Cf. Rauschen, ibidem
5. C'est évidemment le cas de ce Fragmentum Historiae Frattciae publié par Bouquet (Historiens de France, VII, 224 et 225) et daté par lui, on ne sait pourquoi, du commencement du xi« siècle. Il est aisé de voir, que nous avons affaire en réalité à un résumé de la Descripiio, qui même en reproduit la plupart des traits caractéristiques. Cf. Rauschen, Neue Untersuchungeny etc., p. 275.
par elle-même impuissante à prouver, qu'à la date où elle fut écrite, les reliques, dont elle prétend raconter l'histoire, étaient réellement à Saint-Denis depuis longtemps. On a, en eflfet, successivement soutenu, qu'elles n'y étaient venues que peu de temps auparavant ', et au contraire que la Descriptio n'avait pu être écrite, que si elles étaient depuis longtemps déjà à l'abbaye*. Les arguments invoqués dans l'un et l'autre cas sont du reste également contestables. Ce n'est pas, en effet, parce que le xi* siècle est l'époque par excellence des fondations d'églises, de la recherche des reliques, ou de l'établissement des pèlerinages, que l'arrivée des reliques à Saint-Denis est forcément antérieure de peu à la Description. En admettant même l'argument pour ce qu'il vaut, notre texte pourrait être de la fin du xi* siècle et la présence des reliques à Saint- Denis remonter à cinquante ans plus tôt et même davantage. C'est là une conclusion qu'admettraient les partisans eux-mêmes de l'ancienneté des reliques, puisqu*aussi bien on n'a jamais prétendu sérieusement que l'abbaye les possédait avant le xi* siècle ^.
Mais d'autre part, ce n'est pas, parce que la Descriptio est ce qu'elle est, qu'elle suppose une longue possession antérieure des reliques. Si leur arrivée, dit-on, était récente, l'auteur n'aurait pas pu raconter rhistoire que l'on sait. L'argument serait probant, si nous ne savions pas, eh pareille matière, jusqu'où pouvait aller l'audace des moines du moyen âge et leur impudence à travestir la réalité. Les clercs de Compiègne n'avaient pas hésité à substituer à l'histoire primitive du Suaire une version matériellement fausse mais qu'ils estimaient plus glorieuse 5. Les moines de Saint-Denis n'auraient pas eu plus de scrupules, même peu après leur mise en possession des reliques, à imaginer la belle histoire que nous raconte la Descriptio. Si les uns avaient trouvé des gens pour les croire, pourquoi se serait-on montré plus défiant à l'égard du dire des autres ? Les