Cf. supra f p
pour autre effet d'accuser la portée morale et pieuse de la légende ^ Il en est tout autrement dans notre poème, et c'est à tort qu'on a cru y retrouver ce dédain, en quelque sorte traditionnel, de Charlemagne à l'égard des offres du roi grec. Quand celui-ci, pour obtenir que les Français renoncent à accomplir leurs gabs^ lui offre ses trésors et l'hommage de son royaume*, il accepte formellement Hugon pour son « homme » et pour son vassal î. Il ne refuse et ne dédaigne que les trésors, mais précisément, parce qu'il est le suzerain toutpûissant du roi de Constantinople et qu'il lui est en tout supérieur. « Mes gens, répond-il à Hugon, n'ont que faire de vos trésors. Ils sont par mon fait comblés de tant de richesses qu'ils ne les peuvent porter *. »
D'après la donnée du poème, le Voyage en Orient n'est entrepris que pour voir, si ce qu'on dit du roi Hugon est vrai, s'il est réellement plus grand et plus puissant que Charlemagne. Jusqu'alors Charles a soumis tous les rois qu'il a rencontrés. Il en a déjà conquis douze « par force et par barnet » et il annonce au patriarche qu'il s'en va « querre » le treizième (v. 132-153). Cette fois même son prestige moral est tel, qu'il n'a pas besoin de recourir à la force et qu'il conquiert le royaume grec « sens bataille champel » (v. 859). Pour mieux marquer la supériorité de Charlemagne et pour mieux l'imposer à l'imagination de son public, le poète imagine cette procession, destinée à célébrer l'hommage prêté par le roi Hugon, et où