DISCIPLINE ENFANTINE
Les chœurs de l'enfance ont chacun leurs prérogatives. Après les Alhlètes viennent les Écuyers , qui jouisseot déjà d'un grand relief, car ils ont le privilège de monter les petits chevaux et de fournir à la grande parade un peloton de petite cavalerie. D*autrcs privilèges donnent aux Ëcoyers une grande importance aux yeux des Lycéens qui composent le quatrième chœur et qui n*ont pas encore le droit de monter sur les petits chevaux : du moins n*y montent-ils que furtivement et par la protection d'un écuyer on d'âne écuyère.
Les Lycéens ont également leurs prérogatives, qui lear donnent un grand lustre aux yeux du chœur des Adeptes. Ceux-ci sont les plus jeunes qu*on admette aux manoeuvres de la grande parade , ce qui les rend très-recommandabtes devant le chœur des Néophytes, et les petits Néophytes âgés de 4 à 6 ans sont regardés comme de très-hauts personnages par le chœur des Bambins, car un Néophyte est pleinement libre , et un Bambin , dans plusieurs cas , est soumis à Faotorité des femmes, des Patriarches et des serviteurs , tandis qu'un Néophyte n'est soumis qu'aux statuts de discipline qui n'ont rien d'arbitraire et qui régissent les chœurs de l'enfance. Quant aux neuf chœurs amoureux , il no règne dans leurs relations que des usages et non des statuts.
Le code de discipline détermine les attributions de chaqie chœur, et la subordination qui doit régner entre eux. Par exemple, un atelier de menuisier peut contenir des enfants tirés des 6 chœurs ; mais le Bambin n'a pas le droit de toucher des instruments coupants; le Néophyte n'a pas le droit d'en toucher quelques-uns , comme les haches. Un Adepte peut enjoindre à un Néophyte de quitter la hache; si celui-ci s'y refuse , il sera traduit devant la cour des Patriarches par un héraut du chœur des Adeptes. Les Patriarches des deux sexes tiennent périodiquement des sessions pour juger ces petits délits des enfants contre la discipline. Cette juridiction sur les enfants amusera les Patriarches, dont l'équité n'est pas douteuse en pareil cas, tandis que celle d'un père ou d*un pédant est arbitraire et indispose l'enfant sans le corriger. Il n'est pas besoin d^ajouter qu'ils ne pourront ni faire châtier, ni faire détenir les enfants ; on n'aura recours qu'aux flétrissures. Par exemple, si un enfant est convaincu
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d'avoir dit un mensonge grave en affaire industrielle, la cour pourra le condamner à paraître quelque part avec un attribut de civilisé, comme un chapeau à cornes. L'enfant, paraissant avec cette coiffure , recevra le sobriquet de petit civilisé, c estr^-dirc de petit menteur, car ces deux mots sont synonîmcs dans Tordre combiné.
L'autorité hiérarchique et l'émulation s'établissent parmi les quadrilles féminins comme parmi les quadrilles masculins. On tient compte i\ un postulant de ses fautes connues. Exemple : la néophyte Caroline, à;;ée de 6 ans, veut changer de quadrille et se présente comme candidat à une séance du quadrille féminin des Adoptes â;^és d'environ 6 à 8 ans. Ce quadrille nomme d'office un avocat qui retrace les fautes de Caroline. On rappelle que récemment Caroline a par maladresse brisé un vase précieux , faute qui la rapproche des Bambins plus que des Adeptes. On reproche à Caroline d'avoir manqué la mesure dans telle figure de tel ballet. On obser\'e qu'elle a voulu marcotter des œillets qui n'ont pas réussi. Ensuite un défenseur fait connaître les titres dont 8*appuie Caroline pour l'admission , et si le résultat des opinions lui est défavorable y la présidente de quadrille lui expose son insuffisance, et la renvoie à la prochaine séance.
Cette disgrâce excite l'émulation de Caroline , parce que les remontrances viennent d'enfunts, ses semblables à deux ans près. Les reproches sont confirmés par les railleries sans appel des compagnes de Caroline. Mais si vous faites adresser aux enfants les réprimandes les plus fondées et les plus modérées par un supérieur au-dessus de leur âge , ils n'en tiendront compte et prendront en aversion celui qui les leur adresse, ainsi qu'il arrive toujours en Civilisation.
Les décisions d*un quadrille de fenfance peuvent être infirmées, s'il y a lieu , par l'Aréopage composé dos officières des chœurs U, 45, 46. Il connaît dos débats entre quadrilles et groupes d'enfants. Les patriarches connaissent des affaires individuelles; mais si un enfant est refusé par un quadrille, ce ne seront pas les clabauderies du père et de la mère qui feront infirmer la décision , chacun sachant fort bien que les pères et mères sont dos juges très-aveugles et très-incompétents sur le mérite de leurs enfants.
