‹ Publication des manuscrits de Charles FourierChapitre 75 sur 136 · LA FRANCK PAILLASSE DE L'ANOLETEIIRE · texte numérisé non relu

LA FRANCK PAILLASSE DE L'ANOLETEIIRE

lever ces denx ressources, faire établir la franchise de looê les ports coloniaux, mettre le conimerce des deux Indes à la disposition de tous les Européens, de manière que chacun pût y participer selon son activité et sa production , ne laisser aux métropoles d'autre droit que la souveraineté sans leor permettre aucun impôt sur le commerce extérieur de leurs colonies. Ainsi l'Espagne conserverait rx\mérique et ses mines, mais chaque nation européenne pourrait parcourir les ports et les marchés intérieurs de l'Amérique aussi librement que les Espagnols.

La France en adoptant un tel plan et en favorisant les alliances nécessaires pour l'exécuter aurait acquis en Europe la suprématie et raffeclion générale, notamment celle des grands États.)) [Cahier 77.| —

La lutte indirecte est la seule qui convienne au plus faible. Au Tieu de s'escrimer pendant des années et des siècles contre un obstacle, on doit imaginer dos chances nouvelles qui rendent inutiles les moyens d'un ennemi. C'est ce que devait faire la France à l'égard de la marine an.:i:laise. H fallait l'attaquer par des stratagèmes purement politiques et chercher h anéantir son influenee sans aucune attaque do vive force. Il y avait beaucoup do moyens d'y réussir, mai.-^ la France ne sait employer que la lutte directe; elle imite les mesures de sa rivale >avec tant de gaucherie qu'on la prendrait souvent pour le Paillasse de rAn:;leterre.

Ne fut-ce que dans l'esprit niereantile, en étudiant le caractère des Français, on reconnaît d'emblée que les entreprises extérieures maritimes et lointaines leur seront toujours funestes. Leur inconstance, leur avidité, l'insoîicianre de la nation sur les affaires du dehors, voilà des écueils contre lesquels la France échouera dans toute entreprise hors du continent. La manie du commerce extérieur n'estelle pas aussi déplacée en France que lélait en 89 le goiU de la lactique prussienne? Quelques ministres voulaient à coups de bâton habituer les Français à de belles manœuvres devant dos batteries qui sillonnent les rangs. La dernière guerre fit naître une nouvelle tactique, plus active et plus assortie au caractère français. En Padoptant, ils se trouvèrent dans leur élément et laissèrent aux Allemands les méthodes qui sont bonnes pour l'Allemagne. Ainsi serait-il

■OLB IND1T8TBIBL DE LA FRANCE. 30S

rivé du commerce. La France marchande serait un aigle j rase la terre. Le monopole est bon pour des nations rcs- ÂBles comme l'Angleterre et la Hollande. On aurait tôt ou fd trouvé un moyen de iutle différent et plus convenable la nation, puis on aurait renvoyé à Londres les insligair^du système mercantile qui ne peut en aucun sens conaîr à la France. Si la politique française n*a rien su in- Bter de mieux, rendons-lui un hommage proportionné à Q génie. {Note F.)

de F.— Dn véritable rôle industriel et commercial de la France.)

La France ((qu'on peut nommer en politique l'empire des 8 aveugles)), destinée par sa nature à ôlre l'ange tutélaire

TEurope, en fut toujours le fléau et n*a brillé dans tous » tem^)8 que par Tignorance de ses moyens et la prodigalité

ses ressources.

La France n*a jamais su mettre en balance dans ses plana normité de ses ressources physiques et l'excès de sa fai* isse morale.

La légèreté du caractère national , l'inconstance et l'inrie des administrations, interdisaient à la France toute âculation qui exigerait dos efforts soutenus et de Téconoe; telle est la lutte coloniale et maritime. ^uant aux facultés physiques de la France, un colosse agrile qui tire de son sol 4 milliards, qui prélève 800 millions mpôls, et qui sur cet impôt trouve d'une année à l'autre ) Tan 9 à l'an 44) un subrécot inespéré do 440 millions, un

colosse de richesse territoriale sera toujours dédaigneux, patient des soins minutieux qu'exigent les entreprises ntaines et les svstèmcs mercantiles.

La France devait peser ces considérations, se méfier des (sources extérieures et fonder sur la force intérieure, sur richesse fixe et territoriale tous ses plans de prospérité. ((Il y a pour tout état, dans ses rivalités, deux politiques, ssentielle ou le but final, et raccidentelle ou le but pro- K)irei Souvent les circonstances empêchent d'atteindre le I final ; on no peut qu'en approcher plus ou moins , se ep il un ordre instantané en attendant l'ordre définitif.)) L'Europe sait bien que si l'Angleterre était écrasée , la

30i GUERRE DE DESTRUCTION.

France envahirait toutes les colonies des deux Indes avec ses grands mots de liberté des mers. Quel intérêt r£urope doiteile donc prendre à cette' lutte entre deux rivaux dont le vainqueur exercera toujours le monopolo? L'Europe se trouve dans la position do Tâno qui portera toujours deux bâts , quelque soit le vainqueur? Elle est donc forcée de ménager Ja protection onéreuse de TAngleterre , de qui Ton obtient encore quelques subsides , tandis qu'on n'obtiendrait de la France que des coups de canon , si elle atteignait son but, qui est de s'emparer des colonies pour les fermer k tous les peuples.

Si la boute d'un vaincu se mesure en raison des moyens de succès dont il a abusé , c'est la France qui aura mérité dans tous les temps la palme de la duperie. A ne considérer que l'opération qui nous occupe , celle du monopole colonial , quand vous étalez sur cadres dorés (a) la balance de ce trafic , vous ne portez pas en compte les maux dont il vous rend victimes : la fréquente destruction des escadres, la perte des armées moissonnées par l'intempérie des climats étrangers, les non-valeurs d'une colonie occupée par l'ennemi dans les années do guerre, où il augmente ses ressources de tout ce qui est ravi à la métropole , rindigenco inévitable pondant la guerre pour la ciiisse de citoyens qui vivaient du produit de ces frêles établissements, le danger de les perdre, comme le Canada , au moment où Ton commence à recueillir le fruit des peines qui les ont élevés , le produit qui résulterait de pareilles dépenses affectées aux travaux intérieurs do la métropole, etc.

Vous oubliez tout cela à la vue d un tableau de cent millions de produits, quand vous savez qu en appliquant à lindustiie territoriale les peines et dépenses supportées pour ces cent millions, vous pourriez obtenir sans trouble et sans péril un accroissement annuel et inaliénable d'un milliard. Est-il de guerre soutenue par ces cent millions qui n'en ail coûté le triple par chaque année, sans parler de la perte des hommes? Combien produiraient les frais d'une seule guerre

(tt) Ceci est sans doute une allusion à quelque fait qui se passa à l'cxposiUen industrielle de septembre 1801 ou à celle de septembre J802.

