PLAN DE CONQUÊTE
cule manie des Croisades, pour attaquer des nations éloignées qui vivaient en paix avec vous, et pour fonder, à force do sang, un misérable royaume. Aujourd'hui si vous êtes insensibles aux malheurs des captifs, aux opprobres de la civilisation, soyez du moins accessibles aux vœux de l'intérêt, votre unique mobiie. L'Afrique vous offre de magnifiques régions, des apanages pour dix princes qui voadiront s'y établir. La moindre des armées que vous sacriGez chaque jour suflirait pour conquérir le plantureux empire de Carthage. Vous avez vu par l'invasion d'Egypte combien faibles sont ces barbares s*ils étaient isolés et réduits à eux*mémes.
L'Europe a toujours 500,000 hommes tout prêts, quand il faut ravager ses propres foyers. Ne trouvera-t-elle pais le dixième de ce nombre, 30,000 hommes seulement, pour purger la côte d'Afrique, pour assurer le salut de ses marins et de ses prisonniers, pour l'intérêt général et particulier de tous ses empires intéressés à Texploitation de l'Afrique, enfin pour l'honneur général (car en parlant à des civilisés, il faut toujours mettre le moyen de l'honneur au dernier rang, au rang qu'il occupe dans leurs esprits).
La plaisante idée qu'ils ont de Thonneur social ! Ils ne le voient que dans l'orgueil du prince. Pour une préséance d'ambassadeur, pour la jarretière d une femme, pour une prestation d'hommage comme la haquenée de Naples, ils verseront des torrents de sang ; mais voir l'Europe et la civilisation entière insultées et rançonnées, le droit des gens et la religion commune foulés aux pieds par une vile canaille, il n^y a pas là de quoi leur arracher un soupir, un signe d'impatience, et les plus grands potentats, contents de s'être misa l'abri, laisseront immoler leurs faibles voisins. N'êtesvous pas, civilisés, plus misérables par une telle conduite, que l'Algérie qui vous dévalise?
Vous accuserez l'Angleterre du triomphe de ces pirates. Sans doute elle en est la protectrice essentielle. Pouvait-on moins attendre d'un état purement mercantile, qui n'aspire qu'à exercer le monopole aux dépens de la Civilisation entière? Oui, l'impudence et l'impunité des Barbaresques sont un des nombreux bienfaits dont vous êtes redevables aux systèmes mercantiles que l'Angleterre a introduits en Europe, et que la France a sottement propagés.
Il suffit donc du veto de l'Angleterre pour réduire au néant
DE l'algérik. ini
la politique civilisée ? Tut I de souverains molesl es et déshonoras n'oint se réunir conlre les piral«3 et («adenl l'autre joue quand Alger leurdoDoe un soufDet. Faut-il donc contre les Barbaresqui's une croisade universelle? Faut-il d'autre athlètes que certains grands états qui ne s'arment que pour rester spectateurs du malheur des faibles et qui se tiennent glorieux quand ils ont évité leur part des taloches algériennes? Puut-il tant d'hommes et de vaisseaux pour aller d'abord conquérir Maroc qui n'est pas alliéo du Sultan, et <lc là Iraqucr les AIgSrians par terre et par mer? PeosezvoDS que le Sultan s'intéresse à des brigandages dont il ne lire aucune part et qu'il désapprouve lui-même puisqu'il ne les tolère pas dans ses propres états? Doutera t-oo que si la France, t'Sspagne et la Hollande réunies Tormaient une telle polreprise, elles no firssent secondées par toutes les petites puissances qui , viclimées chaque jour, sont obligées de fléchir, parce qu'clloa n'ont pas comme ce triumvirat les moyens d'agir7 L'on aura vu des marchands, de simples marchands allemands, former une hanse ou oonrédération pour le soutien do leur négoce et faire respecter dans toute l'Europe leur alliance pendant des siècles; l'on aura va un simple parliculier, Frédéric de Gourgues, déclarer à lui seul la guerre à l'Espagne au plus fort de sa puissance, la faire trembler par la création des flibustiers; — et apiès cela vingt potentats, opprimés, arrêtés par cette poignée de forons, ne sauront pas entreprendre quelque chose pour rhoancor et l'intérêt commun ! et cette Politique qui notait leur sucrer aucun moyen de salut lient un rang parmi les sciences !
A la vérité, il faut un foyer pour concerter les opératiooa collectives; mais la France, chef naturel de la résistance continenlale, voitsans indignation la tyrannie de ces brigandages. Comment ose-l-elln n près cela se dire protectrice de la liberté des mer«?
Tous voilit, peuples civilisés, tout couverts de gloire dans voareintions avecles barbares les plus voiiinsi VoyonsqBels seront vos trophées chez les barbares les plua lointains, cbra les magots de la China (!) et du Japon devant qui vos wnbas-
{l) Qndqoes personnes dtsent que 1«a ChInoUsonI dvllMi,—
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Badenrs Tont en trId fléchir les genom et vos marcbands fouler aux pieds la croix et les signes de la religion (acte bien digne des marchands), sansparvenir à tempérer leur dédain et leur défiance trop bien fondés.
