‹ Publications spécialesChapitre 150 sur 274 · Cf. Rauschen, Neue Untersuchungen, p. 273, note · texte numérisé non relu

Cf. Rauschen, Neue Untersuchungen, p. 273, note

rhonneur du pèlerinage à Jérusalem fut attribué à Louis le Pieux S et où, à Saint-Denis même, on raconta que la première Croisade avait eu pour héros non pas Charlemagne mais Clovis II, fils de Dagobert ^.

Le développement tout entier de la légende du Voyage en Orient nous apparaît comme déterminé par son origine et par l'emploi très particulier qu'en a fait le clergé du moyen âge. Elle est, dès sa naissance, et elle est toujours restée, une histoire de reliques. L'intérêt des reliques différentes, au service desquelles elle a été mise successivement a déterminé toutes les transformations que nous avons constatées. Quoique artificiellement créée par l'arbitraire d'un clerc, elle est allée, tout comme une tradition populaire, se modifiant et s'altérant. Mais toutes ses modifications ont été aussi conscientes que la falsification qui lui a donné naissance. Dans certains textes elle est restée la légende du pèlerinage pacifique qu'elle était dans la Chronique de Benoît de Saint-André; dans d'autres, elle s'est agrémentée d'épisodes guerriers : dans d'autres enfin , elle est devenue la légende guerrière de la Croisade de Charlemagne. L'importance des deux éléments qui la constituent a aussi varié. Tant que s'est conservé le trait, à l'origine pseudo-historique et savant, qui plaçait à Constantinople l'acquisition des reliques, c'est le voyage à Constantinople qui est resté le centre du récit. Quand, au contraire, s'est altéré le sens de cette tradition, c'est le pèlerinage ou l'expédition à Jérusalem, qui est devenu l'élément essentiel, au point même d'éliminer l'autre comme étant sans objet. Mais tout ce développement n'a rien de populaire et reste l'œuvre des clercs. Il laissa au surplus subsister les deux traits, qui dès l'origine caractérisent la

1. C'est ainsi que la Chronique d'Hariulf attribue le pèlerinage à Jérusalem, peut-être en raison de la réputation de piété de ce roi, à Louis le Pieux, fils de Charlemagne. Cf. éd. Lot, p. 100.

2. Une tradition, qui nous a été conservée par les historiens de Tabbaye, attribuait en effet à Clovis II l'honneur d'avoir fait la première Croisade. Il ly serait allé en 655, sur les conseils de sa femme, « pour conquester la Terre Sainte et royaume de Jérusalem avec la Sainte Cité, ce qui lui succéda fort heureusement, où il fut sept ans ». Cette expédition aurait été le prototype des Croisades. Cf. Doublet, op, cit. y pp. i^o8, 1248 et 1249.

légende : elle est une légende savante et d'esprit exclusivement dévot:

Charlemagne ne va en Orient que pour en rapporter des reliques. Il n'y va aussi que pour nous donner un exemple de piété et une leçon de morale chrétienne. Qu'il s'empresse d'apaiser les craintes des empereurs grecs, comme nous le montre Benoît, et qu'il leur prouve qu'il n'en veut pas à leur empire, ou que, comme dans la Descriptio et dans le récit de XzSaga il refuse les trésors et la terre que le roi grec lui offre, il nous donne une haute idée de sa piété, qui lui fait préférer la possession de quelques reliques. Il prêche surtout aux lecteurs de ces pieux récits le mépris des richesses, le détachement des biens terrestres, et la domination de nos convoitises. En même temps, par le souci toujours constant de se rapprocher de la vérité ou de la vraisemblance historiques, la légende est restée ce qu'elle était dès sa naissance : exclusivement savante et aussi étrangère aux traditions de l'épopée carolingienne qu'aux transformations de l'imagination populaire.

C'est, sans doute, ce qui explique que cette légende n'ait exercé aucune action sur notre poésie héroïque. Les chansons de geste antérieures à notre poème du Voyage en Orient ne semblent pas l'avoir connue, et, même après lui, nous ne voyons pas qu'elle soit devenue plus familière à nos trouvères. Jusqu'à lui, elle n'a vécu que dans des textes écrits en latin et pour des clercs ; elle n'est encore jamais sortie des cloîtres où elle est née. Et comme, d'autre part, il n'y a pas de traditions populaires relatives à la Croisade ou au pèlerinage à Jérusalem, comme, en dehors de cette légende cléricale du Voyage en Orient, toutes les traditions relatives à Constantinople et à Jérusalem se réduisent à quelques allusions à la conquête de la première et à la mention de la seconde comme de la ville sainte, chère à tous les chrétiens, ce n'est qu'à elle que l'auteur du Voyage a pu emprunter la matière de son poème. Cela suffirait déjà à nous faire soupçonner, que nous n'avons pas affaire à un trouvère ordinaire, et que son récit ne doit pas être confondu avec les chansons de geste inspirées de notre légende nationale.

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