RUSSE
eer les confé>1érés à abandonner les plaines de Pologne où Ton ne pourraH pas tenir contre lo va.sjabondago de la cavalerie lartare , aidée do se.^ fantassins an croupe , qui prendraient dans les redoutes avancées le canon dont ils seraient dépourvus.
2* De faire lever, en faveur de la Russie, tous les Polonais après la retraite des confédérés, parce qu*unc nation asservie a bien plus d'intérêt à obéir en masse à un seul maître qui la convre, qu'à être morcelée en trois qui viennent se battre au cœur de son territoire, et la soumettre à différents régimes. Ce serait pour les Polonais Tinstant d'obtenir de grandes faveurs de fa Russie , et leur levée ferait déserter leurs nombreux compatriotes qui , repoussés en Allemagne avec les confédérés, rejoindraient le bonnet polaquo partout où ils l'apercevraient.
3<» De brouiller les confédérés, sur qui le choc porterait inégalement : car, après l'abandon des plaines de Pologne, rAutricbe, acculée sur la chaîne des Krapack, couvrirait assez bien ses états héréditaires. L'effort des Tartares se porterait sur les états prussiens moins montueux , au midi sur la Silésie, au nord sur la Prusse royale, qui seraient ravagées, de sorte que la Prusse soutiendrait à elle seule tout le poids de la guerre; elle couvrirait seule, aux dépens de son territoire, la Bohème et les électorals : de là les brouilleries dos confédérés, et le progrès de l'ennemi commun.
4® Allécher les Tartares au voyage d'Europe, car en pénétrant dans les richrs plaines de Varsovie, où ils entreraient en ennemis, du premier choc, s'avançant ensuite dans le jardin de l'Allemagne, dans la Silésie, la Saxe, où ils pousseraient facilement des postes, ils n'auraient plus à ambitionner l'Inde qui n'est pas plus riche, et dont le climat leur est pernicieux, tandis que celui de Saxe est le même que celui de Tartarie la grande, malgré l'inégalité des lalitude^s : de sorte qu'une fois amorcés par cette première tournée , ils viendraient sur r£urope, toutes et quantes fois la Russie voudrait bien les y conduire.
5** Exposer l'Allemagne , dans un intérêt de désordre , à être envahie par la Frapce et la Russie , même sans triumvirat. Car, la Prusse bien harassée pourrait être achevée suiMtement par la France, qui enrôlerait ses troupes et tomberait sur TAutnche devenue la bête noire de tous les partis,
S90 LB8 PATROUILLBS RUSSES.
parce qu'elle aurait eu plus de moyens de oouTrir set ÉtatSé ^(Toyez dans quel chaos politique jetterait rBurepe usa première Tîctoire des Rusaea et Tartarea 1
Ne vous y trompes pas » la Russie escarmouche d^à l'Europe. Hier une avant-garde de Tartares agitait la torche aa pied des Alpes et menaçait la Bourgogne du sort de Pra^ et d'Ocsakow. Une désunion des chefs ennemis causa notre salut; mais quand vous auriec eiterminé cet essaim précurseur^ qu'importe à l'immense Scythie la perte de quelques hordes (4)?
Poursuivons l'hypothèse de choc entre l'Allemagiie et la Russie, — celle-ci conduisant des barbares disciplinés el belliqueux par religion , pouvant dès la première victoire se grossir des Polonais et autres nations. Pourrait-elle être arrêtée une année? Elle aurait, outre la supériorié du nombre , toute la force de l'unité contre des rivaux en désordre. La Prusse , alarmée de se voir écrasée au premier feu, et craignant d'être sacrifiée par ses alliés, cause^ rait leur ruine par sa méiiance. L'Autriche est un corps hé* térogène composé de quatre nations ennemies, dont trois , la Hongrie, la Gallicie et Venise accueilleraient avec joie le vainqueur, s'il leur assurait quelques privilèges. Le secours des Électeurs serait médiocre, vu leur éloignement du champ de bataille, et illusoire par défiance contre l'Autriche, qui est connue pour sacrifier les troupes alliées. La France se* rait un nouveau sujet d'inquiétude et de discorde pour les confédérés; elle est intéressée à mettre aux prises les Alle«mands et les Russes, afin d'affaiblir TAIlemagne et partager sa dépouille! Cette crainte aveuglerait les états les plus ex« posés, tels que la Prusse; de là divergence d'opinions parmi -■*^^— ' ■ ■ * ■ ■ . ■ t . - .. . »... -^ .