L'Aréopage connaît, en qualité d'arbitre seulement, des diiBcuItés qui peuvent s'élever entre les chœurs, quadrilles,
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groupeg et sectes au-dessus de la puberU^. Il intervien les terminer, mais sans autorité ; il n'en a qu'à Téga chœurs au-dessous de la puberté.
Chacun des chœurs de l'enfance astreint sesrécipien à divers examens et conditions. Un Bambin, postulan' entrer aux Néophytes, doit savoir remplir quelques fov de parade, comme de faire jouer de petites cimbales. i une flilc, elle doit faire preuve d'apiilude à quelques ti minutieux , comme de nettoyer un espalier de ses ini Comme on no gène pas les enfants dans leurs goûts , preuves d*habileté ne portent pas spécialement sur travail. Il suffit qu'ils se montrent capables de 3 ou I plusieurs, et qu'ils soient parvenus au grade de bac! dans ces travaux qu'ils affectionnent. Alors ils sont et investis de tous les privilèges attribués aux chcei ils entrent. Hier Hylas n'était qu'un Bambin suboi aux Néophytes dans les ateliers. Aujourd'hui Hylas ei clamé Néophyte à la parade. Il entre dans un atelier i nuiserie, décoré d'un panache de néophyte; il touc petits rabots, les petites scies, de pleine autorité, et p interdire aux Bambins. Ceux-ci raisonnent entre eux s Vincement d'Hylas; ils reconnaissent que c*était 1 adroit de tous les bambins. Quelques-uns conçoivent jet d'entrer h leur tour dans les Néophytes ; mais il fav preuve d'adresse , et Ton conçoit (|uc ces petites am! de s'élever de chœur en chœur ont une autre Influen les piflettes de cuir de nos maîtres d'école.
Il suffit de ce peu de détails pour faire concevoir c chœurs des enfants s'entraînent l'un par l'autre. Il : peu de choses pour transformer les enfants en Séide siège de Lyon l'on forma des compagnies de jeunes cha dont plusieurs avaient à peine douze ans. Ils s'enr par l'appât d'avoir une épaulette , et c'étaient les plus cieux au feu. J'en ai entendu plus d'un dire avant d réler : Aurai-je l'épaulette ? — Oui. — Eh bien , va 1 ne faut qu'un chétif ornement, qu'un flocon de laim entraîner un enfant à la mort, combien sera-t-il plus d'entraîner un enfant dans des groupes organisés de m à flatter ses goûts et son amour propre. Il est donc fa< concevoir que la théorie d'éducation se bornera à reA
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Iravailà l'enfant, en lui ucconlant seulement Tcnlréo des ateliers. Dès qu*il pourra marcher, il sV portera; en suivant les groupes de ses semblables , en les voyant travailler, il voudra s'entremettre avec eux ; mais il sera arrêté par im Néophyte qui lui reprochera sa maladresse. « On ne travaille pas avec des petits maladroits comme vous, » lui dira-l-il. Pour céder à ses pleurs , on lui assignera quelc]ues petites fonctions à la sollicitation du patriarche surveillant, et on l'initiera petit à petit. S'il réussit mal , on le bernera; fût-il fils d'un prince, il sera ridiculisé par les enfants do 4 ans. C'est ia seule correction que Tenfant veuille admettre , la seule qui ait de l'influence sur lui. Au reste , il faudra con* naître plus amplement les relations de Tordre combiné et la disposition des ateliers pour concevoir comment ils entraîneront Tenfa'nt au travail , comment il ne pourra exister aucun enfant paresseux , parce que chaque enfant ayant la manie de fureter partout , et trouvant dans sa Phalange une centaine d'ateliers magnifiques, trouvant en outre les petits instruments et la compagnie dos petits enfants initiés à Findustrie 9 il est impossible qu'il ne prenne pas parti dans quelques ateliers. S'il parvenait à 3 ans sans ôtre reçu bachelier do quelque petit groupe , ses semblables le surnommeraient bachelier de Tànerie , et le ridicule opérerait là où l'attraction n*apasoi>éré; muis Tatlraction seule suflira , et je le démontrerai dans un plus ample mémoire sur cette matière.
Quant à présent, c'est en vain que vous rassembleriez les plus habiles précepteurs pour atteindre les 3 résultats de l'éducation naturelle , la vigueur, la dextérité et Tinstruction pratique. En vain meltrez-vous à côté de Tenfant Locke et Condillac pour lui enseigner que les idées naissent des sensations, ou que les sensations naissent des idées, l'enfant no peut écouter ci aimer que les groupes et séries de groupes qu'il ne trouve pas dans les pa'.ais des rois. La nature veut lui donner 30 instituteurs et non pas un ni deux. Ses 30 insli • tuteurs seront les 30 groupes dont il partage les travaux et les passions, et dont chacun lui tiendra lieu d'un père si lu sien vient à mourir. La nature veut qu'il varie ses occupations d'heure en heure , et qu'il parcourt une dixaine de groupes dans le cours de sa journée, sans y trouver d'autres maîtres (|ue ses semblables. Cest pour convenir à cet ordre
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de choses que la nature donne aux enfants tant de rébelliOQ aux volontés des pères et des instituteurs, tant de contradictions avec les penchants des pères.
