‹ Publication des manuscrits de Charles FourierChapitre 6 sur 136 · ASSOCIATION · texte numérisé non relu

ASSOCIATION

des limites assignées aux amours ((civilisés, chrétiens)) légitimes.

J*ai donc pensé que le monde social devait spéculer d'abord sur la petite association pour double raison : la convenance avec les coutumes et préjugés , et Textréme facilité de fondation.

A la vérité, elle n'est pas applicable aux gens riches, comme la moyenne et la grande ; mais quand la petite sera fondée et que les riches y verront la classe pauvre jouir du vrai bonheur ou équilibre passionnel , ils voudront, à quelque prix que ce soit . s'initier à pareil bonheur, et à cet effet amener la philosophie à capituler sur certains points de dogme amoureux dont la stricte observance empêcherait la fondation des moyenne et haute association , et limiterait le bonheur aux pauvres. A coup sûr les riches ne seront pas tentés de souscrire à cette privation pour l'honneur d'un dogme philosophique, et la grande association suivra de près répreuve de la petite , qui suffira pleinement aux démonstrations des lois de l'équilibre passionnel.

((Par une fatalité assez ordinaire dans la marche des sciences, il est arrivé en calcul d'association que la branche la plus facile et la plus urgente à connaître n'a été découverte que la dernière. J'ai connu la théorie de la grande asdation dès l'an 4800 , et je n'ai connu exactement la petite qu'en 4849.))

Jusqu^en 4846, époque où je me retirai pour me livrer à ce travail , j'étais si satisfait de la grande association , de la Composée, que je ne songeais pas à chercher moins. On a coutume, en sciences, de chercher le mieux possible; de là vient que j'ai souvent spéculé sur des associations domestiques de deux mille personnes; les trouvant impraticables, j'en restais à celles de douze à quinze cents, qui n*a rien de gigantesque. Toutes les tentatives sur nombres inférieurs , comme 800, — 600 , — iOO m'avaient paru pleines de lacunes et non susceptibles de la règle d'équilibre passionnel, en raison directe des masses et inverse du carré des distances, règle sans l'observance de laquelle il n'y aurait pas d'unité dans les lois d'équilibre de l'univers matériel et passionnel.

Je négligeais donc toute recherche sur les associations d'ordre inférieur, et n'en parlai qu'avec dédain dans mon prospectus de 4808 , comme d'entreprises bâtardes et indi*

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gnes d'attention. Lorsque je mis la main à l'ouvrage, j'avais renvoyé cet examen au traité des approiimations d'harmonie, qui devait composer les parties 13—44 — 15 du grand traité ((les deux années 4817 et 4818 furent employées aux 42 4^ touches)); enfin ^ ce fut en 4849 que j'en vins à cette étude des approximations, où j'obtins un succès inattendu. Je trouvai le moyen d'adapter en système régulier las lois d'équilibre passionnel à une société de cinq cents pauvres gens et même deux cent cinquante , sauf les lacunes forcées, comme celle du clavier général des 84 0 caractères, opération qu'on ne peut pas tenter sur ciiiq cents personnes.

((J'étais déjà fort satisfait d'être parvenu à la théorie d'as sociation moyenne, bien plus commode pour voie d'épreuve dans le cas d'une pénurie de capitaux qu'il faut prévoir ; ma surprise augmenta fort quand je trouvai le moyen d'opérer régulièrement sur une trentaine de pauvres familles, et d'obtenir de cette facile réunion une démonstration sufl^nte du système entier d'équilibre passionnel.)) ' Ce succès m'a déterminé à extraire de mon plan quelques portions qui suffisent au traité de la petite association , et qui sont à peu près un quart de l'ouvrage. Ce n'est donc pas le traité complet de l'Attraction que je publie , mais seulement une portion ; il est bon d'en avertir ceux qui attendent ce traité joint à celui de l'Unité universelle.

En attendant l'achèvement de cet ouvrage , il m'a paru à propos de détacher ce qui est d'urgente néce^té. Il est cent fois plus aisé de fonder la petite association que la grande, et notre siècle est si timide , si tâtonneur, que ceux mômes qui auraient les moyens de fonder la grande , inclineraient pour la plupart à faire une épreuve sur la petite. C'est pour cela qu'il est prudent de la publier séparément et sans délai.

