La poussière promise à la poussière des vert
Plan de eontrefUgue, Là oonverslon de tous les Incrédules à la croyance universelle.
Il en est des livres de piété comme des prédicateurs : les uns conviennent à la classe distinguée, les autres sont pour le menu peuple. Il estime les prédicateurs en raison du tataffi qu'ils foBt OQ cbairOf II eatàm las livres de piété 4
26 LE It. F. FBA.NCHI
la toise , ou bien ans rébus dont ils sont farcis. Sous ce rapport, la basse bourgeoisie doil èlre saisie d'ailmiration pour un livre intitulé : L'amour du miprU de $Umémt. Les bonaëtea Temmes OD rouvrant feront nn signe de croix : faisoDS-en de roËme pour coDunencer ce burleaqae débat.
Au titre de l'ouvraga annoncé l'on reconnaît d'abord qw l'auteur n'a pas prétendu écrire pour les gens comme il faut, ni pour les personnes sensées. L'amour iu »éfrU it loi-méme ! Cette phrase boursouEQée peut plaire aux gens du peuple, qui admirent ce qu'ils ne comprennent pas, et qui b' estiment trit peu de chose. C'est pourquoi et vUfri* 4t toitahat, cet amour du méprii leur conviennent à merfeitlal Dans ieurâ repas de mariage ou de famille, ils se tieodrool trte honorés de posséder le ténébreux auteur de ce livrs. ! n Nous aurons !e Mv. P. Franchi, celui qui a fait ce lim saint, le méprii de l'amour... Je me [rompe, c'est l'amour... kUeniez... i'antour de toi-même... Non, non, ce n'est pas cela... enfin sutGt que c'est un fameun du couvent , et qu'il nous a bien promis de venir diner. »
Un tel moine sera invité dans tout le quartier et bien choyé, car les petits bourgeois jettent tout par les fenétns quand ilii traitent, et servent le moine le premier et du meilleur morceau {(et lui vcrse-t-on à pluin verre)).
Tel est sans doute le genre de gloire auquel a aspiré l« B. P. Franchi, on composant sur la triviale idée du méprit dt toi-même. Mais si, asec un tel bouquin, il se flatte de confondre la Philosophie trop fière, vantUiue, délicate tt tensuetle, s'il se Qatle do faire pâlir tous les éloquente discours du Portique et de l'Académie devant sa doctrine pleine, coruiquenle et tant lacune et de convertir en outre lou< lei incrédules à la croyance univerietle, voilà des pi4tentions qui s'éloignent furieusement du méprit de loi- i ffi/meet de l'humilité annoncée dans l'épigrapho At/mitm corde. C'est pourquoi jo la rétorque par celle des orgusilleui : qtti te exaltai.
Je ne sais comment ce mystique ouvrage arrive i Lyon dans une circonstance où les librairies sont encombrées, depuis 1 5 ans, do semblables productions. Sans doute qu'on n'i pas pu placer celui-ci dans quelqu'autrc ville où l'amour dn mtpri» de toi-mfmt n'avait trouvé que le m/pri» dci aàit-
mm m vsntb par m. ballanchb* 27
têursy on bien est-ce une antiquaille que M. Ballanche (a) retire de la poussière de son arrière magasin?
Quoi qu'il en soit, si Vhumhle livre de V humble serviteur de Dieu convertit à Lyon quelques incrédules, ce ne sera pas les gens de goût ; car le R. P. Franchi ne les amorce guère par ses riantes images. Il leur dit « qu'île sont une poussière ■ promise à la pourriiure et aux verSy qu'ils doivent être 9 plongés dans la profondeur de Vignominie parce qu'ils > n'ont pas créé de leurs mains les sphères célestes, etc. » Je doute que ce ton réussisse à détacher les gens du monde de la délicatesse que le R. P. Franchi leur reproche ; loin do leur inspirer le mépris d'eux-mêmes^ il leur inspirera plutôt ie mépris de la fronde et belle mission du Respectable père Franchi,
Mais avant que Franchi et son apologiste parviennent à convertir les incrédules, comme ils s'en flattent, je doute qu'ils puissent obtenir l'approbation des croyants, car ce livre va contre les intérêts de la religion. C'est bien mal servir la Religion que de la farder de rêveries tombées en désuétude. Les fadeurs ascétiques, bonnes dans les temps d'ignorance, étaient déjà dédaignées au 48* siècle ; elles sont insoutenables au 49", et quiconque emploie ce ton jette sur les choses sacrées une teinte ridicule.
