‹ Publications spécialesChapitre 163 sur 274 · Cf. V. 283 sq · texte numérisé non relu

Cf. V. 283 sq

Si quelque chose nous frappe, c'est que son tableau ne soit pas plus complet et plus détaillé. Mais c'est là, à notre avis, que se marque surtout son désir d'adapter son récit à son auditoire populaire. Les relations qu'il a utilisées lui fournissaient, sans doute, beaucoup plus de détails. Il n'en a retenu que ce qui concernait le seul palais de Constantinople. Au lieu qu'il donnera sur la topographie de Jérusalem des indications relativement nombreuses et précises, il nous présente de la capitale grecque, comme en une vue d'ensemble.

Les clochiers et les aigles et les pons reluisanz (v. 26}).

Et ce vers lui suffit pour donner à ses auditeurs l'idée de la ville qu'est Constantinople. C'est une ville d'Orient, c'est la capitale, où se trouve le palais des empereurs grecs, ces deux traits suffisent au tableau qu'il veut présenter à son public. Quel intérêt aurait pu trouver ce public à une description plus précise, à une énumération de monuments auxquels son ignorance ne pouvait rattacher aucun souvenir ?

Il en était tout autrement de Jérusalem. L'histoire de la Passion en avait rendu la topographie familière aux plus ignorants. Aux lieux, aux monuments se rattachait invinciblement le souvenir de telle ou telle circonstance de la vie du Christ et, tandis qu'une description détaillée de Constantinople n'eût rien représenté pour l'auditoire populaire du Voyage en Orient, la mention des monuments de Jérusalem, au moins des plus connus, devait être un élément puissant d'intérêt. Il n'est pas douteux, que le poète l'a compris, et il est également certain, que pour composer ce tableau il s'est « documenté », comme il avait fait pour Constantinople, et très naturellement aux mêmes sources.

On a déjà remarqué, combien de détails singulièrement précis le poème contenait sur la topographie de Jérusalem * . L'emplacement de l'église de Charlemagne, celui de l'hospice des pèlerins et celui du marché s'y trouvent désignés avec une exactitude vraiment

I. Cf. Gaston Paris, Romania, IX, p. 21, sq. et Poésie du moyen àgÇy p. 140.

curieuse. Une telle description ne peut avoir été faite que par quelqu'un qui avait vu les lieux ou qui, d'après des relations authentiques, s'était représenté avec précision le plan même de Jérusalem. Comment, dès lors, comprendre les traits vagues et les incohérences qu'on a cru y constater par ailleurs et qui ont semblé à certains trahir un narrateur mal informé ' ?

C'est ainsi, que l'église qui joue un si grand rôle dans le récit du pèlerinage et qui a fourni au poème le sujet d'une de ses plus belles scènes, est, malgré la description détaillée de ses peintures et de ses ornements, désignée de façon si imparfaite, qu'on peut se demander quelle église de Jérusalem l'auteur a voulu décrire et si même il n'a pas imaginé une église quelconque, ignorant qu'il était de celles qui s'élevaient dans. la Ville Sainte. On ne peut cependant pas' penser, qu'il ignorât, même de nom, l'église, qui attirait les regards et la vénération de la chrétienté, et' qui contenait ce Saint Sépulcre, que, dans la donnée du poème, Charlemagne venait adorer. Il faut donc, malgré l'imprécision de la description, reconnaître dans cette église anonyme, la fameuse église du Saint Sépulcre*.

Mais alors, comment expliquer que le poète nous la peigne avec des traits empruntés à d'autres églises de Jérusalem ? Il est certain, en effet, que l'autel de « Sainte Paternostre », mentionnée comme s'élevant dans le « mostier » (vv. 113-114), rappelle l'église du même nom, située hors la ville, sur le mont des Oliviers, et à laquelle des traditions différentes, mais toutes anciennes, rattachaient le souvenir de scènes importantes de la Passion. De même, c'est une autre église de Jérusalem, l'église de Sainte-Sion, qui a suggéré au poète l'idée des chaires où s'asseoient Charlemagne et ses compagnons (v. né, sq.), rappelant ainsi une ancienne peinture de cette église, qui représentait le Seigneur assis avec ses douze apôtres. Elle s'élevait, croyait- on, sur l'emplacement même du Cénacle, où avait été institué le sacrement de l'Eucharistie. C'est cette tradition, propre à l'église de Sainte-Sion, que le poète transforme en racon-

1. Cf. Gaston Paris, Roniatiia, IX, p. 25 et Poésie du moyen âge, p. 136.

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