((Les bénéfices de l'association sont si évidents, si colossaux, que jamais personne n'a songé à les révoquer en doute ; il est même à remarquer que , dans cette recherche , on n'a été effrayé et rebuté que par l'excès dos bénéfices. En voici un exemple récent et bon à citer pour faire sentir aux modernes leur étourderie vraiment impardonnable sur la seule science d'où dépendait leur bonheur.))

En 4804 ou 4803, un chimiste de Paris, M. Cadet de Vaux,

8 BÈNÉPICBS DE L'ASSOCIATION.

inséra dans les journaux un article où il s^émerveillait st^^ les magnifiques résultats que donnerait l*association (Ï\m /? village de deux cents feux, un millier d'habilants. Il cntray/' dans les détails de Téconomie et du bénélice que chacun peut estimer. Par exemple, sur le combustible, objet si prédeux aujourd*hui et si prodigué « les deux cents feux des cuisines incohérentes se réduiraient, dans la même cuisine, à an grand feu qui , pour les diverses préparations, no consumerait que le vingtième de la masse de bois qu'absorbent deux cents foyers. La déperdition est bien pire en hiver, où les paysans, par défaut d'huile et de lampes, s'éclairent à force de fagots , qu'ils considèrent comm^ peu de chose , parce qu'ils ont le droit de ravager les forêts communales. Si les habitants étaient réunis en six ou dix salles graduées, selon les fortunes et les âges, on pourrait, au moyen d'une dixaine de poêles très-peu coûteux , épargner encore les 9/1 0 de bois qu'absorbe pendant l'hiver le chauffage de deux cents familles incohérentes.

L'analyse de cette économie sociétaire pourrait remplir un volume, si on en faisait l'application à tous les menus détails de ménage et de culture. Mais on ne s^aperçoit prs en Civilisation de ces déperditions causées par l'incohérence domestique, et dont il résulte que souvent cent hommes travaillant à force de bras font moins que rien , témoin les travaux do clôture. Si les deux cents familles étaient associées et qu'un ordre quelconque rendît tout larcin inutile, et par suite impossible, toutes les barricades, haies, murs de clôture, deviendraient superflus. Ces travaux , comparativement à l'ordre sociétaire qui les supprime, sont sont donc moins que rien, et travaux de ruine habituelle, car outre les frais de construction, ils exigent des frais d'entretien et de surveillance.

La note de M. Cadet do Vaux (que je n'ai pas lue , j * no la connus que par l'analyse donnée en 1804 dans un journal [te Décade philosophique]) déplorait cette incohérence dans les travaux des familles civilisées. L'écrivain se bornait làdessus à do stériles doléances , et paraissait conclure que l'Associat'on serait une trop belle et trop utile amélioration, donc elle était impossible. Telle est l'opinion des modornos dès qu'il s'agit de spéculation précieuse utile, au genre humain. Avec le mot impossible on se dispense de toute

LA SECTE DES IVrOSSIBLES- 9

recherche, et s'il s*agissnit de quelque baliverne scientiBque, de qui^Ique subtilité métaphysique sur les aperceptions dfi sensations ou sur In cognition de la volition, tout le monde savant serait en émoi ; chacun répandrait à l'envi ses torrents de lumières philosophiques sur des futilités dont Tordre social ne peut tirer aucun avantage.

Si j*avais suivi cette marciie ; si , au lieu d'employer vingtctrun ans au calcul do l'association , j'avais dit comme le chimiste de Paris : « Ce serait trop beau , donc cela est impossible f » la théorie d'association serait encore à découvrir. La secte des impossibles a fait bien du tort au genre humain , et je ne crois pas qu'il en eiiste de plus malfaisante !

Plus nno opération dont ignore les moyens nous est démontrée utile, plus on doit penser que Dieu, convaincu de celte utilité, aura avisé aux moyens d'efTectuer cette opération. Cette persuasion doit servir d'encouragement à nos recherches ; mais pour penser ainsi , il faudrait un siècle religieux, pourvu d'espérance en Dieu , et de foi en l'universalité de sa Providence. Je sais que ces idées sont ridicules dans notre siècle de perfectibilité philosophique, mais quelle sera sa confiance quand il verra que l'association, à cause de la beauté de ses résultats , est précisément la doctrine sociale de l'homme et le but pour lequel Dieu a disposé et distribué les règnes soumis à l'empire de l'homme et les passions jusqu'à présent si rebelles à toutes les théories d'incohérence domestique industrielle.

