Cf. V
3. Par une coïncidence curieuse nous avons déjà vu (cf. supra^ p. 141), que, dans la KarîatnagnuS'Sagay le Voyage en Orient, précédait une expédition de Charles en Espagne. Mais c'est très cenainemcnt le compilateur norvégien quia établi ce rapport entre les deux faits. Ce qui prouve d'ailleurs, que la coïncidence est fortuite et ne repose sur rien de traditionnel, c'est que chacun des deux textes a en vue une expédition d'Espagne différente. Au lieu que notre poème fait aUusion à celle qui eut pour dénouement Roncevaux, la Saga place le Voyage avant l'expédition, dont la prise de Nobles et l'ambassade de fiasin et Basile furent les principaux épisodes.
4. La légitimité de la leçon adoptée par Koschwitz, pour le vers 224,
Mais que de Sara^ins et païens nos guarde^ a été établie par Gaston Paris de façon péremptoire (cf. Romania, XIII, p. 127 et p. 199, note 3). La grammaire et le sens général de la phrase s'accordent à révéler comme fautive la leçon du manuscrit tw guarde^. C'est bien en retour des reliques données à l'empereur que le patriarche lui demande, non de se garder lui-rnème, mais de préserver la chrétienté des attaques des Sarrasins.
M. Morf ', si Ton admet que le patriarche songe surtout aux dangers, que Charlemagne peut courir sur sa* route du fait des Sarrasins, la réponse de l'empereur contient un engagement formel d'aller en Espagne. Enfin, les détails qui suivent, la mention de Roland, des douze pairs et de leur mort nous attestent, que ce n'est pas là un souvenir de l'expédition historique de Charlemagne en Espagne, mais uniquement un écho des traditions poétiques, qui s'étaient formées autour du combat de Roncevaux. Le poète a voulu manifestement rattacher à la légende populaire de Charlemagne le Voyage en Orient, qui, primitivement et jusqu'à lui, n'y avait pas sa place. Par là, son poème semble bien être une sorte de prologue du Roland et des récits de la guerre d'Espagne, Le rapport même entre les deux, tel que l'a établi l'auteur du Foyage, semble être plus étroit, puisque l'expédition d'Espagne ne serait, d'après lui, que l'accomplissement d'une promesse faite par l'empereur, lors du pèlerinage.
Enfin, pour mieux faire accepter à son public la légende du Voyage en .Orient, le poète y a associé des personnages qui n'ont guère vécu que dans les traditions poétiques, les compagnons légendaires de Charlemagne. Dans les récits antérieurs de ce voyage, l'empereur seul apparaissait ; ceux qui l'accompagnaient n'avaient aucun rôle et restaient anonymes. Au contraire, dans notre poème, si Charles est toujours au premier plan, une partie de l'intérêt se porte sur d'autres personnages, en raison de leur popularité et de la part aussi qu'ils prennent à l'action. Les vanteries des compagnons de Charlemagne indisposent le roi Hugon autant que celles de l'empereur, lui-même. C'est Olivier, c'est Guillaume et c'est Bernart, qui, en accomplissant leurs gabs l'obligent à s'avouer vaincu. Le Voyage en Orient nous est représenté comme l'exploit collectif de Charlemagne et de ses douze pairs, afin qu'il profite de la popularité qui s'attachait à leur nom.
Ainsi, dans notre poème, ce n'est pa3 seulement l'histoire des reliques de Saint-Denis, mais la légende elle-même du Voyage en