Jésus-Christ est, comme notre siècle, ennemi de l'enflure. U nous dit : Soyez simples comme les enfants ! Heureux les pauvres d'esprit\ D'après cela il convient aujourd'hui d'annoncer la parole de Dieu en style simple et intelligible pour être d'accord avec Jésus-Christ, avec le siècle et avec le bon aens.
Trouvera-t-on ces qualités dans un ouvrage qui traite de V amour du mépris de soi-même^ Voilà un début si entortillé, si rempli d'équivoque, d'obscurité et d'affectation, qu'il suffira seul pour attirer le dédain sur le livre. D'ailleurs l'idée n'est point dans le sens de Jésus-Christ qui nous prêche l'humilité, sentiment aussi estimable que le mépris de soimême est ridicule et répugnant.
L'auteur du livre, le R. P. Franchi aura senti cette répugnance, puisqu'il veut nous inspirer Vamour de ce mépris
(a) H. BaUancbe éW alop» libraire à Lyon,
S8 APOtOGlE DANS II MHXtfm 'MlVOIf.
qui n'a donc rien d'aimable par lui-mâme. Si pendant dii-buJL siècles on a pj faire son saiul san» so méfrittr toi-màiif, quesert-il de TOmmenœr aujourd'hui?!] faut que le P. h'randiî soit bien orgueilleux et bien infaMi de Ivi-mime pour *■ flatter d'introduire un sentiment qui a i^lé dédaigné jattiu'i noB jours. Voilà déjù un apôlre qui ne prèi^he pas d'exemple et qui n'« le mèiirii de loi-méme qu'en paroles.
C'est faire Irup d'honneur à nn dogme que de lo réfuter sérieusement quand il tombe par le ridicule. Le livre dv Praocbi n'est il pas un fàlras de Tisions comme In Cok lainte dont Montesquieu nous conseille ' de lire qnelqatt pages puur s'assoupir en cas d'insomnie !- Sncore le titre de Cour lalnU promet-il des visioDS gracieuses : on croit être avec des chérubins et toute la belle compagnie du benoît piradis; mais à l'annonce du livre de Franchi, de l'Amour dt mépris de toi-mime , on se croit au plus épais du W siècle. on se figure un grimoire de béates, c inutile ramas de gothique écriture , » et sans doute celui-ci est une production de quelqu'auteur à l'esprit gothique; car on n'a pas pu parvenir à comprendre son litre dans une table de doute personnes qui m'ont engagé à la réplique. Ce litre a paru un phénomène d'absurdité. Les opinants établissaient l'impossibilité d'un pareii sentiment. Les plaisanta s'égayaient. Un jeune homme s'écria : « Bah ! c'est ane rage de te déle fier toi-même, c'est un enragé qui a fait ce livre. » Bd effet il faut être enragé contre le bon sens pour choisir un pareil titre, enragé contre soi-même pour s'exposer ainsi à la risée. Si tout le volume est sur ce ton, il y aura de quoi rire pendant l'éternité, cl M. Bnllanche devrait le faire payer 30 francs et non pas 30 sous. Je ne m'étonne pas qu'après l'avoir parcouru il lui en suit resté dans l'espril quelques phrases comme : l'orgueil dévoilé par ta vanili di Vorgueil, etc. Celui qui sort de voir la fanUtsmagorie rêve la nuit suivante de fantôme et il en parle encore le lendemain. L'on conjcit donc que M. Ballanche, plein de la lecture de Franchi , nous ait dévoués à la pourrilUTe et aux ver» dans cette apologie, et qu'il ait un peu dégagé la bilo noire dooi cette lecture l'avait rempli.
En débutant, il présume avec raison que l'on ne comprendra rien à cet inconcevable amour du m/prit di toi-mime,
u emAsiSH nb mit fas sb hépmsbb. 29
il dit qBe €§ iUre fera sourire dédaigneusement. Voilà ce qo'U dit'de mieux. Cela est arrivé comme il l'avait prévu.
M. Ballanche ajoute fort mal à propos que le chrétien ne serai point épouvanté de ce titre. Prend- il donc les chrétiens pour des ladres? Qu'il sache que le vrai chrétien s*estime flcn-méme sous tous les rapports : il s'estime dans le sens moral , pour sa probité qui le distingue et le rend respectable. U s'estime dans le sens politique , parce qu'il suit la plus belle religion de la terre, celle qui est la plus favorable an progrès des lumières. Il s'estime dans le sens mystique^ parce qu'il est racheté au prix du sang de Jésus-Christ. Il faut que Jésus ait jugé notre âme bien précieuse pour la sauver au prix de tant de misères qu'il a endurées.
