeint les propriétés.

Nous verrons le mt^mc cflet dans l'analyse des passions et ressorts d'association. Partout on trouvera ('es passions ambiguës ou sortes mixtes , cl partout dos fonctions ambtguii servant de liens aux fondions de genro, d'ordre et de classes. Les transitions régnent do même dans l'échelle des périodes sociales. Enfin, partout des exceptions ou transitions , qui! faudra se garder de prendre pour règles. C'est le vice où tombent les esprits faux et les ergoteurs, et c'est Técueil de tous ceux qui étudient l'association. Sans cesse ils argumentent d'une exception pour confirmer une règle généràe, que l'exception confirme au lieu de l'affaiblir : car il n'y aorait pas de lien dans l'ordre sociétaire , s'il ne comportait pas en tous sens des exceptions ou transitions, comme on en

L'EXCEmON EST UNE TRANSITIO!!. 77

ê tout le système de l'univers, où Texception figure m terme pour 1/8. Ainsi , sur 32 planètes, en ostil ces ambiguës cl de fonctions mixtes, temple, si j'avance qu*pn régime sociétaire le travail yant , chacun va me répondre que certains travaux , le curage des égoûts, ne saurait devenir attrayant, rte, pourvu que les travaux non susceptibles d'exciter on, ne comprennent que 4/8 sur l'ensemble des i îaduBtrielles. L'attraction sera assez dominante en ) si elle s'étend aux 7/8. Or, en théorème de mou- Iw 7/8 sont comptés pour le tout , et la déviation loin de désorganiser une branche de mouvement , lier aux autres.

. voit une preuve palpable dans la création êubver' furme le mobilier provisoire de notre Globe.Elle est ubversif , en ce qu'elle no se lie point à l'homme, «rt à ses travaux que par des produits d'exception ition.

les quadrupèdes, il en est à peine un vingtième qui nous-mêmes, en comptant les espèces négatives, eif, daim, chevreuil , qui , sans nous servir, coopèis plaisirs;

Vk oiseaux, à peine un centième d'alliés à nous; les insectes, à peine un millième.

lonc une création subversive des lois d'harmonie. Elle lUie qne par de faibles rameaux formant exception ou B do mal présent au bien futur. Ces animaux utiles et mt uno image du système qui régnera en plein dans ions prochaines , d'où Ton verra naître en quadni* seaux , au moins sept huitièmes d'alliés de l'homme, sont aujounl'hui l'abeille et la cochenille, le kerver k soie. Ces créations ne donneront le mal qu'en 1 d*un huitième, un seizième, un centième, un . r/nUpA^lira aii*nii limi Ha vin^t niiAflriinèddfi utiles

78 N B PAS AIXiOUBR lA TRANSmOll

4<> Le grand singe orang-outang, — transition en Corme- «t en lien matériel de copulation ;

3** L*homme sauvage , — - embryon d'homme , tranaitioa par identité d'espèces et non d'emploi, puisqu'il repoiuse l'industrie, destinée de l'Harmonie ;

3» L'homme subversif, — les peuples partriarcbaox , barbares, civilisés, qui font des monstres sociaux par leur industrie [ ] , d'où naissent tous les vices et les cal^ mités;

i» Garantisme ou chrysalide.

Si la nature ménage ainsi quatre transitions de l'animal à l'homme , il n'est pas étonnant que chacun se subdiviae m échelons secondaires, comme les trois sociétés, patriarchalet barbare et civilisée , formant la série des monstruosités sociales en industrie.

La plus légère étude sur ce sujet aurait conduit à raooDnattre que l'exception ou transition étant l'une des méthodes générales de la nature , elle doit régner dans la carrière sociale du genre humain , comme dans toute autre branche des cinq classes du mouvement.

