PRESSE A CYLINDRES
POU» FHAPPEH LES PIÈCES DE MONNAIE, JETONS, MEOAILLBS, ETC., PAR M. BOVV, DE GENEVE, ET CONSTRUITE PAS M. CAR LIEU , A PARIS.
Le principe sur lequel repose cette presse est tout à fait différent de ceux des machines mises en usage jusqu'ici pour la fabrication des monnaies. Il consiste simplement en deux cylindres à axes parallèles à mouvement de rotation continue, et tournant en sens contraire, comme dans les laminoirs.
Ces cylindres renferment, à leur contour extérieur, des matrices ou poinçons gravés, propres à l'impression des pièces que l'on veut fabriquer.
Ils permettent d'y appliquer des viroles lisses, des viroles cannelées, des viroles brisées à légendes, etc., comme dans les machines connues.
La lig. 7 (pl. 22) est une coupe transversale de la machine, faite perpendiculairement à l'axe des cyliudres.
La fig. 8 est une section verticale faite par cet axe.
On voit par ces figures que l'un de ces cylindres , celui du dessus A , reçoit l'action du moteur ; son axe se prolonge suffisamment en dehors de la cage pour porter un engrenage B, commandé par un pignon B' qui est monté sur l'arbre de couche en fer C. Cet arbre, muni d'un volant à frein C, peut être mis en mouvement par un moteur quelconque , au moyen des poulies I), D'.
Le second cylindre A' est à peu près construit comme le premier et d'un diamètre égal, comme portant le même nombre de poinçons.
Deux roues droites en fer EE', taillées avec soin, sont rapportées à l'une des extrémités des cylindres pour se communiquer le mouvement.
Dans le milieu renflé du* second cylindre A', et sur son contour extérieur, sont pratiquées des excavations destinées à recevoir des poinçons ou matrices a (fig. IOj de forme cylindrique, qui reposent dans le fond de leur cabinet sur des calles ou disques métalliques c, lesquels règlent exactement leur écartement par rapport au centre ou à la circonférence du cylindre. Des bultoirs 6, placés de chaque côté des matrices parallèlement aux génératrices du cylindre, sont logés dans des entailles faites exprès sur celui-ci, pour presser les poinçons et les faire marcher successivement d'une certaine quantité du dedans au dehors. Cette marche est nécessaire pour déterminer la sortie de la pièce qui a été imprimée ; mais pour qu'elle
puisse avoir lieu , h s buitoirs remontent aux instants voulus des cames qui les repoussent à propos, tandis que des ressorts d les ramènent bientôt à leur position primitive.
Au milieu et dans le pourtour du premier cylindre A sont aussi faites des entailles propres à recevoir les poinçons à rotule a' d'une forme hémisphérique (fig. 9), afin de pouvoir prendre un léger mouvement d'oscillation, nécessité par la rotation même des cylindres sur eux-mêmes. La face droite qui termine chaque poinçon et qui est gravée, passe exactement par le centre de la sphère, mais la circonférence extérieure de cette face doit être un peu excentrée, par rapport à la surface même de cette sphère. Cette forme d'ailleurs est très-convenable, en ce qu'elle permet de faire les poinçons en acier fondu et d'obtenir une trempe régulière très-homogène, et surtout bien moins susceptible d'accidents.
Des coussinets, ou coquilles convenablement ajustées, peuvent être, au besoin , rapportés dans le fond des cabinets sphériques de ces poinçons , afln d être renouvelés au besoin, ils peuvent être en acier trempé, et à l'aide d'un système de calles et de vis de rappel, on conçoit aisément qu'on pourrait les régler avec toute la précision désirable,- comme aussi centrer les poinçons avec la même exactitude. On n'a pas à craindre, par ce moyen, qu'ils soient susceptibles de prendre du jeu , puisqu'on peut toujours y remédier.
Des ressorts en acier e (6g. 7) viennent s'appuyer par le bout sur les bords échancrés des poinçons-rotules, afin de ramener ces derniers à la position naturelle qu'ils doivent occuper dès qu'ils ne sont plus en regard des premiers poinçons a.
Pour diminuer le frottement des poinçons a' on a pratiqué dans l'intérieur même du cylindre A plusieurs petits canaux ou conduits, qui permettent d'y faire arriver de l'huile de l'extérieur de la machine, afin de les tenir constamment graissés pendant le travail.
