LUTTE
gnal ot proposition (rnssonubléc pour lo lendemain à 5 heures (lu matin. En mômo tomps Céliante , négociatrice du groupe de la Tubéreuse, signale la même proposition pour la môme heure. Ces deux groupes se trouvent en conflit de négociations , parce qu'un tiers des dames de rHortensia so trouve sectaires de la Tubéreuse. Il ne convient donc pas que ces deux groupes s'assemblent à la même heure, ils s'appauvriraient l'un par l'autre, tandis qu'à det heures successives, ils pourraient être complets.
Une nfficiëre do l'Hortensia et une de la Tubéreuse sont placées en dedans de chaque balustrade pour recueillir et solliciter les votes des sectaires qui circulent autour de la salle, et la Tubéreuse arrive au tiers des votes quand l'Hortensia ne peut signaler que le quart. Alors le Directoire, par un signal met l'interdit sur la négociation de l'Hortensia, et Dorimène fait élever sur la bannière de l'Hortensia un signal de déroute.
La présidente de l'Hortensia accourt et concerte tm? autre heure d'assemblée avec les premiers sectaires qu'elle rencontre. On convient pour 6 heures 4 (?, et on l'indique sur la bannière avec un signal de ralliement. Mais sur six dames qui avaient accédé & l'assemblée indiquée pour 5 heures du matin , il en est deux qui sont déjà engagées dans un groupe de Mill&fleurs pour Theure de 6 heures 4 [2 indiquée pour le ralliement; elles viennent ou ne viennent pas déclarer qu'elles ont des engagements.
Il no reste donc h la présidente de l'Hortensia que les dames qui donnent en passant leur adhésion , mais inutilement , car un incident vient rompre encore la négociation. Voici de quelle manière.
La négociatrice Omphale, qui avait enrôlé deux dames do l'Hortensia pour 6 heures 4|2 au groupe de Mille-fleurs, prévoit que rilortcnsia no pourra pas eiTectuer son ralliement, et n^obtiendra pas majorité de votes. En conséquence , elle députe l'acolyte Lucinde avec l'instruction suivante : « Allez à la balustrade de Dorimène , vous y trouverez les débris du groupe do THortensia, qui doit manquer son ralliement , car je lui ai déjà pris une partie des votes avec lesquels il a plié contre la Tubéreuse ; il lui en restera peu pour six heures et demie, et à mesure qu'ils arriveront pour adhérer vous les avertirez de leur faible nom-
DB L^HORTEBfSIA BT DB LA TUBiBEUSB. 407
bre, qui rend leur assemblée impossible, vous les onrùlorpz dans mon groupe de six heures et demie, s*il y a lieu. «
Lucinde débite son argument à mesure que Ifs dniDos viennent voter. Elle enrôle conditionneliement Clitio (huis un groupe de Mille41eurs , Lesbic dans un groupe d'Orangeis, lesquels groupes négocient leur séance au bureau d'Omplj.ile pour six heures et demie du lendemain. Une autre acolyto s*empare do la même manière do Zélic et do Sylvie , à mesure qu'elles viennent adhérer à rHort«'nsia , dont la présidente reste dans un abandon complet. Alors elle fait signal de dispersion sur la bannière de THortensia, qu'on enlève peu après.
SI on no lui avait pas pris ses quatre sectaires a sa balustrade , elle ferait signal d*insuflisance , et les quatre dames prendraient parti pour d'autres propositions qu'elles découvriraient en parcourant des yeux les signaux des bannières.
On voit que dans ce petit débat la négociatrico Doriniène et la présidente de THortensia perdent la partie contre Céliante et Omphale, et que les négociations sont un jeu comme un jeu de cartes ou d'échecs.