Si j'avance que Dieu a destiné le genre humain à jouir d'un immense bonheur, on m'objectera que l'homme est trèsmalheureux depuis quatre mille ans. C'est parce qu'il se trouve dans les périodes de transition sociale ; or, la transi* tion ou exception confirme la règle , elle ne dure en moyenne que 4/8 et souvent 4/46, 4/32. Il en est de l'humanité collectivement prise, comme de l'individu qui est fait pour jouir (le la santé pendant sa vie, mais qui est affligé de maladies aux doux âges de transition , en première enfance et en décrépitude,

Ainsi , l'état malheureux auquel sont condamnées les quatre sociétés actuelles est une exception qui confirme la règle, ces quatre sociétés n'étant qu'un crépuscule social , que des échelons de transition bornés à une courte durée. Ils se aoDt prolongés deux mille cinq cents ans de trop, par l'élourderie des sophistes d'Athènes, qui oublièrent de spéculer sur I'ih nivorsaiité de la Providence et de rechercher le code qu'elle doit avoir composé pour les relations humaines.

Il sera donc bien entendu en théorie d'association oomms on tout calcul de mouYemeoti que Texception ou UanaitioB

ou i*8XGBrnoii gontie la rAgle.

iimo la r^lo. Toat ergoteur croit briller en arguant e exception prise pour règle. C eit ignorer que le genre iga, disséminé dans tout le mouvement, ne forme que iens et non les bases du système, ni les caractères os« els d'aucune des branches.

faudra donc éviter de considérer l'ambigu ou transition me règle, et ne pas alléguer des exceptions ou transitions re des principes généraux. C'est une faute si habituelle > les Français, que je dois les prémunir contre cette viae manie qui leur ferait envisager à contre-sens toute léorie sociale à laquelle nous allons passer, et dont un fminaire indispensable est de savoir que les échelons sot nommés Patrîarchat, Barbarie, Civilisation, Garan- Sy ne sont dans l'échelle du mouvement que des transîi , ded exceptions à la destinée essentielle, qui est VAm itrân unitaire et intégrale , appliquée à toutes claaies » et de fortune « à toutes fonctions d'industrie et de Ir.

FOBMATION d'uNE PDALANGB D*ATTBiU7ri01«

dans laquelle s'organisent les sectes groupées.

(1S05 à 1808. eàh\en Tibwr, 361,— 126,— 72 et 85, cote lUi^Uiimtaire, ayant senrl à la rédaction de la Théorie d^ê Qnam mm-

L'entreprise peut s^exécuter avec faste ou économie, sekm qu'elle sera l'ouvrage de souscripteurs peu fortunés oa dHm souverain opulent. On peut l'exécuter avec six milliona ou soixante millions indifféremment. Je vais supposer que la première Phalange d'attraction soit formée par un sonvenin qui n'y mette aucune épargne. Plus la première Phalange sera brillante, plus la chute des sociétés civilisée et barbare sera éclatante.

BaMonblement et Pro4«etl«n.

Une Phalange d'attraction est une société d'hommes et femmes inégaux en fortune, et exploitant un canton d'environ trois mille cinq cents toises de diamètre (4). La Phalange doit avoir, en cultivateurs et manufacturiers, au moins les sept huitièmes de ses membres , et l'autre huitième doit se composer de capitalistes, savants et artistes.

Le nombre des sociétaires qui exploitent un canton et habitent un même édifice , ne doit s*élever qu'aux environs de douze cents personnes (a). Ce serait trop de quinze cents,

(1) Le territoire d'une phalange doit avoir en terme moyen 8,468 toises de diamètres d'alvéole [lacane , mot déchiréj dlieugone. Ces territoires ou cantons varient du plus au moins. TU canton peut avoir 8,000 toises, tel (autre 4,000 toises de diamètre. J'indique ce terme moyen qui est le double cube de doose toisa de Paris. — Cette toise , par un hasard inconcevable , se tronve être demi-puissance de mesure naturelle.

