PAR LE MILIEU DE LEUR ÉPAISSEUR
Construite par M. OIRAl WOIV, Mécanicien à Pari». ( planche 84. )
Cette machine a pour objet de séparer les peaux en deux parties, de manière à produire, d'un côté, celui de la fleur, un cuir d'égale épaisseur, et de l'autre , celui de la chair, un cuir dépourvu de fleur et contenant alors toutes les inégalités qu'avait la peau avant l'opération.
L'essai de la refente des cuirs par des moyens mécaniques n'est pas nouveau, car on trouve dans le tom. 21 des Brevets expirés, l'appareil importé en France, dès 1809, par M. Degrand, ingénieur à Marseille. Nous avons cru devoir en donner une idée par la coupe transversale indiquée fig. 1, pl. 34. Il consiste en un couteau horizontal a, fixé sur une table en bois B, et d'une longueur correspondante à la plus grande largeur des peaux à séparer. Sur cette même table , en avant du couteau , est rapportée une plaque en fonte dressée 6 qu'on peut régler à volonté, au moyen de vis et de boulons, pour y asseoir le cuir c, que l'on veut refendre, et le mettre exactement à la hauteur qu'il doit occuper. Elle est en outre rendue mobile , au moyen de quatre ressorts sur lesquels elle est assise. Au-dessus est une tablette en bois d, qui , pressée par un rouleau e, maintient ce cuir sur la plaque, pour qu'il soit bien plat et bien tendu lorsqu'il se présente à l'action du tranchant. En arrière du couteau est un rouleau en bois C, sur lequel s'enroule l'une des parties séparées de la peau refendue, et que l'on fixe par le bord, au moyen d'une languette formant coin, sur toute la longueur du cylindre.
Dans la figure , on voit arriver le cuir c ,' qui se rerend à l'endroit du couteau, et dont une portion est déjà enroulée sur le cylindre. L'autre portion , qui pèse sur la table , est tirée par celui-ci ; mais dans son mouvement, elle rencontre le tranchant. Pendant que l'épaisseur supérieure s'enroule sur le cylindre, l'épaisseur inférieure traverse la mortaise/de
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la table et tombe à terre. L'axe du cylindre porte à l'extrémité une roue dentée avec laquelle engrène un pignon auquel une manivelle imprime un mouvement de rotation continu. La refente d'un cuir s'exécute en deux opérations : on en refend d'abord une moitié, ensuite on déroule le cuir de dessus le cylindre, on le retourne, on arrête à ce cylindre la moitié refendue , et on refend l'autre moitié.
M. Lauzenberg, maroquinier à Strasbourg, importa aussi plus tard, en 1827, une machine à dédoubler les peaux, que l'on peut voir décrite dans le lom. 36 des brevets expirés.
Le 23 juin 1838, M Plummcr, manufacturier à Pont-Audemcr, prit un brevet de quinte ans pour un appareil à diviser les cuirs sur leur épaisseur, au moyen de scies marchant mécaniquement; et quelques années plus tard, M. Duport.à Paris, inventait également un genre de scierie qu'il appliquait spécialement à la refente des peaux et du feutre.
L'auteur ne tarda pas à mettre cette machine à exécution, car a l'Exposition de 1844 , le jury en rendit un compte très-favorable. Elle consiste en une fraise ou lame circulaire à mouvement continu qni se promène sur la largeur de la peau à refendre, laquelle s'avance graduellement. M. l)uport avait également établi , à cette époque, une autre machine destinée spécialement à refendre les draps feutrés , et qui repose sur un principe différent; au lieu d'une fraise circulaire, le couteau est une lame droite tranchante à mouvement rectiligne et d'une longueur double de la largeur de l'étoffe; mais comme le tranchant s'use rapidement , l'auteur a dû imaginer un mode d'affûtage continuel, appliqué à la lame sur la partie qui n'est pas engagée dans la matière.
Un moyen analogue avait déjà été proposé par M. Molinié pour son ingénieuse machine à fabriquer des bouchons de liége, que nous avons vue fonctionner à Paris.