«UBBEB DB CnÉATION. 305

eolODiale employés à replanter vos forêts , dont la destruotioB effrite les montagnes, tarit les sources, boaleverse les températares et prépare la ruine de toutes les industries , à encaisser les fleuves du Midi qui emportent vos plus belles terres, à recouvrir des landos , créer des races de bêtes de laine et de chevaux (la France, par la cavalerie, est presque à la merci de l'étranger) et ^ tant d'autres entreprises dont TOUS posez les premières pierres et jamais les secondes , et dont les projets retentissent vainement dans la bouche dorée des ministres?

Quand vous engloutissez tous les dix ans un milliard dans une guerre de destruction , ne pourriez-vous pas en affecter une seule fois la vingtième partie , 50 millions senlement, à une guerre de création? Appelez des artistes , laboureurs et experts sur les branches d'industrie qui vous manquent, formez-en des réunions sociétaires, h qui vous confieriez à mo. dique intérêt des sommes suffisantes pour établir grandement les ateliers dont vous êtes dépourvus , ateliers qui ramèneraient au travail cette scandaleuse armée de douaniers nécessitée par leur absence ? Mais les plans créateurs vous semblent au-dessous de votre sagesse politique , il n'y a de grandeur pour elle qu'h engloutir des millions et des armées. [Cahier 77.]

Et dans le comioierce intérieur, la France a-t-ello fait la moindre chose de ce qu'elle avait à faire ? Pour parler des manufactures, en ost-il une seule qu'on ne puisse établir en France et élever h un plus haut degré qu'en Angleterre ? Le Français est aussi habile ouvrier qu'aucun peuple du monde, et les variétés de son sol offrent aux manufactures toutes les facilités imaginables. Quelque merveille que fassent les autres nations , on peut l'exécuter en France mieux et à plus bas prix, sauf les objets dont la perfection tient à quelque propriété du sol qui les produit. Toutes les fabrications qui font la richesse de l'Angleterre, peuvent être introduites en France avec beaucoup plus de succès. Déjà depuis un an les mousselines , qui mani|uaient à la France , sont fabriquées avec une certaine perfection dans la bourgade de

Tai^r^ Eh 1 qu'aur»it-elle donc fait si elle eut obtônu qu^quei t0eûiif% de l'administration? Bref, si la France manque de manufactures , c est qu'elle n'en veut pas. Comnaent fît Louis XIV quand il voulut avoir dans son royaume de belles fabriquas de porcelaines? il les créa dans Sèvres. Comment fii la Convention quand elld voulut avoir un atelier d'horlogerie? elle le créa dans Besançon. Quand une administration qui jouit d un milliard de revenu ne crée pas les établissements dont la nation est dépourvue, qu'en faut-il conclure , sinon qu'elle ne veut pas les voir fonder? Il nous est inutile d'ea discuter les raisons (4). Quant aux préicndus encouragements à l'industrie, il est bien reconnu que mille protestations de ministre nY^lèvent pas un atelier. D autre part, on ne peut pas espérer que les particuliers entreprennent au< cuae manufacture dans un temps où le numéraire est si resserré et l'inlérôt si élevé, par effet de la licence accordée ^ux banqueroutes et à l'agiotage. Et quand les circonstances changeraient, l'entreprise des grandes manufactures qui manquent à la France est toujours une tache à renvoyer au gouvernement, parce que les essais n'étant pas toujours heureux, exigeant la construction d'édifices spéciaux, l'envoi d'émissaires à l'étranger pour attirer et séduire ses ouvriers, il ne convient pos à un père de fiiiriillc d'aventurer un million à de pareilles tentatives, qui ne peuvent pas bénéficier dans leur princi[)0 et cpii , avant d'être établies, pourraient manquer par la mort ou maladie de rentre|)reneur. C'est donc le gouvernement seul qui doit se charger de cette .guerre industrielle, pour laquelle il devrait créer une commission spéciale, ou un ministre des manufactures, chargé non pas d'inspecter mais de créer, — car toutes les inspections du monde sont des cinquièmes roues dans l'administration, — sans aucune outre attribution : il y a bien assez do celle-là pour former un vaste ministère quand on voudra traiter Taffaire des manufactures autrement qu'on paroles. Négliger cette mesure en Franco, c'est avouer tacitement qu'on veut

(f) Quelques-uns me diront que radmlnislrntion de France ne m'n pas dH fon scrret. F.lle Ta dit h tout le monde dans rniïalre du •leur Aubert de Lyon. Quant à moi , je n'aurais pas eu besoin de celte circonstance de plus ou de moins.

PROHIBITION WKS VILfi» ANGLAIS. 367

la4per à TAiigleterre ia supériorité dans ce geare , e4 ca B^élaii pourtant pas une arme à dédaigner. (Noie G.)

iiVote G. *- Sur la prohibition des cotons filés anglais et sur la concarrencc de la Suisse.)

La jalousie des Français est tellement aveugle, qu'elle les conduit à détruire leurs propres établissements en croyant nuire à TAngleterre. Je citerai à cette occasion une manu* facture, qui promettait de rivaliser celles de Manchester et Glascow, si on Teût soutenue. Elle est située dans les moatagnes du Beaujolais » à Tarare et Thisy. Cette fabrique, la seule en France qui fassse des mousselines» s'était élevée seule depuis peu d'années. Le gouvernement, loin de la protéger, a pris des mesures qui la menacent de destruction. Il a pro* hibé tous les cotons filés anglais indislinclement, GependaiH» la fabrique de Tarare ne peut continuer à faire de fines mousselines avec les cotons filés de France, qui soat d^un brin commua ; c'est l'anéantir que de la réduire aux cotons de France, tandis que Saint-Gall et Zurich inondent la France de mousselines fabriquées avec le coton filé d'Angieterrar. Puisque les ministres ne daignent pas s'occuper d'établir aa France des filatures, ne vaudraitril pas mieux tolérer i'is^ troduction des qualités do cotons fins qui nous manquenl et qui conviennent aux fabriques de Tarare, plutôt que de les réduire à l'abandon des métiers fins, dont l'élévation leur avait coûté tant de peines?

De deux maux il faut choisir le moindre. Il vaut mieux vivre' avec la denrée de l'ennemi que mourir de faim. La prohibition absolue ne tend qu'à favoriser les étoffes suisses que Tarare fabriquerait si on lui permettait d'extraire les cotons anglais, dont la Suisse fait usage au détriment d^ la France. Le débouché de l'Angleterre pour le coton fièé ne se trouve point diminué par nos prohibitions; elle en exporte pour l'usage de la France une même quantité, mais ils sont mis en œuvre par les Suisses au lieu de l'être par les Français. Cette duperie doit faire sourire l'Angleterre, qui ne demande pas mieux que de favoriser la Suisse et appauvrir la France. Combien de bévues semblables lea Français ne commettent-ils pas dans leur sotte jalousie et

996 AISANCE COK PABÊB

leurs roneries mercantiles, qui n'aboutissent toujours qu'à fevoriser les étrangers, chez qui nous n'obtenons souvent ni justice ni protection 1

A Saint Gall, un Français n'avait pas même la liberté d'acheter des toiles au marché en les payant; il était réduil à traiter de seconde main , tandis que les Suisses faisaient la loi en France. Ils obtenaient d(*s immunités à l'aide d'une prétendue pauvreté qui n'existe pas.

