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ET APPELÉ COMPTEUR PERPETUEL

Par m. EVRARD,

Ingénieur des Mine» i Saint -Etienne (Loire).

Le compteur dont nous allons entreprendre la description , est un de ces instruments dont -on comprend maintenant toute la nécessité par les services qu'ils sont susceptibles de rendre; aussi les emploie- t-on , depuis quelque temps, dans la plupart de nos bonnes usines où ils servent a l'évaluation du travail de toutes sortes de machines , et principalement à celui des moteurs à vapeur ou hydrauliques. Combinés d'après notre système décimal et liés intimement avec l'appareil qu'ils sont chargés de contrôler, les compteurs indiquent en chiffres connus et un par un le nombre de tours accompli pendant une période de temps déterminée ; on peut donc dire qu'ils donnent, dans de certaines conditions, l'évaluation constante du travail. A ce sujet nous hasarderons quelques observations, particulièrement relatives aux compteurs en général, appliqués au salaire des ouvriers dans les fabriques et les manufactures.

Tout le monde sait qu'avec notre système de rémunération habituel , le prix du travail est taxé le plus communément par jour et quelquefois par heure ; ce mode de paiement qui, au premier abord, paraît peut-être le plus rationnel et le seul possible avec celui à la tâche , pourrait néanmoins être remplacé par le paiement au nombre de tours, c'est-à-dire que les rétributions varieraient dans le même rapport que la vitesse du moteur de l'établissement. Cette combinaison ne paraîtra pas étrange lorsqu'on remarquera qu'en Alsace , où l'emploi des compteurs est très-répandu , ces derniers instruments pourraient à la rigueur servir d'horloge , les indications qu'ils précisent étant égales ou à peu près égales pour des intervalles de temps égaux. De celte manière , et quoique payant à la journée , les débours du

constructeur ou du manufacturier seraient toujours en rapport avec le travail possible des machines qui , conduites alors avec régularité (et tout le monde aurait intérêt à ce que cela fût ainsi), donneraient toujours au mattre comme à l'ouvrier le maximun de bénéQcc qu'on aurait le droit d'en espérer.

Pour appuyer notre opinion, nous pourrions donner une foule d'exemples plus frappants les uns que les autres , nous nous contenterons de citer le plus général , c'cst-a-dire se rapportant au travail habituel des filatures. Dans de tels établissements, la machine a vapeur motrice peut fournir, à sa vitesse normale 20,000 à 30,000 tours par journée de 12 heures ; or, l'ouvrier ou l'ouvrière qui, pour une telle journée, reçoit 1 fr. 50 c. ou 2 à 8 fr., devra les percevoir toutes les fois que la machine aura accompli les 20,000 ou 30,000 tours précités. Il résultera de cette disposition que les produits obtenus seront toujours en rapport avec les sommes payées sans que les ouvriers soient lésés, puisqu'ils seront rétribués suivant le travail qu'ils auront fait et sans que le manufacturier y trouve de mécompte. Il n'est pas raisonnable de supposer en effet que si, pour une cause quelconque (ordinairement l'absence de soin du chauffeur), la machine s'est ralentie et n'a fait rendre par suite aux métiers qu'elle commande qu'un résultat inférieur, il n'est pas raisonnable, disons-nous, de payer pour ce résultat inférieur la même somme que pour le maximum d'effet. C'est souvent ainsi que les établissements les mieux montés et les mieux dirigés succombent lentement , minés par une cause occulte d'autant plus sérieuse qu'elle est incessante.

Dans tous les cas, et comme base de ce système, nous pensons qu'il serait m moins indispensable de rétribuer, d'après ce principe , tous les mécaniciens ou chauffeurs chargés de la conduite des machines à vapeur, tout en leur accordant les primes d'usage pour l'économie du combustible.

Ainsi , et tout récemment , nous avons reçu du directeur des scieries d'Auteuil, appartenant à MU. Trémois et compagnie, les témoignages d'assentiment les plus vifs à l'adoption d'un tel système. Il suffira des quelques chiffres ci-dessous pour faire comprendre toute l'importance des résultats.

La machine à vapeur est établie pour marcher avec une vitesse de régime de 31 tours par minute ; mais , comme l'alimentation de son fourneau s'effectue par la combustion de la sciure et des copeaux provenant de la fabrication même, l'attention du chaulfeur doit être incessante pour conserver toujours cette même vitesse.