L'idée de refendre les cuirs et les feutres a aussi été appliquée à séparer d'autres étoffes , telles que des châles, ou autres tissus brochés doubles , des velours, etc. C'est seulement en 1842 que des fabricants de Paris, MM. Boas frères, proposèrent de confectionner des tissus brochés de laine sans déchet , en les dédoublant ensuite , pour obtenir deux pièces semblables d'une seule; ils se firent breveter pour cette invention, le 9 mai 18^2. Ce brevet fut suivi de plusieurs additions principalement relatives au découpage. D'autres inventeurs ne tardèrent pas à imaginer également des moyens de tisser ces sortes d'étoffes doubles, et de les séparer ensuite. Ainsi , dès le 30 septembre 1842 , M. Macaigne , fabricant à Paris, prenait un brevet de dix ans pour un métier et un nouveau mode de découpage , devant apporter une grande économie sur la matière employée dans la fabrication des châles et tissus brochés. Le 19 janvier suivant, MM. Barbé- Proyart et Bosquet demandaient aussi un brevet de dix ans, suivi également de plusieurs additions pour une machine à découper tous tissus doubles et principalement les châles brochés.
Il parait que ce n'était pas l'exécution du tissu double qui causait des difficultés , car il a suffi à plusieurs des inventeurs de faire simplement quelques modifications dans le métier à la Jacquart, pour parvenir à confectionner ces tissus ; mais c'était surtout le dédoublage ou la séparation des deux pièces. La laine et le mérinos étant des matières qui usent très-rapidement les tranchants, ont occasionné des recherches très-grandes pour cette opération. Des inventeurs, comme MM. Boas, proposèrent tantôt des lames longitudinales, tantôt des petits couteaux rapprochés les uns des autres; d'autres, comme MM. Bosquet et Barbé-Proyart, proposèrent des lames circulaires à rotation continue. Ce dernier système, dont nous eûmes l'occasion de nous occuper, fut mis à exécution , avec de notables perfectionnements, par M. Christian , et fut examiné avec beaucoup d'intérêt à l'exposition de 1844. On reconnut, en effet, dans celte machine, non-seulement une parfaite précision dans toutes les parties, mais encore des mouvements très-remarquables , soit pour transmettre aux différentes lames circulaires montées sur un chariot unique, un mouvement de va-etvient, en même temps que ces lames tournaient rapidement sur ellesmêmes, soit pour faire avancer l'étoffe, en la maintenant constamment tendue, malgré l'augmentation de diamètre du rouleau sur lequel s'enveloppait l'une des parties dédoublées. Le principe des lames circulaires ayant un double mouvement de rotation et de translation , est évidemment très-heureux, en ce que chaque lame présente, dans un court trajet un très-grand nombre de points de contact différents à quelques fils de laine qu'elle doit couper, par conséquent elle s'use bien moins promptement.
Ces nouveaux modes de fabrication et de découpage des tissus brochés firent alors (en 1844) beaucoup de bruit, à cause de l'économie que l'on espérait en tirer; cependant comme les systèmes ne pouvaient s'appliquer à tous les genres de dessin , on compreud que l'application en dut être très-reslreintc.
En 1845, M. Contour imagina de faire en cuir, sans couture ni collage, divers objets creui , tels que des tuyaux , des fourreaux de sabre , des cravaches , des gaines , etc., sans les couper entièrement, en séparant les cuirs dans le milieu de leur épaisseur ; ce fut au génie de M. Pecqueur qu'il était réservé de faire des machines vraiment pratiques pour effectuer un tel travail. Cet habile constructeur a, en effet, imaginé des moyens fort ingénieux et fort simples en même temps, pour couper le cuir à l'aide d'une lame aiguë qui pénètre successivement dans la matière , et qui est animée d'un mouvement alternatif, très-rapide, correspondant à la largeur de la fente à pratiquer. Nous espérons faire connaître bientôt ces intéressantes machines, qui sont aussi remarquables par leurs mécanismes que par les produits qu'elles donnent. En attendant, nous donnons le dessin de l'appareil à refendre les peaux entières, qui commence à se répandre dans plusieurs fabriques.
DESCRIPTION DE LA MACHINE A REFENDRE, BBPBBSBNTBE sub les figubes db la planche 34.
Cette machine peut servir, soit à rerendre les cuirs secs par le milieu de leur épaisseur, afin d'en obtenir des feuilles plus minces . soit à séparer, dans les peaux , les parties qui se trouvent du côté de la chair, de celles qui correspondent à la fleur, pour rendre celles-ci parfaitement égales sur toute leur étendue. On peut aisément voir par les flgures qu'elle est d'une construction simple, et que travaillant d'une manière continue, elle peut opérer assez rapidement.