(1820. — 59« cahier, cott 9.)

Avançons peu à peu vers le but qui est de démontrer l'utilité de toutes les passions, la suprême sagesse de leur Créa* teur et l'appui qu'elles se prêtent mutuellement quand on sait les développer dans l'ordre voulu par Dieu , c'est-à-dire en séries de groupes contraslês.

Pour cacher son ignorance, la philosophie nous a abusés de tout temps sur la destinée sociale de ces passions tant dé^ criées, et qui seront les meilleures amies, les guides infaillit>les de l'homme quand il voudra se rallier à l'ordre général

40 LM IBAUX-BSPRITi.

de la nature que nous voyons distribuée par séries de groupes dans tous ses détails.

Que sert de prêcher TUnité dans cent mille ouvrages philosophiques, si on ne veut pas, sur Tobjet le plus important, sur le développement des passions, se rallier à TUnité, à Tordre sériaire? Pourquoi tarderait-on à ressayer, puisque l'ordre incohérent ou familial suivi jusqu'à présent n*a produit que Topposé des effets généralement d^irés ?

S'il faut mettre en jeu quelque levier pour soutenir l'attention, rappelons sans cesse ToLjet de la convoitise universelle, le trentuplement de richesses et de plaisirs que va donner la nouvelle science à tout le genre humain ; rappelons les travaux effrayants que chacun entreprend pour arriver lentement à une fortune bien incertaine , tandis que le pre- .mier essai de T Attraction va élever l'humanité entière a une opulence graduée , et d'autant plus précieuse , qu'elle sera exempte d'inquiétudes , garantie contre les revers et les révolutions, acquise par les voies du plaisir, de l'honneur, de la vérité, et conservée de même.

Je sens de plus en plus combien l'on est fondé k m'adresser un fâcheux reproche, celui de ne pas savoir semer quelques fleurs sur ces nouvelles doctrines, sur cet amas de matériaux dont on ne verra l'édifice que dans les touches pivotales majeure, mineure et mixte. Jusque-là, je répliquerai toujours aux amateurs de belles phrases : Quel bénéfice le genre humain a-tril recueilli du talent de tant de beaux-esprits, qui , avec leurs trophées de rhétorique et de prétendue méthode , nous ont engouffrés dans le labyrinthe civilisé, sans qu'on ait entrevu aucune issue de cet océan de misère, qui a pourtant 42 issues, indépendamment de la pivotale ou synthèse d'Attraction. Or, je l'ai déj^ dit, quand on voit ces beaux-esprits ne pas savoir découvrir en trois mille ans une des 12 issues du dédale, n'est-ce pas le cas de s'écrier avec Beaumarchais: Que les gens d'esprit sont bètes? et que les gens de bon sens deviendraient bétes à leur tour s'ils hésitaient à reconnaître que la rhétorique n'est pas l'objet urgent, qu'il faut des découvertes et non du bel -esprit?

Voilà de ces vérités qu'il faut répéter à satiété, et qu'il faudra redire encore, car elles sont promptement étouifées par la mauvaise habitude qu'a contractée notre siècle, de vouloir qu'on écrive pour l'amuser et non pour servir ses

L'INVAIITBVR. 14

intérêts; la manie de confondre les inventeurs avec les rhéteurs, de ne pas considérer que les uns ayant pour objet l'agréable et les autres l'utile , ceux-ci , lors même qu'il» ignorent les finesses de Tart oratoire , lors même qu ils s'exprimeraient en patois , sont louables pourvu qu'ils remplissent leur tâche , qui est d'arriver aux découvertes. Or, quelle était la voie pour y atteindre en théorie sociale? C*étaii de ne pas se traîner sur les pas des Platon, des Montesquieu, des Rousseau, des Robespierre et autres immortels en verbiages, qui , avec leur bel«esprit sur les lois et le contrat social , ne savent qu'enraciner les fléaux civilisés. Il fallait que le génie sortit de cette antique prison et s'élançât dans une nouvelle carrière, qu'il cherchât ce secret du bonheur existant avant le déluge , et dont toutes les traditions constatent l'oubli et provoquent l'investigation, repoussée obtinément par nos savants; et dans cette recherche, ce n'étaient pas des soldats de parade oratoire, mais des soldats de génie qu'il fallait au genre humain pour forcer la nature dans ses retranchements et ravir le secret des destinées, dont Newton, après un premier succès, ne sut pas ou n'osa pas poursuivre la conquête. Malheureusement, l'esprit civilisé a tous les vices des courtisans contre qui il déclame. On ne veut que de l'encens , que de belles promesses de perfectibilité , démenties par Texpérience, que des flatteries pour les 400,000 tomes philosophiques.