(1) [Cahier 77] la perte d'une de ses patroollles? Ce n'c>t
pas encore aujourd'hui que les Tai tares doivent rarcager TRuropc. Leiirs détachements s'introiluisdht comme ailiés, pour voua fami* liariser à léuf approche, et demain laTartaric, levée en ma^e, avancera il la luélir de vt)s capitales emt>rasées. L'incendie de Paris séint pelit-^tre, comme celui de Persépolis, nn Jeu d'ivrognerie pour le vainqueur et w maitresie, pour uo Alexandre et une Itiâft^
BUKSUS GONTINBNTAL. t34
iei AUemaiids. Si l'on ajoute les méeintelligeiices qui nat* traient au sajet do plan d'opérations, Ton conviendra que la Rmaie aurait toules les chances contre l'Allemagoe a moitié battue par ses discordes intestines.
L'Occident serait donc à peine capable de résister par la coalition. Que deviendrait-il dans une discorde dont il existe tant de germes? En France, la mort du chef qu'assiègent les conspirations peut mettre aux prises des prétendants di^iee de balancer les suffrages , amener des guerres civiles et lu littlUté politique. Au même instant peuvent éclater en Allenfiagne les discordes qui couvent depuis les derniers partages [à).
Quelque autre direction que vous supposiez à la politique européenne, vous reconnaîtrez que tout marche rapidement! une ère d'où résultera la monarchie universelle des RUëses ou des Français. L'affaire serait déjà entamée si le chef de ta iPranoe ne s'était laissé berner par l'esprit mercantile. Il mahque les plus beaux moments , il expose pour du sucre et du café les bras qui devaient l'élever au trône du monde. Eh vain Jean Jâdques Rousseau lui souffle aux oreilles qu'un Corse doit étonner la terre; il s'arrête à chamailler avec des [ ] qu'il devait mépriser. Il fallait leur répondre
en faisant les dispositions pour la conquête du continent, après laquelle on pourrait leur fermer tous les ports d'Eu* rope et d'Asie , et les faire justicier par leurs ouvriers affamés , -^ ou plutôt leur faire grâce et condamner seulement les chefs de la compagnie des Indes à être promenés dahs l'Europe avec une chemise de papier de sucre et une couronne de pavots, en expiation des semailles de pavots qu'ils ordonnèrent dans le Bengale pour faire manquer le riz, nourriture du peuple indieti, dont plusieurs millions fllbd'* rurcnt de faim à la suite de ce mercantile exploit.
La France éât battue si elle diffère à forcer le triumvirat : elle potlt perdre son chif , qu'assiègent les conspirations, s'èflérAittersous une mlihinistration moins belliqueuse; alors les Russes lui feraient la loi dans le partage de rAUemagne,
(<t) Les partages contenus aux traflés de Lunévilte dn 9 (évrl^ 1101 et aux rëcêB de la diète gétmsMqUe des )3 notetnbfe têOI él 16 ftvrkr ilM»
232 PABTAGIi DE LA PRUSSE.
qui ne peut tarder long-temps. Après le partage, si elle tardait quelques instants à attaquer la Russie» elle deviendrait bientôt incapable de résistance ; car, en la supposant grossie de quelques élcctorats , liaiKéo aux régions de TElbe et de rinn, elle serait un hennaphrodilo composé par égale portion de deux caractères opposés. Les Français d'une part, [es Allemands, Suisses, Belges, Hollandais d'autre part, formeraient deux partis en balance, et pourraient bien finir comme les soldats de Gadmus par s'égorger entre eux , si Von tardait à les occuper au dehors. La moindre anarcb-e , le moindre relâchement dans l'administration , appelerait les Russes cl les hordes d'Asie, qui, grossies des Polonais, Hongrois, et d'une portion de l'Allemagac, entreraient presque sans obstacles.