Il est plaisant d'entendre dire aux Français que la Suisse est un pays pauvre. Ceux qui parlent ainsi ont-ils voyagé dans le Dmousin, dans les Cévennes, les Ardennes, les Alpes du midi, les montagnes de la Bourgogne, etc.? Trouvet-on en Suisse des landes de 40 lieues toutes continues, comme celles de Bayonne, faciles à recouvrir si l'esprit français convenait aux entreprises? Trouve-t-on en Suisse des plaines graveleuses et stériles, et des chaînes de collines entièrement dépouillées de terre , comme dans tout le rayon du Rhône? Est- il en Suisse de terroir aussi ingrat, aussi détestable que celui des environs de Paris, notamment en Champagne? La Suisse au contraire offre d^excellents terrains, comme TArgovie. et des produits précieux comme les vins des pays de Vaud et do Neuchàtel. Ses moindres cantons (je ne parle pas des glaces inhabitables qu'il faut considérer comme des vides) contiennent do gras pâturages, des montagnes bien boisées, couvertes d^humus et aussi fertiles que nos meilleurs cantons du Jura et des Vosges.

La Suisse, dira-t-on ne produit pas sufiisammenl de blé et de vins. — Mais si chaque pays proiuisait tout ce qui lui est nécessaire, il n'existerait pas d'échangos ni de relations sur la terre. Les Suisses ne sont-ils pas entourés de caves et de greniers comme la Souabe et la Bourgogne, et n'ont-ils pas leurs manufactures, troupeaux, bois de construction, etc., pour fournir aux échanges? Quoi de plus pauvres que certaines terres à froment, comme la Beauce et la Sologne, où le villageois est si éloigné du bien-être du paysan suisse? 11 était digne des Français, signalés dans toute l'Europe pour de gros mangeurs de pain, de déraisonner lorsqu'il s'agit de ce blé, unique et chétive subsistance de leurs paysans, qui sont les plus mal nourris de toute l'Europe, et qui, dans bien des provinces, ne goûtent jamais du pain de froment.

Au sujet de ce blé, n'a-t-on pas vu notre ancienne politi-

DfiS 9IJ1S88S BT DBS PRANCA». 309

que dédaigner la Savoie, la clef des Alpes, parce qu'il fal* lait, disait-on, rapprovisionner de grains; ce qui est faux, car la Savoie, quoique mal cultivée, se nourrit à peu près des grains de son crû, et pourrait, en donnant plus de soins aux vignes, pâturages et forêts, avoir la balance en sa faveur. Otte nréme politique, si avide de blé, dédaignait en même temps le grenier du Nord, la Flandre, qu'elle conquérait tous les vingt ans, pour la vendre autant de fois.

Quant à la Suisse qui nous occupe, comparez la vie de ses paysans avec celle des nôtres, même dans nos bonnes provinces, et si vous soutenez après cela que la Suisse est pauvre, vous êtes donc, messieurs les Français, bien mauvais administrateurs, de ne pas savoir donner aux paysans de votre territoire cette apparence de bien-être et celte aisance réelle des Suisses que vous prétendez pauvres, et dont la condition sembla si heureuse à Raynal, qu'il éleva un monument aux auteurs d'un tel ordre. Et ce n'était pas à la liberté qu'il fallait attribuer Thonneur de ce bien-être, car l'enchantement de Raynal éclate à la vue du canton de Zurich, où les campagnes étaient esclaves de la ville, à la vue des petits cantons qui sont les moins riches de l'Uelvétie. D'après ces observations, voyez quelle inconséquence vous manifestez dans vos opinions sur la pauvreté agricole de la Suisse, et combien, dans toute la politique française, trouverait-on d'opinions aussi superficielles!

Pour revenir à l'objet de la note , aux filatures et autres ateliers que la France se borne à jalouser au lieu de les établir, j'ai fait observer que le vice de l'administration française est d'encourager au lieu de créer. Comment s'y prit l'ancien gouvernement pour avoir en France des porcelaines égales à celles du Japon, des draps égaux à ceux de Hollande? Il n'encouragea pas, il créa les manufactures de Sèvres, il fit venir à Abbeville à ses frais les ateliers de Vaurobais. Comment fit la Convention pour avoir une manufacture d'horlogerie? Elle la créa en faisant venir à Besançon 3(^0 ouvriers neufchâtelois. (Cette importante fabrique a déchu par Tinfluencc des chefs qui la dirigeaient, les uns s'efforçaient de faire des horlogers un renfort de jacobinisme, les autres étaient banquiers et ne songeaient qu'à piller et ruiner l'ouvrier; la manufacture, ainsi ballottée entre les intrigues politiques et de banque, à dû décliner au lieu de

319 CRÉER ET rJlCIflCB AU UBU M ACfiBAOTER.

prospérer). li faat observer, à la honte des rerbiagefl aotuelaf quê œs précieux établissements , de roèine que la célébra manufacture d*armes de Versailles ont été faits oa France au moment où on on ne parlait pas de commerce, tt depuis qu'on ne Cesse de rabâcher commerce dans tous les salona et cabarets, la France n*a pas vu s'élever un seul des ateliers qui liû manquent et qui lui manqueront tant qu^on n'emploiera à créer des ateliers que de Teau bénite de cour, de belles paroles. Bans doute ce n'est [pas au chef de l'État a 8*§n occuper, il a assez à faire de surveiller l'Europe et de cicatriser lea plaies de la France; mais il ne faut que sa voioaié pour créer tout ce qui manque en industrie. Qu'il dise a an ministre : « le Yeux sous un an avoir en France tels atelier»* par exemple des filatures de coton le plus fin, prenez dea mesures pour en établir, et au bout d'un an, pour éprouver si vous avez réussi, je permettrai l'introduction libn dea cotons filés anglais. Si à cctto époque, il en arrive aux douanes, ce sera une preuve que vos ateliers n'auront pas obtenu la préférence, que vous no savez pas rivaliser l'ennemi, et dès-lors je chercherai un aulre ministre qui sache faire en France autant qu'on fait en Angleterre. » Dès que le ministre saurait qu'il y va de la perte de sa place, il ne se fierait plus aux médailles, aux proclamations, aux chambres de commerce et autres demi-mesures qui n'attestent que la tiédeur et l'insouciance de l'administration. Le ministre agirait au lieu de promettre, il créerait au lieu d'encourager; les bergeries, les ateliers s'élèveraient à l'instant, et seraient plus nuisibles à l'Angleterre que le gain do plusieurs batailles. La France, avec des ouvriers laborieux et ingénieux comme les siens, obtiendrait bientôt la préférence dans les marchés étrangers. Il resterait à prendre, sur d'autres branches de rivalité, des mesures semblables, qui consisleraient toujours à créer et pacifier, mesures fort opposées à la po* litique actuelle, dont le seul levier est la guerre. [Cahier 77.)