(a) Cette évaluation a été rectifiée plus tard par Fourler. (iVeie

GBADUATIOll DES INÉGAUTÉg. B1

et trop peu de cinq cents. Le nombre moyen que la nature indique par chaque canton, est Je nombre ((800)) 810(4); mais , comme les civilisés et barbares sont très dépourvus de vigueur, de passions, de dextérité et de lumières, il faudra pendant la durée de la génération actuelle, suppléer au défaut de facultés par le nombre dus agents ; il faudra, au lieu de huit cents, en employer environ douze cents dans chaque phalange. Ce nombre de douze cents se réduira insensiblement à ((800)) 810 au moyen des colonisations, à mesure que les générations élevées dans l'ordre combiné, se renforceront en facultés corporelles et spirituelles.

En ra:$semblant les individus destinés à composer une Phalange d*nttniclion, il n*est d'autre règle à suivre que do bien graduer Ips inégalités de fortune, âge, caractère, lumières , etc. Une phalange serait mal graduée , si , parmi les capitalistes, il s'en trouvait plusieurs, riches à cent mille livres, et plusieurs, riches à vingt mille livres, sans fortunes intermédiaires. En pareil cas, celte Phalange devrait chercher à se procurer des fortunes mitoyennes de quarante, soixante et quatre-vingts mille livres. Il en sera de môme sur les différences de caractères , d*âges , de lumières , etc ; il faudra observer en tous sens les graduations, et éviter l'égalité comme un poison social. La phalange la mieux graduée en tous sens, élèvera Tindustrie et l'harmonie sociale à la plus haute perfection, et les bénéfices au plus haut degré.

AMOclatioB*

Quoique j'aie promis du passer sur les notions élémonlaires, je ne pourrai pas éviter quelques pages do détails insipides sur les dispositions relatives aux édifices et aux cultures, et sur la manière do former l'association. Ces détails sont indispensables pour expliquer le mécanisme des sectes groupées [séries]. Pour soutenir Fattcntion, on doit se rappeler que tout le genre humain va passer à ce nouvel ordre , et que chacun a besoin d'en connaître d'avance les dispositions pour régler ses affaires présentes sur ce pro-

(1) 800, nombre iadiqué par le rapport de l'air i Tcan, par les moidct d'un couple humain et par d'autres analogies.

8t LES INTtAtoS MUT IHIttVUWJUii.

chain changement, et surtout pour éviter de faire anooi bâtiment, vu qu'on aura la plus grande peine k tirer partie des édifices actuels.

Pour associer mille ou douze cents personnes qui doivent composer une Phalange, on évalue en numéraire les diverses mises do fonds, les terres, fabriques et fournitures quelconques. On les représente, ainsi que les avances péciuiiaires , par des actions transmissibles et hypothéquées sur le canton entier, sur les meubles et immeubles qui tiennent au fonds sociétaire de la phalange. Une Régence est chargée de faire Kavanco des logements et autres fournitures aux industrieux qui n^ont pas apporté de capitaux dans l'asseoia* tion.

Tous les intérêts sont individuels. La Régence traite aveo chaque membre séparément , sans reconnaître aucune communauté entre époux , entre pères et enfants. Les enfants ont leur compte à part dès Tâge de quatre ans, (c'est à dire dès qu'ils entrent dans le chœur des néophytes); ils sont propriétaires de leurs petits bénéfices. Si des individus, pour cause quelconque, mariage ou autre, veulent mettre en commun leurs profits , c'est une aiïaire à démêler entre eax^ la Ré<^ence no connaissant , en matières do comptes , que des groupes industriels régulièrement organisés, au lieu des individus. Il n'y a de commun dans cet ordre que Texploîtation qui s'exécute comme si la Phalange entière ne formait ([u'imo seule ((famille)) société, et le canton qu'une seule métairie.

Je n'expliquerai pas, dans ce mémoire, do quelle manière chacun démôle ses intérêts avec la masse, et obtient avec la plus grande équité une répartition proportionnelle à son ca* pital, à son industrie et à ses connaissances. C'est là le problème le plus important, celui sans la solution duquel on no pourrait réussir a fonder une Phalange. C'est pourquoi je dois laisser en suspens cette solution, voulant me borner ici à faire entrevoir ce que j'expliquerai plus on détail dans les mémoires suivants.