Déjà elles ont reconnu le terrain. Le tartarc Suvarow a moins fait une attaque contre la France qu'une levée de boucliers contre la Civilisation : c'en est assez. Ils sont tombés des antres de la Scythie dans les bosquets de l'Italie. Leurs récits exagérés retentissent chez des peuples pauvres et avides : il pleuvra des armées quand il faudra marcher contre l'Europe. Vous en détruirez quelques-unes pour en faire renaître davaniage, et votre victoire même ruinerait le système actuel, et aurait toujours pour résultat l'asservissement de TEurope.
En effet, je veux, contn^ les apparences, supposer une première victoire de l'Europe sur les Tai tares. Cette victoire a toujours pour résultat inévitiiblc l'asservissement de l'Europe; car TAutriclie, en poursuivant les Russes , s'empare de la Pologne et se brouille avec la Prusse, en voulant prendie la part du lion. Toutes deux sont forcées de permettre en compensation renvahissement de quelques électorat^ par la France, à qui il faudrait une portion d'autant plus forte, que sou armée, ayant peu fuurui dans la coalition, serait plus en état de prétendre au partage; la limite du Rhin se reculerait sur le Leck et le Veser, et les habitants d'Augsbourg deviendraient d'aussi bons Français que leurs frères de St. et de C. Voilà donc la Prusse fortement resserrée entre l'Autriche et la France, pour être partagée le lendemain. Mais attendrait-on c« lendemain? Non, car Tinvasion dos Tartares qu'on ne peut pas poursuivre, en ferait craindre une seconde ; elle ferait sentir la nécessité de centraliser les
LA HAHirXRlE CONTRK L\ t IVILIS \TIO\. 21^
forces et les moyens de résistance, en absorbant les petits états. La Prusse serait victime de ce calcul ; son année, af- M>Iie dans la guerre de^Tartares, ne pourrait tenir un instant contre celles de rÂutriche et de la France. De là le jmrtage de TOccident entre ces deux dernières et le Trium- TÎrât, où la Russie prendrait place; car les Russes peuvent bien être vaincus, mais non pas poursuivis dans leurs déserts , ni accablés par des confédénés qui se désuniront aux premières conquêtes.
Quel appât à la Russie do faire lever les Tartares et de marcher sur TEurope. Victorieuse , elle s'élève à l'empire du monde; vaincue, elle force le triumvirat, qui lui laisse encore toutes les chances de la victoire dans un second assaut. Voyez, Européens, quels nouveaux orages menacent la Civilisation , si elle se prolonge. Toutes vos balivernes diplomatiques et mercantiles vont finir; il ne restera qu'une cause à débattre; la Civilisation va se choquer contre des barbares disciplinés qui n'ont pu voir avec indifférence cette Europe où vous les avez gauchement attirés par le partage de la Pologne. Aujourd'hui leurs détachements s'introduisent comme alliés pour vous familiariser à leurs approches, et demain la Tartario, Ibvée en masse, avancera peut-être à la lueur de vos capitales embrasées.
Élevez là-dessus cent objections et moi autant de répliques, il restera constant que depuis que la mode est d'escamoter les petites puissances et partager les médiocres, tout se prépare à un dénouement qui sera l'Unité, et qu'en supposant dans la politique telles fluctuations qu'il vous plaira, vous trouverez toujours plus de chances pour la Russie (1) que pour tout autre puissance, et vous ne verrez guère que la France qui soit en mesure de rivaliser. Après cela , quelle
(f) Elle a même depuis quelque temps des chances de séduction en M fiiTeur. D'abord les qualités de son empereur actuel , ensuite les morars de quelques grands , qut , dans leurs voyages , et notamment à Paris t se sont distingués par l'urbanité , le «oùt des arts , etc. ; à tel point que des provinces très-ci vilisées ne craindraient pas de les avoir pour gouverneurs. 11 est vrai que ces grands de la cour, ainsi que Téclat de Pét<:r9bourg . ne sont qu'un vernis jeté sur la nation qui se compose en grande majorité de personnages à la Suvarov; mais les occidentaux jugeront la Russie par
i94 LA RUSSIE ATTEND.