U est donc bien ridicule de prétendre que la doctrine du mépris de soi-même convienne à la nature du chrétien. M. Ballanche, auteur de ce sophisme, prétend que nous avons trop d'orgueil; il est d'autant plus orgueilleux lui-même en se flattant de nous corriger si subitement par la brochure du Père Franchi ; et , sur cette prétention, l'on peut lui appliquer sa phrase de Vorgueil abusé par la vanité de Vorgueil. Il est bien plus aisé de donner le change à un vice que de l'abattre ; il faut donc offrir à l'orgueil du chrétien un aliment religieux , faire briller à ses yeux la vertu qui peut illustrer l'homme et justifier sa fierté. Dès-lors, le mépris de soi-même se trouvera renvoyé aux fripons, aux scélérats. Eh ! n'est-ce pas là sa place naturelle ?
Quant au vrai chrétien , il a mille motifs de s'estimer luimême ; il est destiné à partager la gloire de Dieu pendant l'éternité ; il a, pour y parvenir, la voie des bonnes actions, il a le secours de la grâce, les mérites de Jésus-Christ. Quel espoir de salut et de victoire ! Après cela un chrétien qui se înépriserait en marchant sous la bannière de Jésus-Christ ne ressemble-t-il pas au grenadier qui douterait de la fortune en suivant César ou Bonaparte ? Qu'un tel soldat soit renvoyé aux drapeaux de Franchi , et qu'il se méprise lui-même comme il est méprisé des autres.
Voilà déjà la Raison et la Religion contraires au dogme du mépris de soi-même. Ce sera bien pis si l'on met ce dogme aux prises avec la nature, les théories sociales et les idées libérales qui militent pour l'amour de l'honneur et Vestime 4e soi-même.
SO côHlriADICTlOild M L*ilMlM10lt.
C'est pourtant au nom de la nature que M. Ballanche nous présente le livre de Franchi , en nous apprenant « que la philosophie est trop fière , trop vanileuie, trop êtntneUi et êrap délicate pour comprendre Tabnégation évangélique; mais que le chrétien ne sera point épouvanté de Vamtmr ém m/fris de soi-même^ parce que le chrétien connaît le aafirel de la nature humaine et la profonde misère de Thomme. »
Tel est le début de Tapologie de Franchi. Il est oertain, comme Tobservo M. Ballanche , que la philosophie ne comprendra rien à tout cela. Il ajoute plus bas que le ehriUen vfesi qu'erreur. Si le chrétien n*est qtl*erreur, il se trompe donc quand il croit connaître le secret de la natare humaine. M. Ballanche soutient ici le pour et le contre; il plaide les deux causes : il gagnera certainement l'une des deux. La vérité est que le ehrétien n*est qu'erreur, que la vérité va lui être annoncée sous peu par le calcul des destinées sociales, qui renverra bien loin la grande et belle nUaion du respectable père Franchi. Ce calcul indiquera les moyens de tirer le chrétien de la profondeur de Vignominie où MM. Ballanche et Franchi veulent le plonger fort mal à propos , car il y est déjà.
Le R. P. Franchi voulant faire pâlir les éloquents discoureurs du Portique, et l'Académie, devant sa doctrine plehie, conséquente et sans lacune^ nous dit :
« Comment se fait-il que les sages de l'antiquité n'aient jamais vu dans l'homme cette poussière promise à la pourriture et aux vers? C'est que ce n'était pas à l'orgueil de dévoiler la vanité de l'orgueil. Que l'on examine bien, et l'on verra que cette doctrine du mépris de soi-même , qui paraft d'abord un si prodigieux sophisme contre toutes nos affections, serait la plus sublime conception de la philosophie, si elle n'était pas le résultat d'une science révélée. »
11 faudrait, comme dit l'écrivain, bien eûsaminer pour comprendre tout cela ; je le laisse à déchiffrer à de plus fins que moi. J'aperçois seulement que cette philosophie, qu'il avait si fort mal traitée dans la phrase précédente , est rentrée en grâce avec lui ; car il suppose ici qu'elle est remplie de éonceptions sublimes, mais qu'il lui en reste une à désirer : c'est la plus sublime de toutes^ l'amour du mépris de foi-méme. Eh bien ! elle peut se la procurer pour 30 sous ; il ne faut donc pas désespérer d'elle*
UN BlttDMf WbHWL M L4 MfC0M»HIE. M
L'on toit qaè TtiuCeur, après avôfr établi la renotnmôd de àdfù li^té aux dépens de ia philosophie, veut encore le faire acheter par lès philosophes en leur disant qu'il ne leur man« qoe plus que cela pour arriver au fiifte du sublime.
