Cf. supra, p
6. Cf. Félibien, Histoire de V abbaye royale de Saint-Denis, p. 537.
Dès lors, on peut penser, qu*au moment où fut écrit le Voyage en Orient^ l'histoire des reliques de Saint-Denis, telle que les moines eux-mêmes la racontaient, n'était déjà plus ce qu'elle était dans la Descriptio. Le récit du Voyage en Orient peut être considéré, comme la. version adoptée par l'abbaye au moment de sa composition. Il est, en effet, certain que celle-ci dut bientôt renoncer à la précaution habile, à laquelle elle avait eu recours, quand, pour rendre vraisemblable l'histoire de ses reliques, elle avait admis que d'abord elles avaient appartenu à Aix-la-Chapelle. Le succès de ses prétentions et la rapide popularité de ses reliques durent la rendre bientôt inutile. Tant d'autres églises, et Compiègne la première, prétendaient tenir les leurs directement de Charlemagne. Pourquoi Saint-Denis aurait-elle continué à se montrer plus timide ou plus modeste? En fait, dans les formes de la légende postérieures à la Descripiio et dont nous avons relevé les traces ', le rôle attribué d'abord à Charles le Chauve a disparu, sauf quand il devient lui-même le héros du Voyage en Orient.
Nous savons en outre que de bonne heure Saint-Denis renonça également à la fiction de la Croisade pour revenir à la donnée primitive, plus facile à admettre, du pèlerinage de Charlemagne L'historiographie, en effet, n'avait pas accueilli aveuglément le mensonge historique, que les chroniqueurs de la Croisade avaient tenté de propager. Quant au peuple, nous n'avons aucun indice qui permette de penser qu'il ait jamais cru à une délivrance des Lieux Saints par Charlemagne. La légende 'de la Croisade ne pouvait que compromettre, aux yeux des clercs et à ceux du peuple, la cause que Saint-Denis avait à cœur de défendre. Il était moins risqué d'invoquer un pèlerinage, d'autant qu'on avait pour soi l'autorité d'une tradition, que certaines églises avaient déjà adoptée et en partie au moins répandue parmi le peuple.
Nous savons déjà, que Saint- Denis^ postérieurement à Xz Description était revenue à la donnée primitive de la légende du Voyage en Orient *. Notre poème nous atteste, qu'elle n'attendit pas long-