On admet toutes les ruses qui peuvent rendre le jeu piquant. Par exemple, TUortensia qu'on a vue interdite par la Tubéreuse, aurait pu se sauver par une ruse, et, quoique inférieure en votes» elle aurait pu suspendre la négociation do la Tubéreuse, et lui prendre tous les votes des sectaires communs. II fallait faire intervenir un groupe plus puissant que ces deux fleurs , soit le groupe des Abeilles , qui est do grando culture. S'il est aillé de l'Hortensia (c'est-à-dire si lu tiers des membres de l'un est sectaire do l'autre) , ils peuvent négocier ensemble pour tenir des séances consécutives, comme séance d'Hortensia à cinq heures, et séance d'Abeilles à six heures et demie. Dans ce cas, l'Hortensia acquiert les prérogatives de FAbeille son allié, et avec un sixième de votes elle fera mettre en interdit la Tubéreuse parvenue au tiers de votes. Voici de quelle nicnnière.
Dorimène, prévoyant que l'assemblée de l'Hortensia sera contrariée par la Tubéreuse, cherche un appui ; elle envoie un acolyte s'assurer secrètement d'un sixième des votes de l'Abeille pour six heures et demie, et , au moment où la Direction jette l'interdit sur l'Hortensia , Dorimène fait signal de batterie masquée, et fait paraître la bannière de l'Abeille
1 08 LES lliGO€IATlONS DB LA BOUMB
accolée avec celle de l'Hortensia, et négociant fédératifément pour des heures consécutives. Alors le Directoire lève rinterdit de Tllortensia , et déclare la Tubéreuse en échec. Celle ci cesse toute tentative , jusqu'à ce qu^on voie si TAbcille réussira dans sa proposition d'assemblée. Bientôt TAboilie arrive à majorité de votes, et l'Hortensia, par cette alliance, Tait interdire la Tubéreuse. Huit dames qui étaient inscrites pour la séance des Tubéreuses à cinq heores du matin, se trouvent sans emploi pour ladite heure, et la plupart étant sectaires de l'Hortensia, vont en masse se faire inscrire sur son tableau d'appel. — On conçoit que ce débat peut se terminer do vingt manières différentes ; j'en indique une seule.
Je suis descendu à ces menus détails pour donner quelques notions des débats qui préparent les assemblées des groupes. J'en ai dit assez pour prouver que le travail n'est point commandé dans Tordre combiné; au contraire, les propositions de travail donnent lieu à des luttes , des n^ocintions dont le succès est un véhicule pour rindustrieux même.
Ces petites luttes sont intéressantes , parce qu'on en suit une vingtaine à la ibis. D'ailleurs, il y règne une complication d'intrigues et do ruses dont je ne poux pas ici donner le tableau. Souvent les tulles s'étendent à des sectes entières. Le moindre incident, le moindre changement do signal peut émouvoir deux cents personnes \i la fois , et comme il y a au moins cinquante bannières qui varient leurs signaux , on conçoit qu'il <loil régner dans les intriguer une variété el une activité incalculables. Aussi Tlieure de la Bourse est-elle une (les plus piquantes do In journée. Comme il s'y négocie au moins mille assuniljlécs , on peut regarder la Bourse comme un jeu à mille cartes dont les chances sont innombrables.
(( Ici je puis donner une première démonstration de l'absurdité des sciences politiques et morales qui déclament contre les Passions , le plus bel œuvre de Dieu. J'ai avancé que toute passion est bonne, qu'il ne faut rien y [ ],
mais en [)rovoquer le développement dans Tordre combiné, autant qu'on cherche h la réprimer dans Tonlro incohérent. Prenons pour exemple la passioa du jeu, qui est sans contre*
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flit l'une des plus affreuses <Ians Tordro acluol , et vovons comment il conviendra dans lo nouvel ordre d'exciter diez tous les enfants la passion du jeu.
Los cartes, les échecs, et tous les jeux les plus célèbres , sont une très-faible image des luttes qui ont lieu chaque jour à la Bourse d'une Phalange.
Les n^ociations de la Bourse sont un jeu d'intrigue et do ruse, comme nos jeux do cartes, d'échecs, de trictrac ; mais le jeu des négociations des groupes doit ùtre cent fois plus piquant pour un amateur d'intrigues combinées. En effi't, les cartes n'offrent que tyi pièces, (]ui , par l'identité de marche, se réduisent à 43. Le jeu d'échecs, sur 32, n'en a vcritablement que 6. Voilà donc nos jeux les plus fameux réduits k 43 et 6 pièces , dont la lutte n*exige ({ue i ou G personnes au plus. Le jeu-des négociations offre véritablement un millier de picH^es , car chacun y vient à la Bourse avec des intérêts trcs-diiférents , et pour la formation d'un millier d'a^ semblées. Les combinaisons et les intrigues y sont c-ent fois plus variées qu'elKs ne peuvent Tétro dans les jeux de récréation et dans toutes nos intrigues réelles. De la vient que ceux qui auront pris Thabitude des manœuvres do la Bourse, mépriseront tous les jeux qui font les délices des civilisés, comme il arrive que nous méprisons à trente ans le noble jeu de Toie qui faisait nos délices à l'âge de dix ans.