Mais qu'apprendroni-ils de sublime dans ce livre ? que noua sommes une pùuisière ^tnniie à la pùnrtUurè et ûut vert; voilà ce que M. Franchi leur reproche de n'avoir pas au. Ils le âavent très^bien et tout le monde le sait avt»c eUx. Les philoébphes n'ont jamais nié <^u'il falMt mourir : ils liôus l'ont rappelé sans cesse , mais en expressions môinl aublimes que la pourriture et leê t^ers. Si le livre de Fran* Chi peut leur donner ce style, l'on a raison de dire Qu'ils atteindront au grand sublime en le prenant pour guide.
J'ai attnbué au R. P. Franchi ces phrases tiréeè du J0tff>> nal d'annonce. Le i^te de l'apologie est dans la même teinte ; on j traite dn mystère de la croix, et par reapeéi pour la gravité du sujet, je m'abstiens de critiquer YéttU vain.
Mais est-ce avec de telles armes qu'on ose sérieusemeM attaquer la philosophie ! C'est vouloir lui rendre l'influence qti'elle a perdue, le suis son ennethi mortel comme invehteur du calcul des destinées qui doit anéantir À jamais toutes les rêveries philosophiques. Mais d'autres que moi seront tentés de se rattacher & cette science quand ils verront ses ennemis déployer contre elle des moyens aussi nuls que tamùur au fhtpriê de toi-même. 11 suffirait de mettre en crédit cinq OU iix cafarderies de cette espèce pour rendre la faveur géné^ raie aux philosophes par le ridicule de leurs antagonistes; el si J'étais évéque, intéressé activement au triomphe de la religion, Je ferais inviter au silence quiconque mettrait en avant de pareilles sornettes, dans un temps où le raisonne^ ment est nécessaire en matière de religion comme partout ailleurs.
Pour nous familiariser avec ces dogmes avilissants, l'apo^ pologiste Ballanche s'efforce de dorer la pilule. It noué dit d'abord que le mépris de soi'-ffiême est une abnègaticti imih àéliquê. Je ne vois là aucun sens: Je sais seulement que révangile nous inspire de Veeiime pùur noue même ea nottS (k^ppant d'un enthousiasme subit pour la vertu, à laquelle il prête beaucoup [dt ehamièt. fJ'adttifsi, dit 1.4. Rmtt^
8eaU| la sublimité des saintes Ecritures. Je ne pnis les lire sans me sentir meilleur. » Eh ! quand on se sent meilleor, ne 8*estime-t-on pas plus honorable qu'on n'était l*instant d*a* Tant? Si cet évangile est favorable, même aux schismatiques, combien une telle boussole doit rassurer ceux qui ont la foi, nourrir en eux l'espoir du salut et l'estime due à des compagnons futurs de la gloire de Jésu^Christ.
M. Ballanche ajoute encore que son mépris de iomn^ém est une persuasion d'impuissance pour le bien. Eh l qn'importe au chrétien la faiblesse des moyens. Jésus-Christ ne tient compte que de l'intention. La pauvre veuve n'avait pu donner qu'im denier ; les riches regardaient en pitié son offrande, et Jésus s'écria : « Je vous dis en vérité qu'elle a donné plus qu'aucun d'entre vous.» Jésus pense donc que nous pouvons faire le bien avec les plus faibles moyens, et M. Ballanche donne un démenti à Jésus en voulant établir que le chrétien est trop faible pour atteindre au bien. Un tel dogme décourage la charité et provoque Fimpénitence, en désespérant le pécheur que Jésus rassure avec tant d'indulgence.
((Que M. Ballanche se console de la disgrâce de son dogme, puisqu'il est très-eilimable par lui-même et excusable par une ((mode de cagoterie)) manie religieuse qui a saisi quelques jeunes gens. Par esprit du jour, chacun vocifère contre la philosophie, trop fiére^ vaniteuse, délicale et sensuelle^ et ceux qui parlent ainsi font leur propre satire ; car ces quatre défauts sont ceux de tout le monde, mais ils deviennent plus saillants dans ceux qui les reprochent aux autres. Le langage insignifiant et présomptueux ne convient point aux apôtres de la religion, et il sied encore plus mal à la religion de choisir pour missionnaires des hommes qui la traitent conmie un colifichet à la mode. Dans sa disgrâce elle a recherché de faibles appuis au lieu de rester fière dans son exil ; mais une fois raffermie, elle remerciera les jeunes orateurs qui, sortant du lit d'une courtisane, viennent singer les Thomas d'Aqum et les Ghrysostéme. Si ces jeunes gens ont des talents littéraires, que ne se créent-ils un sujet au lieu de se traîner sur les pas des pères de l'Eglise qui ont épuisé la carrière? Il faut que chacun d'eux reste à sa place, ((se tiennent à la littérature et au giron de leur belle)), que Tircis et Léandrç
LA ptdMimtfim M L^cM^iiiKiE. fë
te tiémièiit à la littérature quand ils ont quelques dispoelttons, et aux calembourgs quand ils n*ont aucun moyen. Il faut que les jeunes gens consultent l'Ëglise au lieu de la guider, ou bien si elle s'associe des imberbes pour apôtres, les gens de bon setis la condamneront au mépris dCellémême, mépris qui est le partage de quiecne^ue ne sait pas tenir son rang)).