Si j'avais un de ces esprits flexibles, adroit à saisir le ton et les travers du siècle , je n'aurais pas pénétré le mystère sur lequel ont échoué tous les siècles savants. J'aurais cédé aux préjugés d'impénétrabilité, de voiles d'airain et autres illusions si commodes pour les orateurs sans génie. Je me serais laissé déconcerter par la raillerie et la détraction. J'aurais dès le début abandonné un calcul dont la poursuite exigeait un esprit ((rétif aux sophistes, obstiné dans)} indépendant , rebelle aux impulsions des zoïles, et par suite dépourvu de souplesse dans l'exposé d'une doctrine où il faut lutter à chaque pas contre les préjugés.

Si mon style était doué de ces vains ornements qu'on trouve à foison dans les 400,000 tomes d'inutile philosophie, ce prétendu avantage serait pour le siècle un fâcheux contre temps. Je me serais probablement égaré, comme tant d'autres qui ont échoué sous cette bannière, en m'évertuant à acqué-

42 CHAIIIIË DE LA SCIENCE D'ATTHACTION.

rir ces colifichets de style et de méthode , en lisant les modèles ou prétendus modèles de sagesse et d'éloquence politique. Je me serais façonné à m'occuper des idées d'autrui. La science m'aurait dirigé à contre-sens de Finslinct. Les discussions scolastiques m'auraient engagé dans quelque lutte de controverse, car j'avais du penchant à m'occuper d'Économie politique et mercantile. Eh ! quel bénéfice y eût trouvé Tâge moderne? Au lieu déposséder la théorie de TAttraction et des I>estinées , il aurait recueilli de mes veilles quelque ruse d'économiste pour pressurer les peuples déjà assez écrasés d'impôts. C'est donc sur mon ignorance même que le siècle doit remercier le sort qui , en m'arrachant aux études pour m'exiler et m'emprisonner dans les comptoirs de banque, me força à cultiver mon propre fonds, à négliger les controverses d'flutrui pour ne m'occuper que de mes idées et mettre en valeur le génie inventif dont la nature m'avait doué : il eût été paralysé si les études sophistiques fassent venues à la traverse.

Et quani à moi , convaincu que le sort m'a bien servi et a de même servi l'humanité en m'éloignant des études, ((je respecte)) [ | et je croirais profaner le trésor

qu'il m'a livré si , pour le produire, je donnais un seul jour }k me parer de ces frivoles attirails de rhétorique et de ((méthode)) logique dont les coryphées n'ont rien su faire pour diriger le génie dans la voie des découvertes. Les défauts mêmes de mon ouvrage prouvent la vanité de leurs sciences, dont la privation est devenue pour moi le gage du succès.

Abstraction faite de la rudesse des formes , examinons les beautés du fonds, le charme inhérent à la science do l'Attraction. Il est dans cette théorie un attrait bien réel et bien constant pour ceux qui s'attachent au solide, c*est-n-dire aux richesses et aux voluptés (( ils y trouvent l'art de découvrir successivement les emplois harmoniques des passions)) : c*cst l'art d'uliliscr chacune des passions qu'on avait vouées au mépris, et do prouver à chacun que ses penchants, réputés vicieux en Civilisation, vont devenir plus miles en Il.jrinonie que les vertus comédiennes qu'on révère aujourd'hui , charme vrai.'îK^nt neuf et di^ne do celui qui se plall û l'étuiie des mystères de la nature. Il ira croissant jusqu'à la fin do l'ouvrage. Plu;? on étudiera le mécanisme de

IL NE PEUT uns CONDILLAC. 43

rAtlraclion, plus on en verra découler ces effets miraculeux et inapplicables à Tordre civilisé.

