‹ Publication des manuscrits de Charles FourierChapitre 70 sur 136 · CONQUÊTE UNITAIRE · texte numérisé non relu

CONQUÊTE UNITAIRE

classe propriétaire et pacifique de tous les pays, et vous tiendrez le secret de rUnité.

A parler dans votre sens, à ne calculer que sur des méthodes de terreur, pourquoi avez-vous négligé de provoquer par les voies de conquête cette Unité dont vous admirez un méchant essai chez les Romains? essai si vicieux qu'il n'assurait aux peuples réunis que la communauté de persécution sans leur garantir Tabsence des guerres et des concussions, ni aucun des avantages industriels que produirait l'Unité du globe dans l'état actuel de la navigation et des sciences. (Note E.)

{JYoïe E. <— Sur la conquête unitaire du globe.)

Si la paix est un bien, le plus grand bien sera dans la paix la plus illimitée ; ce sera celle qui s'étendrait à tout le globe, et l'on pourrait supprimer dès-lors les armées d'observation et ne conserver que les troupes de police. Le moyen d'établir cette paix universelle, ce serait la conquête du globe entier (nous parlons ici spéculativement , sans examiner comment cette conquête est possible). L'ange de paix dans Tordre actuel serait donc celui dont les armes subjugueraient tout le globe et le réuniraient sous un môme sceptre héréditaire

Supposez un instant que, par des moyens quelconques, on parvint à conquérir ou réunir, non pas le globe, mais seulement l'Europe; l'unité do la seule Europe entraînerait

Tunité du globe entier Sans parler des moyens d'opérer

et de maintenir la conquête du globe, observons que le principe spéculatif d'une paix universelle se réduirait à la réunion de l'Europe sous un seul sceptre. Vous connaissez les difficultés d'une telle entreprise sans en connaître les moyens; mais doutez-vous pour cela des avantages qu'elle produirait en amenant l'unité du globe? et pouvez-vous contester la justesse du principe qui assigne cette réunion pour mesure de la grandeur belliqueuse et pacifique?...

La conquête et réunion du globe civilisé, barbare et sauvage est une entreprise très-exécutable pour un souverain de premier ordre, mais non pas par les moyens connus comme l'attaque brute et directe. Cette conquête lient à des changements que le vainqueur doit opérer sur le sort do

l'ordre social coupable envers l'individu. 281

l'administration et des salariés. Los changements qui limitent la puissance des grands et la pauvreté des peuples sont contraires à Tordre civilisé et barbare, qui doit accorder tout aux grands et rien au peuple. L'opération tient rang dans le mouvement social parmi les périodes sociales, que j'ai nommées bâtardes, mixtes ou croisées. C'est une greffe des 3 périodes existantes sur les 10' et 14 «. Elle donne pour résultat la réunion fédérale, spontanée des 3 sociétés actuelles, sans rien changer aux mœurs d'aucun peuple. Cette manœuvre sociale peut facilement embrasser le globe, car elle est moins compliquée quo la Civilisation, dans laquelle le mécontentement du peuple et la licence des grands embarrassent la manœuvre i tel point, qu'il serait impossiblo de développer Tordre civilisé sur un carré agricole de 1,000 lieues de base, sans former plusieurs empires ou divisions incohérentes.

C'est Ténigme des garanties populaires qui fait depuis deux mille ans le désespoir de la philosophie : elle a échoué contre ce problème, parce qu'elle n'en étudie qu'une branche, qui est la garantie des peuples contre les souverains. Il y a beaucoup d'autres garanties sociales, notamment celle des femmes contre les servitudes amoureuses. Mais les garanties ne peuvent se calculer et s'établir qu'en système général, et non pas incohéremment comme le pensent les philosophes, qui s'occupent d'en établir une ou deux seulement, tandis que la nature les veut toutes ou rien...

Que n'êtes vous aussi grcond pour concevoir le bien que vous Tètes pour organiser le mal? N'avez-vous pas eu Tart d'inventer une théorie de rigueur (les comités et clubs affiliés), qui séduisait la classe malfaisante de tous les pays civilisés et barbares ? Trouvez de même un moyen de réunion et de coalition pour la classe propriétaire et pacifique de tous les pays, et vous tiendrez le secret de Tunité. Mais vous n'inventeriez jamais rien pour le bonheur tant que vous essayeriez de faire sympathiser les idées de bien avec la civilisation, qui n'admet que le mal. Aussi, quand les crimes dominent, c'est la Civilisation qu'il faut accuser, non les individus qu'elle réduit à ne pouvoir se satisfaire que par le vice et la misère. D'après cela, vos théoiies do vertu et de crime seront fausses dans l'Harmonie, où Ton pensera que les crifuinels civilisés n'étaient point coupables envers Tordre

282 TOBT DES SPÉCULATIONS PAKTIBLLBS.

social, mais que Tordre social était coupable envers les individus eu leur faisant entrevoir plus d'avantages dans le vice que (3ans la vertu. [Cahier 77.]

