I . — L étude des ilisiom ; ses résultats négatifs
Quand on examine les faits dont on appuie ces conclusions, on constate que, si celles-ci ont peu varié depuis le premier travail consacré par Koschwitz à cette étude linguistique, par contre le nombre de ceux-là est toujours allé en se restreignant davantage '. Des traits relativement nombreux qu'il présentait d'abord comme probants, les progrès faits par lui dans la connaissance du texte et les objections de la critique l'ont obligé à reconnaître que certains ne pouvaient être légitimement invoqués. Peu à peu, ont été écartés les faits douteux ou insignifiants, et peu à peu s'est resserré le faisceau des preuves et des arguments considérés comme certains. On peut donc négliger les phases successives de cette élaboration et n'examiner que les faits retenus, en dernier lieu, par Koschwitz luimême comme prouvant l'âge qu'il a attribué à la langue du Voyage en Orient,
1. Cf. rintroduction de la quatrième édition du poème, p. xxv.
2. On se rendra compte de l'importance de cette élimination en parcourant les deux travaux de Koschwitz, Ueherdie Chanson du Voyage de CharUmagne à Jérusalem (Rotnau. Studieny II, 1-61), Ueberlieferung und Spracheder Chanson du Voyage etc. et surtout les introductions des quatre éditions successives données par lui du poème.
C'est la magistrale étude de Gaston Paris sur la langue du Saint Alexis qui lui avait fourni le cadre et le modèle de son enquête, et c'est à son exemple qu'il avait demandé à deux ordres de faits, aux élisions et aux assonances, la preuve de Tancienneté de notre poème.
Au point de vue de Télision, les formes étudiées par Koschwitz sont à peu près les mêmes qu'avait étudiées Gaston Paris, pour dater le Saint Alexis par rapport aux textes qui l'ont précédé et au Roland qui Ta suivi. C'est //, forme d'article masculin singulier et pluriel, le pronom personnel joy le démonstratif ço, enfin la désinence de 5*^ personne du singulier -et, correspondant à la désinence latine atone -at d'indicatif présent et imparfait et de subjonctif présent.
En ce qui concerne H, article masculin singulier, Koschwitz constate dans le Voyage en Orient^ outre quinze cas douteux, vingtsept cas, où la voyelle s'élide devant la voyelle initiale du mot qUi suit et vint-cinq, où, au contraire, elle reste en hiatus devant cette voyelle* . Par là notre poème se distingue de V Alexis qui ne connaît pas l'élision et où l'hiatus est la règle, mais non pas A\x Roland^ y qui, à côté de nombreux cas d'hiatus , offre aussi des exemples fré* quents d'élision, ni du Comput^ôù l'hiatus est presque aussi fréquent que l'élision ^.
Moins caractéristique est le traitement de /t, cas sujet de l'article masculin pluriel. Le poème nous le présente cinq fois précédant un mot commençant par une voyelle et, dans tous ces cas, il y a hiatus. En cela, il ne se diftérencie ni de YAlexiSy ni du Roland 5, ni même du Comput, qui, quoique très postérieur ^ à ces deux textes, n'élide jamais cette forme de l'article.
Pour les deux autres monosyllabes examinés, Tusage suivi par le poème semble à peu près identique. Du pronom personnel /'(> et du