Finissons des petitesses mercantiles et resserrons l'analyse de la politique civilisée. — Grande en perfidie , petite en audace , nulle en génie et rampante devant la vice , ae^

LA YOfE DÛ BIE^ EST L*imiTi. 3f4

plans sohi communément déterminés par la mode , le caprice , le hasard , la flatterie , jamais par une convenance raisonnée avec le génie ou Fintérôt des nations qui \ûà adoptent.

Qnant à Inexécution , notre politique n*est ingénieuse qpë poor faire triompher le mal , témoin les impôts , les cïnhfs et autres persécutions pour Texlension desquelles la Politi^Q^ a développé une fécondité de ressources dont on ne lui demanderait que là diiième partie quand il s*a^t de ôoopéfef au bien. Mais si elle conçoit quelque ombre de bien , elle manque absolument d'invention pour rétablir. Elld ne coftt* bat un obstacle que par les moyens connus , de même qullê* sont évidemment trop faibles ou mal assortis k l'esprit de Ift nation qui en fait usage. Enfin , pour garantir la durée de set œuvres, bonnes ou mauvaises , elle n'emploie que les pré* cautions dont l'expérience a démontré cent fois l'insuffisance.

En observant quelques-uns des vices de la Politique, je n'ai pas l'intention d'indiquer des correctifs. La découverte des lois du mouvement nous appelle a exécrer et non paf corriger la Civilisation. J'ai voulu seulement poser en thèse la langueur dont elle est frappée, faire sentir qu'elle est égarée dans un cercle vicieux , embourbée dans des demi-m«dtl« res qui n^elteignent aucun but. La seule voie du bien serait VVùité dont vous ôtes détournés par la politique actuelle^ tandis que la nature vous y conduit machinalement par le simple effort des passions, par l'ambition et l'esprit de con* quête dont la politique voudrait comprimer l'essor et rétrécir les plans.

Elle va donc finir, même sans avoir eu l'honneur d'entrevoir le bien et sans autre titre que d'avoir vieilli dans !e crime. Véritablement la malice humaine approchait de son terme, grâce à cette Politique à laquelle nous sommes redevables des théories de finance et d'agiotage qui ont appris aux souverains l'art d'élever une dette publique et insolvable au-delà de la valeur réelle du sol qui la contracte, cnfîrt Fart des banqueroutes graduées ou papier-monnaie, oui préparant savamment la ruine des familles confiantes, élèvent à la perfection le jeu des dupes et des fripons, — le jeu de la Civilisation.

C'est par ces excès que vous marchiez à une métaraor^ phose sociale. L'ac<îroissemcnt de perfidie doit avoir un ter-

if

préludes dans le Bengale. Elles auraient bientôt exe lèvement universel contre les complots mercanti sciences dégoùLîintes qui les encouragent. La néce taquer et réprimer les marcbands aurait anncné les de garantie industrielle qui sont les germes de la 40 et cette révolution n*était pas éloignée. Ainsi le m( social , en faisant un pas à chaque siècle , avence blement dans son immense carrière.

Loin de ressasser les jérémiades de la moral temps et les mœurs, on doit donc regretter que le du commerce et de la finance aient tardé si Ion| combler la mesure. Nous fatiguons la Nature e depuis 2,000 ans encroûtés dans les mêmes via léthargie sociale est une entrave à sa marche ; elle excès de crime ou de vertus qui conduisent au m au changement de période sociale. Si elle se trouv< routes de la perfidie et de la Civilisation, elle f plus perfide, et de môme le plus féroce dans Tétat Le triomphe de la modération, qui tiendrait en h vices et les vertus, éterniserait l'ordre subversil Téquilibre politique des empires éternise leurs C'est donc pour votre bien, c'est pour vous afTranch tement de la Civilisation que la Nature a favorisé serait encore les crimes politiques ou sanguim Néron, les Law. les Robesoierre.

A LA MBDIOCRITÉ. 349

neriw fl^iales : trône, sacerdoce, féodalité, agiotage, toat 9'4rro«lail à Wi lois. II Bembiaît qae le grand corps du peuple tilBit se {mrger de tous les ukères qui le desséchaient. CélaH Hereule secouant aveo fracas VXihis dont il est aeeatilé! Si cette crise n'eut pad été souillée de meurtres prétnécfités, elte serait l'époque honorable de la Politique; mais cellé-ei ne stft pas inventer un ordre social supérieur à la Civilisation qu'elfe détruisait. Le mouvement social dé- ^dait vers la période barbare au lieu de s'élever plus haut que la période civilisée, et l'Humanité, après des efforts satigainatres pour Rompre ses chaînes, les vil resserrer plu4 étroitemeaf. Tel un coursier échappé sème Tépouvauta pour essayer se» forces et abuse d'une liberté qu'il ne saura pâi^ eonsoi f ér.

Le geitfe humain touchait à sa délivrance, Tordre civiTiséy tArbare et sauvage disparaissait à jamais, si les Françaii^ dans Fattaqœ des préjugés , n'eussent pas excepté le aoh riage. Gomment cette Convention, qui foulait aux pieds la divinité même, a-t-elle molli devant le préjugé conjugal? C'était le dernier retranchement de la Civilisation ; elle s'y manitiRt pour reprendre bientôt Toffensive et rentrer dans tous ses domaines.

Cependant quelle débâcle allait s'opérer sur le globe sana la couardise politique de la Convention. On peut dire qu'elle a édioué à la vue du port. En mollissant contre le mariage, elle a manqué Timmensité de gloire pour tomber dans Timmensité d'opprobre, elle a subi le sort des timides criminels, comme son chef Robespierre qui, pour un instant de lâcheté, manqua le trône et n'atteignit que Téchafaud.

[^OQS raetlOQs ici le morceau suivant , qui se trouve à un autre endroU du cahier, sans place assignée. A cette occasion nous ferons remarquer que If ourier, qui indique dans ce passage et dans le précédent , comme hy^thése , une issue de Civilisation par voie tlôlenrée, se garda bien de l'admettre plus tard dans Téchelle régu^ Hère des 12 issues de civilisation, insérée dans le traité dt IS22. Kh rrproduisant fidèlement ce que nous tronvons dans les manuserHa de Fouri^, et sartout dans celui-ci , qui est un des pli» aoeiéiis , nous ne voulons que fiaire eonnultre la marche des idées de cet homme ^e génie , qui lui-même les modifia dans le cours de ses travaux.]