Nous avons vti que eette profondeur de riamniniêy ainsi que toutes les' maximes d'une sainteté outrée, deviennent ridicules et dangereuses ; quand on les passe au creuset : on n*y trouve plus que de la graine à Tartuffes. Que penseraiton d'un bomme qui Viendrait nous dire aujourd'hui : c J'(it f amour eu miprU de moi-même. Je suis f humble valet dm hufi^Ue icrtrCleuff de Dieu, Je ne suis qu'une poussière promue à la pourriture et aux ters, etc. ? » Les enfants éclatefraient de rire ; on croirait entendre Thypocrite de Tolède dont Scarron nous a conté l'histoire, ce Montufar qui disait': «Je suis l'animal, le cloaque d'ordures, le vaisseau d'ininquités, la béte de chitrge du péché. » Et les enfkttts du plus loin qu'ils le voyaient venir, s'écriaient : Voici le saint ; au saint! au saint! Avec ces jongleries, il obtenait d'amples aumônes et riait aux dépens des dupes.
Si cette doctrine de l'abnégation de soi-même favorise les hypocrites, elle compromet les honnêtes gens : témoins Se* nèque pour les paroles et Bossuet pour les actions. Sénèqne^ riche à 40 millions, n'est-il pas le plus vil des charlatans quand il nous dit : «Méprisez les richesses, renonces au monde, embrassez sans délai la philosophie; la pauvreté e9t un bien. » Voilà une doctrine pleine, conséquente, mais avec lacune. Cette lacune est causée par la désertion de l'apôtfe luidDéme qui ne veut pas suivre sa doctrine. L'homme aiix quarante millions, il y aurait trop à tous répondrai nous tous renvoyons au tn^pWf de soi-même accompagné de notre mépris pour ifùusmime, car il n'est sorte de mépris que VtUÉ ne méritiez en tenant un pareil langage. ,
Bossuet n'était pas charlatan comme Sénèque ; il prêchait d'exemple, mais son imagination ardente l'entraînait dans lêli extases, les lubies aseétiques. Pour s'humilier, il confessait isomme un vicaire de campagne. N'aurait-il pas bien mieux servi h raligioii en s'oceopant à augmenter le ttombrtdaaea
34 Ljk wm iULvm t^mowmm. t
beaux ouvra^? Quel bien pouvait-il résulter de cette manie de confeseer? Les béates devaient courir à son tribunal pour s'en vanter comme d'un trophée, et pour pouvoir dire : c Mon confesseur, c'est monseigneur l'évèque, le plue fameux évèque de France. » Elles auraient inventé des pédiés pour prolonger l'entretien avec monseigneur. Leur pénitence était une œuvre d'orgueil ; en^rtant d'un confessionnal elles étaient bien loin du mépris de soi-même. Ainsi Bossuet, loin de sauver des ftmes, les souillait d'un péché de plus; tant il est vrai que chacun doit se tenir à son rang et s'estimer au moins ce qu'il est.
Cet engoùment du confessionnal n'ôte rien à la gloire de Bossuel; tout grand homme a ses faiblesses. Newton aussi a prouvé que le pape était l'antéchrist, et l'on a excusé Newton. Mais il faut la renommée des grands hommes pour foire passer de telles rêveries que rien ne peut excuser dans un homme vulgaire tel que le R. P. Franchi, véritable cafard, avec son amour du mépris de soi-même.
Tous ces verbiages sont morts et enterrés. Un orateur sacré qui parle aujourd'hui sur ce ton est d'autant plus blâmable que la religion catholique peut être présentée sous des couleurs convenables à tous les siècles et à tous les pays. Il suffit de la dégager de tout ornement et de l'abandonner à sa belle nature qui n'a rien de compatible avec le mépris ni avec la bassesse. Elle ne méprise pas même les grands coupables. Jésus vient encore à eux dès qu'ils le réclament. L'homme, qui a commis tous les crimes et qui fatigue la terre, se trouve pardonné et transformé en demi-dieu dès qu'il invoque la religion. Ce n'est plus un criminel qui marche au supplice, c'est un saint qui vole dans les bras du créateur. La foi est une baguette enchantée qui convertit Targile en or. Si la foi touche sur l'échafaud un parricide repentant, aussitôt le parricide reluit de la gloire éternelle.
