Cf. supra, p
son séjour à Jérusalem que se concentre tout l'intérêt du récit. Cest le renversement .des rôles joués jusqu'alors par les deux parties constitutives de la légende. Le changement introduit quant à l'origine des reliques en est la seule cause.
Il a eu même, dans d'autres récits, pour effet, l'élimination complète du voyage à G)nstantinbple. Cest ainsi que les récits auxquels se réfèrent la Fie de saint Sacerdos et le Pseudo-Turpin^ qui, avant même la DescriptiOy et probablement sous l'influence des mêmes idées, avaient raconté, que Charlemagne avait rapporté de Jérusalem ses reliques, ne mentionnaient pas, semble-t-il, son passage par la capitale grecque \ Le voyage à Constantinople., devenu sans objet, n'avait plus de raison d'être, et devait, presque naturellement, être éliminé de la légende primitive. Si l'auteur de la Description sans doute pour que l'expédition de Charlemagne ressemblât de tous points à la Croisade de 1096, mentionne encore son passage à Constantinople et par là paraît respecter la forme première de la légende, après lui, des clercs, qui connurent ou même qui utilisèrent à nouveau son récit, n'hésitèrent pas à en retrancher tout ce qui précédait le voyage proprement dit à Jérusalem. C'est ainsi, que la tradition adoptée par l'église de Charroux ', se borne à parler du séjour de Charlemagne dans la ville sainte. Il y a eu certainement une tradition relative au voyage à Jérusalem, mais au lieu d'avoir été, comme on le croyait, un des éléments composants de la légende du Voyage eh Orient, elle n'a existé, à l'état indépendant, que par suite de sa décomposition.
Enfin, il nç semble pas que Saint-Denis ait réussi à imposer définitivement la forme nouvelle donnée par elle à l'expédition de Charlemagne. Peut-être est-ce l'effet des doutes, qu'avait tout d'abord suscités l'existence de cette croisade de Charlemagne. Nous verrons, qu'à un moment donné, probablement pour éviter à ses
1. Cf. supra, p. 228, où les passages intéressants se trouvent cités.
2. Cf. supra, p. 244, où se trouve cité le passage de Pierre Comestor, relatif à cette histoire. Comme Saint-Denis, cette église admet que sa relique a d'abord appartenu à Aix, et que c'est Charles le Chauve qui Ta enlevée à Aix pour la lui donner.
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reliques de pafeilles discussions, VMfxye eUe-mtnie préféra rêve* nir à b donnée primitive de la légende et présenter cette expédition comme on voyage essentiellement pacifique, entrepris dans un dessein pieux. Mais avant la Description des rédts, où se marquait déjà l'influence de la Croisade, avaient manifesté les mêmes scrupules, en conservant toujours au Voy^ de Charlenu^ne b forme et l'extérieur d'un pèlerinage. Le rédt, auquel se référait le Pseudo-Turpin, parlait d'une viâte au Saint Sépulcre, et celui que vise lallusion de la Fie de saint Sacerdos semble bien, lui aussi, n'avoir raconté qu'un voyage pieux '. Après b Descripiio, les clercs de Charronx, qui s'inspirent d'elle, nous montrent Chariemagne en prière, « dans le Temple ». Rien n'indique que son Voyage ait quelque chose de guerrier '. Enfin, quand Godefroy de Viterbe incorpore dans son Panthéon la matière de la Description il raconte que Chariemagne alb à Jérusalem en passant par Constantinople. Il complète même l'itinératre, en ajoutant, ce que ne disût pas le moine de Saint*Denis, qu'il revint « par b Sicile, b Calabre et la Fouille 9. Mais dans tout ce voyage, l'empereur n'est qu'un pèlerin '.
Une dernière transformation de la légende est celle, qui a consisté à changer le héros primitif du Voyage en Orient et à substituer à Chariemagne tel ou tel de ses successeurs ou même de ses prédécesseurs. Un moine de la fin du xii« siècle, Richard de Quny, appelé aussi Richard le Poitevin, nous a transmis du Voyage en Orient une rebtion, qui ne diffère pas essentiellement du récit de la Saga. Les mêmes traits s y retrouvent : le caractère religieux du voyage, la présence d'une grande armée, qui, dans le récit de la Saga^ permet à Charles de soutenir à lui seul une guerre contre le roi Miram, ritinéraire qui le fait au retour passer par Constantinople.
De plus, c'est la même relique que Richard de Cluny , comme l'au-