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LA NOTION HISTORIQUE

ET

Mon honorable collègue, M. Henri Bois, a consacré, dans cette Revue, une étude critique des plus approfondies à ma leçon sur la notion biblique du miracle, et il m'a offert gracieusement l'insertion d’une réponse détaillée. Je lui exprime tous mes remerciements tant pour son offre que pour le soin, le sérieux et la bienveillance qu'il a mis à examiner mes vues sur un sujet dont l'importance ne saurait échapper à aucun chrétien.

Je demande à M. Bois la permission d'expliquer ma pensée plutôt que de le suivre dans son argumentation. Ce qui nous importe, à lui et à moi, ce n'est pas de faire triompher nos idées personnelles, mais d'arriver à la connaissance de la vérité. Et dans cet effort commun, il est bon que chacun se serve de la forme qui répond le mieux à la tournure de son esprit. M. Bois est un polémiste habile. J'aime mieux développer mes idées dans un exposé suivi et ne discuter qu'incidemment les observations de mes contradicteurs. Cela

me permettra en même temps de tenir compte de certaines objections qui m'ont été opposées par d’autres critiques.

Ce débat ne pourra être fructueux que si l’on est bien d'accord sur la question en litige et si l’on ne s’en écarte pas dans la discussion. Je me suis appliqué, dans l'introduction de ma leçon, à préciser mon sujet. J’ai nettement marqué que je n’entendais traiter que la « notion » biblique du miracle, c’est-à-dire l’idée que les auteurs sacrés ont attachée à ce qu'ils appellent des miracles, des signes, des prodiges.

Je n'avais pas, dans cette étude, à m'occuper de critique historique. Je n'avais pas à examiner si tel récit miraculeux était vrai ou légendaire. Cela ne rentrait pas dans mon sujet. On peut parfaitement étudier l’idée qu’un auteur biblique s’est faite du miracle, sans rechercher si les miracles auxquels il a cru sont réellement arrivés. Quand je rencontre un pélerin de Lourdes, je puis me renseigner sur sa notion du miracle, sans vérifier si les guérisons auxquelles il croit sont authentiques. M. Bois, dans son article, m’apprend comment il conçoit le miracle; pour étudier son idée, je n'ai nullement besoin de savoir si les miracles auxquels il croit sont historiques ou légendaires. Non seulement la distinction entre la foi des auteurs sacrés et l’historicité des miracles est légitime, mais elle s’impose dans une étude scientifique. Personne n’est en droit de conclure que celui qui fait cette distinction et étudie à part la foi des auteurs sacrés, nie les faits miraculeux rapportés dans la Bible. Pour ma part, je repousse absolument cette conclusion. Toutes les critiques, et elles sont nombreuses, qui se fondent sur cette argumentation, portent à faux.

Vu le temps limité dont je disposais, j'ai encore dû restreindre mon sujet sur un autre point. Voici ce que je dis: «Si j'avais à faire un travail complet sur le miracle dans l'Écriture sainte, je rechercherais les conditions dans lesquelles se sont produits les divers miracles, les causes très variées qui les ont sollicités, les effets qu'ils étaient appelés à produire, et je m'appliquerais à en découvrir ce qu’on pourrait appeler les lois psychologiques ou physiologiques. Mais une telle étude dépasserait de beaucoup les cadres d’une leçon. » Malgré la clarté de cette restriction, plusieurs critiques m'ont grandement reproché de n'avoir pas parlé du péché, qui a porté le trouble dans le monde et nécessité une intervention surnaturelle de Dieu, intervention dont les miracles bibliques sont une manifestation sensible, éclatante. Or, cette critique se rapporte ‘précisément aux causes et aux effets des miracles dont j'avais formellement écarté l'examen et dont mon sujet, tel que je l’avais défini, ne m'imposait nullement l'étude. Je puis demander à un pèlerin de Lourdes ce qu'il entend par un miracle et chercher à me rendre compte de sa notion, sans me préoccuper de ses idées sur le rôle du péché dans la maladie. La question du péché n'avait rien à voir dans ma leçon.

Je n’ai pas non plus fait entrer dans mon étude des faits que nous pouvons considérer comme des miracles, mais que la Bible ne comprend pas sous ce terme, par exemple la création, la providence, la révélation, le prophétisme, la rédemption, la conversion, la sanctification, la vertu des sacrements, l’action religieuse et morale de Dieu dans l'âme du pécheur. Que l’on

appelle ces faits des miracles, je n’y objecte pas. Je les tiens aussi pour des interventions de Dieu dans la vie

de l'humanité et de l'individu. Seulement, la Bible ne leur donnant pas ce nom, je n'avais pas à en parler. Ma lecon ne traitait que des phénomènes caractéristiques et bien connus que les écrits bibliques comprennent sous le nom de « miracles ». J'étais libre de choisir mon sujet. Je l’ai nettement délimité. On peut trouver que je l'ai plus ou moins bien traité. Mais c’est une critique excessive de me reprocher de n’y avoir pas fait entrer la dogmatique tout entière.

Les deux dernières observations, relatives au péché et à la rédemption, ne visent nullement mon honorable collègue de Montauban. M. Bois est trop bon professeur et sait trop bien ce que c’est que traiter un sujet déterminé pour m'adresser des critiques si peu justifiées. Mais comme ces critiques m'ont été faites par un assez grand nombre de journaux religieux et même par des Bulletins théologiques, j'ai cru devoir les signaler et en montrer l'inanité.

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