ENRACINENT LES ABUS
les contre-poids d*autorité et autres paroles vides de sens? L'essai de ces visions scientifiques n'a servi qu*à nous contaîncre que la nature du mécauisnie civilisé force à rétablir bientôt les abus que Ton essaye do bannir. La Civilisation étant une plaie sociale pour le globe, les vices lui sont nécessaires, comme le virus est essentiel à la conservation d'un ulcère. Vos réformes, conBées au soin d(?$ gouvernements, no font qu'enraciner les abus. Après bien des déchirements, vous tombez sous leur joug, et vous nn gagnez à celte lutte que la conviction d'un asservissement insurmontable.
Par quelle fatalité les sciences modernes, qui ont atteint à une perfection gigantesque dans la physique et dans les arts (4), sont elles restées pygmées dans la science bien subalterne de la Politique? Le génie civilisé, dans ses âges les plus brillants, n'inventa jamais rien pour le bonheur des peuples : dans Athènes comme dans Paris, le mendiant placé aux portes des palais attesta toujours la nullité de votre sagesse politique et la réprobation de la nature contre vos théories sociales. Vous n'avez pas mémo su conduire la Ci- YilisatioQ à moitié des réformes dont elle était susceptible' Vous pouviez , sinon extirper, du moins pallier les vices qu la dégradent; vous pouviez lui donner un vernis de splendeur et d'unité devant lequel sa situation acluelle semblerait un état de ruine. Mais vous ne savez que regarder en arrière dans la Politi(|ue : vous vous louez du mal évité, avant d'avoir trouvé le bien. Semblables au bambin qui se croit fort à rage de quatre ans parce qu'il a terrassé celui qui n'en a que trois^ vous vous croyez sages, pour avoir banni de vos
(1) Lori^qu'on verra dans l'Harmonie les prodiges mécaniques des civilisés, tels qu'un vaisseau de 140 canons et tant d'autres merveilles qui sont prématurées relativement à notre enfance politique, on ne pourra concevoir comment des hommes qui se voyaient honorés par Dieu de tant de connaissances sublimes, aient pu croire que ce Dieu, si prodigue de science-s, leur refusait celle de l'ordre social , et qu'il avait négligé de composer des lois pour eux ! On s'étonnera que nos savants n'aient pas senti que Dieu serait blâmable et incju^^équcnt d'avoir initié l'ci^prit humain à de si hautes connaissances, si elles ne devaient servir qu'à une canaille dégoûtante lie crimes, comme la société civilisée, à qui Dieu devrait non pas des sciences, mais un délugo pour l'engloutir.