‹ Publication des manuscrits de Charles FourierChapitre 98 sur 136 · ÉDUCATION DE LA BASSE ENFANCE · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DE LA BASSE ENFANCE

(1826. — Extrait des cahiers 26, 30 et 31, cote 10.)

Depuis trente siècles on met en question si Thomme est né vicieux ou vertueux , et selon Tusage on n*est parvenu qu^à embrouiller la discussion. Ici va finir cette vieille controverse. On va se convaincre, dans cet abrégé d'éducation naturelle, que non seulement Thomme est né vertueux , en. clin à Injustice, la vérité et Tunité, mais que tous les vices sociaux qu'on lui reproche sont des impulsions de vertu , dénaturées par le régime civilisé , régime contraire au vœu de ^attraction , et travesties par les entraves qu'il oppose dès le bas-âge à l'essor des passions.

Dès ce moment il faut cesser de calomnier les passions; CD va voir qu'elles deviennent toutes précieuses en régime sociétaire, et qu'elles y produisent en tout sens les vertus réelles ou vertus favorables ^ Taccroissement des richesses, à Tattraction industrielle et à l'unité sociale.

L'homme est né avec les germes de vertu , sauf le libre emploi ou régime des séries passionnées qui lui font trouver son intérêt ou voie des richesses et des plaisirs dans la pratique de la vertu. (Il est entendu que je parle des vertus sociales, vertus productives et conciliantes, propres à former des liens sociaux et accroître les richesses; quant aux vertus religieuses, elles ne sont pas de mon ressort ; je ne m'occupe ici que de l'industrie sociétaire et des penchants de l'homme appliqués ^ cette industrie.) Mais si Thomme , quoique né avec tous les genrics de vertu, se trouve placé dans Tétat civilisé et barbare, ou régime de morcellement industriel , ou dans le régime sauvage, qui est Pabsence d'attraction industrielle , il doit s'adonner au vice qui est l'unique voie des richesses et des plaisirs.

La Phalange d'essai ayant pour but de créer Pattraction industrielle, de transformer les 7/8 des travaux en plaisirs, quelle sera la pierre de touche qui pourra constater dès le

104 ERFAIITS 8E PORTANT SPONTAHtapaT AV TEATAHm

premier mois la Justesse des procédés mis eo jeu pour finrs naître Tattraction industrielle? Ce sera Padbésioa des es* fants bien plus rétifs que les pères à tout os qui heurte les impalsions de la nature.

Les pères connaissent le besoin de gain, et traYtilleot par raison ; ils seront empressés et même trop ardents de déférer aux intentions de la Régence, et tarderont» par oette niseo, à discerner leurs attractions réelles en industrie. Les anfiBits ne connaissent ni raison , ni besoin futur ; ils sont tout à la nature, au plaisir du moment, sans vouloir entrisaser les résultats. Il faut donc, en attraction, spéculer d*abord sor les enfants. Si donc on parvient k amorcer les enfinilB m travail , les y entraîner par plaisir» on y entraînera d'autant mieux les pères, plus disposés à se priver d*un plaisir par spéculation de bénéfice. Ainsi , pour juger si le système dTin* dustrie sociétaire est conforme â la nature, il faudra examiner si les enfants 8*y portent spontanément aux travaux utiles et productifs , sans aucune injonction ni exhortation , si le plaisir seul sufiBt h les y conduire dès Tinstant où ils peuvent marcher et agir. Du moment où ce prodige sera réalisé, la Civilisation sera condamnée tout d*une voix, et les curieux accourront do partout pour voir Thomme ramené à la nature, l'homme devenu industrieux par plaisir dès Tàge de 3 ans, et les enfants plus sages, plus laborieux à 3 ans que no le sont aujourd'hui les pères à 30 ans.

Eh ! quels ressorts mettra-t-on en jeu pour opérer ce prodige t Un seul ressort, et toujours le même : l'emploi des séries de groupes contrastés , en ayant soin de les assujétir aux 3 règles :

Rivalité^ par essor de la 40' passion, la Cabaliste, qui crée plaisir d'intrigue, exige des discords entre groupes contigus et de nuances très rapprochées;

Exaltalion, par essor de la 42* passion, la Composite, qui crée plaisir d*ivresse, établit des accords de contraste entre les groupes éloignés, cl d'identité entre les sectaires de même groupe;

Engrenage, par essor do la 41* passion, la Papillonne* qui crée plaisir de variété, e?[igo des séances très courtes, afin d'activer les discords en Cabaliste et les accords en Composite, et de pouvoir former la quantité de séries nécessaires aux accord de répartition.

