‹ Publications diverses sur le fidéisme et son application à l'enseignement Chrétien traditionnelChapitre 57 sur 59 · LES · texte numérisé non relu

LES

incombe à chaque génération, c'est précisément de s’assimiler l’œuvre de'ses précédesseurs et de la mettre à la portée des contemporains. Ce travail se fera, qu’on le veuille ou non; il se fait continuellement : il est impossible d’immobiliser la pensée humaine. Mais on peut bien ou mal le faire. Appliquons-nous à le faire le mieux possible.

Nous voici donc en présence de la prédication du Christ, telle qu’elle se dégage très nettement des Évangiles synoptiques. Il enseigne, d’une part, la manifestation prochaine, subite, éclatante du royaume de Dieu sur la terre et la félicité éternelle de ceux qui y seront reçus ; et, d'autre part, il affirme la présence déjà actuelle de ce royaume, dans lequel on entre par la. repentance et la foi. — La question qui se pose maintenant pour nous est celle-ci: Quels sont, dans cet enseignement, les éléments contingents, locaux, temporaires, empruntés au milieu historique ? Et quelle est la vérité éternelle incarnée dans cette prédication messianique, comme la sève est incarnée dans la plante ?

Pour répondre à cette question, nous ferons bien d'imiter la discrétion de l’auteur du quatrième Évangile et de nous garder de vouloir trop préciser. Il s’agit, non de fournir un aliment à notre curiosité et de chercher à dévoiler ce qu'il a plu à Dieu de nous cacher, mais d'établir solidement notre conviction religieuse et de donner un fondement inébranlable à nos espérances chrétiennes. J’ajouterai aussi que, s’il est facile d’admettre, en principe, la distinction de la forme et du fond, il est impossible de la réaliser, dans l’application, d’une

manière absolue. La pénétration de la forme et du fond, non moins dans une doctrine que dans un être vivant, est trop complète, pour qu’il soit possible de les séparer nettement, comme on retire le vin d’une bouteille. On devra forcément s'arrêter aux approximations. Et il faut s estimer heureux si l’on réussit à le faire d’une manière suffisante, propre à satisfaire les exigences légitimes de notre pensée. |

Relevons de suite un point capital, ou plutôt le point capital, sur lequel il ne saurait y avoir contestation. Le salut, c’est la vie : la vie éternelle et bienheureuse, sans péché ni souffrance.

Je pourrais m'en tenir à cette constatation. Pour ce qui me concerne, elle me suffit absolument. Pourvu que je sois assuré de jouir dans la vie à venir de cette félicité parfaite, peu m'importe de connaître, à l’avance, l'endroit où j'en jouirai. Sera-ce sur une terre renouvelée ? Sera-ce dans des régions supérieures ? Il nous est impossible de nous en faire une idée tant soit peu adéquate.

Cependant, comme notre esprit ne peut se passer de quelque représentation, le plus sage, à mon avis, est de nous en tenir au vieux terme de ciel. Il a cet avantage que chacun est libre de l’animer et de l'embellir comme il lui plaît avec son imagination. Rappelez-vous la délicieuse lettre de Luther à son petit Jean, où il lui décrit le jardin céleste avec ses fruits savoureux, ses chevaux aux brides d’or, ses jeux et sa musique. I doit y avoir du vrai dans cette description, comme dans les festins dont parle Jésus, dans les palmes, les vêtements blancs et les cantiques de l’Apocalypse, et, en général, dans l'assimilation de la vie céleste à la vie terrestre.

Notre vie éternelle et bienheureuse ne saurait être une

h à à ; à , ENTER F LR

vie monotone, passée dans l’oisiveté. L’ennui ne fait pas partie du bonheur.

Où est le ciel? Le monde antique se le représentait au-dessus des nuages. Nos astronomes ont détruit à jamais cette conception enfantine. Mais ils n’ont pas détruit notre foi à la toute-présence de Dieu et à notre communion avec lui. Or, Dieu est la source de toute vie; c'est dans la communion avec lui que nous trouvons la vie, et cette vie est le salut. Le ciel est pour nous le symbole de la félicité dans la communion avec Dieu.

Voilà pourquoi nous pouvons déjà avoir le ciel sur la terre. Et ici nous nous rencontrons avec l’enseignement de Jésus relatif à la présence actuelle du royaume des cieux. Tous ceux qui, par la repentance et la foi, ont obtenu la rémission de leurs péchés et ont été reçus en grâce auprès de Dieu, sont dès ici-bas des bourgeois de la cité céleste. Is sont sauvés « en espérance ». Leurs noms, comme dit Jésus, sont « inscrits dans les cieux » (Luc 10, 20).

Et le temps de leur salut parfait et. défimitif est proche. La mort est pour nous la grande catastrophe finale, où nous aurons à rendre compte de notre vie et où le jugement sera prononcé sur nous. D’après la théologie johannique, le jugement, la krisis, se produit déjà au cours de cette vie terrestre, selon que les afinités d’un homme le portent vers la lumière ou vers les ténèbres. Le jugement final n’est quela constatation d’un état de choses antérieur. Aussi Jean dit-il que les croyants «ne viennent point en jugement », et que les incrédules « sont déjà jugés » (ch. 3, 18; 5, 24). C'est là, chez ce théologien, une des déductions les plus remarquables de l’enseignement de Jésus.

Je ne sais s’il faut faire rentrer les paroles du Christ

118) EE ns PU n ” D om «| ” Lt AE 5j la “A F |! MÈRES

Page 1