duperie pour la France de t'eDcanailler dans le trif cttitiU el de ne pas faire à TavaDoe ses disposiUonfl
€*est à présent, Edropéensi qu'on peut vous dire or deviendra la proie de ceux qui ont du fer. La Ruf des philosophes k courte vue vous peignent comme pourri avant d'être mûr, est au contraire un corps v sèment constitué pour la guerre extérieure; elle n*a la Civilisation que les deux choses qui pouvaient r ses armées, la tactique moderne et le fanatisme chr^ sauvegarde est dans les vices et Tabrutissement de i pie. Ces vices la garantissent de vos usages , dont Vi romprait Tunilé de ce vaste empire. L'unité a vaincu les confédérations. C'est par son unité que h vous envahira dès qu'elle aura un souverain assez | pour vous affaiblir par vous-mêmes et vous écrase tail. Vos soldats se détruiront entre eux ; ils ma sous plusieurs bannières contre l'ennemi commun , aqu*uae. La Russie se grossit par notre inaction et cordes ; elle marche à pas de tortue, et bientôt à géant, quand des bouleversements prochains et in^ ([si la Civilisation se prolonge)) lui auront ouvert la
J*ai supposé à cette Russie de la modération dans Ii re; mais combien de circonstances pourront l'anime rOccident, faire jurersa ruine, faire livrer vos monum hache du tartare. L'incendie de Paris sera peut-être, celui de Perscpolis, un jeu d'ivrognerie pour le vaini
i^Mi
ses toyageurs, comme il est arrivé aux Anglais ; «t déjà d la belle Bociélé se pasi^lonnail l'hiver dernier (a) pour II eonuDc ouparavant pour ies Anglais. Ceux-ci , selon des dé Paris , n'ont pas gagné à la comparaison ; ils ont seoi d*un commerce difTicile et inférieurs aux Hus&es duns i sens. Les Russes gagneront encore dans l'opinion par ra< des seigneurs polonais, qui sont ((gracieux, alertes ei i eomma des Français. ((Anssi sont-ils en froideur avec mands , bonnes gens si vous voules , mais qui llgurent [ ] européennes, comme une femme estimable <
[tlllsiblej.))
(s) Quel est cet hiv$r dernier? C'est eelui de 1 SOS à 1803 , la palK u'AmIens signée le SS mars 4802, et où un grand d'Anglais vinreat visiter le eontinent. La paix fut rompue en
^ riiiAuri oivuuMÉB. Ml
Mi eottrtitansi Antl^urd'htii ^ plus que jamais, yous poiÉVez radùëter que le voyageur ne dise , sur les bords de la Seiaa 9iéà Tibre : ki étail le Louvre, ici était le Vatican, id était la CirUisaUon !
Il femble que la nature {néttriê des quatre MouveiitéHêif
fpHogne}.!... dans le néant vos empires ebanœlants.
Les systèmes sur lesquels la Civilisation s'appuie dans sa marche , sont autant de ronces teintes du sang des peuples qui les ont saisies. Elle flotte sans cesse entre deux écueils: périr par les barbares ou les guerres civiles.
ii elle s*est soutenue depuis un siècle, elle en est redevable à un esprit de vénalité et de commerce introduit pal^ TAngleterre , qui , en distribuant des subsides ou auméneé, détourne les souverains de toute vue audacieuse, les habitue à des plans étroits et sordides. La Russie a commis la faute d*imiter leur petitesse, mais cet empire gigantesque ne s'arrêtera pas longtemps à une politique de pygmées. La ftussié sentira qu'il vaut mieux conquérir Tor que de le mendier. En pillant, appauvrissant rfiurope, elle ruine et maîtrise l'Angleterre. Son irruption, que vous semblez braver, tirerait ses succès de votre orgueil et de votre sécurité. La coUr dé franco doit sa chute à un excès de dédain pour une poigùél d'avocats qui Tattaquèrent et la renversèrent au moment où elle se croyait éternelle. Ainsi , TEurope se perdrait par sa fierté et sa désunion devant ^ennemi extérieur.