Quelle est voire bassesse, gouvernants mercantiles, d'endurer et de rechercher les jiflronts et les refus de celle canaille chinoise que la tactique européenne peut si aisément rédoire (lord Clive ne demandait que 20,000 homines de troupes russes pour conquérir la Chine.) Je n'enlends pas parler d'expédilions maritimes contre eux et de débarquement où l'on serait accablé par te nombre, mais d'un pacte que la civilisation entière devrait négocier arec la Bussie, en cas que le commerce de ces contrées en vaille la peine. C'était à la Russie à vous obti'nir 1r> libre accès que vous sollicitei, les comptoirs et davamaj^u encore.
Au sujet de la Chine je ferai à la politique nuae le reproche que j'adresse il laCiviiisaiîon en général, celui d'oublier les opérations simples, fmilei et prorilables pour les plans gigantesques, dangereux, qui n'offrent qu'un bénéfice médiocre et incerlain.
leiCbinois, chet qui le bourreau de Pékin est un grand olUclade la cour ; — les Cliinals , cliei qui l'enipercur fait donner devant lui la basionnade il ses courtisans ; — Ica Chinais, chez qui le premier ministre ^ritht aui majnincenees àe nos mnaufacrures, à nos glaces, nos horlogeries, une gimblelle de carton faisant Jntier pir une chute de sable quelques mirionnettcs , chose qu'on donne pour étrennesaut pelils enranlj;— Ici Ctiinois, chei qui la cour est gouvernée par un eunuque i — les Ctiinols, chci qui les femmes ne peuvent pat mime voir leur médecin, el sont obl^ées, en cm de nèvre, de faire Juger le botlemcnt du pouls pir un Ut de cûmmunlutlou ; — les CblnoIJ, cbei qui un père Joue aui des son flis et le livre pour esclave ; — les Chinois, cbcz qui le peuple traîne ses dieux dans la boue des rues quand il n'obt cnt pas d'eux ce qu'il désire,— les Chinois, chc2 qui la Cour f ail mcllre du poiion dans les vlrm de la populace pour diminuer le nombre qui encombra les villes. Après ces ridicules , ces abominaiions et tant d'autres que Je pourrais citer, Je voos demanderai il les Chlnoli sont dvilbéi. Au reste, ne leor diluions point ce titre : quand ua peuple a su porter les crimes el le^ bassesses à un si liaul degri, U mérite bien de prendre place dans les rengi de la Civlllullon.
GONQUÊTB DK V\ CHINE PAR LA RUSSIE. %Bè
m n'est plus facilo h la Russie que d'envahir et rendre taires les vast^ et riches empires de la Chine et du 1, en s'établissant dans le Leao-Tong et la Corée. Elle a B Anglais avec des moyens si faibles asservir Tlude où Qt tant de rivaux qu'elle ne trouverait pas en Chine ni ipon. Le cabinet de Russie néglige la Chine parce qu'on ni l'attaquer sans une disposition préliminaire qui exige ig, et quel ministre ose songer à des préparatifs de six BU bout desquels il risque d*ètre déplacé pour laisser à successeur tout l'honneur de Fentreprise dont il aura u les voies? Celle-ci consisterait à établir dans la fertile rée de Nerchinsk des cultures, arsenaux, fonderies et ques suffisantes pour alimenter une armée de cent mille ses à l'époque de son rassemblement. Cette armée mart sur le nord de la Chine , tandis que les hordes du d plateau feraient une diversion sur l'Ôcx^ident, parvien- , facilement à s'établir dans le Leao-Tong et la Corée , lie se soutiendrait d'elle-même au moyen des recrues rope qui lui arrivaient par Nerchinsk et où elle censait les flottes nécessaires pour ravager les côtes de la e et du Japon, jusqu'à ce qu'ils eussent capitulé. Je suptout au pis, car je ne doute pas qu'il suffise de 50,000 3S pour subjuguer la Chine et réduire, bientôt après» le n, tout belliqueux qu'il est.
tant à la résistance qu'on peut attendre de ces deux em- (, il faut lire ce qui suit pour se former une idée de leur esse.
y a un siècle qu'une armée russe partit d'Europe forte de (H) hommes, sur les cadres ; mais combien s'en mant-il,et combien en laissa-t-elle en traversant 4200 lieues affreuse Sibérie, alors moins bien organisée qu'aujouri? Elle marchait avec si peu de précaution, qu'après r manqué souvent de vivres, elle arriva h Nerchinsk (urvue de tout et principalement de munitions de guerre mrd'hui le service public de la Sibérie est en meilleur et la marche des troupes serait facile). Je liens, qu'ace trnjet, l'armée russe ne se montait pas à 8,000 hum« ; elle avait très peu de canon en très mauvais état et peu de poudre qu'il fallait ménager. Toute faible qu'elle ;, il n'en fallait pas davantage pour tenir Icte à la grande ée chinoise qui do plus ne sesoutenoit que par le secours
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des Jésuites qui la dirigeaient. Les Russes, manquant de poudre, furent bientôt obligés de négocier la paix, et malgré le déplorable état où ils se trouvaient, sans espoir dé secours d'Europe, ils auraient encore obtenu la limite du fleuve Amour dans tout son cours jusqu'à la mer, sans les menées des missionnaires, qui , plus habiles que les Chinois, nuisirent beaucoup aux Russes dans la négociation.
