Cf. Roniania, IX
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pas dominer par sa matière et qui' crée véritablement le poème dont il a emprunté les éléments».
Il est également certain qu'il ne s'est pas non plus laissé dominer par la réalité contemporaine, et que, dans sa représentation du passé, si Ton ne doit pas chercher la peinture exacte de ce qu'était Jérusalem au temps de Charlemagne, il ne faut pas voir non plus le tableau de ce qu'elle était de son temps. C'était l'opinion de Gaston Paris, qui ruinait ainsi par avance l'argumentation de M. Morf, et enlevait beaucoup de sa force à l'une des preuves qu'il donnait lui-même de l'ancienneté du poème. « Le poète, disait-il expressément, a évidemment voulu représenter les choses autrement qu'elles n'étaient de son temps ^. » S'il en est ainsi, il est impossible de dater le tableau qu'il nous fait de Jérusalem et le poème lui-même. A n'importe quelle date ils peuvent avoir été conçus tels qu'ils sont.
A vrai dire, l'on pourrait s'en doutera l'impossibilité, où l'on est, de trouver dans l'histoire de Jérusalem un moment quelconque où sa situation réelle fut bien celle que nous peint le Voyage m Orient, C'est très approximativement qu'on y pourrait reconnaître l'état de la ville sainte avant sa conquête par les Turcs. « Jusqu'en 1076, au moins depuis 1012, les chrétiens, dit Gaston Paris, vivaient à Jérusalem dans une sorte d'indépendance; les patriarches avaient de l'autorité et déployaient à l'occasion un faste qui indique une sécurité complète ; les pèlerins venus d'Occident étaient librement admis moyennant une faible redevance et trouvaient un accueil empressé chez leurs coreligionnaires ^ » Mais, en réalité, durant cette période, la situation de Jérusalem ne différa pas sensiblement de ce qu'elle fût à peu près constamment pendant les quatre siècles qui séparent la conquête musulmane des Croisades. Si l'on excepte de
1 . De même Koschwitz admet comme certain qu'il faut faire une grande part à la personnalité du poète dans la construction et Tarrangement du Voyage en Orient. Cf. sa préface à la deuxième édition du poème, p. xxxvii. Ailleurs il dit plus expressément encore : « Il n*a pris à la tradition que ce qui lui a plu. La plus grande partie de son poème est sortie de son invention. » Cf. Romani sche Studien^ II, 44.