Le cuir ou la peau à découper se pose sur la surface extérieure d'un grand tambour ou cylindre en fonte A ( fig. 2, 3 et k ) , qui a été préalablement tourné avec soin, et fixé sur trois croisillons à six branches B, afin de le monter sur un arbre horizontal en fer C. Ce tambour est échancré, comme le montre la section transversale ( fig. 5), pour permettre d'y loger des espèces de pinces D (fig. 11), qui servent à appuyer contre le bord du cylindre , l'extrémité de l'une des parties détachées de la peau. Ces pinces sont, à cet eflet, toutes montées sur un même axe en fer a, qui est porté par des petits supports b boulonnés au cylindre, et on les maintient dans leur position , au moyen d'une règle méplate et angulaire c que l'on engage dans l'une des dents à rochets pratiquées sur les tiges à poignée d; celles-ci sont assemblées à charnière avec le bout de la queue des pinces. Par conséquent lorsqu'on leur fait prendre la position qu'elles occupent sur la fig. 5, les touches qui terminent ces pinces forcent nécessairement la peau à s'appliquer contre la face droite en retraite du tambour.
L'arbre horizontal C, prolongé des deux côtés jusqu'au dehors des bâtis de fonte E, porte à l'une des extrémités la grande roue dentée F, avec laquelle engrène la vis sans fin « (fig. 6 et 7 ), située à la partie inférieure de la machine et portée par l'axe /, qui lui imprime un mouvement de rotation peu rapide, à l'aide de la roue G, de la chaîne sans fin g et du petit pignon h. Ce dernier est rapporté au bout du grand arbre de couche H , qui reçoit son mouvement d'un moteur continu par l'une des deux poulies de foute tournées I ; un volant J monté à l'autre extrémité donne à ce mouvement la régularité nécessaire. Un rouleau de tension i suspendu au levier à contrepoids ;, appuie sur la chaîne sans fin pour la tendre au degré convenable.
L'arbre de couche H est coudé à son milieu, pour former manivelle et recevoir la tête de la bielle horizontale en fer K, qui , par l'autre bout , est assemblée à articulation au milieu du chariot ou rabot mobile en fonte L (fig. 5 et 8 ). C'est à la base de celui-ci qu'est adaptée la longue lame tranchante en acier /, disposée suivant un plan légèrement incliné à l'horizon et tangent à la surface extérieure du cylindre lorsqu'il en est approché. Ce couteau doit être nécessairement de peu d'épaisseur, et, au lieu d'être affûté suivant une ligne droite, son biseau tranchant est en forme ondulée,
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comme le montre le fragment de plan fig. 9, de sorte qu'il opère en quelque sorte comme une scie dont les dents sont arrondies , disposition qui donne à la lame une plus grande facilité de couper, avec moins d'usure. Ce couteau est fixé à la base du chariot , au moyen d'une platine en fer m, que l'on visse après avoir réglé la position exacte qu'il doit avoir.
Le rabot ou chariot mobile L est ajusté à queue d'hyronde sur le sommet des deux châssis de fonte E qui compose le bâtis; des règles à coulisse n sont rapportées au-dessus pour le maintenir constamment dans le mouvement rectiligne qui lui est imprimé par la bielle. Or, nous venons de voir que le môme arbre coudé H, qui commande cette bielle , fait aussi tourner l'axe inférieur / qui porte la >is sans fin , par suite le tambour sur lequel s'applique la peau ou le cuir à découper. Mais il importe de remarquer que la marche de la bielle et du chariot à couteau est très-rapide, tandis que celle du cylindre est extrêmement lente. En effet, sa rotation n'est pas seulement retardée par lu roue à chaîne g% mais beaucoup plus encore par la grande roue à dents héliçoïdes F avec laquelle engrène la vis sans fin. Ainsi le rapport entre le petit pignon h et la roue à chaîne est comme 1 : 8, par conséquent la vis sans fin ne fait qu'un tour pour huit révolutions de l'arbre moteur coudé ; mais la roue héliçoïde portant ,244 dents, le tambour ne tourne que de 1/244 pour un tour de vis ou pour 8 tours de l'arbre moteur.
Le diamètre de ce cylindre étant de 1"330, sa circonférence est égale à
Par conséquent lorsque l'arbre II fait une révolution, le cylindre ne marche que d'une quantité correspondante à
Comme le couteau va et vient dans chaque révolution, et qu'il coupe aussi bien en allant qu'en revenant , il est évident qu'à chaque passage il tranche une largeur de bande de 0"1 001 sur toute la longueur de la pièce.
Or, si l'on admet que la machine marche avec la vitesse de 100 rotations par minute, sans interruption , on reconnaîtra qu'elle pourra débiter, dans ce temps, une étendue de
D'où il résulte que pour séparer une peau de 2" 16 de longueur, par exemple , il faudrait
2" 16:0,200 = 11 miuutes(l).
(I) M. Giraudon fait marcher ces machine», en moyenne, à 73 tours, soit ISO coupa, ce qui donne un résultat de 15' W pour le mené travail.