Cf. V. 786-787 et aussi v. 797, sq
A feit dreiz emperere, jo sai que Deus vos aimet Tis hocm voeil devenir, de tei tendrai mon règne Mon trésor te donrai, si le menras en France.
3. Cf. V. 802, sq. : Sire, dist Charlemaignes al rei Hugon le Fort
Or estes vos mis hoem, veant trestoz les voz.
4. Cf. V. 841, sq. : Et dist li emperere : « Tôt ço laissiez ester !
Ja ne prendront del vostre un denier moneet : Ja ont il tant del mien qu'il nel poent porter. »
CouLET. — Voyage de Charleinagne en Orient, 19
.Charles apparaît a la fois comme plus beau, plus noble et plus grand que son rival devenu son vassal.
Charlemaîgnes portât la grant corone a or,
Li reîs Hugue la soe plus bassement un poi :
Charlemaignes fut graindre plein piet et quatre polz. V. 809, sq.
Est-ce à dire, que le poème n'ait été écrit que pour démontrer, après tant d'autres chansons de geste, la valeur exceptionnelle de Charlemagne et des Français ? La pensée tout entière du poète estelle, comme on l'a cru % renfermée dans le vers souvent cité, où les Français se rendant à eux-mêmes un témoignage de satisfaction, s'écrient :
Ja ne vendrons en terre nostre ne seit li los?
C'est une question que nous aurons à examiner. Mais, ce qu'il faut dès maintenant retenir, c'est que le seul fait de représenter Charlemagne comme le suzerain de l'empereur de Constantinople est une nouveauté dans le développement de la légende du Voyage en Orient. L'auteur a voulu, que le héros de cette légende cléricale ressemblât au Charlemagne des traditions et de la poésie populaires, qui avaient fait de lui le souverain par excellence, le roi des rois et le chef véritable de la chrétienté. Il ne s'est ainsi écarté de la vérité historique, que pour mettre autant que possible cette légende savante d'accord avec les croyances populaires.
Il y avait, en effet, une tradition qui attribuait nettement à Charlemagne la conquête de Constantinople. A défaut d'autres textes, elje nous est attestée par la Chanson de Roland ^'quiy parmi les pays donnés à l'empereur par Durandal, mentionne :
Constantinnoble dont il out la fiance '.
L'autorité du Roland suffirait à expliquer, que l'auteur de notre poème ait renoncé â suivre la légende du Voyage en Orient pour
1. Cf. koschwitz, Introduction à la quatrième édition du poème, p. xxxvi.