Il y a dans les négociations des rapprochements trèsmarqués avec nos jeux. Les basses cartes et les pions sont représentés par les enfants^ qui ont un parquet séparé, et uno marche différente pour leurs négociations, qu'ils font >ndiiectement comme auxiliaires des groupes, qu'ils ne composent pas à eux seuls. Nos disparités de couleurs des cartes sont représentées par les sexes, qui parFuis se séparent chacon dans leur parquet pour des négociations de séries simples ; ils se confondent pour des négociations de séries composées.
En générait il y a plus de femmes que d'hommes aux négociations, parce qu'elles s'éloignent moins du palais. Aussi sont-elles souvent chargées des diverses négociations des absents et des affaires des phalanges voisines. C'est peut-être par convenance à cette fonction ({ue Dieu leur a donné plus fortement la passion du jeu et de l'intrigue, passion qui sera aussi utile dans l'ordre combiné, qu'elle est dangereuse dans
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Tordre civilisé. Alors, on provoquera celle passion aotant que toute autre , parce qu^elIe aura changé d'aliment «ms changer de nature; elle s'exercera sur des intrigues utiles k l'individu.
On enseignera à un enfant de 6 ans un Jen qoelconqM, soit les échecs ; il ne pourra être admis Si la Boiirae sans cette connaissance. Quand il en comprendra la marche et les manœuvres, on lui fera observer à la Bourse nn oonlll^ de 3 ou 3 groupes , dans lequel il verra répéter les maïKBO- Très des échecs avec des ( | beaucoup pins brillanliy
et dès-lors il méprisera tous les jeux pour celui des négoda tiens, seul capable de donner à Tesprit cette violente agita* tion qu'il cherche dans les jeux de hasard ou de conuneros. Ceux-ci seront à peine pratiqués par quelques Tielllards qui , dépourvus de facultés actives et ne pouvant plus suÎTre las assemblées de groupes, s'amuseront d*une agitation factîee,' comme par les cartes, les romans et autres fumées dont les civilisés se remplissent le cerveau, faute do pouvoir le nourrir d'intrigues et d'agitations réelles qui promettent le béoiflce et le plaisir à la fois , comme il arrive des occupations des groupes industriels, occupations qu'ils no trouvent jamais dans leurs ménages insipides et léthargiques.}}
Dans toute autre méthode que celle des signaux et de la Bourse, l'emploi des journées se trouverait incomplet ai lee résolutions d'assemblées seraient contrariées l'une par l'antre, comme il arrive parmi nous. Si j'avais su être invM pour tel diner, je n'aurais pas accepté tel autre « on bien j'aurais fait renvoyer au lendemain. C'est pour éviter Mi contrariétés que chacun négocie h la Bourse, suit vingt rffaires ou plaisirs à la fois par le moyen des signaux.
L'heure la plus convenable pour la tenue de la Bourse cit le midi. Or, les gens riches étant les plus assidus k il Bourse, qui est une partie de plaisir, et se faisant remplaoer par les pauvres dans toute fonction qui se rencontrerait à l'heure de la Bourse , il en résulte que tout le genre humaÎB dfnera très-bourgeoisement à une heure , cet instant étant le seul de la journée où la masse do la Phalange se trouva rassemblée dans le palais. Au sortir de la Bourse, chacun sa rend aux salles à manger, chantant ses victoires ou pestait sur sa défaite, selon qu'il a réussi dans ses négociations.
