‹ Publication des manuscrits de Charles FourierChapitre 62 sur 136 · LIS ANGES GARDIENS DU COMMERCE · texte numérisé non relu

LIS ANGES GARDIENS DU COMMERCE

supposons quhine voix surnaturelle comme celle du mont Sinaï. ou bien que les angos gardiens qui ont la bonté de suivre chacun do nous, fissent entendre la vérité quand nous De la disons pas , et que chaque banquier, marchand , agioteur, usurier, reçût un démenti de son ange gardien à chaque tromperie, c'est-à-dire à chaque parole, enûn que Fange décelât toutes les ruses du métier dans tous les cas possibles, jusqu'à arrêter la main de celui qui écrirait une fausseté, et que cette surveillance des anges gardiens s'étendit aussi à tous les marchés qui peuvent se conclure entre particuliers.

Alors chacun connaîtrait les qualités, la valeur intrinsèque, le prix coûtant et l'emploi convenable des diverses denrées, car on ne pourrait dire dans les marchés que des vérités, à défaut de quoi TÂnge prendrait la parole pour les dire. Il ne resterait plus aux marchands d'autres avantages qu'un droit de commission qu'on conviendrait de leur accorder, soit le denier 100. ils ne gagneraient plus assez pour s'indemniser de leurs frais et de l'intérêt de leurs capitaux. Ils seraient pour la plupart obligés de quitter leur état, et tout en se lamentant sur ce que les Anges détruisent le commerce par la vérité , ils iraient employer leurs capitaux à des travaux créateurs. Le numéraire abonderait pour toutes les entreprises utiles, défrichements, irrigations, canaux, etc., qui ne s'exécutent pas dans Tordre actuel , parce que les bénéfices commerciaux attirent tout le numéraire disponible.

On atteindrait par cette vérité universelle lis deux buts d'économie et de célérité dans les échanges: \^ économie, car, après la retraite du très- grand nombre de marchands, ceux qui resteraient, ayant la même vente que 30 marchands avaient antérieurement, pourraient, au lieu de 30 loyers très-coûteux, n'avoir qu'un vaste hangard de peu de prix ; au lieu de 30 comptes et lettres avec un fabricant , il n'y en aurait qu'un; au lieu de 30 sentinelles sur les portes pour accrocher les passants, il n'y en aurait qu'un ; au lieu de 30 voyageurs sur les routes pour harceler les chalands du dehors, il n'y en aurait qu'un, etc., etc. Pour augmenter encore l'économie, le public s'accorderait à réduire leur bénéfice connu jusqu'à ce qu'ils fussent tous associés pour n'avoir qu'une seule gestion entre gens du même état. L'association serait facile entre eux, parce qu'ils ne pourraient plus se tromper.

BONNE FOI £T COHMlillCC SONT INCOMPATIBLES. 2d9

On atteÎDdrait par la vérité lé 2' but de rechange, qui est la cilériU: car la yo'w cachée de Tangc étant toujours prête à donner le démenti et personne ne pouvant tromper, chacun vendrait avec sécurité , achèterait ou commettrait de confiance, sans perdre du temps et des frais en voyages, précautions, débats, essais, etc.

Par Teffet de ces économies, le prix des denrées diminuerait considérablement pour le consommateur, sans que le bénéfice du producteur se trouvât diminué quand il n'excéderait pas le denier '10 ou 4 5 que les marchands mémo accordent aujourd'hui au fabricant , lorsqu'ils connaissent le compte de ses avances.

L'échange s'opérerait presque sans capitaux, parce que les fabricants et cultivateurs confieraient aveuglément à de grandes associations de marchands qui ne pourraient jamais tromper et qui auraient un débouché assuré par l'absence de concurrence et par l'obligation qu'on leur imposerait de livrer toute denrée mise en vente à quiconque offrirait le bénéûce convenu généralement.

Alors le commerce se trouverait anéanti par l'effet de la vérité; car en quoi consiste le commerce , sinon dans la licence dont jouit le vendeur de Gxer lui-même son bénéfice et détromper à volonté? C'est donc parler à contresens que de dire que la bonne foi devrait régner dans le commerce, car elle détruirait l'ordre commercial , qui ne repose que sur les abus dont nous venons de parler. Il faut dire plus sensément que la bonne foi devrait régner pour détruire le commerce et lui substituer une méthode d'échange moins perfide, moins vexatoire et moins dispendieuse pour l'état social.

En réfléchissant sur la contrariété des résultats que donneraient ces deux méthodes d'excessive fourberie ou d'excessive vérité , on ne peut plus contester que la fausseté commerciale qui nous semble indifférente cause des entraves et frais incalculables dans les relalions, et qu'elle détourne les capitaux du travail productif pour entretenir une classe parasite, une fourmilière de marchands qui n'ont d'existence que par le mensonge.

Souvent la fausseté des marchands ralentit la circulation des denrées au point de l'arrêter momentanément , comme il arriva, selon Raynal, à Kiat-Ka, lieu de rassemblement des

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