Un tube ou canon F, renfermant les pièces que l'on veut frapper, est destiné à livrer successivement chacune de cos pièces à l'action des poinçons dont les cylindres sont munis. Il est aisé de voir, par la fig. 7, comment elles peuvent ainsi se présenter entre ces dernières. En effet, la circonférence extérieure du second cylindre A'est enveloppéede platines adirées /, qui sont percées chacune à leur milieu d'un trou cylindrique égal au diamètre môme des poinçons a; ces platines sont destinées à former le cordon ou le bord extérieur de la pièce ; elles peuvent être disposées de telle sorte d'ailleurs, que le cordon soit uni, cannelé ou à légende, comme on le jugerait nécessaire. Or, chaque poinçon a se trouve en retraite par rapport à ces platines, d une quantité qui est proportionnelle à l'épaisseur même de la pièce à frapper. Ainsi, lorsque les cylindres se trouvent dans une position telle que l'exprime la fig. 7, la première pièce qui est au bas du canon est en contact avec la surface de la platine; mais aussitôt que le poinçon, qui se trouve à l'arrière, se présente à l'emltouchure de ce canon, la pièce
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tombe naturellement dans le vide formé par la platine , et se pose sur la face plane gravée du poinçon. Alors les cylindres continuent à marcher, le poinçon amène cette pièce vers le prochain poinçon rotule qui , pour faciliter son introduction entre eux deux, pivote légèrement sur lui-même, comme s'il tournait autour d'une charnière. La pièce ainsi saisie est bientôt complètement engagée entre les faces gravées des deux poinçons, et se trouve de celte sorte imprimée des deux côtés à la fois.
Lt comme par l'énorme pression qu'elle reçoit dans ce passage, elle tend naturellement à augmenter de diamètre, elle se trouve, par cette raison , imprimée aussi sur tout son pourtour, au moyen de la bride qui l'enveloppe exactement dans toute sa circonférence.
C'est alors qu'il faut la dégager, car prise ainsi, elle adhère nécessairement au poinçon du cylindre A ; cette opération s'effectue avec la plus grande facilité au moyen des buttoirs 6, dont nous venons de parler, et qui rencontrent à propos les cames fixes saillantes, par lesquelles ils sont poussés ; et l'espèce de couteau ou de grattoir à contre-poids g achève de faire tomber la pièce.
Les cylindres ont leurs collets ou tourillons reçus dans des coussinets qui ne leur permettent pas de jeu dans le sens de leur longueur, parte qu'ils forment une large base de chaque côté ; pour plus de sûreté, afin que les centres des poinçons restent constamment dans un même plan perpendiculaire à l'axe des cylindres , ceux-ci sont exactement emboîtés entre les deux joues de* cages forgées qui reçoivent leurs coussinets. Ces derniers sont serrés au moyen des coins à vis h que l'on peut régler à volonté.
Les pièces, enlevées comme nous venons de le dire, aussitôt qu'elles ont passé à l'action des poinçons, à l'aide des buttoirs qui les dégagent , s'en échappent sans aucun choc , et par conséquent sans éprouver aucune atteinte. Rencontrées par le couteau g% elles tombent dans une boite que l'on renferme dans la caisse J, servant de bâtis à la machine.
Le produit d une telle machine, mue par un moteur continu et régulier, est de plus de 100 pièces à la minute, soit de 60 mille pièces par journée de 10 heures, travail bien plus considérable, comme on le voit, que celui obtenu par les presses à balancier, dans lesquelles il faut une puissance énorme, comparativement à celle nécessaire pour celle-ci. Aussi il résulte de l'emploi de ce système, non-seulement un bien plus grand nombre de pièces frappées dans le même temps, mais encore une économie de force motrice notable.
Cette presse ne fait pas de bruit lorsqu'elle fonctionne, et n'est susceptible d'aucun dérangement ; elle est d une construction simple et occupe peu de place. L'ouvrier chargé de la conduire peut être dans une sécurité complète pendant son travail.
Dans des circonstances accidentelles où quelque obstacle se présenterait pendant la marche de la machine , celle-ci est encore construite de telle sorte qu'elle pourrait s'arrêter d'elle-même. Ainsi le volant C, qui est placé
sur l'arbre de commande, n'est pas invariablement lixé sur cet arbre, il y est retenu par une espèce de frein, fig. 8, qui le rend libre détourner sur lui même, sans entraîner l'arbre, dès qu'une résistance plus grande que celle habituelle se rencontre à l'action des poinçons, de sorte qu'on en est aussitôt prévenu, et on peut aisément y porter remède.
M. Rovy proposait d'appliquer à cette presse un appareil simple et peu dispendieux, servant a compter ou à peser toutes les pièces qu'elle fabrique. Ce compteur, qu'il est facile de concevoir du reste, devait être mis en mouvement par l'arbre même.
Nous sommes convaincu qu'une telle machine est susceptible d'un grand nombre d'applications dans la pratique; nous avons cherché à la faire connaître avec quelques détails, afin qu'elle puisse au moins donner l'idée, en y apportant les modifications nécessaires, de fabriquer, à l'aide de cylindres, divers objets autres que les pièces de monnaie, les jetons et les médailles. Les produits que nous avons vu fabriquer plusieurs fois chez M. Carlier nous ont donné la certitude qu'on pouvait imprimer, non-seulement avec une très-grande rapidité, mais encore avec toute l'exactitude désirable.
Disons aussi que M. Carlier a apporté dans l'exécution de cette machine un soin et une précision extrêmes, qui n'ont pas peu contribué à sa bonne marche.
Aussi nous ne doutons pas que si l'inventeur avait vécu il aurait obtenu le placement de plusieurs machines semblables à l'hôtel des monnaies de Paris.