‹ Publications diverses sur le fidéisme et son application à l'enseignement Chrétien traditionnelChapitre 7 sur 59 · XX · texte numérisé non relu

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Guidés par ce jugement spirituel, nous nous appli-

querons à l’étude des diverses manifestations se récla-

mant de la conscience ou se donnant comme l’expression d'une révélation divine, et nous y chercherons le témoignage que le Saint-Esprit a rendu dans le cours des siècles, et qu’il continue à rendre par l’organe de nos semblables. Cette étude ne sera pas sans effet sur notre jugement, car sitôt que le témoignage médiat et

extérieur du Saint-Esprit vient toucher notre esprit, il.

devient intérieur et se confond avec le témoignage immédiat du Saint-Esprit dans notre conscience. C'est

(1) Nous employons indifféremment les termes d'âme et de cœur pour désigner le centre de notre nature spirituelle, notre moi.

toujours le même esprit de Dieu qui, par des voies différentes, rend témoignage à notre esprit. Au fond, ce double témoignage ne constitue qu’un seul et même témoignage divin. Et là aussi se produira dans notre esprit, entre le témoignage interne et le témoignage externe, un échange continu qui nous fera progresser dans la connaissance de la vérité. I importe donc que nous nous placions, autant qu'il dépend de nous, sous l'influence du témoignage du Saint-Esprit dans l’huma- nité:; et, à cet effet, nous devrons rechercher avec soin le commerce des hommes et des livres qui, d’après notre jugement, ont été et sont encore les organes de la révélation la plus parfaite de la pensée de Dieu. Ce travail est d'autant plus nécessaire que notre amour pour Dieu restera toujours imparfait, et notre esprit toujours borné par quelque côté.

Mais nous aurons aussi constamment à juger le témoignage de nos semblables, qui, pas plus que nous, ne sont à l'abri de l'erreur; et c'est ainsi qu'en dernier ressort, nous nous trouvons toujours ramenés à notre jugement subjectif : au festimonium internum Spiritus Sancti. C’est la plus haute instance à laquelle nous puissions en appeler. Cette instance toutefois n’est pas purement subjective : elle est constituée par un élément divin, indépendant de notre mot, objectif au premier chef; et nous pouvons avoir d'autant plus de confiance en son jugement que celui-ci s'affirme d’une manière plus conséquente et plus universelle. Nous arriverons ainsi, sur plus ou moins de points, à une intuition sûre de la vérité, à une certitude spirituelle absolue. Et si

ce résultat n’est que le prix de grands et parfois de douloureux efforts, la lutte elle-même, qui est le par= tage de l’inappréciable don de la liberté, nous assure de la possibilité de la victoire et nous révèle la grandeur de la nature humaine et la vérité d’un monde supérieur, parfait, divin.

Ces principes m'amènent à une déclaration personnelle, Quand j'étudie les diverses manifestations de la conscience dans le cours de l’histoire, je rencontre une individualité qui se détache de toutes les autres avec une splendeur absolument exceptionnelle, et vers laquelle je me sens invinciblement attiré : c’est Jésus- Christ. Je vois là une âme d’une pureté immaculée et un esprit doué d'une incomparable puissance d’intuition ; je vois un homme qui, dans ce monde de péché, . vit avec Dieu dans une intimité unique et permanente, et qui, dans ses rapports avec les hommes, manifeste un esprit de charité, de douceur, de patience, de renoncemerit sans pareil, se consacrant entièrement à ses semblables, ne reculant devant aucun sacrifice, pas même devant celui de sa vie, et dépassant infiniment les plus beaux exemples d’abnégation, de dévouementetd’amour fraternel que le monde ait jamais vus. Sa personne, sa parole, sa vie portent, dans leur admirable et grandiose harmonie et jusque dans les moindres traits, l’empreinte de la sainteté parfaite, le sceau du divin. Jamais homme ne se trouva à beaucoup près dans des conditions aussi favorables pour percevoir clairement et purement le témoignage du Saint-Esprit; jamais homme ne fut'aussi qualifié pour révéler au monde la pensée de

Dieu. Lui-même avait nettement conscience de cette mission divine : « Je suis né, dit-il, pour rendre témoignage à la vérité. » Il était bien réellement, comme l'appelle un de ses Apôtres, « la Parole de Dieu », ou, comme l'appelle un autre, « la manifestation de Dieu dans la chair ». Aussi son témoignage est-il à mes veux la révélation de Dieu dans sa parfaite pureté.

C'est donc à Jésus-Christ, avant tout autre, que je pose la question relative au pardon des péchés.

