‹ Publications spécialesChapitre 159 sur 274 · Cf. supra, p · texte numérisé non relu

Cf. supra, p

3. Ce qui nous atteste encore la différence de date, que nous établissons entre les deux textes, c'est la présence, dans Tinventaire donné par le poème, d'un nombre beaucoup plus considérable de reliques « invraisemblables ». Déjà M. de Mély en avait relevé quelques-unes dans la Dtscriptio (cf. supra^ p. 221) et c'était une raison pour lui de le considérer comme écrit après la Croisade. La liste des reliques dans le Voyage en Orient, contrairement à ce qu'en pensait M. Rauschen (cf. Die Légende Ka ris des Grossen, p. 144), ne diffère pas essentiellement de ce qu'elle était d^s la Descriptio, Ici comme là la première place appartient aux reliques de Saint- Denis et en particulier au clou et à la couronne. Tout au plus pourrait-on remarquer, que le bois de la Croix, revendiqué par la Descriptio comme appartenant à Saint- Denis, n'est pas mentionné par le poème. Mais on, sait, que cette relique n'a pas toujours été réclamée par l'abbaye. Nous savons, comment pouvaient s'expliquer les prétentions, que la Descriptio s'était chargée de faire valoir à ce sujet. Si, au moment où fut écrit le Voyage, Saint-Denis y avait renoncé, c'est peut-être que trop d'églises, Orléans, Sarlat et d'autres encore avaient réussi à faire admettre leur

CouLET. — Voyage de Cbarîemagne en Orient. 18

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G: qu'on peut supposer, d'après le Vcyage em Oriemi^ c*est qu'à cette date les modifications, introduites dans la légende par les clercs de Tabbaye, n'avaient pas encore entraîné b amplification, que nous avons constatée et l'élimination d'un de ses éléments constîtuti£^ '• Qiunqae Tadoption de Jérusalem comme lieu d'acquisition des reliques rendit inutile le Voyage à Constantinople, on reqiectaît encore la donnée primitive, invoquée du reste, sans doute, par des ^ises voisines, qui faisait suivre le pèlerinage d'un séjour dans la capitale grecque. Les reliques proviennent toujours du Voyage en Orient. C'est peut-être même cette forme toute particulière de la légende, qui a donné à l'auteur du poème l'idée de fiûre ce qu'il a £dt du Voyage à Constantinople. Comme celui-ci était désormais sans objet

possession de reliques analogues. Par ailleun, la liste do poème cooconle assez bien avec celle de la légende latine. Il cite, lui aussi, le Suaire de Onnpi^ne et la chemise de b Vierge, que se flattait alors de posséder Téglise voisine de Chartres. Il se borne, du reste, â les mentionner, sans préciser une attribution que rendait sans doute inutile la popularité de ces reliques. U n*omet que les langes de l'Enfant Jésus, que la Descriptio laissait à Aix ; on peut supposer, que b vieille basilique carolingienne et ses reliques étaient eneflPet très étrangères au public auquel s'adressait le poème. S*il mentionne une antre relique re\'endiquée par .\ix, le bras de saint Stméoa, c'est que probablement, dès cette époque, Téglise Notre-Dame de Paris se flattait également de posséder un autre bras du même saint (cf. Lebeuf, Histoire de la banlieue euUsiastiqui de Paris, p. 254)- La seule différence importante entre les deux listes consiste dans le plus grand nombre de reliques « invraisemblables » énumérées par le Voyage en Orient. Nous y voyons figurer le calice, le couteau, « Tescuele n ayant servi i la Cène, des parties de la barbe et des cheveux de saint Pierre, la tète de saint Lazare, du sang de saint Etienne et enfin du lait de la Vierge. Toutes ces reliques rentrent dans la catégorie de celles qui ne furent coimues en Occident qu'après la Croisade : le témoignage du Voyage en Orient nous prouve, combien le nombre de ces reliques s'était accru depuis la Description et que les clercs avaient réussi à les imposer à la piété populaire. La comparaison de ces deux listes de reliques prouve donc le contraire de ce que croyait M. Rauschen. Omettant les divergences, il expliquait les ressemblances non par limitation d'un de ces textes par l'autre, mais en supposant que tous deux avaient été écrits à Saint- Denis, et à peu près à la même époque (cf. Die Légende Karls des Gressen, p. 100 et Keue Untersuchungen, etc., p. 272). Des deux choses la première seule est \Taie, et les variantes constatées entre les deux textes nous obligent à considérer le Voyage comme écrit à une date très postérieure à la Descriptio. Sur Télément de datation que peut fournir la mention dans un texte de reliques « invraisemblables », cf. supra f p. 35 et de Mély, Exuviae sacrae Constaitiiuopolitanaey p. 184. I. Cf. supra, p. 244.