Le produit annuel des cultures et fabriques d'une pha* lange se divise en ((deux)) trois portions, trois sixièmes, deux sixièmes, un sixième, l'une affectée à la rente des capitaux, l'autre afiectée à la rente de l'industrie.

Les capitaux sont pleinement mobiles ; <m peut ea t4M&

MOBIUn DB CAFITAIn 83

tamps réaliser la fortune la plus immense. Un homme riche qui a des actions de mille phalanges différentes, en reçoit , aoseitôt qu'il l'exige , des lettres de change pour le montant de ia valeur qu'avaient les actions au dernier inventaire. Ainsi , il reçoit a l'instant son capital fnlimr, sauf à régler ce qui lui reviendra sur le dividende de l'année courante dont les recettes ne sont pas encore réalisées.

Le capital est donc complètement mobile Sans l'ordre combiné, quoique placé en propriétés territoriales. Cette mobilité ne peut avoir lieu en aucun sens dans Tordre civilisé; c'est pourquoi l'on tient une somme en portefeuille pour avoir quelque chose do disponible ; mais on court des risques nombreux , entre autres, celui do la banqueroute. Elle ne peut pas avoir lieu dans l'ordre combiné. La propriété reposant sur des titres souscrits par une Phalange agricole, elle ne peut péricliter que dans le cas où un tremblement de terre engloutirait un canton entier, et changerait son terri» toire en un lac. C'est le seul cas où les actions d'une phalange ne seraient pas payées, encore le lac appartiendrait-il aux actionnaires. (Ajouté plus tard à Tintorligne :] Les actions seraient payées par la Hiérarchie sphérique, qui est assureur de chacun dos Tourbillons contre les dommages de force majeure. — Diverses calamités , très funestes en Civi^lisation , comme l'incendie , sont très peu à craindre dans l'ordre combiné, où les secours sont toujours disposés, et les chances d'incendie infiniment moindres , et n'atteignent que faiblement les propriétaires d'actions.

Une PhaJange peut perdre dans une affaire agricole, comme le recouvrement d'une lande, la fouille d'une mine, etc; mais, avant d'en faire l'entreprise, elle la notifie à tous les actionnaires étrangers , qui opinent par procuration. Ceux qui ne veulent pas courir les chances , sont libres de réaliser leurs actions. Au reste , une Phalange n'est pas susceptible d'étourderie dans ses entreprises , comme un particulier.

Un pupille ne risque jamais de perdre son capital , ni d'être lésé sur le revenu ou la gestion. Si les père et mère lui ont légué des actions sur diverses phalanges , elles ne peuvent lui être enlevées sous aucun prétexte. Jusqu^à sa nuyorité , elles lui rendent le même revenu qu'elles auraient renda à son père , car, le fonds qui lee représente , le ter-

84 PAMU, CHATKAUX ,

ritoiro des diverses phalanges , ne peut pas être dégradé. D'autres dispositions qu'il serait prématuré d'eipliquer, prouveront que la propriété ne peut être mobile et garantie tout à la fois que dans l'ordre combiné , et qu'elle n'eat ai mobile ni garantie dans l'ordre civilisé, quelques mesuras qu'on puisse prendre pour atteindre ce but.

Bdifleea» plamtetlone» et ormenMmts da «latom.

Il faut préparer les édifices, ateliers et plantations d'une Phalange} avant d'avoir rassemblé les membres qui doivent la composer. Ils ne pourraient entrer en exercice qu'aprte l'achôvement de ces préparatifs qui durent deux ans. (On abrégera ce terme à force d'ouvriers pour la première phalange , et l'on pourra l'installer au bout de quinze à du-huit mois. ) Il serait donc inutile de rassembler à Pavanée les individus; ils resteraient civilisés et incohérents , jusqu'à. ce qu'on eût terminé les dispositions préliminaires , d<mt les principales sont celles des édifices et plantations.

Edifieei, J'ai dit que la première Phalange se compose d'environ douze cents personnes, plus ou moins. Leur habitation ne doit former qu'une seule masse de bâtiments distribués en divers corps contigus et pourvus de galeries extérieures pour communiquer à l'abri des injures de l'air.