— N'ayant pas su découvrir le principe des malheurs so

Si f

Dieu qu'ils eussent attaqué alternativement toutes 1( tûmes civilisées sans en excepter une seule, lis aura ou tard trouvé le côté faib'e; mais ils ont cru devoir n respectueusement telle ou telle coutume, dont l*anc ou la popularité leur en imposait, et le hasard a vouli épargnassent les points sur lesquels il fallait frapper d' le mariage et le commerce, principe des désordr affligent le globe.

Ils avaient osé renverser l'autel et le'trône, coutuit antiques et plus générales que le mariage, qui est i Ik tant de nations barbares et sauvages. Après cela, ' devait être sacré pour eux; cependant ils ont fléchi le mariage. Ils ont épargné le tronc et coupé qi branches, Tautel et le tréne, qui ont été à Tinàlantren par de nouveaux rejetons.

L*on était loin de penser que Tabolition du mariage coup de partie en politique. Cependant Tesprit du d tième siècle conduisait à cette conjecture. Car on al tous les genres de servitudes, la traite des nègres, 1 rance des religions, la privation des droits sociaux, jétissement aux maîtrises, la flétrissure injuste de ce professions, l'oppression des serfs et jusqu'à celle dos < il qu'on s'étudiait à soustraire au despotisme des pédant

1^^' Ton tranchait les branches de farbre et Ton épai

frAnr.. l:i snrvihiHp Haq fptnmoa

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LA SCIENCE Dt CRIME. 34S

Tordre établi, enfiQ qu'elle eût autorisé l'entière liberté des amours comme elle existait à Otahiti , sauf les réserres néoessaires sur les droits... (Renvoi à une autre page qm n'eiiste plus.] —

Science du crime, Politique ancienne et moderne, prétendez-vous encore au titre de sagesse? Nous vous répliquerons par le tableau de vos derniers exploits, les massacres de France, de Naples, d'Irlande et de Saint-Domingue.

Ces effrayantes secousses, qui viennent désoler tour à tonr les plus florissants empires, ne sont-elles pas autant de soufflets donnés par la Nature à la Civilisation et à ses ( ] ? Mais vous vous seriez bien gardés. Politiques, d'admettre aucaQ doute sur l'excellence de4||lavilisation. Ce doute eût planées mémo temps sur vos tnéories. C'eût été hasarder la perte de votre renommée et de vos honneurs ; les nations vous auraient dédaignés et soupçonnés d'impéritie jusqu'à ce que vous eussiez résolu le problème d'un meilleur état social, et voilà le secret de vos apologies sur [ |. Aussi avez-vous étouffé de concert la voix de quelques hommes sincères, tels que Uobbes et Rousseau, qui soupçonnaient la subversion de la nature sur ce globe, et qui coq • fessaient les infamies de la Civilisation et la regardaient comme un bouleversement temporaire dont on ne savait pas pénétrer la cause. D^autres, comme Herrenschwand, vous ont semblé des fous, parce qu'ils ont accusé franchement toutes vos théories sociales et pronostiqué pour l'homme de meilleures destinées, à la recherche desquelles il consacra vainement ses méditations. Malgré tant d'indices de votre égarement, vous êtes restés infatués de votre suffisance ouobsticés à nous dissimuler votre ignorance. Pour la [ ], vous avez enseigné que les maux de l'humanité étaient inséparables des sociétés industrielles, et c'est ainsi que vous aves engouffré de plus en plus la raison dans les ténèbres dont elle va sortir, et vos sciences y resteront à jamais avec l'opprobre d^avoir, pour leur coup d'essai, transformé Tëurope en une immense boucherie, reproduit au sein de la Civilisation toutes les horreurs des sauvages et des barbares. Nous ne les surpassions qu'en perfidie : grâce à la politique moderne, nous les avons surpassés en cruautés. A côté de cette horde sauvage, qui fait rôtir vivants et mourir dans les

346 SOCIÉTÉ DE VIPÙES l

6uppticeB ses ennemis vaincus, à oM de ce suHa» baiiiare, cpti erne de têtes ooupées la porte de soo eéraii, ne doiiHMi |Mtt plaeer les massacres de sepiei^bre et do k Veadée, ks enfants portés au bout des baïonnettes, les cruautés des chauffeurs et des incendiaires de châteaux, les blessés de Lyon, arrachésMes hôpitaux pour être traînés au suppliée, et las représentants du peuple, ornant leurs tables de guillotines et instruments de i&ort; puis, au dehors;, les mêmes horreurs répétées chez les irlandais, les Napolitains, les Deminguois et autres peuples, par suite d^une jalousie commerciale, à laquelle ont servi de manteau les dogmes stupides de la fraternité?

Après ces nouveaux trophées des modernes, dites si les chriiisés sont moins odienàpie les sauvages et barbares, et que peut-on voir dans ces^ociétés que 3 furies déobainées pour ravager le globe, varier les tortures des peuplas et dégrader de concert Thumanité et la raison? Ne semble-t-il |MS qae Dieu ait créé ce globe dans un accès de colère pour se donner le spectacle d*une arène de bètes féroces acharnées à se déchirer?

Vos voisins les Barbares forment une société de tigres : croyez-vous, Civilisés, valoir mieux parce que vous formez une société de vipères? En voyant la Gvilisation fardée de ▼erbiages et un peu moins hideuse que la Barbarie, vous l'avez regardée comme destinée ultérieure du genre humain. Vous êtes ignorants sur le but social de Thumanité comme sur son état originaire. La Sauvagerie, que vous prenez pour état de nature primitive, n'est que la dégradation extrême, et Tétat civilisé, que vous prenez pour perfection sodaie, ' n'est que la perfection du brigandage. Vos sciences politiques ont maintenu et inspiré ces 3 sociétés, arènes perpétuelles de tous les crimes. Disons donc à la Politique : c Si votre sa- ^fesse n'a servi qu'à perpétuer les calamités et les dédùre- Ofesnts, donnez-nous plutôt des lois dictées par la folie, pourvu qu'elles calment les fureurs, qu'elles soulagent les misères des peuples, a

SUA NAPOLÉON BONAPABTE.

(18i4. — 76*, cole supplémentaire.]

... Mais si l'on passe en revue les diatribes que professent les diverses classes de France, on n'y verra autre chose que des ( ] donnant à leur idole le coup do pied de

râne. J'excepte les militaires; ceux qui avaient le plus à se plaindre de lui l'ont défendu jusqu'au dernier moment; ils ont intercédé pour lui obtenir une capitulation avantageuse.