J'ai dit que les contrastes d'inclinalion seront bieotAt reconnus pour suprême sagesse. En effet , si un puissant souverain se passionne pour Tétat do forgeron , qu*en résultera-tpil dans Tordre combiné? qu^il développera cette passion dés l*âge de 3 à i ans, en se fixant aux ateliers de charronage ou serrurerie de la Phalange. Son habileté dans ce genre Teatrainera à d'autres ateliers de charpente et de menuiserie , auxquels s'applique le travail du forgeron. Des ateliers de char rouage il se trouvera entraîné dans ceux de sellerie, de peinture et de mécanique, qui ont des rapports avec le travail du carrossier ; puis d'atelier en atelier, d'attraction ea attraction , il aura parcouru, à 4 5 ans , tods les travaux de fabrique et de culture qui sont réunis dans la Phalange ; il aura acquis des notions prati(iues sur toutes choses, de la dextérité et de la vigueur ; il sera en état de gagner s'il est pauvre, de commander s'il est riche. Alors, qu'importe qu'il ait commencé sa carrière industrielle par la forge ou la corroyerie , puisque toutes sont en rapport et que la connaissance de l'une conduit l'enfant à l'étude des autres, et à parcourir le cercle des travaux agricoles et manufacturiers, des sciences et des arts.
Au surplus, toute explication sur ce sujet est prématurée , et l'on ne pourra pas se figurer que l'enfant éprouve aucune attraction industrielle tant qu'on ne connaîtra pas Fordonnanco des ateliers dans l'ordre combiné , leur magnificence, et les germes de l'émulation qui anime tous leurs groupes. Quant à présent , il est bien indispensable d'employer les verges , les palettes et les supplices pour faire travailler l'enfant , car quel être n'est pas saisi de dégoût en voyant les sales ateliers des civilisés, la grossièreté et le découragement des mercenaires qui les habitent? Il faut que l'empire de la mode soit bien puissant pour qu'on ait habitué les souverains modernes à visiter ces dégoûtants ateliers. Quelle idée peuvent-ils en rapporter, sinon do l'horreur pour Tindustrie et les industrieux?
Amorce ladaiirlelle, on Bemallle de peMlons.
L'on a vu précédemment qu il importe d*élever chaque groupe à tel nombre , que son travail n'emploie qu'une ou deux heures aux assemblées. Pour atteindre ce but , il faut que les enfants prennent de bonne heure un grand nombre de goûts différents. Toute Phalange consacre annuellement une somme quelconque à exciter les goûts des enfants , a leur créer des goûts nouveaux. Cette dépense est considérée comme semaille de passions. £llc est portée sur le compte d'exploitation générale , ainsi que les frais de semaille de grain. Qu*un enfant soit riche ou pauvre, on lui fournit aux frais de la Plialange et pendant certain temps , comme une quinzaine , les mets précieux qu'il demande , après qu'il a manifesté sa passion naissante pour tel ou tel mets. On sait qu'il ne tarde pas long-temps à prendre parti dans le groupe qui soigne ou qui cultive cet objet. Dès-lors il participe à l'esprit de corps qui domine dans ce groupe, et sa passion , qui pouvait être gloutonnerie durant les premiers jours, se trouve modifiée au degré nécessaire par rinfluonce du corps où il est entré, les enfants ayant la propriété d'épouser trèsfortement l'esprit de corps des sociétés qu'ils ont choisies passionnément et où ils sont bien accueillis. Exemple :
La jeune Zoé, âgée de sept à huit ans, et tros-pauvrc, dine avec le groupe des ja.smins, dont elle est novice, et qui est invité en corps chez Omphale, présidente du groupe. Zoé mange à ce repas des confitures exquises qu'elle ne connaît point, et il lui échappe de dire qu'elle voudrait en manger tous les jours , tant elle les trouve bonnes. Ce mot est recueilli et rapporté aux ofiiciers de groupe qui fabrique ces confitures. Elles prennent leurs dispositions pour enrôler la petite Zoé. Elles font déposer dans sa chambre quelques pots de ces confitures qu'elle aime, et un billet lui annonce qu'on renouvellera la provision quand elle sera épuisée. Le lendemain Zoé, toute pauvre qu'elle est, reçoit la visite do deux officîères de ce groupe, et une invitation de se rendre à tel repas pour y faire connaissance avec plusieurs dames de ce groupe, dont elle a vanté les productions, et qui s'intéresse à elle. — Zoé s'y rend. On lui fait quelques présents, on l'invite à venir & l'atelier le jour où l'on s'y assemble. Bientôt