Cf. supra, p
moines de Saint-Denis pouvaient, en tout cas, laisser croire que larrivée récente des reliques n*était qu'un retour et une restitution. Ils étaient gens à ne pas se laisser embarrasser pour si peu, et fort capables de soutenir par tous les moyens la fiction par eux adoptée. De la Descripiio elle-même on ne peut en réalité conclure d'aucune façon, que les reliques de la Passion étaient ou n'étaient pas depuis longtemps à Saint-Denis, quand elle fut écrite.
Si cette dernière opinion nous paraît la plus probable, c'est pour d'autres raisons, extérieures en quelque sorte à notre texte. La première, c'est que, malgré la popularité que leur valut plus tard le fameux Endit, et malgré le don de certaines d'entre elles fait en 1205 à l'abbaye par l'empereur Baudouin ', les reliques de la Passion ne semblent jamais avoir occupé dans les reliquaires de Saint-Denis la place éminente qui semblait naturellement leur revenir. C'est l'impression que l'on a à la lecture des inventaires et des descriptions, qui nous ont été transmis par les historiens de l'abbaye. Au premier rang sont les reliques de saint Denis et de ses compagnons saint Rustique et saint Eleuthère *. On réserve également une place spéciale dans l'église à celles des saints Jacques, Etienne et Vincent, qui avaient été données à l'abbaye par Charles le Chauve ^ Dans l'énumération des reliques, celles de la Passion, le clou lui-même et la couronne, n'ont qu'une place secondaire et se confondent presque avec d'autres reliques infiniment moins glorieuses et moins populaires ^. Quand il est question de visites faites anciennement par les rois et princes aux pieuses richesses de Saint-Denis, c'est uniquement celles des saints Martyrs, non celles de la Passion, qu'on les voit vénérer 5. S'il s'agit de donations faites à l'abbaye en l'honneur des reliques qui y sont conservées, les actes ne mentionnent que celles des saints Martyrs ^. C'est seulement
1. Cf. Félibien, Histoire de Vàbhaye royale de Saint-Denis en France^ p. 215.
2. Cf. Lebeuf, Histoire dt la banlieue ecclésiastique de Paris , p. 183.