Ne voulez-vous pas, disent ces héros de délicatesse, qu'on exhale des | [? — Oui, mais je ne voudrais pas que

le complice [ | le chef, et quand Néron est abattu

je n'aime pas que Tigellin se porte son accusateur. Je dirai SI Tigellin : Tu ne valais pas plus que lui quand tu le servais, tu vaux encore moins que lui quand tu l'accuses.

D'où vient que les Français prêtent l'oreille à ces beauxesprits éhontés qui flattent alternativement tous les maîtres? Cest qu'en France il n'y a d'opinion que dans une ville. La France est l'écho des philosophes ou girouettes politiques rassemblés dans Parist De tels hommes doivent être contredits, moins pour l'importance du [ ] que pour la vénalité de leurs opinions. En conséquence, quelque mauvaise que soit la cause et qu'assuré que je sois de jouer ici le rôle de l'avocat du diable qui plaide contre les canonisaleurs, je veux entreprendre la défense du ((proscrit)) trépassé poiiiique, non pour le justi6er des maux qu'il a causés ni de de la perversité qu'il a affichée, mais pour montrer le parti qu'aurait pu tirer de lui une nation, si elle n'eût été asservie aux sophismes des philosophes parisiens.

34 & FOUTRAIT DES UNITfilSTSS.

(Môme date, 47«, cote supplémentaire.)

Les unitéistes sont incompatibles avec la médiocrilé dans le mal comme dans le bien. Ils ont des inclinations magnanimes. Leur profond mépris pour Tespèce humaine les perle à se distinguer par les vertus sociales dont elle est dépour* vue ; mais si quelque obstacle gêne le développement de leur caractère et les [ ] en sens inverse, ils doivent

devenir les plus méchants des hommes, sans cesser pour cela d'embrasser dans leur plan le bonheur de Phumanité entière, — c'est-à-dire qu'un unitéiste inverse, comme Napoléon, fera des plans qui rendront l'humailité excessivement malheureuse; mais s'I! parvient à son but, à la conquête et l'organisation régulière du globe , il sera dès le lendemain le plus doux et le plus magnanime des hommes; il reprendra le caractère ou développement direct qu'il aurait suivi sans les obstacles qui Font gêné à l'origine et fait marcher au but par la voie du vice.

[Note à l'interligne.] Unitéi»tes sont persuadés que nature leur doit quelque exlraord. Ideo N. non f e tuer pour une partie perdue, doit penser encore que événement : iia ego annonçais décoiw.

[Note en marge.] Nap. bon civilisé : vice de noii-cxceptton : a bien jugé, bien soutenu. Ego 1° géogr. 2° politiq. 3« ville harm. iià sondais, entrevoyais , «erf pas fort en pratique, pas coquin : force d'Imagination , lui de pratique ; lui non exception , ego semper.

Fondée sur ces [ ] la postérité ne [ {des

persécutions exercées par Napoléon. Elle ne verra que la beauté du but auquel il marchait sans qu'aucun ( ] de

plaisir ou de crainte pût le distraire ou l'arrêter ; elle l'en estimera d'autant plus, qu'il s'est par étourderie créé luimême des obstacles, et que, dans le cours de ces obstacles, il a développé le caractère le plus ferme, le plus inébranlable qu'on ait jamais vu, et le jugement le plus sain à l'égard des civilisés qu'il a su mieux que personne [ | do tout

le mépris qui leur est du.

Mais quelles causes ont aigri son caractère dès l'enfance et [ ] ce violent mépris des civilisés. J'use de ce mot

civilisé^ car je ne sais s'il faut accorder aux civilisés le nom d'hommes ou d'embryons d'hommes, et lorsqu'on connaîtra

MJSraU WUll LES CâVILIëÊS. S49

c& que 9mki les bommes au physique et au moral dans ia BiéGMiique d'eitraetion, l'on concevra que Jean-Jacques avait raison de dire des civilisés : Ce ne sont pas là des homses. Las civilisés oe sont vraiment que des crétins poiltiquee. l^rapoléon dot les mépriser de bonne heure, parce qu'étant d'une prodigieuse activilé de corps et d'esprit, étaii vraiment surnaturel dans ces doux genres, il dut juger inlJérieur à lui tout ce qui l'entourait. A son entrée dans le monde, étant di^racié de la fortune , il dut y voir mieux qn'nn autre bassesse [ | pour argent , mépris pour

talent. Avançant en âge et sentant se développer en lui les grandes vues que tout unitéiste | | , il dut voir dans

Jea hommes une espèce d'autant plus subalterne , que tout unitéiste est raillé pour ses plans relatifs au globe et ne peut se confier à personne , surtout chez les Français , qui sont les [ ] plus étroits en matière politique. Lorsque

Napoléon fut parvenu an trône , ce motif secret de mépris général sobsista d'autant mieux , qu'il acquérait les moyens de travailler à son plan d'unité. Il pouvait moins que jamais s'en ouvrir a personne. Ses minisires auraient été bien ébahis s'il leur eût adre^^sé cette question : Quel est le plus court moyen d'opérer la conquête du globe? — Us auraient traité 1' | ] de vision , et cependant rien n'était plus facile, ainsi qu'on le verra à l'article de politique ultracivilisée. Or, quelle estime peut avoir un monarque pour des compagnons à qui il ne peut rien confier de ses plans, et qui, comparés à lui du côté de l'activité, ne sont [ j tortues.

Comment s'étonner que celui qui a eu plus que d'autres des motifs do mépriser les hommes, ait réduit ce mépris en système et fondé sur ce mépris un plan d*influence et d'empiétement progressif? Il est démontré par le fait que son système, tout oppressif qu'il était, s'appliquait merveillénsement aux peuples qu'il gouvernait, surtout à la France, car elle obéissait avec un [ | dont on ne vit jamais

d'exemple en aucun pays, et plus la tyrannie pesait sur les Français, mieux ils s'y habituaient et rampaient à Tenvi pour en devenir coopérateurs. Le plan était d'autant plus [ ) qu'il était | | d*un arrière-projet dont le

succès aurait électrisé tous les Français jusj^u'à la frénésie; car, une fois parvenu à l'Unité (qu'il a manquée de ttès peu).

330 QUALITÉS DE NAFOLÉON.

Napoléon aurait subitement chang:é de méthode administrative et aurait, pour soutenir TUnité, assuré aux peuples autant de repos qu'il leur avait causé de tortures.

Après avoir analysé les circonstances qui entravèreat Napoléon et développèrent en sens [inverse] son caraotère, il nous reste à analyser les beaux germes de magnanimité que recelait ce caractère , et qui se sont [ ] par de

nombreuses [h

4* Ami éclairé des arts et des sciences par monumeats, et d'économie administrative par unité de code et de mesure ;

t* Grandiose en travaux, ennemi des sottes préventions d'impossibilité ;

3* Munificence et prévoyance générale; libéralité collective ; a porté industrie en tout pays ;

4<> Connaissances nombreuses, mémoire, même soldat et minutie communale ;

5* ( I contre sangsues, procureurs, etc. ;

6o Pressentiment sur lumières manquées et erreurs systématiques, ut commerce ;

7<* Tyrannie mesurée, bornée au plan, ni faux, ni san-

gumaire,

%^ Activité do corps et d'esprit ultra-civiliséo , miraculeuse, inconnue depuis César.