Le flort de cette criminelle société {Théorie du quatre Meu"
vememt, épilogue)..»., visiblement aiïeeté dans son mécanisme so* claL
En supposant que les deux sociétés paralysées soient la sauvage et la barbare, qu'on ne voit faire aucun effort pour s'améliorer, c'est sur la Civilisation réputée meilleure qiia retombent la tâche de faire le bonheur des deux autres ao>> ciétés en les identiûant à elle, et le reproche de ne pouvoit* ou ne savoir pas opérer cette accession. C'est donc à Tordre civilisé qu'il faut attribuer Timpuissance politique. La société sauvage est purement paralytique , et la Barbarie participe des deux vices , de la paralysie , en ne faisant aucun effort pour s'améliorer, et de l'impuissance, en ne pouvant délivrer son peuple du malheur, quoiqu'elle fasse usage des deux ati^ tidolee ooimmii l'iaduatrie et la législation.
236 LOIS BARBAEBS ET CITILISÊES.
Quant à la CÎTilisation, loin d'être paralysée, elle est dans ime continuelle agitation pour se délivrer de son mal-étre; mais elle est afïligée d'une impuissance complète , maladie bien constatée par les violents etforts qu'elle fait sans cesse pour opérer tant de réformes qu'elle médite et essaie sans aucun succès, et pour amener les sauvages et barbares à ses usages que ceux-ci refusent obstinément d'adopter.
La Civilisation croit travailler au bien du genre humain , en perfectionnant l'industrie et la législation. Si ces moyens pouvaient contribuer au bonheur des peuples , la félicité devrait appartenir d'abord à l'état barbare, qui les a créées et poussées toutes deux très avant dans la Chine et Tlnde. Mais nous avons vu que l'industrie et la législation ont opéré dans un sens contraire au bonheur et à Téquité, témoin Vodieux contraste entre la misère des industrieux et le faste des oisifs, entre la servitude des administrés et la licence des administrateurs.
Si Dieu avait jugé utile au bonheur des humains ces cultures et ces lois dont vous êtes orgueilloiix , il aurait certes pris ses mesures pour les introduire chez tous les peuples. Il a au contraire placé , dans le cœur du sauvage , une aversion insurmontable pour nos cultures et nos sociétés, et pour l'obéissance qu'exigent les lois. Il a donné aux civilisés et aux barbares un penchant si violent à former la horde qu'ils sont à peine contenus par les supplices, et, si la terreur qu'inspirent les échafauds cessait un instant, les salaries et les esclaves , qui sont les pivots de l'industrie , se soulèveraient de toutes parts, et renverseraient aussitôt la Barbarie et la Civilisation.
Voyez-vous les sauvages enclins ainsi à briser leurs liens sociaux ? Non, parce que chacun d'eux en recueille équitablement le fruit selon son aptitude à la chasse ou à la pèche. Leur industrie est une carrière ouverte à tous , et chez vous la terre ne suflit point à ceux qui veulent la cultiver; on les voit s'expatrier des régions les plus vantées , telles que la Suisse, pour aller chercher au loin ces champs dont vous prêchez l'amour, sans pouvoir en donner au cultivateur qui en est dépourvu. Chez vous, la terre ne produit pas pour le bras qui la féconde; l'industrieux sème et Toisif recueille. C'est en vain que vos théories veulent nous montrer la justice distributive dans cet ordre vexatoire : rexpérience vous
LE FATgAVr FKANÇAIS. 237
cooiMid. Le salarié qai est le nerf de vos sociétés j en est toujours la victime; ses enfants sont tourmentés par la faim , la verraine el la nudité ; Técu qu'il a péniblement amassé deviendra la proie du Ose , et les contributions arrachées à un pauvre canton serviront à parer de diamants la courtisane d'un traitant. [Note C.)
[ffoie C — Sur le bien-éire prétendu du paysan français.)