(1830. — 63, cotes.)

Voici la plus horrible profanation qui jamais ait été commise ; Taudaco des Titans et desProméthée n*est rien auprès du crime dont je me rends coupable. Étranger à ces sublimes sciences de métaphysique et d'idéologie qui ont sondé les mystères de la nature de l'âme , j'ose ravir le secret des Dieux, la théorie distributive des caractères. Un profane, un sergent de boutique enlever cette palme, qui eût si bien décoré un savant ! Idéologues, idéologues , inventez des supplices pour punir un tel forfait , — ou bien , en termes de ccmédie , pendez-vous, idéologues , vous n'avez pas deviné celle-là !

Combien de fois se le diront-ils à eux-mêmes en voyant la découverte qu'ils n'osaient pas convoiter, écheoir à un casse-cou qui , loin d'être initié à la science, ignore jusqu'aux termes de l'art dont il aurait besoin pour produire sa découverte. A parler net, j'aurais besoin, pour exposer le sujet que je vais traiter, de lire un de ces ouvrages d'idéologio qui , sans toucher aux connaissances fixes sur la nature de l'âme, apprennent du moins à classer et énoncer celles qu'on pourra recueillir. On s'apercevra souvent au choix impropre de mes expressions, que j'aurais besoin de connaitro le jargon de la science.

Mais ces ouvrages do métaphysique m'ennuient si fort, qu'ayant un jour commencé la lecture du phénix de la science, du divin Condillac , jo ne pus pas arriver au bout du deuxième chapitre. J'aurai donc sur tout ce qui touche à ce sujet et sur bien d'autres le tort de ne pas m'énoncer régulièrement. Ce sera aux yeux des impartiaux un mérite do plus que d'ovoir rempli la tâche imposée à la scienci% quoi- (fue dépourvu des secours de ses méthodes, dont elle vante rcflicacilô. J'aurai dil tout à moi seul , et l'on pourra m'applicpior, en faîl de i;énic, la grotes(|ue allure d'Othello, qui marche dans ta force et dans sa UberU ! Plaisanterie à part,

ii TMSMFE ORIGINALE.

il faut être de cetto trempe originale pour opérer de grandes choses, et des esprits tâtonnants et compassés n*eafantent jamais rien de neuf.

(Même cahier.)

C'est une fatalité bien déplorable et un grand affront pour Tesprit humain que la tyrannie du Hasard. Cette colossale et méprisable puissance préside presque seule aux découvertes. Non seulement c'est à lui qu'on a dû les plus brillantes, mais souvent il nous les a livrées plusieurs mille ans avant que le génie n'ait su les recueillir. Déjà Pythagore et Hippocrate avaient entrevu par effet de hasard les principales inventions des modernes :

La centraiité du soleil constatée par Copernic, La gravitation matérielle déterminée par Newton , Le système sexuel des véi;étaux reconnu par Linnée, La circulation du sang démontrée par Harvey. Il est avéré que ces notions précieuses avaient été entrevues, les deux premières par Pythagore, les deux dernières par Hippocrate. Ils ne s'y arrêtèrent pas, ils n'en firent la base d'aucune doctrine. C'était donc le hasard qui les guidait et réglait leurs jugements, puisque, mettant la main sur ces précieuses vérités , ils les abandonnaient sans en sentir l'importance, et rentraient de plein gré dans le sentier de l'erreur.

Eh ! n'est-c« pas encore le hasard qui a plus ou moins guidé les quatre inventeurs modernes précités? On sait que Newton, quoique pourvu de tant de moyens fournis par Leibnitz , Kepler et autres devanciers , eut encore besoin de la faveur du hasard : il fallut que la chute d'une pomme vint lui dessiller les yeux et lui livrer le secret de la gravitation universelle.

Insistons sur cette influence et constatons bien l'asservissement du génie avant de lui recommander la méthode qui doit briser ses fers et lui livrer la théorie générale des découvertes.

Commençons par les étourderies qui accusent le genre humain, même les pauvres d'esprit. N'ont-ils pas leur part des

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