(Même date, G8* pièce, cola supplémentaire. Le^ quatre premières pages manquent, la cinquième commence ainsi :)

Dans le bourbier où ils croient plonger le despote.

La nation s*étant compromise autant et plus que lui , on ne peut pas, dans l'accusation, séparer l'oppresseur des opprimés, ni réhabiliter Tun sans Tauti-e ; il est ridicule d'accuser telle corporation comme le Sénat, quand il faudrait traduire en jugement la nation en masse, excepté rariuée. Ce^t pourquoi le Roi se montre plus judicieux que ses sujets quand il leur recommande Toubli du pasaé.

Les Français sentent leur cùlé faible dans celte occasion; ils empruntent la tactique du tilou qui , pour détourner les soupçons, crie lui-même au voleur. Ou peut leur dire : N'es-tu

LA FRyàakGA IMkUPAIT DBVANT LUI. 324

pmt$irméino le coupable ^ Par exemple, quand ils accusent îi9ftoUoQ «ur oe qu il méprisait ouvertcmeni les Frai^aij^ exceplé l*arroée, il est évident qu'ils cherchent à déguiser leur Uirpilude* OnUiis mérité Testimo de qui que ce soit denB leur conduite avec lui, dans les bassesses qu'ils n*ont cessé de commettre jusqu*eo dernier moment? La France n'a iamais fait aacune ientaiivo pour le renverser. Si quelques Biembres de la législative ont montré à la fin une ombre d'éoei^, elle a été si tardive, qu'elle n'est qu'un sujet de con* ftieioD peur les précédentes sessions, ei pour celle^à môme. Gai députés, si souples, si rampants devant le colosse tant qu'il est debout , s'émeuvent à la fin quand ils le voient ebaacelant et prêt à succomber sous Tennemi extérieur, il eet bien temps de prendre courage quand la bataille est finie. Que laisaient-ils auparavant dans les premières années où il eût fallu résister? Lorsqu'on lit ces colonnes de flagorneries dont les Électeurs et autres corps tapissaient le Maniiewr^ <}ttand on se rappelle les brigues de tous les fonctionnaires pour aller eo députation se prosterner, rivaliser de platitude devant Tidole, lui offrir jusqu'au moment de sa chute les tré. sors et la vie des Français, ne doit-on pas avouer que Napoléon eût été ridicule s'il ne les eût pas méprisés ? Il eût été fondé à les ravaler ouvertement , comme DomitieD bafouait son sénat, en le convoquant pour délibérer sur la sauce d'un turbot. Cependant , ses actes de mépris se sont bornés à quelques panoles très-modérées, entre autres celles-ci qu'on lui reproche : «Voilà comme vous êtes, vous autres Fran^ çais ; » paroles beaucoup trop réservées eu égard au dédain que méritait une nation dont toutes les classes, jusqu'aux descendants de Bayard etDuguesclin, rivalisaient de bassesse devant lui.

On pourrait croire que je parle ici en apologiste ; loin de }èy je justifierai i'annonco de critique , et dans la premièrG ^rtieaAectée à l'examen du système de Napoléon, j'y découwrei des vices nombreux que personne n'a signalés ; je me filis fort de prouver qu'on n'a pas encore su l'accuser, et que Jee débitants de philippiques n'ont pas entrevu le quart de aes torts réels ; mais encore une fois je veux procéder régulièrement, et quand je critique un homme d'État, un conquequérant, je me rallie d'abord au prmcipo consacré par trenle aiècle3 historiques : o^esi que les conquérants et les bourgeois

32i B0IJfttt£OI8 ET MBEeS.

ne doivent pas être pesés à la même balance. J*app«ie oe principe par quelques citations d'histoire ancnenne el moderne

Un prince est violent, impie et féroce ; il insolte les diem et les rois dès qu'ils opposent quelque barrière à sa lubricité et son ambition. Bourreau impitoyable, il égorge de sa main des captifs sans défense, il les jette palpitants dans les flammes, et pourtant ce frénétique devient le plus grand héros de l'épopée. Elle fait voler Achille a rimmortalilé; Achille est depuis vingt-cinq siècles le premier objet qu'en présente dans les écoles à Tadmiralion de la jeunesse. Eh ! quels sont les exploits de ce roitelet? Il a fait sa part d'un siège, et, par mutinerie, il reste neuf ans dans l'indolence avec ses belles esclaves. Cependant, pour de si médiocres exploits, l'histoire divinise les emportements et les emautéé d'Achille. Combien devra-t-elle excuser de fautes dans celui qui a gagné plus de batailles que les autres n'en ont lues , qui , contrarié par les éléments et les trahisons, a été accâblé et non pas vaincu. Vous qui attaquez Napoléon sur sa moralité, consentiriez<vous à peser Achille dans la balance morale? Non, vous sentez que sa gloire serait réduite à rien. Vous répugnez à soumettre au creuset bourgeois le héros de l'Iliade. Ainsi vous reconnaissez le décret de la nature qui affranchit les moindres héros des devoirs imposés au vuN gaire. Vous dispensez même les chefs de brigands de tout devoir moral. Un sacripan des bords du Tibre, à force de brigandage, parvient à se retrancher dans une bourgade, il pille et égorge ses voisins, enlève leurs femmes par trahison, tue son frère, fait égorger son collègue et finit par être assassiné lui-même à force de tyrannie Eh bien 1 ce chef de brigands recueille les hommages des siècles. Romulus échappe à TAchéron sur les chevaux de Mars. La lyre et l'épopée font un dieu de celui qui a ravagé un petit canton. Elles élèvent aux nues les brigandages obscurs de Thésée et de Pyrithoiis, et vous voulez , pamphlétaires de Paris, faire un pygmée de celui qui avait rétabli l'empire de Rome et de Charû magne, et marchait à la conquête du monde. ((Prenez garde, marchands de philippiqucs, sitôt que les querelles du moment seront oubliées, Tépopée s'emparera de Napoléon ; elle n'aura pas de peine à faire du vainqueur de Rivoh, d'Egypte , d'Austerlitz , le plus grand des mortels , et le

H ACTION fiÎKteALB'POlJli L8S CONQUERANTS. 323

f des détraoteors de Napoléon (si leurs noms sont re* 4 tîeiidra dans la po.<térilé lo même rang que tient d*hoi le tableau de ceux qui ont voté la mort de XVI.))

