Cf. Doublet, op. cit., pp. 443 sq
dans des documents du xiii* et du xiv* siècles, que, dans des circonstances semblables, sont également mentionnées les reliques de la Passion '. Tout semble concourir à nous indiquer, que, malgré l'importance prise par elles plus tard, l'acquisition de ces reliques est dans l'histoire de Saint-Denis un fait relativement récent.
Nous en avons une autre preuve dans le silence caractéristique observé à leur égard par le récit de la Karlamagnus-Saga. Pour assurer le succès de son entreprise le clerc de Compiègne, auquel nous le devons, n'avait pas hésité à reconnaître à d'autres églises la possession de leurs reliques. Il les associait à sa supercherie, en affirmant qu'elles les avaient reçues dans les mêmes circonstances que Compiègne son Suaire *. Comment a-t-il pu ne faire aucune mention des reliques de la Passion possédées par l'abbaye voisine, si surtout elles jouissaient déjà d'une longue popularité ? Dans la Descripiio, Saint-Denis, malgré son ambition d'être la « mestre abbeie », reconnaît expressément à Compiègne la possession du Saint Suaire. Au silence du clerc de Compiègne il n'y a, en réalité, que deux explications possibles. Ou bien, au moment où il écrit, le clou et la couronne n'étaient pas encore à Saint-Denis, ou bien, s'ils y étaient, l'origine, qu'à cette date leur attribuait l'abbaye, différait trop de celle donnée par Compiègne au Suaire, pour que celle-ci pût affirmer, que toutes deux avaient reçu leurs reliques de Charlemagne à son retour d'Orient. Le témoignage, tout négatif du récit de la Saga, est pour nous, en tout cas, infiniment précieux. Si la première explication est la vraie, l'arrivée à Saint-Denis du clou et de la couronne est, au plus tôt, des dernières années du xi* siècle; si c'est l'autre, nous avons la preuve, qu'avant cette date Saint-Denis n'avait pas encore songé à mettre en œuvre, pour la gloire de ses reliques, la légende du Voyage de Charlemagne en Orient.
Entre les deux, il est vrai, le choix reste malaisé. Toutefois il nous paraît difficile d'admettre que Saint-Denis ait attendu si longtemps.