‹ Publications diverses sur le fidéisme et son application à l'enseignement Chrétien traditionnelChapitre 13 sur 59 · LVII · texte numérisé non relu

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Nous avons constaté une triple manifestation de Dieu : comme Père, Fils et Saint-Esprit. De cette triplicité de la manifestation nous devons conclure à une triple différence correspondante dans l’unité de l’essence divine. Et une étude approfondie de la conscience chrétienne nous fournit mainte indication en faveur de cette conception trinitaire. Cette remarque suffit pour faire voir que le dogme de la Trinité est loin d’être aussi insensé que se le figure certaine critique. Mais nous n'avons pas à entrer ici dans cette étude métaphysique. Ce qui nous importe, c’est le bien fondé de la foi chrétienne, telle que la confessait déjà l'Église primitive : « Je crois en Dieu le Père; je crois en Jésus-Christ; je crois au Saint-Esprit. » Le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit implique cette confession de foi.

Dans ces trois affirmations, la foi chrétienne a un triple caractère, ou plutôt trois nuances différentes, correspondant à la triplicité de la manifestation de Dieu dans le monde. Autre est la foi en Dieu le Père : ce qui la distingue, c’est la croyance à l'existence et à la providence de Dieu. Autre est la foi en Jésus-Christ : elle porte avant tout le caractère de la confiance en sa personne, en sa mission, en sa parole divine, en son œuvre rédemptrice. Autre, enfin, est la foi au Saint- Esprit : elle est la conviction que l'Esprit de Dieu agit dans l'esprit, dans le cœur de l'homme. Mais ce ne sont là que des rayons de la lumière centrale, qui se reflète à travers le prisme de l'esprit humain. De même que Dieu est un, de même la foi est une. Cette foi une, centrale, c’est la consécration du moi à Dieu. C’est là la foi qui nous sauve, la For dans le sens absolu du mot. Et c’est la doctrine de la justification par cette foi qui constitue l'essence de l'Évangile. |

Quand Jésus-Christ ordonna à ses disciples d’aller par tout le monde et de prêcher l'Évangile à toute créature, il leur confia trois puissants moyens d'action : son enseignement, le baptême, et la sainte cène. Ces trois moyens de grâce devaient, par leur vertu divine, régénérer l'humanité. Celui qui acceptait l'Évangile, entrait par le baptême dans la communion des disciples de Christ, et par la sainte cène dans la communion du Sauveur glorifié. Il était chrétien, sans se séparer de l'institution religieuse et sociale à laquelle il apparte-

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nait ; il l'était malgré les erreurs et superstitions dont son esprit pouvait encore être imbu. L'Église n’était pas un établissement distinct, comme elle le fut dans la suite, mais une association spirituelle, une espèce de confrérie religieuse recrutée par l'Évangile, constituée par le baptême et maintenue par la sainte cène. La pensée de Jésus n’était pas de fonder une religicn nouvelle, mais de faire pénétrer son Évangile dans toutes les religions existantes et dans tous les organismes sociaux, et de les transformer par ce puissant levain. Ses rapports avec les Samaritains, les Cananéens, les Romains et les Juifs eux-mêmes en sont une preuve manifeste.

Ce n'est que sous l'influence des événements — des persécutions d’une part, et de la destruction de Jérusalem et de la dispersion du peuple juif d’autre part — que l’Église chrétienne se constitua en communauté séparée, en société religieuse particulière, telle que nous la voyons aujourd'hui. Cette forme a un caractère tout aussi accidentel, secondaire et contingent que celle de l'Église apostolique; etil se peut qu'à la suite de nouveaux bouleversements, l'Église soit amenée à revêtir une nouvelle forme historique. La forme sociale de l'Église est, certes, d’une grande importance au point de vue de l’action et du développement de l’Église dans le monde ; cependant elle ne touche en rien à l'essence même de la vie de l’Église, qui réside tout entière dans la puissance divine des moyens de grâce que le Christ lui a confiés, et dans la foi de ses membres. « L'Église, dit très bien la Confession d’Augsbourg, est la commu-

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nion des croyants, chez lesquels l'Évangile est enseigné dans toute sa pureté et où les sacrements sont administrés conformément à l'institution de Christ. » Voilà l'essence de l'Église. Toutle reste n’est qu'accessoire.

Plus vaste que l'Église est le Royaume de Dieu. Il n’embrasse pas seulement ceux qui, par la foi, le baptême et la sainte cène, constituent la famille spirituelle de Christ, mais tous ceux qui, dans une mesure quelconque, ont consacré leur cœur à Dieu, quelles que soient, d’ailleurs, leurs croyances ou la nation à laquelle ils appartiennent. Le lien qui les unit est le Saint-Esprit. À ce point de vue, ils constituent une grande famille spirituelle, qu'il importerait d'amener à la conscience d'elle-même. Ï faut qu'à travers le monde entier, tous ceux qui ont consacré leur âme à Dieu

sachent que, malgré les divergences de leurs concep-

tions religieuses, ils forment une sainte et puissante

unité, une grande nation : le peuple de Dieu ; et qu'ils .

sont appelés à joindre leurs efforts pour réaliser de plus en plus le règne de Dieu sur la terre. C’est là une censéquence logique du dogme de la justification par la

foi.

Conçu ainsi dans sa vérité, le dogme de la justificalion par la foi est, pour l'humanité comme pour l’individu, le divin message de la paix, de la liberté, du bonheur, du salut. Il est le centre, le cœur de la religion; il a les promesses de cette vie et de la vie à venir.

Allons donc par tout le monde et précho ns l'Évangile : à toute créature : Celui qui donnera son cœur à Dieu sera sauvé, indépendamment de ses croyances; mais celui qui ne le lui donnera pas sera condamné, quelque orthodoxe qu'il ait été. i

(Paris, Librairie Fischbacher, 1879.)

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