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Après la clôtura de la Bourse, lee négociateurs et négodatrices se forment en comité pour indiquer quel est le cours du mouvement social dans leur canton , et faire connaître à toutes les phalanges roisines ce qu'ils jugent possible au siyet des propositions qu'elles ont faites. Ensuite on imprimera le bulletin de la fiourse et le tableau des Assemblées qui ont été résolues au bureau de chaque négociateur on négociatrice. Ce tableau sert de règle à ceux qui n'ont pn assister à la Bourse.
Il est inutile d'cyOUter que les négeciateurs et directeurs se relayent et alternent de deux jours en doux jours , que parfois ils quittent leurs fauteuils pour aller négocier dans la salle sur leurs propres affaires, etc.
Il y a petite bourse le matin , un instant avant l'antienne. C'est une assemblée confuso où l'on avise aux changements d'assemblées devenus nécessaires par suite des événements survenus depuis la grande Bourse de la veille. La petite bourse n'est dirigée que par quelques acolytes.
Le Directoire de la Bourse a pour fonction d'abréger les conflits ; il suit dans ses règlements des n^gles fixes comme l'alliance et la hiérarchie.
40 La hiérarchie. On donne aux groupes et séries une autorité proportionnelle à leur importance, comme on donne aux cartes prise l'une sur l'autre , selon leur grade. Un groupe d'agriculture remporte sur un de fabrique, et celui-ci sur un groupe.de sciences. Ainsi , dans un conflit de hiérarchie, le groupe d'agriculture élague celui de plaisir, comme aux cartes l'atout emporte les autres caries. II a les droits les plus étendus pour mettre en échec et en interdit ses opposants. Ce droit varie selon les saisons.
S^ L'alliance. Deux groupes sont alliés quand l'un des deux compte le tiers de ses membres titulaires dans l'autre. Dans ce cas , ils ont le droit de négocier ensemble des rassemblements pour des heures voisines.
Adugation naturbllb.
Les philosophes sont si confus de leurs théories d'éducaiion, qu^un de leurs plus fameux oracles, J.-J. Rousseau,
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n'a pas osé élever ses propres enfants , de peur de réosiir comme Sénèque et Condiilac, dont le premier, avec sa soblimité morale, parvint h former Néron , et le second , avec sa profonde métaphysique, ne forma qu'un oison. La nature^ en donnant aux philosophes de pareils soufflets, prouve assez quelle con6ance on doit avoir à leurs lumières.
Les théories d'éducation philosophique reposent 'sur les soins du père et de l'instituteur payé. L'enfant , réduit à ces [ I , court les risques : ^
4® De manquer d^éducation par la mort ou Tindigenoe du père, par son insouciance ou son irapéritie; d'être abandonné à lui-même , livré à des tuteurs ou des mercenaires occupés souvent à le spolier et le flagorner plus qu'à l'éduquer;
if* D*étre excité à divers penchants vicieux par snite de l'usage où est tout homme , père ou tuteur, d'admirer ses défauts ou ses opinions, et de les inculquer à celui sur qui il a quelque influence ;
Z** D'être détourné du but auquel la nature le destine, parce que chaque père condamne Kinclination la plus louable si elle s'éloigne do ses vues. Il entraîne ses enfants dans des professions incompatibles avec leur naturel , ce qui les conduit fréquemment à leur ruine, après les avoir ftiit languir dans la médiocrité. C'est ainsi que le père de Franklin voulait réduire son Gis à être ouvrier d'imprimerie , et le père de Métastase voulait élever le sien à être portier d'allée. Telle est la manie commune à tous les pères, manie qui a produit dans Tlnde le système des castes si évidemment contraire au vœu de la nature (les castes sont caractères de Pitriarchat et non de Barbarie) ;
i<* L'enfant risque d'être abruti , hébété par les mauvais traitements qui résultent d'une injustic-e commune à tous les pères et mères; ils dédaignent et persécutent celui de leurs enfants qui s*éloigne le plus do leurs penchants. Or, il doit se trouver de tels enfants dans toutes les familles, parée que Dieu, pour opérer le croisement passionnel et la dispersion des enfants d'un même père dans diverses séries, donne des inclinations opposées aux enfants sortis d'une même souche.
L'enfant, livré aux soins du père ou de i'institntenry est exposé à mille autres dangers, d'où il suit que ni le fén^