LA BOUSSOIiE SOCIÉTAIRE. 405

Dieu nous a donné une boussole sociétairo et non pas deux. Cette boussole est l'attraction développée par séries. Elle doit, s*il y a unité dans le système de Dieu , être boussole pour les enfants d*un an comme pour les hommes de 50 ans. Il n*y a pas d'autre guide pour tous les âges, et partout où on applique les 3 passions ci-dessus à des séries industrielles, on voit naître Tattraclion industrielle.

£h ! quel est le point où éclate la duplicité d'action dans nos systèmes employés sur la basse enfance? c est qu'ils ne créent point en elle l'attraction industrielle, ils no lui impriment point le goût des travaux utiles dès que Tenfant peut se mouvoir ; ils De l'entrainent qu'à mal faire, briser, souiller, détruire; ils la dirigent donc à contresens du luxe ou richesse, premier but de l'attraction. Ils mettent l'homme dès le plus bas âge en guerre avec lui-môme, avec sa propre nature.

Nous allons \ oir refifct opposé dans l'éducation harmonique do l'enfant de 2 a 3. Tous ces avantages tiennent exclusivement à l'emploi des séries passionnées appliquées aux indidus, aux fonctionnaires et même aux édiûces; et comme on ne peut pas organiser le mécanisme des séries passionnées sans intervention de l'industrie agricole et manufacturière, qui exige l'intervention de la classe populaire , les riches ne pouvaient pas, à eux seuls et avec leurs domestiques , organiser une phalange d'harmonie passionnée pour y faire élever leurs enfants selon la méthode naturelle qui n'est applicable que dans une réunion où la classe agricole et manufacturièro fîgiire au moins pour les ^ji.

Il résulte de là que l'éducation sociétaire doit être une pour les 3 classes : riche , moyenne et pauvre , puisqu'il n'y a qu'une seule méthode , que l'emploi des séries pour créer l'attraction industrielle et donner un plein essor aux facultés corporelles et intellectuelles.

Dans l'état actuel , l'éducation ne peut pas se prêter à Tunité de système, parce que les 3 classes ont une destination fort différente, les riches doivent être employés à l'oisiveté ou a des fonctions parasites, les pauvres à des travaux grossiers, ingrats et répugnants, les bourgeois à des fonctions astucieuses do commerce et de chicane. Il serait fort inconséquent de donner à ces 3 classes la même éducation ,

400 TBUl!) CLASSES DISCUItU VNT£S EN CIt ILISATIO\.

Ion même qu'il n'existerait pM Mtra «Hm ma i i r^nir In enfiinis.

En outra, le pauvra élHnt réwrré i privations, parca que l'induatrie lépt^ exorcte qmpar des misérables, il nnit mil A pnpMiliU donner le* mœura poUefcs qui m coovieiiiiMit qv>Bi |Mi vJTsnt (tant l'aisanco. Les roBTeaa&na deirieBMnt,Mi ÂBt- ' rentes dans l'ordre sociétaire, oA le pauvre est dskiaé t m manquer de rien, A mener une vie trto douce, trèi bsoteMS. et où son inatnictkm, sa politesse , dariennent un dame poDr Ira riches qui se roncontrbnt chaque jour avec lui daat les travaux agricoles et msnuracturiers devenoa «tlnfals. l/s mécaninne d'sttracUon serait Taussé et désor^niad si le pauvre n'était pas poli et éclairé, et c'est par celte niaon que la phalange d'essai fera birn do s'établir dans un pays de mœurs polies, de manières civiles comme en Touraine et aui environs de Paris, où les pluj pauvres gens ont souvent un meilleur Ion que les marquis de certaines provinces.

L'oilucalion sociélairo cl naturello peut so distinguer en 9 degrés ou échelons ;

Nourrissons et nourrifscnncs. ... 0 à 9 mois.

Poupons et pouponnes 9 A 2) mois.

Lutins et lutines 34 à 3G mois.

Bambins et bambines 36 à i 4/2 ans.

Chérubins et cliérubincs Hjiàe iji ans.

Séraphins et séraphincs 6 1/i à 9 ans.

Lycéens et lycéennes 9 ù ti ans.

Gymnasiens et gymnasicnncs. . . 1 i à 15 ans.

Jouvenceaux et jouvence 1 1rs 43 à 49 ans.

Pour simplirier, il est mieux de les classer en 5 période', qui sont lo prélude et les i phases.

Prétuilfl ou étlucatioii matérielle 0 à 2 ans.

