PUISSANCE DU HA0A1D
torts au sujet du retard qu*a éprouvé l'invention de Tétrier, do la suspente, de la brouette. Ces inventions toutes récentes étaient à la portée des bons simples et des nations primitives. Il est ridicule et honteux qu*on ne les ait pas faites quatre mille ans plus tôt. Il y a sur ce retard autant de coupables qu*il a existé d*bommes pendant ces quatre mille ans de délai. La docte antiquité n'en n'eutaucune idée , quoiqu'elle essuyât à cheval et en litière d'effrayantes fatigues par défaut de suspente et d'étriere, si faciles à imaginer. On essayerait en vain d'excuser cette longue étourderie qui compromet les sots comme les savants. Elle suffirait seule à prouver que l'esprit humain s'est fourvoyé et qu'il n'a aucune règle fixe dans la recherche des inventions , même de celles à portée du vulgaire , et encoro moins dans celles qui touchent au domaine scientifique , telles que la poudre et l'imprimerie. Ces dernières étaient connues en Chine au temps où l'Europe fourmillait de beaux-esprits dans Athènes et Rome, qui échouèrent sur ces deux points et sur timt d'autres. Voilà où conduit le bel esprit, à manquer pendant des siècles ce que découvrirent les gens de gros bon sens. Athènes et Rome, qui firent tant de belles phrases sur la liberté, n'inventèrent pas le moyen d'affranchir les esclaves ; et de nos jours, où l'affranchissement complet est démontré possible, on ignore encore les procédés d'affranchissement progressif. C^est par suite de cette ignorance que les beaux-esprits de Paris ont ensanglanté l'Amérique depuis trente ans ' par leurs tentatives d'affranchissement subit , qui est contraire aux lois de la nature et de la 12* passion.
Dans ce retard général des découvertes , quelle que soit l'étourderie des peuples, celle des savants l'emporte de beaucoup; car, aux preuves déjà citées sur les | | scientifiques, il faut ajouter des bévues non moins honteuses en affaires domestiques. L*atc6eror0, établissement de si haute utilité, n'était pas connue des anciens , qui péroraient fort éloquemment sur le charme de l'hospitalité.
Pour mieux démontrer la faiblesse du génie civilisé en matière de découvertes, ne suffirait-il pas de citer la persécution de Colomb et le refus d'expédition pour chercher TAmcrique, malgré les indices fournis par le succès de Gama sur le point opposé?
Le reproche d'impéritie pèse sur toutes les «lasses ; —
4G MANQiJi: Di: métiiodc.
chniMino peut prendre ]>art à ra(rront oî so conf«^sser de quelque étourcleric honteuse. Le retard d'invention du verre ot de la lunette accuse tous les astronomes et physiciens ; le relard d'invention de la boussole accuse tous les marins ; celui sur les liqueurs fermentées accuse tous les chimistes; c^lui des propriétés du café et autres végétaux accuse les naturalistes; cehii sur l'éducation lancastrienne ou progressive accuse les instituteurs; celui sur la vaccine accuse les médecins ; celui sur les bateaux à vapeur, la pompe à feu cl le télégraphe, accuse les mécaniciens ; toutes les classes enfin ont commis une foule d'étourderies inexcusables , et qui convainquent le génie d'aberration et do marche incertaine et fortuite. N'a-t-on pas vu les marchands , si experts en ruses d'intérêt, manquer dans toute l'antiquité les procédés économiques et brillants qu'on nomme lettres de change, parties doubles, virements?
Le tort de Tcsprit humain est de s'enorgueillir chaque année sur les découvertes qui surviennent, au lieu de s'humilier sur le défaut de méthode qui les a si long-temps relarciées. Aujourd'hui la science paraît triomphante d'avoir trouvé contre Thydrophobie un remède, héroïque, dit -on : Tiu-ide miiriatique oxygéné, et d'avoir trouvé dans un autre a*'i(!o un moyen d'épurer l'eau de mer, et épargner les cinq sixièmes des cargaisons d'eau , et parer en outre aux risques de mourir de soif au milieu de l'eau ; mais si ces deux succès so sont réalisés, ils doivent nous faire sentir finronvénient do Tabsence de méthode pour guider dans l'exploration générale et arriver régulièrement à toutes les inventions possibles. Au lieu de s'évertuer à la détermination de cette méthode, on s*ébahit sur ce que les découvertes les plus précieuses ont été accordées plus souvent aux jeux du hasard qu'aux spéculations du génie , témoin celle des deux enfants qui , on jouant avec des verres , découvrirent les lunettes. Les Ptx)lémée, les Hipparque n'avaient pas été si heureux.
Autre sujet d'étonnement ! Le hasard entre encore pour moitié dans le succès des hommiîs de génie. On a vu que ce fut à la chute d'une pomme que Newton dut l'idée de la gravitation universelle. Kepler avoue que lorsqu'il trouva la loi de ( ] il s'amusait à chercher vaguement des
rapports entre ] ].