Ne faites pas valoir contre mon opinion le bien-être momentané des paysans français. Ils n*auront pas à chaque génération des biens nationaux à vil prix , des communaux à partager et défricher, des suppressions de dîmes et droits féodaux qui doublent subitement leurs revenus, des nullités d'impôts par l'avilissement du papier-monnaie, des famines pour élever au double le prix numéraire des denrées , enfin des guerres d'extermination qui éclaircisseiil tout à coup une population trop nombreuse, enrichissent ceux qui restent par la mort de leurs rivaux superflus, — Oui , superflus , quant à la somme des cultures antérieures à la guerre, puisque, malgré la mort d'un million déjeunes gens, aucune terre en France n'a manqué de bras, au contraire les défrichements ont augmenté.
Toutefois je n'accepte pas Topinion commune sur le bienêtre instantané des campagnes. J'ai reconnu l'exagération par des examens réitérés. J'ai vu dans les plus fertiles cantons de France quelques enrichis, mais toujours une masse infinie de misérables qui marchent nu-pieds pour ménager leurs sabots en les portant à la main , et qui vendent leur blé pour avoir du pain ; car ils ne conçoivent pas que le pain des paysans puisse être d'autre grain que de seigle , d'orge ou de sarrazin. Voilà jce que j'ai vu dans de superbes vallées qu'on prendrait pour les jardins d'Àrmide. Qu'auraisje vu dans les Hautes-Alpes, le Limousin, etc.?
Au surplus, cette fortune accidentelle des paysans, fùt-elle bien réelle, ne serait encore qu'un nouvel affront pour la politique, puisque les économistes ont déjà reconnu et fait sentir la nécessité de ramener à Tanclen dénuement ces campagnes où les richesses sont stagnantes et presque perdues pour la circulation. Dans cet aveu , sans doute , les écono-
98t LA «AOMiB MéOAVIVB.
iiiiilM préparent des plane exacteure qui ne peuvent man. qyer d^étre accueillies par le gouvernement. Telle est la Civilisation, occupée sans cesse à démolir aujourd'hui ce quelle édifiait la veille, versant des torrents de sang pour 0|pérer quelque bien , et forcée le lendemain à rétablir syaté* matiquemeot le mal qui est son essence )
Aussi Dieu n'a-t-!lpa3 permis {Th. des quatre Mouvements,
épUogue)^... atploitatien régulière du globe.
Mais c'est en vain que vous vous efforceriez d'étendre et généraliser Tindustrie actuelle (Tinduslrie incohérente). Dieu, pour bien des raisons que je ne puis expliquer ici, n'aurait jamais permis qu'elle occupât plus d*un tiers du globe. Si elle fait des progrès sur un point, la nature lui prépare des ennemis sur un autre, et déjà un orage se forme dans le Nord [à Tinterligne : | bien quo la Russie paraisse anéantie (a) — et gronde sur l'Europo. Les Scythes ont renversé Athènes, croyez-vous qu'ils n'atteindraient pas Paris? Tant qu'aurait duré Tétat subversif, la nature aurait dû vous restremdre à une portion du globe , soit par vos discordes intestines, soit par l'irruption des barbares.
Si llnduitrie 4 fait quelquM progrès {Th, des quatre âfeu-
vfmfuts, épilogue) et des brigançiages auiquels ils aspirent im-
jQ^rd'h^l.
C'est asseï indiquer Tinsuffisanco de la politique civilisée, reeherchon8*en les causes.
En politique, de mémo que dans toutes les sciences inoer* taines, les erreurs ont une source commune : c'est toujours la iogeese négative^ ou approbation du moindre mal en l'absence du bien (j'en ai donné la définition ((à l'aiticie mAtaphtbiqub)) dans la première partie , en réfutant le dogme qui considère les passions comme ennemies de l'homme).
((Noua l'examinerons dans deux coutumes relatives à la politique et à la morale, dans les coutumes du commerce et
(a) Cet Interligne a sans doute été ajouté après la çj^upagne d'Aosterlltx, 1806, ou Eylau, 1807.
fgf, (pis noqs aoTiasgeoDs comiqe eflUs de ng«|i« |, comme flcof réels qui n'ont en leur tayeuf au joindre ma) coann.