("phase. Ê'Iucat ion antérieure Sâi tfi

t» phase. rilérieure i4/ià9

3' phase. ultérieure 9 à 49

i* phase. postérieure 45àS0 4)

(f J 21 , cote 9.— On divise l'éducation iiamumienna en i

ÉCBBLUB DES TftlBUS KNFANTIXBfl. 407

La Phalange d'essai > opérant sur des enfants élevés on QviHaaiiOD , ne pourra que peu ou point tenter toutes les opérations à (aire sur l'âge de 9 à 20 ans. Par exemple, comment trouverait-elle dans l'âge de 45 à 20 ans un corps de vestales ou vierges, quand il est connu qu'en France, dans les vertueuses campagnes , asile de l'innocence, on trouve fort peu de filles vierges h 40 ans?

Il faudra donc négliger la plupart des dispositions applicables aux âges de 40 à 20 ans, mais on pourra opérer avec succès sur les âges de 2 à 9 ans, cl mieux encore sur Page brut, de 0 ^2 ans?

L'âge brut ou enfance, de 0 à 2 ans , doit être divisé en 2 ordres.

Les nourrissonSy ou allaités, de 0 à 4 an.

Les pouponêf ou sevrés, do 4 à 2 ans.

Puis vient une espèce d'âge mixte , les lutifis , de 2 a 3 ans.

Dans l'âge brut , et surtout dans la première année, il semble que Tenfant n'exige que des soins matériels. C'est une erreur qui ne règne point dans l'état sociétaire. Dès le premier mois on lui donnera des habitudes sanitaires et préservatrices de maladies, on l'y façonnera à un régime si salubre au physique et au moral , que la mortalité des enfants sera do moitié moindre dans la Phalange que dans une bourgade civilisée, et que l'enfant à l'âge de 2 ans sera au moins égal en force et en intelligence aux enfants civilisés de 3 ans.

Sur chacun des cinq sens il est quantité de rafiinements auxquels il faut habituer l'enfant. L'éducation civilisée n'a

phases ; on a 2 vibrations qui comprennent les 6 jeunes tribus dans l'ordre suivant :

Vibration inférieure, 2 phases.

Antériiure. 4'* phase. Chœurs des Bambins et Bambines. Cilérieure. 2* phase. Chœurs des Chérubins et Chérubtnes.

Chœurs des Séraphins et Séraphines.

Vibration supérieure, 2 phases.

Ultériiwri. 3* phase. Chœurs des-i.ycéens et Lycéennes. tH)tièriiure. 4* phase. Chœurs des Jouvenceaux et Jouven*

celles.

ae Ja l,„T-, ™""» Citoyema .

LA 8ISai£ DES BONNES. iÙ9

n par une seule personne qui , dans le cas de maladie, les aserait tous dépourvus de soins.

La nature veut que le quart des femmes , un quart seule- ;nt (mère ou non mère, car souvent une femme stérile aura goi^t pour le soin des petits-enfants), se passionne pour . soins de la prime-enfance, et que, sur ce petit nombre de ornes, chacune se borne à soigner seulement une petite ca- ;orie d*enfants.

Si toutes les mères qui ont peu ou point de goût pour le in des marmots se tenaient aux séristères du bas-âge, elles combreniient les salles et fatigueraient celles qui ont la saion de gouverner ces salles. En oubliant ces marmots, es se rendront utiles dans d'autres fonctions dont Dieu ir a donné le goût. Telle mère qui se déplaît autour d*une ïhée d'enfants criards , se passionne pour le fruitier, les Tes-chaudes, la confiserie, etc. ; elle en fréquentera les Dupes et y brillera. Chacune sera à sa place, et il sera ident que Dieu ne veut pas employer toutes les femmes X mêmes fonctions, comme l'exige le régime de morcellemt industriel , appelé doux ménage, tendre sentiment de tendre nature.

Qu'on fasse le compte exact des femmes qui n*ont que peu point do goût pour le soin des enfants, on verra que Dieu listribué les caractères et les penchants dans la proportion nvenablo ; que sur 360 femmes, on n'en trouve guère que 4/4 ou le 4/8 qui ait un goût prononcé pour telle ou telle anche de fonction de ménage; et puisqu'il n^en faut que tte quantité dans l'ordre sociétaire, pourquoi le suprême onomc en aurait-il créées davantage? Il a dûjormernos ractèrcs pour l'état sociétaire auquel il nous destine, et »n pas pour Tétat civilisé et barbare. C'est de quoi l'on ra convaincu dès les premiers essais de la Phalange, où »n verra les caractères en juste proportion de nombre et intensité avec les emplois sociétaires. La plus grande des lies humaines a été de vouloir changer et réprimer les pasons, au lieu de chercher le mécanisme auquel Dieu les a ^tfnées.

On accuse de vice les mères lorsqu'elles dédaignent le soin 58 marmots; c'est condamner le principe de division du tralil et distribution en série de fonctions , qui est la base de ute économie et de toute sagesse. Dans les seules classes de

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