LE PACIFICATEUR
lirait jamais à bout de soumettre seulement le quart du globe. Si la nature veut T uni té, elle ne doit en livrer les moyens de conquôte qu'à une faible partie du globe et lui donner une tactique exclusive pour réduire la majorilé. rTest^e pas un des buts qu'elle s*est proposé en restreignant la Civilisation au petit coin de terre nommé Europe , dont la réunion entraînerait à Tinstant la soumission et Tuniié du du globe entier?
C'est sur la question de l'unité du globe que nos philosophes se montrent des eunuques politiques. Ils se complaisent dans leurs projets d'impossibilité, comme les femmelettes dans leurs frayeurs de revenants qu'elles aiment à entretenir. D'où vient, philosophes, l'effroi que vous inspire ce problème? Vos prétentions de servir le genre humain tout entier vous entraînent à spéculer exclusivement sur l'Unité. Elle peut seule donner au genre humain la paix et la subsistance qu'il réclame. Les épargnes et bénéfices incalculables qui naîtraient de la paix univorsolle suffiraient dix fois pour subvenir aux besoins des indigents, et l'idée de ces biens ne doit elle pas exalter un génie qui veut sincèrement le bonheur universel? Pourquoi se forger là-dessus des difficultés imaginaires, quand il est clair que TUnité ne tient qu'à faire former lo Triumvirat et livrer ensuite quelques batailles entre les Triumvirs? Si on ne guerroyé pas pour le sceptre du globe, on guerroyera pour d'autres sujets, et, combats pour combats , ne vaut-il pas mieux provoquer la guerre du Triumvirat qui sera la dcrniôrc? Si vous repoussez un tel plan, c'est que l'orgueil se sent blessé de n'avoir pas conçu plutôt des plans d'unité et de s'être encroûté dans des niaiseries qu'on nomme balance politique , équilibre de l'Europe; et puis les flatteurs craignent, en parlant d'unité, de^ ravaler la renommée des conquérants qui ont soumis, pour tout potage, la 50° partie du globe. Eh ! qu'est-ce que la grandeur militaire do ces héros quand on considère que les Romains, après 500 ans de victoires, n'avaient réuni que le quart du globe. Ils n'avaient donc atteint que le quart de la grandeur militaire, mais aucun degré de grandeur pacifique, puisque les peuples conquis, excepté l'Italie privilégiée, se soulevaient de toutes paris contre leurs gouvernements exacteurs, ((et la pauvreté, la mendicité régnaient dans leurs états comme dans les nôtres)).