Nous allons supposer, pour un instant , que, par suite de négligence , la vitesse descende à 26 tours par minute , et calculer, pour une moyenne de 2 heures par jour, quel est le déficit des fabricants, dél'eit d'autant plus à regretter qu'il n'est proûtable ni aux maîtres, ni aux ouvriers, ni aux consommateurs.

La machine fait mouvoir 12 scies à 1 , 2 ou 3 lames et plus (eu moyenne nous supposerons 12 scies à 2 lames cliacune, soit 24 lames) , avec une

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vitesse de 200 coups utiles par 1', et avec un avancement par coup de 5""/œ lorsque l'on débite des sapins de 27<*nl- de large ; Ce qui donne pour la vitesse de 31 tours

200 coups X 5»/m X 27««,t. = 0» 1 270

de surface sciée par 1',

ou 0» ^ 270 X 60 = 16«° q 20 par heure,

et pour la vitesse de 26 tours

— — — = 165 coups x &»lm X 27 = 0-222 X 60 = 13"> 32

pour chaque lame ; et comme nous avons admis 24 lames en activité et 2 heures de vitesse ralentie par jour, c'est donc une différence de

16°> 1-20— 13* Q 32 = 2-,88 et 2,88 X 24 x 2= 138»q-24

Or, on sait qu'à Paris le sciage est payé moyennement, à raison de 4 fr. les 100 mètres de longueur sur 27«!nl de largeur,

soit mk xi = 0fM48 le mèt. q*.

c'est-à-dire 138m <» 24 x 0.148 = 20* 45 de perte de travail par jour.

Comparé aux minces bénéfices du sciage actuel, ce chiffre paraîtra certainement énorme et sa réforme indispensable.

Nous revenons au compteur de M. E\rard qui présente, par sa construction solide , son mécanisme ingénieux et sa parfaite précision , les meilleures garanties de succès. Avec cet instrument, tous calculs ou suppositions deviennent inutiles, le résultat que l'on veut connaître est le seul apparent et se lit aussi facilement qu'un numéro quelconque placé sur une pancarte ; si l'on ajoute qu'il est capable de fonctionner sans discontinuer pendant des années entières et même pendant des périodes de temps beaucoup plus longues , il sera facile de se convaincre qu'il réunit au plus haut degré les conditions qui le rendent réellement manufacturier.

M. Evrard établit les compteurs sous deux formes différentes, mais reposant néanmoins sur le môme principe. Dans le premier cas, l'ensemble présente la forme d'un cylindre reposant sur deux supports en fonte et recouvert d'une enveloppe métallique percée d'une ouverture pour pouvoir faire les observations et d'une autre pour recevoir le mouvement. Ce cylindre est composé d'une suite de rondelles semblables, numérotées sur leur pourtour extérieur et représentant chacune une série de notre système de numération habituel , c'est-à-dire successivement les unités, les dizaines, les centaines , les mille, etc.; on peut les multiplier suivant la période de temps pendant laquelle on veut observer le travail.

L'instrument est muni d'un système d'encliquetage qu'on met en communication avec une machine à vapeur, un métier ou un appareil quel-

conque dont on veut observer le nombre de tours, et qui reproduit exactement sur la première rondelle le nombre de révolutions de l'arbre moteur; mais, comme cette première rondelle ne peut marquer que les unités, c'est-à-dire de 1 à 9, le mécanisme est disposé pour que le dixième tour soit marqué sur la deuxième rondelle ; il en est de même du vingtième, du trentième, etc., jusqu'à la neuvième dizaine, et le centième tour est marqué sur la troisième rondelle, le millième sur la quatrième et ainsi de suite. On voit qu'avec un appareil comprenant neuf ou dix rondelles on pourrait arriver à marquer les milliards, chiffre énorme et bien au-dessus des besoins de la pratique.

Dans le second cas, le mécanisme, quoique de dimensions à peu près analogues au premier et se renfermant dans la même enveloppe, en diffère essentiellement en ce qu'il ne présente aucune saillie extérieure , ce qui peut être considéré comme un très-grand avantage pour le nettoiement et la facilité de la lecture. Nous pensons donc avec M. Evrard que ce dernier appareil l'emporte sur le premier, sinon en justesse et en régularité , au moins eu simplicité d'exécution et d'entretien , et en douceur de mouvement.

Nous allons les examiner séparément en commençant par le premier, qui a servi de base aux perfectionnements ultérieurs et qui pourra faire comprendre l'esprit d'invention qui a présidé aux deux instruments.

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