Qp pas entaraer de dfscivslons r^oliËrea, je me tfqf- Idin entrevoir que ces deux cputumea, quQJqae ééutstreuses que les maximations et sérails, ne mit rwla les meilleures possibles, mais qu'elles sermt inement à d'autres procédés préférables, et doqt làiOD amènerait la fin de l'état civilisé. MWrait «UI ^V et (3* périodes sociales par la c<w Q Rltriage et du coipmerce, et par la substitution ^4 Opidés plus naturels pour l'union libre des seiea ti t Téridique des produits.
ami les nombreux ridicules de la Civilisation, w dfl préférence les deun branches du commerce et au , c est parce que kur examen me dispense de tout questions administratives dont il ne convient pss epcuper, quoiquMIes se prêtent mieux à la démons-
rtfOrrops les questions de mariage pour la troiuime B c« discours qui a rapport à la Morale.)) pourrions démontrer que cette fausse sagesse dolOSlOates les branches de la Politiqui', mais il en est ^ sur lesquelles il n'est pas permis de s'expliquer Bpit. Arrètons-Dous donc à quelque usa;;? du ni l'eiasee laisser un libre cours à la vérité. Ctioisissons le ■ce, qui, par l'elTet du caprice de la rnoilo, a obtenu on demi-siècle une influence majeure dans ta polîlilys allons l'analyser brièvement commu efTut rie sa* ^tive, vice réel , qui n'a en sa faveur que d'être le < mal connu.
léories commerciales n'étant qu'une branche de li administrative des modernes, elles participent aux néraux do cette science, la plus perflde qui al jqmais
utee les illusions qui , é défaut de connaissances cer*
%Ut L'ÉCONOaiE PQUTIQUB
taioes, ont serri de hocheU j [a ruiï'uii , aucune ne so pré< seota BOUS des dehors aussi SL'duiânnU que cette modeme chimère qu'on nomma Économie politique, mercantile et fimamièri. C'est le Bélial des eireurs. Tous ses dogmes respirent une inquiétude simulée pour [ | , et l'on no pouvait mieux farder de uigesse l'art de dépouiller les peuples.
D'abord elle a prudemment reconnu qu'il n'était pas nécessaire de mépriser l'or et l'argent , ces vili métaux que la Morale nous exhortait à jeter daus le sein des mers avides. Sur cette opinion, ainsi que surtout ce qui tient à la fortune, l'ËcoDomio politique a pria le sage parti de ne pas heurter le boa sens. En se donnant un vernis de bon sens, ellcag^aéles esprits , puis elle a séduit les cœurs en s'annonçant comme dispensatrice des richesses. Elle a assez bien rempli sa promesse b l'égard des souverains, en leur donnant mille moyens démultiplier les impôts et les emprunts, sans donner aux peuples aucune garantie contre la banqueroute et la prodigalité des souverains , contre l'inlidéltté et les concussions de leurs agents. Elle n'a point réfléchi qu'on donne aux gouvernants des armes contre le peuple, en leur indiquant le syslëmo d'impôts le moins onéreux ; car le peuple se trouvant moins épuisé par une perception mieux entendue, le souverain en proQte pour établir do nouveaux impûts et charger davantage la béte en disposant mieux le fardeau.
Je m'appuie toujours de l'expérience , vn attendant la démonstration. A't-on vu plus d'impôts que lians le pays qui a créé et perfectionné l'Économie politique, que dans l'Angleterre? Il est donc certain que cette science est la mère de tous les abus qu'entraîne un împût excessif, cl notamment des grandes armées. Eh ! quefail-elle pour les peuples en compensation de ces désastres? Dans l'Angleterre, qui est le centre du monopole commercial, lu peuple est sans cesse en révolte pour les subsistances ou pour obtenir lo travail dont il est fréquemment privé; la mendicité et le brigandage y sont si communs, que Londres seul cunlonait aux derniers recensements) 06,000 mendiants, Qluux, receleurs, prostituées et gens sans aveu. Voilà les prodiges do celte science Gnanciére et mercantile. Quant aux moyens d'extorsion qu'elle fournit aux souverains pour pressurer le peuple, chaque état pouvant en faire usage, ces inventions sont com-