E^ se bornant à des spéculations partielles, nos politiques s'éloignaient sans retour des vœux du créateur qui portant à tous les humains une égale affection, ne peut se complaire à aucun plan de bonheur partiel. Les théories sociales des philosophes n'étant pas calculées pour convenir à tout le globe, devieunent par cela seul vicieuses devant Dieu, qui ne peut approuver aucun mécanisme social, s'il n'est applicable à toutes les régions cultivables et couformes aux vœux de tous les peuples qui les habitent.

((Combien votre insouciance au sujet de l'Unité devient inexcusable, si l'on obsen^e que le globe devait en recueillir, outre la paix, tous les bienfaits concevables à des tètes civilisées; car Tambilion de maintenir l'Unité aurait amené tous les souverains du globe aux voies de douceur qui seraient seules efficaces. Les souverains savent merveilleusement employer la douceur quand le maintien de leur autorité y est attaché. Ceux de Prusse et de Rome ne pouvant pas conserver militairennent Neufchàtel et Avignon , s'étaient affectionné ces deux provinces par la douceur administrative et la modicité d'impôts.))

Telle fut aussi la conduite des Espagnols h l'égard de la Franche-Comté dont ils étaient séparés, et tel serait le régime universel dans l'unité du ç;lobe. Si les souverains ne redoutaient pas l'empiétement d'un rival, ils n'exerceraient jamais sur les provinces éloignées des cruautés, comme celles de Philippe II qui, aveuglé par sa jalousie contre des enne» mis puissants, crut s'affermir dans les Provinces-unies en les tyrannisant. De telles erreurs politiques ne pourraient pas s'accréditer dans Punité du globe sous un gouvernement sensé; son cabinet aurait assez do bon sens pour reconnaître que la douceur est la seule voie de conservation (4).

(1) Lorsque j*ai dit précédemment que l'unité du globe durerait peu 80U8 la Russie , à qui les chances promettent le sceptre du

RÉFORMES ADMIMSTU.VTIVKS l MIAIRES. 283

Il ladopterait par raffînemeut d ambition, il chercherait a deyeoir pour toutes les régions un foyer de concorde plutôt qu'un tyran. De cette manière, il préviendrait les bouleversements des contrées lointaines et régnerait sans autres armées que les troupes de police. Ses revenus, en les supposant limités au quart des impôts actuels du globe, élèveraient sa fortune à un prix incalculable, sans fatiguer aucunemôit les peuples. ;

Venons au second problème : assurer la subsistance du peuple, autant pour son bonheur que pour celui du souverain, qui ne redouterait plus les soulèvements quand le peuple serait à Tabri de l'indigence.

Dans le calme qui régnerait par TUoité^ les réformes administratives deviendraient un jeu d'enfant, témoin celle de la mendicité. Quant toutes les provinces supporteraient peu d'impôts et ne perdraient plus la fleur des industrieux dans les guerres, les douanes et les navigations inutiles, quelle commune refusei;ait à s'imposer une responsabilité collective pour les indigents nés dans son sein? et ils seraient en très-petit nombre du moment où TUnité aurait détruit tous les germas de bouleversements et ouvert mille sources de ricbesses dont nous sommes privés par Tincohérence et les conflits actuels des nations?

Quant à l'opinion des peuples en faveur de l'Unité une fois établie, si vous calculez les bienfaits dont elle comblerait le globe, vous jugerez qu'au moindre soupçon de voir ses lois ébranlées, il y aurait chez toutes les nations et dans toutes les classes sensées alarme universelle en faveur de l'Unité. Quel serait l'individu assez borné pour n'en pas apprécier les

monde, c'est ^ae j'ai présumé qu'elle gouvernerait avec rigueur par r habitude qu'elle en a contractée avec ses peuples [à l'Interligne] , y appliquerait l'administration civilisée qui ne peut pas long-temps maintenir l'unité, ni la fonder sur l'amour bien sincért des peuples. — Il est douteux si la Russie n'adopterait pas la douceur que lui conseille la politique, et l'on peut bien supposer ce bon esprit de la part d'uR Cabinet qui , dans ses plans , s'est toujours montré le plus prudent de l'Europe. Au surplus, le parti qu'adopterait la Russie, en cas de conquête , dépendrait beaucoup du caractère du prince régnant, et c'est alors que la Civilisation trouverait, ou sa rnkie sous des Paul et des Suvarow, ou sa restauration soui un Alexandre et des agents animés du même esprit.

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