On ne peut décrire les dispositions du palais d'une Phalange , car chacune cherchera à difiérencier le sien de celui des voisins ; on ne peut en donner que des notions générales.

C'est un édifice de cinq à six mille croisées , jetant des ailes de divers côtés , et entrecoupés de pérystiles pour distinguer les divers quartiers, dans lesquels sont des files d'appartements. J'entrerai, sur cet objet, dans quelques détails, car on ne peut concevoir les relations d'une phalange d'har* monie sans connaître les dispositions intérieures de son palais qui n'a aucune ressemblance avec l'intérieur des édifices civilisés et bari)ares.

On peut construire ces édifices en bois et en terre, pourvu que l'intérieur soit orné ; mais , supposons que l'entreprise soit exécutée par un prince qui y apporte un grand luxe. Je parlerai donc, dans cette description, des portiques, péristyles, dômes, etc., dont on pourrait se passer; mais» plus on

&IMK8, GABAVAVrSERAï. 85

donnera d'éclat à la première phalange , plus elle sera susceptible d'harmonie sociale.

L« palais doit contenir un grand nombre de salles affectées aux relations publiques, salles de conseil, de bal. de concert, musée, bourse (4), etc. L'un des dômes doit servir d'observatoire et contenir un fanal, un télégraphe. Chaque phalange arbore son paTillon sur la flèche du dôme et les colonnes du territoire.

Aux alentours du palais sont disposés les bâtiments accessoires, les étables, magasins, serres chaudes et fraîches, salles de spectacle, etc.

Outre le palais et ses dépendances, on doit élever dans le canton plusieurs édifices, dont le plus rapproché est le cara- ▼anséraï. Il doit être placé & la croisée des routes pour le service des voyageurs, relais, entrepôts, el autres relations qui , dans l'ordre combiné, s'opèrent par caravanes, petites ou <trandes, ainsi que je l'expliquerai plus loin.

Sur quatre points du territoire, et à la distance d'environ mille toises du palnis, on construit quatre châteaux supplémentaires et quatre rotondes ou cafés entre les quatre châteaux. Le nombre do ces bâtiments accessoires peut varier selon les dispositions du terrain ; il peut ne comporter que deux â trois châteaux, et plus ou moins do cafés selon les irrégularités.

Chaque portion du territoire doit avoir un petit bâtiment affecté au service du groupe qui Texploite. Chaque piôce do vigne , de pré, chaque étang , chaque division do jardin , est avoisiné d'un kiosk ou belvédère, sur la flèche du(]uol le groupe arbore les signes de ses fonctions. L'intérieur est dis- |K>sépour| ].

AUliert, Le faste doit régner dans les ateliers, lors mémo que le bâtiment serait grossièrement construit do briques et do boue; il faut que l'intérieur, et notamment les ateliers soient d'une élégance capable d'exciler l'enthousiasme.

Le faste d'un atelier de menuiserie ou de charonnage est bien différent du faste d'un salon, mais on peut mettre autant

(I) On verra plus loin que chaque phnlange on canton tient la boune comme dans les grandes villes de commerce.

88 LUXB »M ATBLUS.

de redierche dans Tua qoe dans l'autre. Il ae peut que le hangard de charonoage, construit en ordre rustiquey aoitpkit parfeit que la sallo du couseil , ornée de corinthien » ei qu'on diie à celui qui ira au canton de Tibur : voyez l'alelier de charonnage de Tibur, — comme on dit à celui qui va au port de Toulon : voyez la corderie. De là vient que chaque groupe fera des folies pour romement de son atelier comme un millionnaire on fait pour son salon.

