LA PRUSSE £T FRÉDÉRIC II
Quelle faute pour le plus habile des politiques civilisés, le seiil vraimeiit grand ! car il est io seul qui ait fait valoir toutes les ressources de son petit état sam en négliger auemu. Après Frédéric il ne reste qu'à glaner dans la gloire actuelle. Grand militaire, grand politique, grand administrateur, et, ce qui est plus rare, gnmd économe, ces divers genres de gloire qu*il porte au plus haut degré étaient donc DR jeu pour lui , puisqu'il trouvait le temps d*allier à tant de travaux la culture des lettres et dos arts. S'il est un amant de la gloire qui tienne un sceptre en Civilisation . le nom de Frédéric doit lui ôter le sommeil , ainsi que la renommée de Miltiade causait Tinsomnie de Thémistocle ; car quel souverain peut se flatter d'atteindre, à moyens égaux ^ à la hauteur de Frédérie? L'homme de cénie est donc réduit à abandonner une carrière que ce prince a épuisée; il faut à présent s'ouvrir des voies qu'il n'ait pas aperçues; il faut innover. Voilà ce qui ^st difTicile aux politiques civilisés, ils n'ambitionnent que des trophées dont mille autres se sont couverts avant eux. Semblables à certains gentillâtres qui ne veulent pas apprendre à lire , pour mieux ressembler à leurs aïeux, nos politiques ne peuvent reposer leurs vues que sur le vacarme militaire et les tricheries diplomatiques dent on est rebattu depuis vingt siècles. Leur génie est cloué sur ces deux points, et ils ne soupçonnent aucun autre moyen de célébrité. Il semble cju'ils veuillent passer à la postérité tous dans un même chapitre, où l'on traitera en bloc de ceux qui se croyaient au faite do la gloire pour avoir versé beaucoup de sang et trompé beaucou[) de rivaux , sans introduire dans l'état social aucun bien réel et applicable à toutes les nations. ((Ce bien ne peut être que l'unité du Globe devenue possible depuis les progrès de l'art nautique, et l'on ne voit pas qu'elle ait été provoquée par aucun auteur ou méditée par aucun conquérant.)]
Après le partage des étals prussiens, l'Autriche jouera le rôle de Lépidus. Sa position intermédiaire l'entraînera soit à une division de forces, soit à une alliance qui la perdront également. Elle deviendra la pùture des Russes et des Français. Tous deux n'ayant point d'ennemis redoutables à Tar-
3i6 L'AUTRICHB , LA FRANCE.
rièro» doiveat se jeter sur la puissance iulermédiaire et disputer l'empire du inonde sur le oadavre de rAulricbe. Les bords de r£lbe et du Danube verront une nouvelle ^harsale» et dans ce choc inévitable , si la Civilisation se prolonge , toutes les chances sont pour la Russie. C'est la France qui doit succomber avec la Civilisation. Croyez-vous, Européens,, après votre asservissement , amener les Russes à vos mœurs, comme les Chinois s'incorporent les Tartares? Non. Les Tartares vont s'ensevelir dans la Chine, quand ils l'ont conquise; mais les Russes ne viendront pas se métamorphoser dans Paris. Leurs vice-rois s'amuseront quelque temps du luxe d'occident; ils transporteront vos musées et vos comédiens dans le Nerd , où les arts déclineront chez un peuple à demi-sauvage. La Russie, obligée de tenir en bride l'Europe et l'Asie, maintiendra la férocité chez un peuple destiné à museler le Globe. Elle comprimera cette Europe remuante et dangereuse; elle détruira le monopole commercial qui enrichit l'occident; elle réduira vos capitales à la médiocrité pour ne les plus redouler, et son empire, trop vaste pour se soutenir, subsistera assez long- temps pour éteindre doucement la Civilisation.
Démontrons que la silualion politique de l'Europe conduirait rapidement au Triumvirat et ù Tasservissement général.
La région centrale, l'empire germanique, jadis modérateur de TEurope , n'en est plus aujourd'hui que le jouet. Divers royaumes et républiques, qui lui servaient de boulevaids, ont été conquis, et rAllemagno , depuis leur chute, court le danger d'une forteresse approchée ; elle est resserrée par la France et la Russie, qui peuvent l'enlever au premier assaut, la partager, puis débattre à elles deux la souveraineté universelle. Ainsi l'Europe est sur le point d'être asservie, même sans passer par la crise du triumvirat.