•▼cwerai , si Ton réfléchit sur les résultats de Tesprit quête, on est d*abord tenté d'applaudir k ces mora* pn ciabaudent contre les héros; mais d'où vient que ire contrarie cette pitié , d'où vient notre penchant loi A exalter les conquérants et applaudir le chantre i éldvc au rang des dieux :

Hâc arte Po'Iux et vasus Hercules Innfxus arecs attfgtt ignea».

Niibieque la Nature ou Attraction soit ici oontradieivec la raison qui déploro les désastres de la guerre et Doe ses auteurs.

e contradiction apparente n*est pas un problème de ifloportance, et je me hâte de le résoudre pour habituer eiir k traiter les problèmes d'attraction. Ils se préaenfréquemment dans ce volume , où je signalerai Térie de Newton , qui , en s'occupant d'attraction , a en arrière la plus belle portion de cette théorie. tmcUon vient de Dieu, et pourtant elle nous pousse à ir les auteurs de nos maux , les conquérants que la oopdamne. De là on pourrait prétendre que les im^ le de Dieu ou de la nature sont vicieuses et ont besoin corrigés par la raison ou philosophie. Il n'en est rien, re de Dieu est bonne en dépit de la raison humaine. 1 les attractions et répugnances nous sont judicieuseistribuées par Dieu pour concourir à son but , à l'unité >• Jugeons-en par deux exemples, l'un d'attraction, l'engouement des peuples pour les conquérants, Fanrépulsion, tiré du mépris naturel des peuples pour rchands :

lllroc/ton pour les cmquéranti. C'est qu'ils sont des lux que Dieu fournit à la science , et qu'elle doit en oeuvre pour atteindre à l'unité. Il faut qu'à leur le conquête pure et simple, la science ajoute celui de te composée. C'est une méthode inconnue dont je li dans la première partie. Ëtayé de ce levier, un cont peut marcher rapidement à l'Unité, et devenir le plu^

314 LA CO:«QUÉTB C91i»aSÉB«

précieux df>s hommes. Qaelqves tourmente ^il ne seront pas un dommage à Hiettre vt balance «ve0 le fait inappréciable de runité universelle et de l»pÉn£ ptepé* tuelle. Ces plaies qui les auront préparées seroot bôÉtpÉmbiesaux coups du scalpel, qui, perdent queiqèMjocFB^iiious déchira, mais pour nous rendre la santé. Le maiadev^aprèi sa guérison , baise la main de TEsculape qm Ta ùâi souffrir. Les'peuples agiraient de même avec le conquérant <^ saurait les amener à TUnité par la conquête composée qve savants n'ont pa$ su imaginer. Dieu , qui destinait les quérants à jouer le rôle d'agents d^unilé, a dû nous inspirer attraction et admiration pour eux, comme pour tout ce qui coïncide avec son plan d'unité. Si les conquérants ont jusqu'ici mal servi ses vues et n'ont sa que ravager la t^rre, le to^t n'en fombe pas sur eux , mars sur l'imëécille pMJosophie, qui n'a pas su éclairer leur marche, m leur enseigner les voies de la conquête et pacification universelle. Ainsi Taltraction , envisagée sous le rapport du but de Dieu , devient sage et judicieuse quand elle nous portée admirer les conquérants et l'esprit de conquête qui était une des [ ] ménagées par Dieu pour conduire le genre humain h l'usité universelle.

' 2* Pourquoi Dieu nous inspire-t-il une aversion naturello OU répugnance pour les marchands, leurs coutumes infémes d'^giolai^o, banqueroute et fourberies continuelles, prônées par les philosophes et les anglomanes? C'est que le commerce ou système des relations mensongères est un des obstacles qu'il faut ronvcrser pour atteindre à l'unité universelle. Dieu a composé pour nous un mode de négoce que je ferai connaître à la troisième partie sous le titre de Reith ti&ns vèridiques^ et qui diffère en tout sens des procédés farflacieùx qu'on nomme commerce. Le mode de relations vérîdiques étant l'une des voies qui conduisent à l'unité, Dieu a dû nous inspirer aversion ou répugnance pow^ le lïiôde mensonger ou commerce qui fut à juste titre bafoué péi* les nations anciennes et par les modernes jtfsqn'an XVIir siècle, où la sordide philosophie fut éblom'e des succès d'une nation de marchands retranchés dans une Ile, el transforma les marchands en demi-dieux , selon sa coutume de \'anter tous les crimes heureux. Elle commit une faute irréparable en étouffant l'impulsion naturelle de mépris et

AHOUn DES niCBESSES. 32S

-épugnanco pour les tralicanU ot leurs Tourberies. Cotle im- ]ulGion ûtiiit un slimiitant |iaijr provoquer la rccbercho du ^yatèmB opposé nu cummercc. La phi tosopltic moderne a emlécfaé celti? recharehe par le) basses adulalions qu'elle a irodiguées aux marchands et la considératioa dont elle les I eolourés.

Cette courte digrassion sur les conquérants et les martends peut faire entrevoir que toutes les attractions et ré- Mgaaoces nous sont dispensées par le Créateur, confonnéncnt à son plan d'unité universelle. J'ajoute un troisième >ieDtple tiré de l'attraction la plus générale, c'est l'amour Jes richesses. Cet amuur dos richesses, tant blâmé par les radoteurs moraux , est le plus puissant des stimulants à l'iii- ^ention du calcul de l'Unité. Chacune des opérations qui Murent le fonder présente d'abord l'appât d'un grand béoéice; pareiemple, le mode de relations vérîdiques rendra lu souverain de Franro au moins SOO millions de revenu Mt, indépendamment des impositions quelconques déjà établies. Il donnera à l'agriculture et aux fabriques des avaalagea plus considérables encore. A la vérité, il supprimera leUe classe de parasites nommée marchands, qui , sans rien produire, ont privil^e de marauder et pirater sur l'injuslrie jéoérale, sous prétexte de la servir. Le Corps social est forcé l'accepter leur ministère tant qu'il n'en existe point d'autre ; nais j'enseignerai dans ce volume comment on peut se )asser de leurs prétendus services, qui ne se composent quo le mensonges et de rapines ; comment on peut opérer l'éihango avec vérité et garantie en employant à peine un lixième des agents et des capitaux que le système commernal absorbe dans des fonctions improductives et menson* ^res; comment enGn, par la méUimorphose du commerce, X» relations véridiqucs assurent à tous les souverains conjnentaux un doublement subit de revenu, si nécessaire dan:- 'état d'épuisement où se trouvent les finances de tous le« nnpircs agricoles, et assurent ù ces empires un bienfait plus ;niad encore, la chute de tous les monopoles, insulaires et Hltres, qui ne peuvent pas subsister dans l'ordre véiidique.

Sa découverlo est une Idcho assignée à cette classe do soihistee qu'on appcllo économistes, cl qui, loin d'inventer ieo d'utile , n'ont su qu'accroître la Gsralité , les misères

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