Voilà cette Chine si formidable et si vantée par ceux qui admirent tout ce qui vient de loin. Si la Civilisation devait durer, on pourrait accuser la Russie de démence en la voyant s'occuper des affaires d'Europe quand la Chine et le Japon entassent pour elle des trésors depuis trente siècles. Mais la Russie est comme les autres états, absorbée dans les petitesses et les minuties, pour lesquelles elle néglige une conquête beaucoup plus magnifique, plus précieuse et plus solide que Tlnde pour les Anglais, — un empire qu'elle envahirait presque sans coup férir et qu'elle conserverait sans rivaux et sans obstacles, car on sait que les Chinois sont habitués k fléchir devant les conquérants, pourvu qu'on leur laisse leurs antiques usages.
Les souverains et savants d'Europe torabenl dans la môme fatalité; les uns en cherchant la fortune, les autres en cherchant le bonheur, partout excepté où ils peuvent réussir. Les souverains exercent leurs armes par tout le globe, excepté à Pékin et Méaco, où l'argent les appelle. Les savants vont furetant tout le domaine de la nature, excepté le seul calcul de l'attraction passionnée dans lequel réside la théorie du bonheur.
Ces souverains, qui ne voient la grandeur que dans les conquêtes, qui s'acharnent à disputer pendant dos siècles quelques misérables provinces, comme le Luxembourg ou la Finlande, n'ont jamais conçu de plan pour la conquête régulière des empires barbares. La Puissance pour qui ces conquêtes seraient des promenades, la Russie est la dernière à s'en occuper. Placée entre l'Europe et l'Asie, elle pourrait facilement les soumettre l'une par l'autre et dominer le globe. Elle devrait abandonner les minuties et tracasseries d'Europe, se borner à obtenir le reste de la Pologne par la méthode usitée, qui est de brocanter les états des souverains trop faibles pour se défendre, enlin porter la frontière russe à sa limite nalucellc, aux versanis de la Yistule.
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près celle acquisition, pouvant facilement entretenir un illion de soldats disciplinés, la Russie pourrait destiner iO,000 hommes à observer TAllemagne et garder Tintéear ; puis porter 400,000 hommes en Asie, sur le revers du lucase et de Tlmaiis, les appuyer d'un rassemblement des )rdes depuis la mer Caspienne jusqu'à la Chine. Avec de Is moyens, on pourrait conduire les opérations d'Asie, de anière à ce que les empereurs orientaux fussent peu tentés ) résister, puis avec leurs trésors on asservirait facilement itirope ((dont la jalousie serait impuissante, paralysée, T la Russie pourrait s'y ménager quelques alliés, comme Angleterre, par les menaces d'exclusion ou les promesses admission dans les ports d'Asie, de l'exploitation mercané de toute l'Asie)).
D'autres puissances , moins bien situées que la Russie lur songer aux conquêtes, pourraient éi^alement spéculer r le globe entier dans des plans de relations industrielles; ais la Politique actuelle ne voit de grandeur qu'à prene éternellement des redoutes sur les bords du Rhin et Pô.
Autant les barbares montrèrent d'audace dans leur puisnce pour attaquer la Civilisation, autant celle-ci, devenue périeure, s'empresse de fléchir honteusement devant eux and elle peut les asservir.
Parlerai-je de vos prouesses avec les Sauvages? En Amé- [ue l'extermination des races mexicaine et péruvienne, en rique la traite des nègres, et en tous lieux les ravages jsés par la communicalion de vos maladies et de vos ueurs fortes, dont la cupidité mercantile encourage les :ès, que de trophées pour la Civilisation ! quelle haute idée ivent en concevoir ces sauvages si bien traités par elle, i sauvages qui tombent dans le dépérissement physique t le seul effet de votre voisinage. Ils ne veulent de vous 'une seule chose, c'est votre absence : « Que venez vous jrcber parmi nous, disent aux Russes les Tchucschi, qui )ilent le canton le plus pauvre et le plus glacial do la érie? Vous êtes donc bien malheureux chez vous puisque rs fiiites tant de chemin pour venir nous piller et manger graisse de nos rennes. » — « Nous venons, disaient h l'imatrico de Russie les députés des Samoyôdes, vous de-