Les Phalanges même qui craindraient les tremblements de terre, comme celles du Portugal et de Naples, et qui n'oseront faire les frais d'ornementation extérieure, seront obligées de décorer avec de plus grandes recherches l'intérieur des ateliers. On devra considérer que l'harmonie sociale ne peut se maintenir qu'autant que les enfants riches prennent parti dans les ateliers, et que les gens riches se plaisent à s'y rencontrer. Il faudra donc y faire régner du luxe, car ce ne serait pas assez de la propreté ; il faudra y étaler le faste théâtral , et y prodiguer tous les ornements convenables au local.

Au reste, il sera inutile d*ordonner cette dépense, quand l'ordre combiné sera établi. Les frais d'ornement seront faits par les sectaires de chaque atelier. On conçoit qu'une secte de forgerons ou de fondeurs pourra attirer les gens les plus riches, puisque Louis XVI était forgeron par passion. La naluro pousse fréquemment un individu aux occupations les moins convenables à sa fortune. De là on peut présumer que l'atelier des travaux les plus grossiers sera peut-être celui qui rassemblera le plus de gens riches, quand ils auront reçu dès le bas âge une éducation qui ne contrarie pas leur pen* chant ; et c est pour se conformer à cette volonté de la nature, qu'il faut orner avec faste tous les ateliers des premières phalanges que l'on fondera , et se garder soigneusement des hangards sales et répugnants, comme ceux où travaillent lea ouvriers civilisés.

Gëleritt. La plus importante des distributions intérieures du palais , celle qui diffère le plus des coutumes civilisées , c'est la communication couverte par des galeries chauffées en hiver et rafraîchies en été. Ces galeries fermées régnent dans toute la longueur des divers corps de bâtiments. Elles occupent de haut en bas les croisées de l'un dea mntêj de

mn-GAinn. 87

aorte que les appartements prennent Jour d'un côté sur la campagne, et do l'autre sur la galerie qui est une rue fermée à plusieurs étages. Elle n'a de plafonds qu'au premier étage et au rez-de-chaussée. L'entre-sol, les deuxième et troisième étages n'ont point de plafond sur la galerie ; leurs communications s'opèrent par le plafond du premier étage , ou par celui des logements voisins du premier.

Au moyen do celte galerie , on peut communiquer à l'abri des injures de l'air dans tout le palais. L*on évite ainsi un détestable inconvénient do la Civilisation, celui des rues déooQYertes, dans lesquelles on est obligé de se geler, griller, crotter, mouiller et poudrer vingt fois par jour, et souvent retenu chez soi par suilo do ces inconvénients. Dans l'ordre combiné, Ton peut, au plus fort de l'hiver, aller au bal , aux spectacle^, aux ateliers, en souliers de couleur, en habit léger, sans s'apercevoir du froid ni de l'humidité , quelque éloigné que l'on soit du local où Ton se rend , car la communication fermée s'étend hors du paluis par des corridors vitrés , par des souterrains , par des galeries do traverse à la hauteur du premier étage ; tous ces passages conduisent aux ateliers, auxétables, aucaravanseraï, à l'opéra, etc.

Cette seule disposition prévient une quantité de maladies. Ijcb civilisés sont toujours obsédés do rhumes , de fluxions, qui , dans un pays humide comme la France , affectent les deux tiers de la population. Les rhumes forment, pendant Thiver, un roulement continuel dans les assemblées nombreuses, comme celles des églises. Tel est l'effet de ces transitions continuelles du chaud au froid. On peut, dans l'oniro combiné, parcourir cent salles et ateliers, dans des corridors chauffés au même degré. La Civilisation est vraiment dans Fenfance sur cet objet : on no sait pas mî^mo renouveler l'air des salles de spectacle. L'on y est su(fo(iué comme dans des étuves, après quoi l'on passe subitement à une humidité meurtrière. De là naissent ces précautions des pelisses, manteaux , carrosses que les gens riches traînent apn*s eux, et dont ils n'auraient aucun besoin dans l'onlre combiné, hors les instants où l'on quitte le palais et les ateliers pour vaquer au travail agricole.

La galerie qui procure tant d'avantages n'est continuuo qu'au premier étage ; elle est interrompue au rez-de-chaussée et à l'entresol par les portiques et entre-colonnes sous

Page 1