0 vous qui voulez accabler le pécheur et le plonger dans la profondeur de Vignominie, il se rirait de vous. Au fond de l'abîme il s'élève à la sublimité dès qu'il veut se rallier à la foi. Non, vous n'imprimerez point sur le chrétien un mépris que la religion ne déverse pas même sur les infidèles ; car elle les plaint et les appelle. Nos missionnaires vont au loin braver les périls, les outrages et la mort pour éclairer les barbares que la chrétienté juge encore dignes de sa solU*
M dàë<y #tj d* Mb ûMM^Éàë. as
citode; et tous, apôtres qui ne datez que d'hier, vous voulex dégrader les diréfitas par le mépHi d*€us^mêmtf\ Vous êtes de médiocres avocats qui gâtez une superbe cause par votre faiblesse. Plus TÉglîae aura ê^eiUmepam' «HeHNÂnt, plus eUe méprisera vos dogmes lâches et vo» demi-mesures. Que signifie cette idée de vouloir affermir les croyants avec une brochure? L'Église doit-elle se mettre aux genoux des lâches pour les faire avancer? Celui qui n'a qu'une foi chancelante doit être repoussé de l'Église comme un objet de scandale, d'ineptie el de corruption. Il n'y a qu'un sot qui puisse hésiter sur la foi. Tout homme raisonnable croira ou niera sans tergiverser. Quiconque flotte entre deux partis mérite le mépris de l'un et de l'autre. Votre livre convient aux êtres vils et sans caractère ; mais, aux yeux de l'homme d'honneur qui a une opinion, vos dogmes sont la plénitude du ridicule, et vos moyens là plénitude de la faiblesse.
Au reste, votre doctrine aura bien le sort qu'elle mérite. Elle fera, selon vos paroles, sourire didaigneuummt ses apôtres mêmes ; elle ne recueillera que la risée et le mépris de tout le monde ; elle n'attirera que le dédain sur son ténébreux auteur et la pitié sur ses apologistes.
C'est trop débattre une thèse qui ne mérite pas même d'ê* tro éclairde ; aussi ai-je glissé sur les questions sérieuses. Concluons sur le titre de ce capucinal ouvrage, car je n'en connais que le titre et quelques phrases qu'on en a extraites pour former l'annonce :
40 La première phrase du livre : Vamour du miprii di soi-mémey est inintelligible, quoique limitée au court eqiaoe d'une ligne;
2« La moitié de cette phrase : le mépris de êoi-méwiÊ excite un conflit entre deux sciences : la théologie et It doctrine sociale, ce qui entraîne des commentaires interminables.
Si cette première ligne, qui doit être soignée, donne lieu à de tels débats, il est probable que la première page pourrait produire un volume de controverse. Eh 1 que serait-ce du livre entier? Voilà donc un ouvrage bien éloigné de It simplicité et de l'esprit conciliateur de Jésus-Christ.
CoBUrefarae à crand orehaatr*.
Triomphe de l'humble line d« l'humble serviteor de Dlea.
plein sutcès de U grande et belle mUiioa du reapecUbk ptlt Froacht.
Earaiemeat de) plii« hoanétui gens dnoa la noble secle da rn^rb de soi -même.
Signalement de divers orEucill«ui STeoglfe par la vanité de l'orluell.
Cmiruston de la phlloH>phle tni]) itère, délicate, vaniteuse et mo-
Doctrine pleine, consèqoente et laai lacune de l'tlourderie vi^ Tirée Ile.
Piomeue de plusieurs bltiliotliéques à la pounllure, aux Tert et à lo proCondeur de l'ignumlnie,
CONVUnslON DE TOUS LKS INCUI>tn.BS A LA CSOTANCS USiVEMSIOAM-
Hoprenez courage , père Franchi ; j'eatr«voii pour v«vs une immenie evrièrd de gloire. Laissai les biatae ds fW rence, je vais voua créer uns anuée de prosélytes panoi CM gens du monde dont vous désespériez.
D'abord faisgna adopter votre doctrine à ia belU oemp»goie qui donne le ton et qui la répandra partout.