En supposant que la coalition franco-russe n'ait pas lieu contre l'Allemagne, que les afl'aircs ()rennent la tournure plus lente du Triumvirat, les deux puissances qui doivent y tenir le dé, la Franco et la Russie, ont chacune des moyens suffisants pour nécessiter cet événement f-n dépit do l'Europe entière. Les moyens do In France sont trop évidents; je ne PIHb que de bèux de la Russiei Elle peui forcer le triumvirat
LE TainilVlHAT CONTINENTAL. ItT
pn MM iiaipl* attaqn wr la Prince, dont elle aralara !• flM bMy HMfceaii avant que perMime lai ait port4 Mcoun. m qaslMoaare marrait la pauvra PnMa? Ceuzdal'l»- Itkfca , alliée pif* qu'ua ennemi. Sans doute , qtiaad i'Aiw trisha varmil, apria la première victoire des Ruaasa, le ibé* Urt de la guerre s'avancer vers la Silésie, ellBwbâtaraild'jr aairar par ftrt imUU, et aeulenwDt pour la garantir. Daa fgia Mliie, elle m ae Uterait pas mâmo d'en sortir; alla tRMverait plu* GomiDocle, poar arranger l'aTTaire , de laiaaar les Biiaiira s'installer dans Kœnigsberg. PasM-moi la rira* bariw , je te passe le séné. Ainsi , le roi dePnisse se trouverait, en un clin d'œil , redevenu électeur de Brandabourg, el ooavainca que ce qui vient A la Qùte s'en retourai as tambour. Bt voilé le triumvirat fonoé par une prooiftnada Bililaire de l'Autriche et de la Russie, promenade qa. coiniiwDCerait le lendemain du jour où la France asaaferai an édtee contre l'Angteletre, ou, pour nieuzdira, contra 11 mer.
guppoBOBS, contre toute vraisemblance, que lea deux so»* verains de l'Allemagne s'unissent sincèrement contre la Kaaaie, serait-ce on grand effort aux Russes que d'attaquer l'Allemagne entière, aujourd'hui que , par l'acquisition réoeala de ifl Géorgie , ils tiennent sous leur main toutes les kerdea de Caucase? Ne peuvent-ils pas ébranler celles de la Grande Tarlariel Si Geogis-Kan sut conauire (100,000 Tartarea (laa biatoriena disent un million, mais oavons plus bas,) à travetB mille lleaes de déaerts, la Ruseie ne peut-elle pas les rassembler encore, les soatenir de 400,000 bommea de troupea r^ gléea, et vomir ainsi sur l'Allemagne toute la canaille h]i>*^ borAenne, dans un moment où les dissensions paraljrseraieR le corps germanique , dans uo moment où voa guerres inlei* linaa auront paraisse vos forces? (JVale B.)
(iCoie B. — Sur l'igresilon raisc.)
L'idée d'une aggression de Tartarea n'excite en Europe que la pitié. Cependant, quelques hordes comme les Casaques at les Kalmouks, les mantctiux rcuç^es et les Croates ont donné de la tablature oui français. A la vérité, ils ne peuvent riea isolément contre l'inranterie, l'arlillerie et les relrancbementi. Vell* ponrqaoi las Tartarea, malgré leur nombre, ne sont
Î28 8UU l'agression
quo ce qu*étaient les bédouins en Egypte. Ils ne peuvent donc rien contre la Russie, mais ils peuvent beaucoup quand elle les adjoint à son armée. Il lui est facile de traiter avec le grand khan des £1eut1i<, pour faire lever les hordes du Plateau. Elle n'a qu*à lui promettre de le conduire à la conquête de la Chine et do PInde , pourvu qu'il vienne donner on coup de main dans l'affaire d'Europe. Les Tartares ne ré- Tent qu'à piller la Chine et l'Inde où ils ont tant de fois pénétré et commis des ravages. Certains d'y rentrer dès que la Russie se mettra de la partie, ils ne balanceront pas à acheter ion secours par une incursion en Europe. On sait qu*un voyage de mille lieues n'est qu^une bagatelle pour les Tartares, dont les chevaux sont habitués à faire des traites continues de plusieurs jours, et à prendre si peu de repos, qu'ils semblent avoir fait 50 lieues d'une seule traite. Avec cet avantage, ils mettraient la tactique européenne en défiut. Ils peuvent mener un russe en croupe dans les coups de main , et se montrer à l'improvisle sur tel point d'où on les croyait bien éloignés. Les troupes européennes , ne pou- Yant pas se mouvoir avec tant de facilité , on serait obligé d'opposer aux Tartares un cordon qui aurait le sort de tous les cordons , il serait percé et battu d'autant mieux qu'au moment de l'attaque cent mille Tartares mettraient à pied cinquante mille fantassins russes montés en croupe, et toutes ces bandes tomberaient des nues, comme les bédouins en Egypte. Ils arriveraient avant les rapports de l'espion , car ils ne sont pas sujets au retard faute do munitions. Le Tartare vit d'un morceau de viande crue et attendrie sous la selle pendant le voyage. Quand il s'arrête , il boit du lait de cavale , et tue les chevaux blessés pour sa provision. Le Russe vit de farine qu'il porte dans sa giberne et qu'il pétrit dans le creux de sa main , puis il se régale d'une chandelle quand il en trouve. L'armée européenne serait désorientée par les coups de main de ces brigands , par leurs déplacements cl leur apparition subite aux points faibles que les espions russes leur indiqueraient. Les confédérés seraient réduits à renoncer aux cordons et à se concentrer en grandes masses entre lesquelles les Tartares pénétreraient et ravageraient le pays , pendant que la grande armée russe les favoriserait par des diversions.
En somme, le résultat du premier choc serait : 4<> de for-