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condition de salut ? Ce point nous touche d'autant plus qu’il pourrait sembler ÿ avoir contradiction entre la doctrine du salut par la consécration de l’âme à Dieu, telle que nous l’avons exposée, et le dogme de la justification par la foi en Jésus-Christ; et cependant il est pour nous hors de doute que ces deux thèses sont en parfaite harmonie. |
Croire en Jésus-Christ, c’est, selon les écrits du Nouveau Testament, croire à une union surnaturelle et absolument unique en son genre, entre le Christ et Dieu ; c’est croire à l’incarnation de l'esprit de Dieu en la personne de Jésus ; c’est croire à la révélation spéciale de Dieu, par Jésus-Christ, dans la nature humaine; c'est croire que Jésus est le Sauveur promis au monde, le Messie, le Christ, le Fils de Dieu; c’est croire à son œuvre rédemptrice ; c'est mettre toute sa confiance en lui. Cette foi est le résultat de l'impression que la personne de Christ produit sur nous, et du témoignage du Saint-Esprit qui ratifie cette impression. Ce double témoignage, externe et interne, qui se confond en un seul, nous a fait reconnaître en Christ la manifestation . la plus pure et la plus complète de la conscience de l'humanité ; et c’est sur la base de cette foi que nous avons saisi la bonne nouvelle du salut par la consécration de l’âme à Dieu. Ne pas croire en Jésus-Christ revient à repoussser son Évangile, ce qui entraîne la condamnation. Jésus lui-même l’a clairement affirmé en disant à ses disciples : « Allez par tout le monde et prêchez l'Évangile à toute créature : celui qui croira sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. »
Il est dans la logique des choses que celui qui croit à l'Évangile , Croie aussi en Jésus-Christ. Toutefois,
comme il y a souvent d'heureuses inconséquences dans l'esprit humain, nous devons admettre qu'il est possible de consacrer son âme à Dieu et d’être sauvé, sans croire en Jésus-Christ. Jésus le déclare lui-même quand il dit que tous les péchés peuvent être pardonnés à l’homme, même le blasphème contre le Fils de Dieu; le, seul péché qui n'obtienne point de pardon, c’est le péché contre le Saint-Esprit. (Matth. 12, 31-32.) Cette parole du Christ est la confirmation la plus éclatante du dogme de la justification par la foi, indépendamment des croyances, — même indépendamment de la foi en Jésus-Christ. Et si la déclaration de Jésus s'applique à ceux qui le blasphèment, elle s'applique à plus forte raison à ceux qui ne le connaissent pas. Mais il n’en reste pas moins certain qu'en thèse générale, la foi en Jésus-Christ et la consécration de l'âme à Dieu s’appellent et se commandent mutuellement (Jean 14, 1). Cela nous explique les nombreux passages de l'Écriture où les deux idées sont identifiées.
Le seul péché qui, selon la parole de Christ, ne puisse obtenir le pardon, c'est le péché contre le Saint- Esprit. L'homme qui repousse le témoignage de l'Esprit de Dieu dans sa conscience, repousse toute possibilité de salut; il achève la rupture entre son âme et Dieu. Le péché contre le Saint-Esprit se confond ainsi avec l’incrédulité, qui, seule, est la cause de la condamnation, de même que l’opposé de l’incrédulité, la foi, seule, est la condition du salut.
Mais 1l ne faudrait pas conclure de la parole de Christ que la foi consciente au Saint-Esprit et à son
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action dans l'humanité soit une condition absolue de pardon. De même que la foi en Jésus-Christ, la foi au Saint-Esprit a un caractère propre qui la distingue de la foi dans le sens absolu du mot. Croire au Saint- Esprit, c’est croire à une action objective de l'Esprit de Dieu dans l'humanité en général et dans l'individu en particulier, action variée et multiple, qui forme l’objet de tout un ensemble d’études spéciales dans le domaine religieux. Ici encore nous dirons que la foi au Saint-Esprit est une conséquence naturelle de la consécration de l’âme à Dieu, et que la négation de l’action du Saint-Esprit dans le monde va habituellement de pair avec l’incrédulité. Mais ce n'est pas la foi consciente au Saint-Esprit qui nous sauve, ni l'absence de cette foi qui nous condamne. Les premiers croyants que saint Paul baptisa à Éphèse n'avaient € pas même oui dire qu'il y eût un Saint-Esprit » (Actes 19, 2). Ce qui nous condamne, c’est le rejet effectif du témoignage, conscient ou inconscient, du Saint-Esprit dans notre cœur. |
Nous irons même jusqu’à appliquer notre thèse à la foi en l'existence de Dieu. Il est hors de contestation que cette foi, ou plutôt cette croyance, ne suffit pas pour nous sauver. « Les diables croient aussi, dit saint Jacques, et ils tremblent. » (Ch. 2, 19.) Mais ne pourrat-on pas dire que la foi à l'existence de Dieu est indispensable au salut; car comment l’homme qui ne croit pas à l'existence de Dieu, lui peut-il consacrer son cœur? L’objection est logique, du moins d’après la logique formelle ; et certes, c’est là aussi la règle géné-
rale. Cependant, même sur ce point, l'Évangile de Christ ne nous permet pas de ne pas admettre la possibilité de certaines exceptions. L'action du Saint- Esprit est si mystérieuse et parfois si cachée au fond du cœur, si peu consciente à l'esprit de l’homme, que le premier mouvement de la foi peut se produire, alors que la pensée est encore toute saturée d'erreurs. Eh bien, ce mouvement, quelque rudimentaire qu'il soit, n'en est pas moins la vraie foi qui sauve. Mais si la foi n'implique pas d'une manière absolue la croyance consciente à l'existence de Dieu, cette foi inconsciente devra forcément progresser vers une foi consciente d’abord, et peu à peu vers la connaissance de plus en plus parfaite du Dieu vrai et vivant, tel qu'il s’est révélé au monde.