Cf Koschwitz, 4« édition du poème, p. xvi
suffit pas de nier absolument la réalité du fait et de déclarer, ainsi qu'on l'a fait, que, dans les six cas relevés par Kosçhwitz, comme attestant le maintien de la syllabe atone, il serait aisé de substituer à la forme intégrale, la forme affaiblie et élidée ". On ne Ta pu, quand on l'a essayé, qu'au prix de corrections arbitraires et en subordonnant peut-être l'établissement du texte à des idées préconçues sur rage du poème. Si l'on s'en tient au texte même, il est, au contraire, certain que l'auteur connaissait encore les formes primitives en -ety sans affaiblissement et par suite sans élision possible. Ce sont ces formes, les seules employées par le Saint Alexis que nous trouvons très certainement dans trois vers au moins du Voyage :
V. 568. Sis facet en chaldieres totes ensemble fondre V. 569. E prenget une cuve qui seit grande et parfonde V. 641. Et portet en sa main un rameisel d*olive
Dans ces trois cas, la mesure comme le sens, l'une et l'autre entièrement parfaits, excluent une correction dont, sauf peut-être pour le premier, l'on ne voit guère la possibilité. De même encore, les raisons données par Kosçhwitz * pour corriger, au vers 793, la leçon du manuscrit reentret en rentret justifient pleinement sa façon de lire le vers
Rentret en sun chenal les rives en sont pleines.
C'est un nouvel exemple certain de l'emploi par le poète des formes non affaiblies et non élidées en -e/.
Mais, dans les cinq autres cas, il faut avouer qu'on peut être d'un tout autre avis que Kosçhwitz. Dans plusieurs la forme élidée est, au moins aussi vraisemblablement, la bonne, et, dans d'autres, elle est la forme nécessaire. C'est ainsi qu'au vers 477, Kosçhwitz luimême admettait primitivement l'emploi de cette forme quand, corrigeant la leçon fautive du manuscrit
Ke la un ne ferge a Taltre par le vent qui ert si bruant,
il la lisait
Ke Tuns ne ferge a Taltre par le vent qu'iert bruianz.
1. Cf. Stengel, LiUratnrhlatt fur germ, und roman, PhilologUy 1881, p. 289. a. Cf. Romanische Siudien, II, p. 37.
sens, a pour eflfet de faîre disparaître une forme entière en -e/ et de lui substituer la forme élidée. La leçon du manuscrit manifestement fautive est
Li reis muntet al mul si s*en vait l'amblure.
L'éditeur la corrige en réxzhlisssint ambleûre et, en outre, il remplace al par el. Cette dernière correction nous semble très contestable. Inutile au point de vue de la mesure du vers, elle pourrait bien, en fausser le sens. L'expression munter al mul serait synonyme de l'expression toute générale, que l'on trouve parfois, munter el cheval. Il y a, croyons-nous, quelque chose de plus dans la leçon du manuscrit Li reis muntet al mul. Et, comme on ne saurait donner ici à l'article le sens du possessif, qu'il a été question non pas du mulet mais des deux mulets du roi, on est amené à penser que al est une faute pour a. i. et qu'il faut lire le vers tout entier
Li reis munte a un mul si s'en vait Tambleûre ».
Ce serait le troisième exemple de l'emploi par l'auteur du Foyage en Orient des formes en -e/ affaiblies et élidées.
En résumé, si l'on écarte les vers 207 et 790, notre poème présente sept exemples de formes en -et atone, précédant un mot commençant par une voyelle. Or, si, dans quatre cas (vers 568, 569, 641, 793), l'emploi de la forme entière est certain, il semble bien que, dans les trois autres (vers 319, 477 et 697), l'élision soit également assurée. Dans ces conditions, il n'est plus possible de soutenir, que le Foyage en Orient a été comme V Alexis écrit à une époque, où la désinence atone -et conservait encore intacte sa consonne finale. Si l'on devait juger de son âge d'après ce seul trait, on devrait considérer qu'il est très postérieur à V Alexis, et la proportion des formes élidées, qu'il nous présente, semblerait le faire sensiblement contemporain du Roland *.
Il importe maintenant de rapprocher les observations qu'on a pu