Présentons donc le livre du nwprù de toi-ménu duis cw> laiiMa ooteriea où il se dit tant de paroles oiseu&iS, où il régne une langueur à dormir debout. S'il e»t une situ«tioii où l'hODoéte homnte éprouve If didai» dt tai-mtmt tl4*Hi vaititu, o'eat dana ces bonoes sociétéi d'étiquette où ctwcwi dit ù part soi : t Combien nous sommes guindés, «(bdii «I accablée de qoe propres niaiseries I ■
Certes, é nains qu'on o'estimo la bêtise, il est imposùbU de s'estimer soi^méoie dans Its instants où l'on participe À cesstupides entretiens sur la pluie et le beau temps, lac cbirss santés et autres fadaises qui Font bailler quand on f penM. Hais coimna les habitués de ces réunions soporiDauw peuvent l'sstimor hors de là , l'ouvrage du P. Franchi leur fera trouver des charmes dans ces iostants d'étiquette où lia sont réduits à fê mèfTùtr eux-mtaut.
J'entends leur réplique. Les jeunes diront que , dans ces éternelles soirées, il y a des dessous da cartes, et que, tout
M L'AMOUR DU MRf A» DE SOI-MÂME. 37
n jooant à la béie kombrie avec les mamans, on jette de 9inbre sur quelques farces qui ne sont pas bêles. A la bonne eure I Ceux-l sont les rieurs de la coterie, raison pour les litres de c se mépriser eux-mêmes. > Je ne place pas tous is maris dans cette classe , car souvent la belle compagnie ui visite leurs femmes [ I > et combien voit-on de
iunes gens riches qui no voient dans le mariage qu*un loyen d'attirer chez eux qui bon leur semblera, sous pré* ixte de liaison avec leurs femmes !
c Bah , bah ! diront les parasites, qu*est-il besoin d'amou. Dites? nous trouvons dans nos sociétés des repas où le serice est plein ^ cotuéquent et sans larutie^ nous y vivons omme des dieux , en payant de compliments, à la ville et à 1 campagne; nous rions tous les jours aux dépens des amhytrionsqui se mettt*nt en frais et en peine plusieurs jours
Tavance pour nous bien traiter. > C*est fort bien dît : aison pour les amphytiions de se mèprlitr eux-mêmes. >r, sans amphytnons et sans amours , comment se soutienrait la belle compagnio? Cependant, on affecte de se fré* uenter par pure amitié ; on rejette bien loin toute idée de riandise ou d*amour. Après cela que verra-t on d'estimable ans des réunions qui n'osent pas avouer les motifs de leur asscmblementi
Voilà un grand pas de fait, R. P. Franchi ; en tenant les ;ens du beau monde, vous tenez tout le reste.
Si y de la belle compagnie» nous passons à la laide, votre ivre va faire merveilles. Il est beaucoup de gens qui , sur la In du XVllI* siècle, ont mérité le mépris d'eux-mêmes et des lutres. Ils doivent recourir à vous, P. Franchi ; vous savez •nseigner t l'nmourdu mépris; » vous pourrez les familiariser ivec leur humiliante renommée; c'est encore une classe lombreuse que vous aurez débarras.sée d*un pesant fardeau. Consentez donc , après tant de prodiges , h rottf estimer TOUMiiême,
Volez , P. Franchi , de triomphe en triomphe. Voici de lauts personnages a enrôler sous vos drapeaux ; les rivaux )olîtlque8 et litâraires, tous gens qui doivent furieusement i 80 mépriser eux-mêmes, » si l'on en croit leurs antagonis* :es. La moitié d'entre eux ayant raison , l'autre moitié revient nécessairement au mépris de soi-même, aux a humbles préceptes de l'humble serviteur de Dieu. »
Pounuirez , «respectable P. Franchi , voire tp^pàà ^ belle miaeioD» » voici une classé nombreuse de peâNÉnî convertir : ce sont lès amants. Ils revienneat tAt'oa tàtîï vos préceptes, car ils se brouillent, et dès-lors chacun dTen prouve que Tautre doit se mépriser luinnème. Ils ae le diseaft réciproquement , en prose et en vers de sodété, h la lecture desquels on exprime souvent c du mépris pour eux-mêmeSi • ce qui est trop rigoureux , car la plupart de ceux qui dfvouent si légèrement au mépris les essais de sociélé aéraient bien confus si on les mettait à Tépreuve; le OM^ndra édianlillon de leur talent les réduirait k v la profondeur deTig^omiuie » : ils ne pourraient pcutrétre faire ni bons ni mauvais vers, et « leur orgueil sérail rabaltJ par la vanllé de leur orgueil.» Avis à certains juges incompétents qui ae mêlent de prononcer.