■défini, et que les reliques étaient acquises à Jérusalem, H a pu être tenté d'employer à sa façon le séjour à Constantinople, dont il n'a pas voulu, dispenser Charlemagne. En tout cas, on peut affirmer que c'est par l'intermédiaire de l'histoire des reliques de Saint-Denis, qu'il a connu la légende créée par Benoît de Saint-André, et que c'est cette légende cléricale, qui lui a fourni l'élément traditionnel et le cadre tout entier du poème. Son récit du Pèlerinage suppose la connaissance assez exacte des prétentions contemporaines de Saint-Denis touchant ses reliques de la Passion, et la composition du poème ne s'explique que par l'influence directe de la légende du

Voyage en Orient.

Ces constatations nous obligent dès à présent, à considérer et à comprendre le poème tout autrement qu'on ne l'avait fait. Il faut tout d'abord renoncer à l'hypothèse, qui le concevait comme formé de la juxtaposition de deux récits antérieurs '. Il est la mise en œuvre et Texpression d'une seule et même tradition. L'incohérerTce essentielle relevée dans sa composition est celle même qui caractérise cette tradition dès l'origine. Quant aux disparates et aux contrastes signalés dans le caractère des personnages^ nous verrons ailleurs quel en est le vrai sens.

I . Ce n'est évidemment pas ainsi, qu'on doit expliquer les difficultés que présente encore le texte. La plupart d'entre elles ont certainement pour cause la mauvaise tradition de ce texte. Non seulement le caractère très spécial du poème en a beaucoup restreint la diffusion, mais il Ta surtout exposé, de la pan des copistes, à des remaniements et à des altérations qui lui ont été très dommageables. On a tendu à faire de lui une chanson de geste comme les autres et, sans tenir compte de ce qui faisait son originalité, on Ta, en quelque sorte « banalisé » par l'addition de traits ou de détails empruntés aux poèmes épiques. Bien avant la transposition consciente et méthodique, que lui a fait subir l'auteur du Galien primitif, le texte avait eu à' souffrir de l'ignorance et de l'inintelligence des copistes. C'est ce qui explique en partie la conclusion à laquelle est arrivé Koschwitz, que l'état actuel des textes ne nous permet de remonter qu'à un manuscrit perdu, déjà profondément altéré. Les difficultés, que soulève encore la constitution du texte du Voyage en Orient ont pour- origine non la conception mais surtout la nmuvaise tradition du poème.

Mais surtout, il paraît dès à présent impossible, de continuer à voir une chanson de geste comme les autres dans ce poème, qui a pour fond premier une légende exclusivement cléricjale et qui au moins jusqu'alors, n'était pas sortie des cloîtres, où elle avait pris naissance et où elle s'était développée. II ne semble pas non plus, que l'on puisse considérer son auteur comme un trouvère ordinaire. Non seulement ce poète connaissait la légende du Voyage en Orient et la forme spéciale, que lui avaient imposée les clercs de Saint-Denis, mais il était certainement au courant de l'histoire et des choses de^-^^ l'abbaye. Pareilles connaissances sont assurément surprenantes, si l'on songe, que la plupart de nos trouvères étaient fort ignorants et qu'en particulier, en ce qui concerne l'Église et la religion, ils n'en savaient pas plus que la piété populaire.

Qu'on ne cherche pas l'explication de cette érudition peu commune dans l'occasion qui inspira ce poème et dans le désir qu'eut l'auteur de le faire réciter à la foire de l'Endit. On pourrait être tenté de croire, que c'était une nécessité pour un poète, qui voulait • d'une façon quelconque rappeler l'origine de cette fête, de se conformer à l'histoire des reliques de la Passion, telle que l'abbaye de Saint-Denis tendait à l'établir. Il semble, que le public, qui devait le jour de la fête avoir entendu raconter, dans un panégyrique quelconque, comment les reliques, que l'on vénérait,, étaient venues d'Orient, ne pouvait accepter, qu'un poète vînt, peu après, dans une récitation de la foire, leur imaginer une autre histoire. Cependant, il faut reconnaître, que ce public ne savait sans doute qu'en gros l'origine du Clou et de la Couronne, car il a parfois toléré, que ses trouvères prissent avec cette histoire les plus étranges libertés.

Le Voyage en Orient n'est pas, en effet, le seul poème qu'avait fait naître la foire de l'Endit. On a supposé, avec raison, que le grand succès de cette fête populaire avait déterminé une production poétique assez considérable '. Le grand concours de peuple, qui s'y pressait, encouragea les trouvères à inventer pour l'amuser de nouvelles chansons et, plus souvent encore, à en remanier d'anciennes qu'ils

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