Sa réponse est claire et formelle.

Il affirme que Dieu aime le monde d’un amour qui surpasse tout entendement, et qu'il est disposé à pardonner à tous les hommes et à leur donner la vie et la félicité éternelles. Voilà la première partie de la « bonne nouvelle ».

Et en ce qui touche les conditions du pardon, Jésus- Christ nous les fait connaître tout aussi nettement : « En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui écoute ma parole et croit à Celui qui m'a envoyé a la vie éternelle, et il ne sera point sujet à la condamnation, mais il est passé de la mort à la vie. » (Jean 5, 24.) Cette parole comprend tout l'Évangile de Jésus-Christ.

La For est la condition unique, mais aussi la condition absolue du salut. Et par la For Jésus-Christ entend — quand il rapporte ce mot au salut — {a consécration de l’âme à Dieu.

Nous accentuons cette définition; et c’est dans ce sens que nous emploierons — sauf indication contraire — le mot de foi dans ce travail. « Celui qui croira sera sauvé », cela veut dire : « Celui qui consacrera son

âme, son esprit, son cœur, son moi à Dieu, aura le pardon des péchés, la vie et la félicité éternelles. »

C’est là, en d’autres termes, le dogme de la justificalion par la foi (1).

Examinons cet enseignement, et voyons s'il est ratifié par le témoignage de notre conscience.

Tout d’abord, en ce qui concerne la possibilité du pardon, il y a accord complet entre le témoignage de notre conscience et celui de Jésus-Christ. La prédication de l’amour de Dieu pour la créature pécheresse rencontre un joyeux et entier assentiment dans notre âme. C’est donc avec actions de grâces que nous accueillons ce message et que nous ÿ reconnaissons la révélation de la vérité.

Quant aux conditions du salut, que Jésus-Christ a proclamées au nom de Dieu, elles répondent si absolument à la nature intime de notre être et au caractère du péché, qu'il nous serait même impossible d’en concevoir d'autres. Le péché, nous l'avons vu, est la rupture de l'âme avec Dieu, rupture qui entraîne la mort. I s'ensuit que l’homme n’a qu’un seul moyen de retrou-

(1) Les mots de pardon et de justification désignent, dans le langage religieux, un fait identique considéré à deux points de vue différents. Le pardon est l'oubli du péché et la rémission de la peine ; — c’est le point de vue négatif. La justification est la déclaration de non-culpabilité, — comprise dans le sens d’une fiction juridique, — l’imputation gracieuse d’une justice idéale qui exclut le châtiment ; — c’est le point de vue positif. La conséquence du pardon ou de la justification est le : salut. Les trois termes de pardon par la foi, justification par la foi, salut par la foi, sont donc des synonymes que, dans cette étude, nous pouvons employer indifféremment. Ces mêmes observations s'appliquent aux verbes pardonner, justifier, imputer à justice. (Voyez Luc 18, 14 ; Actes 13, 38. 39; Rom. 3, 24. 25; 4, 5-8.)

ver la vie, c'est de retourner à Dieu. Or, ce retour exige un acte intérieur, libre, personnel, correspondant au péché et accompli dans le même domaine central de la vie spirituelle, un acte du mot tout entier, par lequel l’homme s’arrache au péché et se donne à Dieu. Cet acte est la For. Aussi, plus nous étudions le caractère, la nature, l'essence de la foi, plus elle nous apparaît comme la seule condition de salut possible; et nous reconnaissons qu'elle est bien, à tous-égards, qualifiée à occuper, dans notre vie, la place centrale que lui assigne l’enseignement du Christ.

La notion de la foi comprend simultanément un acte et un état résultant de cet acte.

L'acte -pur et simple est le mouvement du moi vers Dieu. C’est à ce mouvement que se rapporte la promesse du pardon. Que ce mouvement soit plus ou moins conscient, plus ou moins énergique, pourvu qu'il soit vrai, sincère, réel, et Dieu lui accorde gratuitement la rémission des péchés, la vie, le salut. Voilà la belle et consolante doctrine de la justification gratuite du pécheur devant Dieu. Cette doctrine mérite bien son nom d’« évangile », de « bonne nouvelle », car elle apporte la paix et la joie au pécheur repentant qui aspire après le salut, mais qui sent encore, non seulement le poids, mais aussi la puissance du péché dans son âme. Dieu ne demande au pécheur, pour le recevoir en grâce, ni la sainteté à laquelle il sent qu'il ne pourra Jamais atteindre, ni une expiation qu'il sent ne jamais pouvoir fournir, mais uniquement un mouvement du cœur, un acte de sincère consécration, un

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