VoiUi d^ày P. Franchi, beaucoup do recrues; tout cela n*est que bagatelle. Voulez-vous faire un grand coup de filet qui donnera tout à coup des armées innombrables , comme la réquisition? Présentez votre livre h ceux qui sont en
si grand nombre : à mots c(»u verts , les Quand ils
exigent une fidélité inviolable , ils ont beaucoup d*MltM pour eux-mêmes. S'ils méritaient ccUo préférence exduittve, on la leur accorderait sans aucun serment. Cependant ils attachent très sérieusement leur honneur à cette fidélité, et comme elle ne leur est point gardée, voilà des gens dont l^kanneur est perdu; ils sont réduils à se mépriser euxmêmes. Il faut, P. Franchi, diviser celte grande confrérie en troupes à pied et troupes à cheval. Il est une classe
de accommodants, ceux qui, dédaignant c l'orgueil de
la vanité de Torgueil , » ferment les yeux cl tirent parti de leur disgrflce ; ceux que le vulgaire appelle comarit formeront la cavalerie ; ce sera le mépris de soi même \ cheval sur le m^prif des autres.
G>ntinuons à recruter pour la cavalerie. J*ai ouï dire que les procureurs sont , de temps immémorial , familiarisés an wiépris des autres et au mépris d'eua-mémes; ils ont donc ks deux qualités requises pour la cavalerie. Ils serviront dlnclination sous les drapeaux du R. P. Franchi.
Voici des soldats qui seront plus récalcitrants : ce aont les auteurs sigtés. Ils ont déjà le mépris des autres, ils ne leur manquerait que le mépris d'eux-mêmes pour faire une
bonne troupe à cheval ^ mais ils ne veulent pas consentir à se m^riser, et ils ont un peu raison , car s*ils sont tombés, c*est peut-être faute (ravoir garni le parterre de battoirs. D'ailleurs, pour faire une mauvaise pièce, il faut avoir plus d*esprit que les trois quarts de ceux qui la sifflent; c'est pourquoi les auteurs dramatiques sont bien en droit de mépriser le public dont ils sont mal accueillis. Mais si Ton veut absolument les ranger dans Tarmée du mépris de toi' même , donnons-leur une place au dessus du vulgaire : met* tons-les dans rartillerie, puisque leurs pièces sont des foudres qui mettent le public en fuite.
Il est, père Franchi, une classe de votre armée que le public nommera par acclamation : je parle des agents accessoires, des fournisseurs, etc. En les nonmiant on ne changera rien à Tordre établi, et ceux qui ont servi Tarmée de ligne pourront briller aussi dans l'armée du méprit de soi-même. Ils se moquent de cela. Ils aiment encore mieux leur renommée que le temps où ils étaient une poussière livrée à la pourriture el aux vers. >; ont-ils pas raison, P. Franchi? Ils savent qu'en civilisation la pauvreté et la profondeur de l'ignominie sont synonymes, et, pour éviter cette pauvreté, ils adoptent la philosophie délicate cl sensuelle^ ils rejettent la philosophie fière el vanileusej en quoi ils diffèrent de M. Ballanchc qui confond ces deux classes de philosophie.
Songeons à la Religion, P. Franchi; créons des missionnaires et des aumôniers. Pour missionnaires dignes du mépris d'eux-mêmes, on pourra prendro divers jeunes orateurs qui font de la Religion un coliGchet de mode. [Ici une partie du passage rapporté plus haut , p. 32, comme rayé, depuis jeunes orateurs qui, Jusqu'à tenir son rang,]
Quant aux aumôniers, nous pourrons prendre les philosophes de la classe morale, excellents pour les rôles de nullité. Ils se tiendront bien honorés de 6gurer dans l'armée des gens â mépriser, car ils sont totalement oubliés, ils sont morts au mépris comme à l'estime ; en les plaçant dans vos légions, on leur rendra le service de les ressusciter, car ils ne sont plus de ce monde.
En voici qui ne sont pas morts, mais qui mourront quand le bon goût commencera à renaître : ce sont les faiseurs de caUmhùurgs. Nous leur donnerons la place d^enfanls p$rdm. lis sont MiAifito par la tournure de leur esprit, ils sont per*
((Ils :>ont comme le petit eh
pour exerœr sa faible dent
parce que le genre banal fa^
n y a qu'un moyen de les déi
pondre ; car si on relève un <
quent par deux autres. C'est
deux tètes lorsqu'on en coupe
dans Tannée du mépris de so
par vingt calerabourgs où ih
moi-même. J'y consens : s'il
veux être digne de mépris pc
eux. Soit dit, sauf les excepti
dier» qui ne songent qu'à rin
«ont en bien petit nombre et
nunvaise compagnie.
Revenons, père Franchi, i a ml sur la besogne qui nous encore dans votre armée un p< des capitaines à la suite , des général, enfin des goujats.
^ffrtÊ-wrifiamme. — Qui est lîona! dans l'armée du mépris i qui se laisse traîner dans la secte oui endum nana rAr^Ur,,,,