D'APRÈS SAINT PAUL
Le dogmaticien chrétien, en étudiant les Epîtres pauliniennes, se trouve aujourd'hui, vis-à-vis de saint Paul, dans la même situation où se trouvait l'Apôtre vis-à-vis des écrits de Moïse et des Prophètes. La vérité éternelle, la Parole de Dieu, est incarnée dans une forme contingente, défectueuse, périssable ; et il s’agit de la dégager, afin de la couler dans le moule de la pensée contemporaine.
Paul a compris cette tâche d’une manière instinctive plutôt que consciente; il l’a remplie, non sans luttes pénibles, ni sans sacrifices douloureux, mais avec une assurance inébranlable et un succès éclatant.
Sa méthode dans l'interprétation des textes est d’un exemple précieux. C’est l’allégorie. Non l’allégorie superficielle et puérile des théologiens postérieurs, non ce
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répugnant badinage avec les textes de l’Écriture Sainte, qu'on rencontre encore trop fréquemment de nos jours, et qui n'est autre chose qu’un vain jeu d'esprit, dont les auteurs sont les premiers à rire ou à S’enorgueillir. Ce n'est pas là la sainte allégorie de l’Apôtre. L’allégorie paulinienne repose, en dernière analyse, sur la grande vérité, que la pensée divine ne se rencontre pas ici-bas dans sa formule adéquate, et que, pour la trouver, il faut savoir découvrir «le sens supérieur » sous la formule inférieure et temporaire. Paul a cru à l’allégorie. C’est par ce procédé qu'il cherchait à dégager, comme nous dirions, l'esprit de la lettre. Ses adversaires avaient pour eux la lettre de l'Écriture; Paul, au moyen de l’allégorie, en a saisi l'esprit. I a pu n'être pas toujours heureux dans le choix de ses preuves ; telle de ses interprétations allégoriques peut ne pas être concluante ; mais, grâce à la pénétration de son intuition religieuse et à l’affinité spirituelle de son génie avec celui de grands hommes de Dieu de l’ancienne Alliance, il a trouvé le doux et tendre noyau sous la rude écorce de la Thora: par sa méthode allégorique, il a trouvé l'Évangile dans la Loi.
Les temps ont marché ; les idées se sont modifiées, surtout sous l'influence des doctrines pauliniennes ; toute notre conception du monde a changé à la suite du progrès des lettres, de la philosophie, de l'histoire, et par le fait des grandes découvertes scientifiques ; l'air spirituel ambiant n’est plus le même. La distance qui nous sépare de l’époque de Paul est spirituellement plus grande que celle qui séparait l’'Apôtre des auteurs de l'Ancien Testament. Les théologiens modernes ont donc à soumettre les Épîtres pauliniennes à un travail d'interprétation analogue à celui auquel Paul lui-même